En lâarticle consacrĂ© Ă lâĂ©tude du Paradis selon le Coran[1] nous avions introductivement soulignĂ© que le couple Paradis/Enfer reflĂ©tait la dualitĂ© de lâĂąme humaine, son aptitude au âbienâ comme au âmalâ. Aussi, le devenir de lâĂąme ici-bas conditionne-t-il son avenir en lâAu-delĂ . De ce fait, le Coran propose une image en miroir entre ce Monde et lâAutre-monde et une approche antithĂ©tique du Paradis et de lâEnfer. Lâobjectif affichĂ© de ce discours coranique est dâinciter le croyant, au nom de sa foi, Ă sâappliquer autant que faire se peut Ă la rĂ©alisation du âbienâ et dâĂ©viter dans la mesure de ses possibilitĂ©s de commettre le mal, car « Dieu nâexige dâune Ăąme que selon sa capacitĂ© », S2.V286.
Par ailleurs, bien que la doxa exĂ©gĂ©tique ait voulu lâexistence dâun Ă©tat intermĂ©diaire empruntĂ© au christianisme : le Purgatoire, il est clair que selon le Coran cette Ă©chappatoire nâest quâune fiction thĂ©ologique[2] et que Dieu nâa promis Ă lâHomme que lâalternative suivante : le Paradis ou lâEnfer ! Ceci Ă©tant, et contrairement aux apparences ou aux croyances, la prĂ©sentation de cette thĂ©matique essentielle en tant que consĂ©quence directe du Jugement dernier, lui-mĂȘme finalitĂ© inĂ©luctable de lâHomme, ne tombe pas dans le schĂ©matisme quâon lui prĂȘte et sâavĂšre ĂȘtre plus subtile quâil nây paraĂźt. Ainsi, du point de vue de lâanalyse littĂ©rale avions-nous observĂ© que le Coran dĂ©crivait le Paradis selon trois niveaux de comprĂ©hension : concret, allĂ©gorique, spirituel. LâantithĂšse entre Paradis et Enfer suppose donc a priori que nous retrouvions la mĂȘme complexitĂ© dialectique sâagissant de lâEnfer, ce que notre plan rĂ©dactionnel suivra. Une question se pose alors : si nous avons montrĂ© que le Paradis est au final le retour en Dieu des Ăąmes Ă©lues, quâen est-il sâagissant de lâEnfer ?
âą Que dit le Coran
â Principe gĂ©nĂ©ral : Nous lâavions rappelĂ© concernant le Paradis, la vie dâici-bas nâest quâune brĂšve Ă©tape dont la finalitĂ© est un Au-delĂ de notre rĂ©alitĂ© revĂȘtant un double aspect : le Paradis ou lâEnfer. Nous envisagerons donc prĂ©sentement les donnĂ©es essentielles coraniques quant Ă lâEnfer, ce que le Coran dĂ©crit comme Ă©tant le « dĂ©testable devenir », S3.V162, enfer ayant de nombreux qualificatifs coraniques :  le Feu, le Brasier, la Fournaise, le Tourment, la GĂ©henne, etc.
I- UniversalitĂ© de lâEnfer
En lâarticle sur le Paradis nous avons soulignĂ© que son caractĂšre dâuniversalitĂ© impliquait selon le Coran quâil Ă©tait promis Ă tous les croyants ayant agi en bien, quelle que soit leur religion.[3] Or, il est bien Ă©tabli en thĂ©ologie coranique que lâaccĂšs au Paradis repose sur deux critĂšres : croire et agir en bien. Il est donc attendu que nous retrouvions en opposĂ© un Ă©quivalent concernant lâEnfer qui est alors rĂ©servĂ©, dâune part, aux dĂ©nĂ©gateurs et, dâautre part, Ă tous ceux qui auront agi en mal. Ces deux notions demandent Ă ĂȘtre prĂ©cisĂ©es.
