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Les Houris selon le Coran et en Islam

À dire vrai, la déconstruction du mythe des Houris du Paradis nous avait valu il y a une dizaine d’années les foudres de la censure. Quoi qu’il en soit, comment à notre époque des hommes, mais aussi des femmes, a priori tous sains d’esprit et de corps peuvent-ils imaginer que le Paradis auquel tant ils aspirent, comme l’espérance d’une existence infiniment pure et absolument juste, puisse être le lieu d’une jouissance sexuelle assouvie complaisamment et pour l’éternité ? Comment au nom de Dieu légaliser de tels délires sur le compte des Houris, ces créatures célestes qui ne seraient que la supra-image d’une femme parfaitement soumise aux désirs des hommes, un objet créé pour leur plaisir ? Comment supposer que le paradis de Dieu soit le reflet de la vision phallocrate et sexiste de ce bas-monde ? Comment concevoir que la condition féminine volée ici-bas soit violée en l’Autre-monde ! Le Paradis,[1] dont nous conviendrons tous qu’il est l’image hyperbolique de la réalité, serait-il réduit à de pauvres fantasmes ? Ne serait-il que satisfaction jamais épuisée des sens et de la chair ? Plus encore, serait-il l’expression infinie des déséquilibres et injustices d’ici-bas ? Ferait-il de l’homme cet éternel dominateur et, de la femme, son éternelle soumise ? La condition de ces Houris esclaves sexuelles du Paradis ne serait alors que le reflet non avoué de celle des femmes ici-bas ! Disons-le sans détour, si tel est le Paradis, alors c’est l’enfer !

• Que dit l’Islam

Depuis que le martyre est devenu une religion et que nombre d’assassins musulmans ont perpétré le pire en prétendant et espérant accéder ainsi à un paradis sexuel peuplé de Houris,[2] ce mauvais film a réapparu sur l’écran noir de nos nuits noires. Quoi qu’il en soit de l’expression de ces frustrations sexuelles et pulsions de mort, pour l’Islam, qui ici assume clairement son machisme et sa phallocratie, les hommes admis au Paradis auront à leur disposition jusqu’à 72 houris ! Pourquoi 72 et pas 73, je ne sais ![3]

Pour une telle annonce, il était nécessaire de convier le Coran à la fête, et de citer fréquemment les versets suivants selon la traduction standard : « En récompense de ce que vous faisiez, mangez et buvez en toute sérénité, accoudés sur des lits bien rangés, et Nous leur ferons épouser des houris aux grands yeux noirs », S52.V19-20 ; « Et ils auront des houris aux yeux, grands et beaux », S56.V22 ; « C’est ainsi ! Et Nous leur donnerons pour épouses des houris aux grands yeux. », S44.V54. Ces épousailles – notons que le légalisme de l’Exégèse s’exprime même au Paradis – ne sont pas platoniques, mais charnelles, l’on mentionne alors le passage suivant : « Là, il y aura des vertueuses et des belles. Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez- vous ? Des houris cloîtrées dans les tentes, Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous ? qu’avant eux aucun homme ou djinn n’a déflorées. », S55.V70-74. Il ne s’agirait donc pas d’une parabole, mais d’une réalité physique sexuelle.

Plus encore, l’Exégèse exploita le verset suivant : « Les gens du Paradis seront, ce jour- là, dans une occupation qui les remplit de bonheur », S36.V55, traduction standard. De ce verset, nos exégètes firent le commentaire suivant : leur « occupation » consiste à déflorer les Houris ! Ainsi, archaïsme culturel s’il en est, les Houris seront malgré tout toujours vierges, car elles auront selon de nombreux hadîths le redoutable privilège de l’être à nouveau après chaque défloration ! En toute logique, vu le nombre de Houris disponibles, allant de 2 à 500 selon les auteurs, décidément bien renseignés, la puissance sexuelle des hommes au Paradis se devait d’être obligatoirement sans commune mesure avec celle d’ici-bas. C’est ainsi que l’on fit dire très pragmatiquement au Prophète que « Un homme du Paradis aura une force égale à celle de cent hommes par rapport au manger, au boire et au plaisir sexuel… »[4] Comme si le Coran n’avait été qu’un prétexte à tant d’instincts libidinaux, presque un prélude, des dizaines de hadîths ont été produits faisant assaut d’imagination et de délires sensuels ! Qu’il y a-t-il d’étonnant à ce que des esprits malintentionnés aient accusé le Prophète de n’être qu’un jouisseur invétéré, tout comme, de longue date, purent-ils décrier le paradis des musulmans pour sa vulgaire matérialité !