– Sâil y a donc indiscutablement selon le Coran un Salut universel[4] concernant tous les croyants, le texte coranique dĂ©veloppe alors de maniĂšre antithĂ©tique le concept de Damnation universelle. Celle-ci fait sens pour une catĂ©gorie globale : les dĂ©nĂ©gateurs/alâkĂąfirĂźn, câest-Ă -dire tous ceux qui dĂ©nient/yakfurĂ»na : « En vĂ©ritĂ©, ceux qui auront dĂ©niĂ© et seront morts dĂ©nĂ©gateurs, ceux-lĂ seront en la damnation de Dieu⊠», S2.V162. Le dĂ©nĂ©gateur est une entitĂ© thĂ©ologique spĂ©cifiquement coranique dont la comprĂ©hension repose fondamentalement sur le concept de Pacte primordial, S7.V172.[5] Selon ce Pacte, tout ĂȘtre humain naĂźt porteur de la prĂ©-connaissance de lâexistence de Dieu, ce que nous nommons la Foi ontologique ou innĂ©e.[6] Ainsi, le dĂ©nĂ©gateur/kĂąfir est-il celui qui dĂ©nie/kafara lâexistence de Dieu contre ce que sa Foi ontologique lui indique de maniĂšre non contraignante,[7] câest cet acte volontaire de la part dâun ĂȘtre douĂ© de raison que le Coran qualifie logiquement de dĂ©ni/kufr : le fait de cacher ce que lâon sait ĂȘtre, et tel est le sens premier du verbe kafara.[8] VoilĂ en quoi nous pouvons parler de Damnation universelle, car cette notion de dĂ©ni de Foi/kufr nâest pas contingentĂ©e par la religion ou lâabsence de religion, ni la culture ni le milieu. En effet, le Coran postule de plus que tout ĂȘtre humain conscient aura Ă©tĂ© informĂ© de lâexistence dâun message monothĂ©iste dâune maniĂšre ou dâune autre et quel que soit son habitus : « Nous avons suscitĂ© en chaque peuple un messager : Adorez Dieu et Ă©cartez-vous des idoles⊠», S16.V36.[9] Plus encore, et outre que tout individu est orientĂ© Ă lâorigine par sa Foi ontologique monothĂ©iste, le Coran atteste que Dieu proposera Ă tout ĂȘtre humain de le guider : « âŠassurĂ©ment, il vous parviendra de Ma part une guidĂ©e ; quant Ă qui suivra Ma guidĂ©e… alors nulle crainte pour eux, ils ne seront point affligĂ©s. Quant Ă ceux qui dĂ©nient et rĂ©futent Mes Signes, ceux-lĂ sont les hĂŽtes du Feu, ils y demeureront. », S2.V38-39. Les dĂ©nĂ©gateurs sont donc ceux qui dâeux-mĂȘmes se seront Ă©garĂ©s du fait de leur dĂ©ni de la Foi ontologique : « Dis : Ă qui appartient ce qui est en les Cieux et sur Terre ? RĂ©ponds : à Dieu. Il sâest destinĂ© pour Lui-mĂȘme la MisĂ©ricorde et, certes, Il vous rassemblera tous au Jour de la RĂ©surrection, point de doute Ă cela. Ceux qui dâeux-mĂȘmes se seront perdus ⊠câest quâils ne croient pas. », S6.V12. En consĂ©quence de quoi le Coran condamne Ă lâEnfer de maniĂšre holistique tous les dĂ©nĂ©gateurs : « Quant Ă ceux qui dĂ©nient [la Foi ontologique] et rĂ©futent Mes signes [les signes de Ma guidĂ©e],[10] ceux-lĂ sont les hĂŽtes du Feu, ils y demeureront. », S2.V39.
– Ensuite, selon le Coran lâEnfer est aussi le devenir de tous ceux qui auront commis le mal, affirmation coranique qui ne tient pas compte du statut de croyant ou de dĂ©nĂ©gateur quoi que les thĂ©ologies aient pu spĂ©culer : « Il nâen est point selon vos dĂ©sirs ni selon les dĂ©sirs des Gens du Livre, mais qui commettra un mal en sera payĂ©, et il ne trouvera contre Dieu ni alliĂ© ni secoureur », S4.V123.[11] Tout Homme est donc ici Ă nouveau concernĂ©, car de maniĂšre universelle lâĂąme humaine est portĂ©e au bien comme au mal : « Par lâĂme et ce qui lâĂ©quilibra et lui inspira son impiĂ©tĂ© comme sa piĂ©tĂ©. Certes, a rĂ©ussi qui la purifiera et, certes, a perdu qui en mĂ©susera ». De ce fait, lâHomme est capable du pire et du meilleur, mais bien Ă©videmment il ne sâagit pas de dire que celui qui aurait fait le moindre mal serait alors condamnĂ© Ă lâEnfer. Ainsi, en toute Ă©quitĂ© et rigueur, lâimage de la pesĂ©e des actes au Jour du Jugement montre-t-elle quâau final câest le bilan comptable de chacun qui sera pris en considĂ©ration, ex. : « La PesĂ©e, ce Jour, sera juste. Quant Ă ceux dont auront Ă©tĂ© lourdes les mesures [du bien accompli]⊠ceux-lĂ seront les bienheureux. Quant Ă ceux dont auront Ă©tĂ© lĂ©gĂšres les mesures⊠ceux-lĂ se seront perdus eux-mĂȘmes. », S7.V8-9. Ce bilan nĂ©gatif en quelque sorte et ses consĂ©quences sont clairement exprimĂ©s : « Qui aura acquis un mal et sera cernĂ© par ses fautes⊠ceux-lĂ seront les hĂŽtes du Feu, ils y demeureront. », S2.V81. Câest ainsi en toute justice que tous ceux qui nâauront pas par le bien accompli triomphĂ© ici-bas de leur combat contre le mal personnel seront au nombre des perdants et leur « seul refuge sera le Feu, et quel dĂ©testable SĂ©jour que celui des injustes ! », S3.V151. Que lâon soit croyant ou non-croyant, le poids de nos mauvaises actions lorsquâil sera supĂ©rieur Ă celui du bien que nous aurons accompli nous entraĂźnera vers « lâAbĂźme » de lâEnfer, S101.V9, et câest avec cohĂ©rence que chacun ne sera tenu responsable que de ses actes : « nul ne portera le fardeau dâautrui », S6.V164, tout comme personne ne pourra bĂ©nĂ©ficier dâune quelconque intercession : « il nây aura ni marchandage, ni amitiĂ©, ni intercession », S2.V254.