Le Coran aurait-il vraiment magnifié la phallocratie ? Dieu serait-Il phallocrate ? Ou bien seraient-ce les interprétations de la révélation qui seules témoigneraient de ce travers masculin ?  S’agit-il d’un délire exégétique ou d’une réalité littérale imputable réellement au Coran ? Qu’en est-il vraiment du propos coranique ?

 

• Que dit le Coran

1- Il convient dans un premier temps de s’interroger sur le sens du mot Houri/ḥûri dans le Coran.  L’analyse lexicale en est possible puisque le terme arabe ḥûr est étymologiquement bien attesté.[5] Il dérive de la racine verbale ḥâr qui indique initialement le fait de revenir à l’origine.  Mouvement de retour qui fut par suite lié à la notion de pureté exactement comme l’idée de retour originel en français. De là, on qualifia ainsi un blanc pur puis, par extension, l’action de blanchir par le lavage d’où le pluriel ḥawâriyyûn signifiant blanchisseurs ou lavandiers et qui, dans le Coran, désigne les disciples de Jésus, probablement du fait qu’ils pratiquèrent le baptême par immersion afin de se purifier des péchés, blanchir les cœurs. Ainsi, le substantif ḥawar vint à désigner un œil parfaitement blanc et, par contraste, à l’iris noir profond, l’œil de la gazelle, l’œil pur par excellence dans la culture des Arabes. La forme superlative aḥwar qualifie donc celui ou celle qui aurait de tels yeux, un critère de beauté pour les Arabes donc. Or, le terme coranique ḥûr est le pluriel de aḥwar, pluriel mixte qui désigne aussi bien des hommes que des femmes aux beaux yeux noirs, métonymie signifiant qu’ils sont d’une beauté pure. Par ailleurs, sur les quatre mentions coraniques[6] du mot ḥûr, trois forment la locution ḥûr ‘în où le mot ‘în n’est pas à confondre avec ‘ayn/œil, mais est le pluriel de a‘yan ou de ‘aynâ’, termes qualifiant celui ou celle qui a une grande prunelle noire. Ainsi, en cette expression coranique, le mot ḥûr ne peut-il que connoter sa notion complémentaire, c’est-à-dire : la pureté. La traduction rigoureuse de la locution ḥûr ‘în sera donc, puisque la locution est mixte : êtres purs aux yeux d’une grande beauté, l’image est saisissante ! Conséquemment, les traductions telles que vierges célestes ou vierges aux yeux noirs sont-elles largement surinterprétées. De même, il est tout à fait incorrect d’user dans les traductions du Coran de la forme francisée Houris puisque ce serait transformer à tort une locution de deux termes en un nom, voire un nom propre.[7] Enfin, si le terme ḥûr est mixte, il apparaît que dans le Coran il concerne en particulier des êtres féminins.[8] En effet, en S55, après avoir mentionné ce terme au v72, il est explicitement précisé à leur sujet : « Que jamais [elles] n’auront avant eux connues Homme ou Djinn » v74. Comme la suite de notre analyse le confirmera, ce verset ne signifie pas que ces supposées « Houris » sont vierges, mais que par cette formule, c’est leur pureté qui est soulignée. S’agissant donc d’êtres féminins, il convient de traduire le mot ḥûr, lorsqu’il est à l’état isolé, par l’adjectif « Pures » et, par suite, la locution ḥûr ‘în par « pures aux yeux d’une grande beauté ». Ceci étant, cette analyse lexicale intra-coranique ne permet pas pour l’instant de déterminer la nature de ces êtres féminins au Paradis.

2- L’analyse littérale peut à présent se porter sur les quatre mentions des “Houris” dans le Coran, versets que nous avons précédemment cités selon l’interprétation de l’Islam :