– En rĂ©sumĂ©, lâuniversalitĂ© de lâEnfer repose sur le fait que Dieu a offert Ă tout Homme la Foi ontologique et une guidĂ©e de Sa part ainsi que raison, conscience, libre arbitre. LâHomme est donc en mesure dâaccepter positivement les dons de Dieu ou de sây refuser. Telles sont les conditions sine qua non pour que le Jugement universel soit concevable, non arbitraire et Ă©quitable, car Dieu est le Juste par excellence/alââadl, le Juge parfait/aáž„kamuâlâងùkimĂźn, lâinfiniment Sage/alâáž„akĂźm.
II- Descriptions de lâEnfer
LâHomme apprĂ©hende le Monde selon trois modalitĂ©s : 1- ce que notre raison comprend ; 2- ce que notre esprit interprĂšte ; 3- ce que notre Ăąme perçoit. Ă une nuance prĂšs, tout comme il en a Ă©tĂ© pour le Paradis, le Coran prĂ©sente donc lâEnfer selon trois dimensions du mĂȘme ordre, Ă savoir :  concrĂšte, hyperbolique, spirituelle.
â  Premier niveau de comprĂ©hension : lâEnfer concret
De nombreux versets dĂ©crivent lâEnfer en termes concrets, descriptions matĂ©rielles sâadressant Ă ce que notre raison connaĂźt et identifie. Tout comme le Paradis est dĂ©peint en fonction de la conception du bonheur et de lâaisance de la vie bĂ©douine, lâEnfer en sera point par point lâimage opposĂ©e, lâexpression de la pire fournaise du dĂ©sert : « Nous avons prĂ©parĂ© pour les injustes un feu dont la chaleur intense les cernera de toutes partsâŠÂ », S18.V29. La nourriture infernale rappelle les temps de famine oĂč le BĂ©douin, tel un chameau, consommait pour survivre les feuilles des rares arbustes du dĂ©sert : « Leur seule nourriture sera faite dâamers Ă©pineux qui jamais ne nourrissent et nâapaisent la faim », S88.V6-7. Sâabreuver sera pire encore : « eau bouillante et purulence », S38.V57. Les damnĂ©s seront maintenus au sein de ce brasier infernal : « La GĂ©henne sera leur couche et, par-dessus eux, couvertures. Câest ainsi que nous payons les iniques », S7.V41. Tout ne sera quâincandescence : « âŠquant aux dĂ©nĂ©gateurs, habits de feu leur seront taillĂ©s et eau bouillante sur leur tĂȘte sera versĂ©e. », S22.V19.
â DeuxiĂšme niveau de comprĂ©hension : lâEnfer hyperbolique
Concernant les descriptions du Paradis, nous avions fait observer que le Coran signalait lui-mĂȘme leur valeur allĂ©gorique par le recours Ă la locution mathaluâlâjanna/lâallĂ©gorie du Paradis est en laquelle le terme mathal vaut indubitablement pour parabole, mĂ©taphore, allĂ©gorie.[12] Or, sâagissant de lâEnfer, lâon ne peut retrouver un tel marqueur sĂ©mantique dans le Coran, il nâest jamais dit par exemple Ă son sujet mathaluâlâjahannam /lâallĂ©gorie de la GĂ©henne est, et cette importante diffĂ©rence est nĂ©cessairement signifiante. Or, puisque nous avons montrĂ© que le Coran qualifiait dâallĂ©gorie la description du Paradis du fait quâil nâĂ©tait que lâimage de la RĂ©alitĂ© divine, câest-Ă -dire de Son lâEssence/Ătre/wajh/âFaceâ, nous en dĂ©duisons logiquement quâĂ©tant donnĂ© la rigueur des constructions coraniques, lâEnfer est la non-image de la RĂ©alitĂ© divine, ce qui rigoureusement justifie quâil ne puisse pas en ĂȘtre fourni dâallĂ©gories. Nous confirmerons et expliciterons cette avancĂ©e textuelle et thĂ©ologique au paragraphe consacrĂ© Ă lâEnfer spirituel. Une approche superficielle de cette absence dâallĂ©gories pourrait en dĂ©duire que lâEnfer est une ârĂ©alitĂ© vraieâ, mais alors une telle comprĂ©hension imposerait que par opposition le Paradis en soit une aussi, ce que le Coran infirme nous lâavons montrĂ©. Aussi, en fonction de la prĂ©cision des parallĂšles antithĂ©tiques des constructions coraniques, le Coran recourt-il tout de mĂȘme Ă un autre procĂ©dĂ© que celui de lâallĂ©gorie pour Ă©voquer la non-rĂ©alitĂ© concrĂšte de lâEnfer, Ă savoir : lâhyperbole, ex. « Certes, ceux qui auront dĂ©niĂ© Nos signes Nous les prĂ©cipiterons au Feu. Chaque fois que leurs peaux seront consumĂ©es, Nous les changerons pour une peau nouvelle afin quâils goĂ»tent encore le tourment ; Dieu est Tout de puissance et de ferme exĂ©cution ! », S4.V56. Lâon ne peut effectivement brĂ»ler en la Fournaise quâune seule fois, il est donc rendu ici possible ce qui ne lâest pas dans la rĂ©alitĂ© et, tout comme un fait matĂ©riel impossible impose une lecture au sens figurĂ©, lâantithĂšse du rĂ©el est de fait lâirrĂ©el. Il en est de mĂȘme au verset suivant : « La mort lui viendra de toutes parts, mais il ne mourra pas », S14.V17.
â TroisiĂšme niveau de comprĂ©hension : LâEnfer spirituel
– Au delĂ des descriptions concrĂštes et hyperboliques de lâEnfer, certains versets confirment quâil ne sâagit pas lĂ dâune rĂ©alitĂ© physique et que la comprĂ©hension des images ainsi proposĂ©es doit ĂȘtre dĂ©passĂ©e : « Celui qui sera exposĂ© Ă lâimmense Feu⊠de plus, point ni mourra et point ni vivra », S87.V12-13. En effet, ce propos indique que le cas particulier de lâEnfer nâexprime pas une rĂ©alitĂ©, car la rĂ©alitĂ© telle que nous la concevons est prĂ©cisĂ©ment conditionnĂ©e par la vie et la mort : « âŠvous aurez sur Terre un lieu de sĂ©jour et dâusage pour un temps. Il [Dieu] dit : LĂ vous vivrez et lĂ vous mourrezâŠÂ », S7.V24-25 ; « Point dâautre dieu que Lui, Il fait vivre et mourir », S7.V158. Cette particularitĂ© suppose donc que lâEnfer en plus de nâĂȘtre point une rĂ©alitĂ© concevable est donc un non-Ă©tat. Pour nous en faire percevoir le sens, le Coran procĂšde alors par comparaison antithĂ©tique dâavec le Paradis : « le Jour oĂč âfacesâ sâĂ©claireront et âfacesâ sâassombriront », S3.V106. Nous rappellerons que nous avons dĂ©montrĂ© que le Coran en ce contexte dĂ©signait par âfacesâ/wujĂ»h lâessence des ĂȘtres, leurs Ăąmes. Ceci Ă©tant, le Coran explique alors son propos quant aux Ăąmes Ă©lues : « Quant Ă ceux dont sera Ă©clairĂ©e la âfaceâ, ils seront donc en la MisĂ©ricorde de Dieu, ils y demeureront Ă©ternellement. », v107, et de mĂȘme quant aux Ăąmes damnĂ©es : « Quant Ă ceux dont sera assombrie la âfaceââŠÂ Alors, goĂ»tez le Tourment pour avoir dĂ©niĂ©. », v106. Ă ce stade, lâimage positive est prĂ©cisĂ©e : « Ce Jour-lĂ , il y aura des âfacesâ resplendissantes, leur Seigneur contemplant », S75.V22-23. Nous en dĂ©duisons directement que la locution opposĂ©e : « ceux dont sera assombrie la âfaceâ » correspond aux Ăąmes/wujĂ»h/âfacesâ qui ne contempleront pas leur Seigneur. Ceci est par ailleurs corroboré : « Prenez-garde ! Ils seront, ce Jour, de leur Seigneur exclus. », S83.V15. Du reste, le Coran stipule cet Ă©loignement et cette absence Ă la prĂ©sence divine : « âŠceux-lĂ sont ceux qui nâauront aucune part en lâAu-delĂ . Dieu ne sâadressera point Ă eux ni ne les regardera au Jour de la RĂ©surrection. Il ne les purifiera point et ils subiront un tourment terrible. », S3.V77. Nous pouvons donc avancer dĂšs Ă prĂ©sent que puisque le Paradis est indiscutablement pour les Ăąmes Ă©lues la prĂ©sence Ă Dieu, lâinclusion, alors pour les Ăąmes damnĂ©es lâEnfer en est donc lâexclusion, lâabsence Ă Dieu. Ainsi, selon les indications coraniques, les Ăąmes damnĂ©es ni ne vivent ni ne meurent, elles sont en un Ă©tat de nĂ©gation de leur ĂȘtre/wahj/âfaceâ/essence, assombries, sans lumiĂšre, exclues de Dieu, telle est la non-RĂ©alitĂ© absolue reprĂ©sentĂ©e par lâEnfer.