– Les deux premiers versets délivrent une même information : « Ils seront accoudés sur des divans alignés et Nous les apparierons/zawwajnâ-hum à des Pures aux yeux d’une grande beauté/bi-ḥûri ‘în. » S52.V20, et : « ainsi, Nous les apparierons/zawwajnâ-hum à des Pures aux yeux d’une grande beauté. » S44.V54. Le verbe-clef zawwâja, lorsqu’il est construit comme ici avec la préposition « bi » signifie uniquement joindre deux choses ou deux personnes pour en faire une paire, un couple, d’où notre : « Nous les apparierons/zawwajnâ-hum ». Bien évidemment, la traduction standard, fidèle en cela à l’Exégèse standard, traduit ainsi : « Nous leur donnerons pour épouses », ce qui supposerait au Paradis la possibilité légale de rapports sexuels ! Or, le verbe zawwâja prend ce sens uniquement lorsqu’il est employé avec la préposition « min », ce qui n’est donc pas ici le cas. Ainsi, en ces deux versets, les “houris” ne sont-elles donc que les compagnes/azwâj des hôtes du Paradis, plus exactement les complémentaires/azwâj comme cela se vérifiera plus avant. Plus encore, la notion d’appariement indiquée par le verbe zawwâja suppose l’équivalence entre les deux choses appariées. Les “houris” ne peuvent donc être des créatures paradisiaques particulières, mais sont pareillement des hôtes du Paradis tout comme leurs homologues hommes. En conséquence, rien n’indique en ces deux versets que les “houris” ’ soient des créatures du Paradis créées spécialement pour la mâle satisfaction des élus. Au contraire, à ce stade nous aurons établi que les “houris” sont des femmes d’ici-bas admises au Paradis en fonction de leurs œuvres terrestres.

– Nous avons déjà cité le troisième groupe de versets de S55 : « Parmi elles, de nobles élues, vertueuses [70] des Pures/ḥûrun, retirées sous les ombrages. [72] ». Le terme élues/khaiyrât, attire notre attention, car le pluriel khaiyrât est ici souvent traduit par vertueuses ou bonnes. Mais, s’agissant de qualifier des créatures du Paradis cela ne fait pas sens, car le Paradis n’est pas censé receler des êtres impurs et/ou mauvais. Or, la racine khara d’où dérive l’adjectif khaiyr, dont khaiyrât est le féminin pluriel, signifie aussi surpasser en qualité, choisir ce qui est de meilleur. Par ailleurs, l’arabe utilise l’adjectif khayr en lieu et place du superlatif akhyar, de telle sorte qu’il n’y a aucune difficulté à comprendre que par khaiyrât l’on puisse désigner les femmes élues du Paradis, d’où notre « élues ». Le Coran fournit la preuve formelle de cette compréhension puisque le v70 : « Parmi elles, de nobles élues de vertueuse beauté » commence par « parmi elles/fî-hinna] », indication précieuse que les commentateurs et les traductions à leur suite occultent plus ou moins efficacement.[9] En effet, le pronom féminin pluriel hinna est en arabe spécifique au pluriel d’êtres animés et non au pluriel de choses qui, lui, est représenté par le pronom « hum » ou, dans le cas de deux choses : « himâ ». Il n’est donc pas possible qu’en notre verset le pronom hinna se reporte aux « deux jardins » évoqués dans ce passage coranique. Du reste, le v68 confirme ce fait littéral lorsqu’il décrit explicitement ces deux jardins : « En les deux/himâ [jardins], fruits, palmiers, grenades ». Il est donc clairement indiqué aux v70 et au v72 que « parmi elles », c.-à-d. nécessairement l’ensemble des femmes admises au Paradis, certaines sont qualifiées de « nobles élues de vertueuse beauté », cette notion d’élection va nous permettre d’identifier ce qui distingue ces femmes hautement distinguées des autres hôtes féminines du Paradis. En effet, en cette même sourate 55 il est dit : « La récompense de la vertu/aliḥsân n’est-elle pas la perfection/al–iḥsân », v60, et cette indication est directement en lien avec la mention des “houris” aux vs56-59. D’autre part, les significations du mot iḥsân sont connues : bien, bonté, mais surtout en l’occurrence excellence, perfection, beauté morale. Ainsi, en fonction du fait que le Coran distingue certaines femmes d’autres : c.-à-d. « parmi elles », il est clairement indiqué que la récompense pour les femmes les plus vertueuses d’ici-bas sera d’être élevées au rang de « Pures/ḥûri » dans l’Au-delà. L’information est précieuse : celles que l’Islam (dis)qualifie de créatures sexuelles paradisiaques sont en réalité une certaine élite féminine parmi les femmes d’ici-bas entrées au Paradis, telles sont donc coraniquement les “Houris”. Notons que le recours à la notion d’iḥsân renvoie à celle d’élite vertueuse, mais aussi spirituelle. Cette avancée supplémentaire va être confirmée par le quatrième et dernier verset cité.