– La terminologie mise en place par le Coran est aussi Ă ce sujet explicite. Examinons dâune part le mot-clef âadhĂąb : peine, tourment, chĂątiment, celui-ci dĂ©rive de la racine âadhaba signifiant empĂȘcher dâapprocher, Ă©loigner, chasser dâun endroit, abandonner. Il en rĂ©sulte que le participe actif alââĂądhib qualifie celui qui Ă©loigne, repousse ou Ă©loigne. Comprises dans la culture clanique arabe, ces notions dâexclusion reprĂ©sentaient le pire chĂątiment, car un individu chassĂ© de sa tribu Ă©tait ainsi privĂ© dâexistence et de subsistance collective, condamnĂ© ainsi Ă lâerrance, il Ă©tait en danger et en grande souffrance. Il en dĂ©coule que le terme âadhĂąb dĂ©signa la peine dâexclusion, la punition, le tourment, le chĂątiment tout en conservant le sens premier dâĂ©loignement. Cependant, ce champ lexical uniquement pragmatique a Ă©tĂ© sous lâinfluence directe de lâExĂ©gĂšse coranique dĂ©placĂ© et en vint Ă ne plus qualifier que le chĂątiment/âadhĂąb/tourment de lâEnfer, ce au sens physique. Or, en fonction de ce qui prĂ©cĂšde du statut des Ăąmes condamnĂ©es Ă lâEnfer, nous constatons que câest bien au sens premier que le Coran emploie le verbe âadhaba et le substantif âadhĂąb/Ă©loignement, c.-Ă -d. celui des Ăąmes. Ceci explique de mĂȘme que le Coran utilise le qualificatif âadhĂąb pour dĂ©signer lâEnfer : alââadhĂąb/le ChĂątiment, le Tourment : « [ils seront] refoulĂ©s au plus profond du Tourment/alââadhĂąb », S2.V85. Le chĂątiment de lâEnfer reprĂ©sente ainsi le tourment, la souffrance en lâAu-delĂ des Ăąmes repoussĂ©es loin de Dieu. Dâautre part, et Ă contexte Ă©gal, le Coran a aussi recours Ă la racine verbale laâana et Ă son substantif laânat. La racine laâana signifie chasser quelquâun de sa prĂ©sence, le repousser, lâĂ©loigner le plus loin possible. LĂ encore, pour les mĂȘmes raisons culturelles que nous avons ci-dessus Ă©voquĂ©es, ce verbe en vint Ă signifier maudire au sens dâĂ©loigner et en consĂ©quence le terme laânat signifia malĂ©diction, mais au sens dâĂ©loignement, de repoussement, car de plus comment supposer que Dieu puisse maudire.[13]  Nous pouvons donc lire un verset type selon ces perspectives coraniques : « âŠil a encouru colĂšre de Dieu et Sa damnation/laânat/repoussement, Il lui a prĂ©parĂ© un tourment/âadhĂąb/Ă©loignement, peine dâexclusion immense. » S4.V93. Le choix lexical coranique est donc en parfaite cohĂ©rence avec le fait que la damnation des Ăąmes est en rĂ©alitĂ© leur sĂ©paration dâavec Dieu. Câest donc bien mĂ©taphoriquement que lâindication suivante doit ĂȘtre comprise : « âŠon Ă©lĂšvera alors entre eux une muraille nantie dâune porte ; Ă lâintĂ©rieur, la MisĂ©ricorde et, Ă lâextĂ©rieur, de Sa part, lâĂ©loignement/alââadhĂąb/le Tourment/lâEnfer. », S57.V13.
– De lâensemble de ces indications coraniques, nous en dĂ©duisons que lâEnfer en lequel lâĂąme « ni mourra ni vivra » reprĂ©sente un non-Ă©tat. Un « éloignement/âadhĂąb » de la « MisĂ©ricorde » divine. Ă lâopposĂ© du retour des Ăąmes Ă©lues en Dieu, RĂ©alitĂ© du Paradis, les Ăąmes damnĂ©es/repoussĂ©es/laâana/refoulĂ©es demeurent « à lâextĂ©rieur » et ne sont pas retournĂ©es Ă leur Seigneur. Elles errent ainsi dans un intense tourment/âadhĂąb, une terrible souffrance/âadhĂąb alĂźm due Ă ce non-retour. Elles seront en lâAu-delĂ tenues Ă©loignĂ©es/luâinĂąt de la RĂ©alitĂ© divine, tel est lâEnfer. Tout comme le Paradis est le retour en Dieu des Ăąmes Ă©lues, lâEnfer pour les Ăąmes damnĂ©es en est donc leur bannissement : lâabsence Ă Dieu.
III- RĂ©flexions sur la non-RĂ©alitĂ© de lâEnfer
â La thĂ©ologie islamique sâest fortement interrogĂ©e sur lâĂ©ternitĂ© du sĂ©jour en Enfer. Quelques versets ont alors Ă©tĂ© versĂ©s au dossier. Dâune part, il est dit, ici selon la traduction standard : « Ainsi la rĂ©tribution des ennemis dâAllah sera le Feu oĂč ils auront une demeure Ă©ternelle, comme punition pour avoir niĂ© Nos versets. », S41.V28, formulation explicitement univoque : les Ăąmes damnĂ©es resteront Ă©ternellement en Enfer. Mais, dâautre part, un autre verset semble soutenir le contraire, en voici la comprĂ©hension selon lâExĂ©gĂšse standard et sa traduction : « âŠ[Dieu] dira : LâEnfer est votre demeure, pour y rester Ă©ternellement, sauf si Allah en dĂ©cide autrement. Vraiment votre Seigneur est Sage et Omniscient. », S6.V128. Selon lâExĂ©gĂšse, ce verset signifierait que Dieu pourrait dĂ©cider dâextraire de lâEnfer des Ăąmes qui y Ă©taient condamnĂ©es. Mais en ce cas, les propositions de S41.V28 et S6.V28 sont contradictoires. Par ailleurs, il est plus frĂ©quemment encore citĂ© les versets suivants, en voici la traduction standard : « Le jour oĂč cela arrivera, nulle Ăąme ne parlera quâavec Sa permission (celle dâAllah). Il y aura des damnĂ©s et des heureux. Ceux qui sont damnĂ©s seront dans le Feu oĂč ils ont des soupirs et des sanglots. Pour y demeurer Ă©ternellement tant que dureront les cieux et la terre â Ă moins que ton Seigneur en dĂ©cide autrement/illĂą mĂą shĂąâa rabbu-ka â car ton Seigneur fait absolument tout ce quâIl veut. », S11.V105-107. Selon cette interprĂ©tation exĂ©gĂ©tique, Dieu pourrait comme prĂ©cĂ©demment dĂ©cider dâextraire de lâEnfer qui Il veut. NĂ©anmoins, apparaĂźt de nouveau une impossible antinomie entre les propositions « demeurer Ă©ternellement » et « tant que dureront les cieux et la terre », car lâinfini (demeurer Ă©ternellement) et le fini (tant que dureront les cieux et la terre) ne peuvent ĂȘtre Ă©gaux ! Or, il est omis de prendre en compte le v108 faisant suite, lequel selon la lecture standard se lit : « Et quant aux bienheureux, ils seront au Paradis, pour y demeurer Ă©ternellement tant que dureront les cieux et la terre â Ă moins que ton Seigneur nâen dĂ©cide autrement/illĂą mĂą shĂąâa rabbu-ka â câest lĂ un don qui nâest jamais interrompu. » La comprĂ©hension classique du v107 impliquerait alors que Dieu puisse aussi extraire du Paradis qui Il veut ! Pour les placer oĂč ? Une nouvelle contraction apparaĂźt puisque lâon ne peut pas supposer que Dieu pourrait exclure du Paradis certaines Ăąmes alors quâIl dit que le Paradis est « un don qui nâest jamais interrompu » ! Nous constatons donc que ces interprĂ©tations et spĂ©culations classiques gĂ©nĂšrent des contradictions insolubles.
Ce constat nous amĂšne Ă comprendre diffĂ©remment la construction grammaticale du segment-clef illĂą mĂą shĂąâa rabbu-ka retrouvĂ© en S6.V128 et S11.V107-108. En effet, celui-ci est compris de maniĂšre classique par « à moins que ton Seigneur nâen dĂ©cide autrement », et câest cette formulation qui crĂ©e les incohĂ©rences que nous avons soulignĂ©es. Aussi, sachant que la particule illĂą se dĂ©compose aussi en in dâhypothĂ©tique + lĂą de nĂ©gation et que la prĂ©position mĂą Ă©quivaut rĂ©guliĂšrement au dĂ©monstratif « ce que », notre segment-clef se lit alors ainsi : Si/in ce nâest/lĂą ce quâa/mĂą voulu/shĂąâa ton Seigneur/rabbu-ka, soit : « si ce nâest ce quâa voulu ton Seigneur ». Seule cette solution sĂ©mantique permet de ne pas engendrer de contradictions entre ces divers versets, voici donc Ă prĂ©sent la traduction littĂ©rale de S11.V105-108 : « Un Jour viendra oĂč aucun ĂȘtre ne prendra la parole sans Sa permission, et il nây aura parmi eux que lâaffligĂ© ou le satisfait. [105] Quant Ă ceux qui seront alors dĂ©sespĂ©rĂ©s : au Feu, il nây aura pour eux que gĂ©missements et rĂąles. [106] Ils y seraient demeurĂ©s aussi longtemps que les Cieux et la Terre auront durĂ© si ce nâest ce quâa voulu ton Seigneur/illĂą mĂą shĂąâa rabbu-ka, car ton Seigneur est vraiment Ă mĂȘme dâagir comme Il veut. [107] Quant Ă ceux qui seront alors satisfaits : au Paradis, ils y seraient demeurĂ©s aussi longtemps que les Cieux et la Terre auront durĂ© si ce nâest ce quâa voulu ton Seigneur/illĂą mĂą shĂąâa rabbu-ka : un don ininterrompu. [108] ». Pour comprendre la signification de ces versets, lâon doit observer que les vs107 et 108 Ă©tablissent un parallĂšle strict entre lâEnfer et le Paradis. De la sorte, lâincidente du v107 : « ton Seigneur est vraiment Ă mĂȘme dâagir comme Il veut » correspond Ă celle du v108 : « un don jamais interrompu ». Par consĂ©quent, puisque lâon ne peut admettre que Dieu puisse valoir une chose et son contraire, ceci indique que lâunique volontĂ© de Dieu en matiĂšre de durĂ©e de lâEnfer et du Paradis, « ce quâa voulu ton Seigneur », est une situation ininterrompue et cette affirmation est en parfaite cohĂ©rence avec lâensemble des trĂšs nombreux versets Ă©nonçant que les hĂŽtes du Paradis ou de lâEnfer y demeureront Ă jamais. Câest donc bien cette notion âdâĂ©ternitĂ©â que le propos des vs 107-108 vient prĂ©ciser malgrĂ© la contrainte des connaissances et la pauvretĂ© conceptuelle de la langue arabe Ă cette Ă©poque. De la sorte, lâĂ©vocation de la durĂ©e des Cieux et de la Terre : « aussi longtemps que les Cieux et la Terre auront duré » est-elle destinĂ©e Ă faire comprendre aux hommes que le sĂ©jour paradisiaque ou infernal est dâune durĂ©e de temps la plus longue quâils puissent imaginer. Cependant, selon les termes nĂ©cessairement employĂ©s : « aussi longtemps que les Cieux et la Terre auront duré », cette durĂ©e serait nĂ©anmoins finie. Câest cette finitude temporelle que la proposition « si ce nâest ce quâa voulu ton Seigneur/illĂą mĂą shĂąâa rabbu-ka » vise Ă dĂ©passer, car lâinfinitĂ© nâa de sens que pour un espace-temps donnĂ© lequel est indissociable de la matiĂšre et, inversement, sans matiĂšre pas de temps. Or, nous avons montrĂ© que lâEnfer et le Paradis nâĂ©taient point choses créées, matĂ©rielles, et il nâaurait donc pas Ă©tĂ© parfaitement exact de dire que la durĂ©e de lâEnfer et du Paradis est infinie, Ă©ternelle. Aussi, la formulation « si ce nâest ce quâa voulu ton Seigneur », prĂ©cise-t-elle par ce procĂ©dĂ© que la durĂ©e de lâEnfer et du Paradis doit ĂȘtre comprise comme intemporelle.[14] En dâautres termes, le Paradis et lâEnfer nâont pas de durĂ©e au sens strict du terme et cette non-durĂ©e les dĂ©finit tous deux en tant quâintemporels. Cette avancĂ©e littĂ©rale est alors en parfaite adĂ©quation avec ce que nous avons dĂ©montré quant Ă la conception spirituelle du Paradis et de lâEnfer selon le Coran : le retour des Ăąmes en Dieu ou leur absence Ă Dieu. Les Ăąmes Ă©lues demeureront intemporellement en Dieu et les Ăąmes damnĂ©es seront intemporellement, indĂ©finiment, Ă©cartĂ©es de la prĂ©sence divine.
Conclusion
Lâanalyse littĂ©rale des versets-clefs aura montrĂ© que la dĂ©finition de lâEnfer est dĂ©clinĂ©e par le Coran selon trois degrĂ©s de comprĂ©hension : concret, hyperbolique, spirituel. Bien Ă©videmment, cela ne signifie pas que lâEnfer reprĂ©sente trois rĂ©alitĂ©s diffĂ©rentes co-existantes, mais quâil est uniquement une non-RĂ©alitĂ© matĂ©rielle correspondant Ă la non-rĂ©intĂ©gration des Ăąmes en lâEssence divine, ce que nous pouvons qualifier dâabsence Ă Dieu, et quels pires chĂątiment et torture que cette errance intemporelle hantĂ©e par la perte dĂ©finitive du retour en Dieu ! Ă la diffĂ©rence de ce que nous avions mis en Ă©vidence concernant le Paradis, le long parcours des Ăąmes exsufflĂ©es du âSouffle divinâ ne se terminera donc pas par leur retour Ă lâOrigine. LâEnfer est bien ainsi lâantinomie du Paradis. Pour les Ăąmes Ă©lues se rĂ©alisera âlâunification en Dieuâ tandis que les Ăąmes damnĂ©es, Ă©loignĂ©es de Dieu, seront maintenues âhors de lâexistence en Dieuâ. Par ailleurs, puisque tout souffle ne retire rien Ă celui qui le produit, lâexsufflation de lâĂąme par Dieu nâa pas altĂ©rĂ© lâunitĂ© de Son Essence. Ainsi, le retour des Ăąmes en Dieu nâajoutera rien Ă Son unitĂ© pas plus que leur absence en sera une incomplĂ©tude.
Selon les perspectives coraniques constamment morales, Ă©thiques et spirituelles, le Coran tient compte Ă double titre de la faiblesse inhĂ©rente Ă lâHomme. Dâune part, en lui proposant une ligne de conduite claire basĂ©e sur la polaritĂ© Bien/Mal et Paradis/Enfer et, dâautre part, en lui rappelant quâau delĂ de ses propres limites, de ses rĂ©ussites, mais aussi de ses Ă©checs, il trouvera par-devant lui la MisĂ©ricorde unitive de Dieu : « Dis : Ă Mes crĂ©atures qui avaient agi outranciĂšrement contre vous-mĂȘmes, ne dĂ©sespĂ©rez point de la MisĂ©ricorde de Dieu, car, certes, Dieu pardonne tous les pĂ©chĂ©s. Il est le Tout Pardon, le Tout MisĂ©ricorde. », S39.V53.
Dr al AjamĂź
[1] Cf. Le Paradis selon le Coran.
[2] Voir: Le Purgatoire selon le Coran et l’Islam.
[3] Cf. Le Paradis selon le Coran ; 1- LâuniversalitĂ© du Paradis concernant tous les croyants.
[4] Cf. Le Salut universel selon le Coran et en Islam.
[5] La catégorie dénégateur/kùfir englobe des distinctions plus fines : les polythéistes, les athées, les agnostiques, voir :  Foi et non-foi, ßmùn et kufr selon le Coran et en Islam. Par le concept global de dénégateurs, le Coran décrit en fait les mécanismes psychologiques intimes, conscientisés ou non, et non les différents aspects résultant de ces processus, lesquels sont fonction du temps et des cultures.
[6] Sur ce point essentiel et lâanalyse littĂ©rale de ce verset-clef, voir : Foi et non-foi, ĂźmĂąn et kufr selon le Coran et en Islam ; S7.V172.
[7] Voir : Nulle contrainte en religion ? ; S2.V256-257.
[8] De ce fait, lâHumanitĂ© est rĂ©partie par le Coran uniquement en deux groupes : ceux qui tĂ©moignent de leur foi en conformitĂ© avec la Foi ontologique, ce sont les croyants/alâmuâminĂ»n, et ceux qui la dĂ©nient, ce sont les dĂ©nĂ©gateurs/alâkĂąfirĂ»n, ceci est confirmĂ© par cette parole essentielle : « âŠqui veut croit et qui veut dĂ©nieâŠÂ », S18.V29.Quant Ă celui qui accepte sa Foi ontologique, il acquiert ainsi une foi personnelle, il est dit alors croyant/muâmĂźn.
[9] Ce verset est dâordinaire compris comme indiquant que Dieu a envoyĂ© pour chaque peuple un messager. Cependant, le verbe baâatha employĂ© avec la prĂ©position « fß » ne signifie pas envoyer vers ou dans, mais seulement susciter en. Autrement dit, lâon doit comprendre quâau sein de tout groupe humain il y a au moins un homme qui se dresse conformĂ©ment Ă sa Foi ontologique pour dire : « Adorez Dieu et Ă©cartez-vous des idoles ».
[10] Le pluriel « Signes » fait ici référence à la guidée de Dieu envers tous les hommes mentionnée au verset précédent : S6.V12.
[11] Pour lâanalyse littĂ©rale de ce verset et sur le principe thĂ©ologique capital quâil exprime, voir : le Salut universel selon le Coran et en Islam.
[12] Cf. Le Paradis selon le Coran ; DeuxiÚme niveau de compréhension : le Paradis allégorique.
[13] Ceci explique par exemple que nous traduisions fidĂšlement la locution laânataâllĂąhi par « éloignement de Dieu », ex. S3.V61, et non pas par malĂ©diction de Dieu.
[14] Aussi devrions-nous traduire la locution khĂąlidĂźna fĂź-hĂą et ses Ă©quivalents employĂ©s pour qualifier la âdurĂ©eâ de ces deux sĂ©jours par : ils y demeureront intemporellement.