– Effectivement, en S56.V11-22 nous lisons : « Ceux-là sont les Rapprochés, aux jardins de la Félicité, […] sur des divans tressés, accoudés, se faisant face […] Et [là seront] des Pures aux yeux d’une grande beauté/ḥûrun ‘în. » Nous retrouvons donc les « Pures aux yeux d’une grande beauté » en compagnie de leurs alter ego de la gent masculine. L’image produite est la même qu’en S52.V20 précédemment étudié : « Ils seront accoudés sur des divans alignés et Nous les apparierons/zawwajnâ-hum à des Pures aux yeux d’une grande beauté/bi-ḥûri ‘în. » et, de même pour S44.V54 : « Ils revêtiront des habits de fine soie et de brocart, se faisant face. C’est ainsi, Nous les apparierons/zawwajnâ-hum à des Pures aux yeux d’une grande beauté/bi-ḥûri ‘în ». Le parallèle ainsi établit permet de comprendre que ces « Rapprochés [parmi les hôtes du Paradis] » dont il est dit : « Nous les apparierons à des Pures aux yeux d’une grande beauté », tous « se faisant face », sont les uns et les unes de même rang, de même élévation dans les degrés paradisiaques. Les  Pures/ḥûr, les “Houris”, sont donc sans équivoque l’équivalent féminin des Rapprochés/almuqarrabûn : une élite vertueuse et spirituelle récompensée par leur élection et élévation au rang de « Pures aux yeux d’une grande beauté ». Autrement dit, les « Houris » ne sont pas la récompense des élus, mais des femmes récompensées par Dieu, élues de par leur propre mérite. Statut, d’élévation et de proximité divine que la locution les qualifiant : ḥûrun ‘în, exprime ainsi : « des Pures aux yeux d’une grande beauté ».

– Par ailleurs, pour que cela ne nous soit pas opposé malgré les preuves à présent apportées quant à la nature réelle des femmes vertueuses appelées à contresens “Houris”, en ce même passage coranique de S56, un court verset a “bénéficié” de l’attention toute particulière des exégètes. La traduction standard en rend parfaitement compte lorsque pour le v22 elle propose l’énoncé suivant : « et ils [les Rapprochés du v11] auront des houris au yeux, grands et beaux », cette phrase étant censée traduire seulement deux mots : la locution ḥûrun ‘în. Or, ce verset a été finement détourné et, pour comprendre la manœuvre exégétique mise en place, il faut lire le passage concerné selon la traduction standard : « Parmi eux [les rapprochés] circuleront des garçons éternellement jeunes, [17] avec des coupes, avec des aiguières, et un verre [rempli] d’une liqueur de source [18] qui ne leur provoquera ni maux de tête ni étourdissement ; [19] et des fruits de leur choix, [20] et toute chair d’oiseau qu’ils désireront. [21] Et ils auront des houris aux yeux, grands et beaux, [22] pareilles à des perles en coquille [23] en récompense pour ce qu’ils faisaient. », S56.V17-24. Le message serait explicite : parmi les plaisirs paradisiaques proposés à la consommation, les heureux élus mâles se verraient offrir à cette fin des Houris. Il serait de plus précisé qu’il s’agirait là de leur récompense, une prime à la vertu en quelque sorte. Cependant, quand il est dit : « circuleront des garçons éternellement jeunes avec des coupes, etc. », le « avec » traduit ici la préposition « bi » en bi-akwâbin : avec/bi des coupes/akwâbin. Comme de règle en arabe, cette préposition « bi » impose que tous les termes sans article qui seront sous sa dépendance grammaticale dans l’énoncé seront marqués eux aussi par la désinence « in » comme en : bi-akwâbin, ceci sans que ladite préposition « bi » ait besoin d’être répétée. Conséquemment, nous retrouvons ce fait grammatical concernant tout ce qui va être en ce texte coranique offert aux élus : ka’sin/verre, fâkihatin/fruits, laḥmi ṭayrin,/chair d’oiseaux. Ainsi, si les « houris » étaient ajoutées à la liste de ces présents, il serait dit : wa ḥûrin ‘înin, ce qui signifierait bien alors : « et ils auront des houris aux grands yeux, grands et beaux », la préposition « bi » initiale pouvant alors effectivement être rendue en rappel par l’idée de possession : « ils auront ». Cependant, le texte coranique exact est : wa ḥûrun ‘înun et non pas wa ḥûrin ‘înin et cette absence de la désinence « in » indique formellement que les « “houris”/ḥûr » ne font donc pas partie des biens proposés aux élus. De fait, la désinence « un » en ḥûrun ‘înun signale que cette locution est un cas sujet commençant ici une nouvelle phrase nominale grammaticalement indépendante de l’énumération précédente. Son sens est donc : « et [là seront] des “houris/ḥûrun” aux grands yeux », c’est-à-dire que, tout comme étaient présents en ce passage les Rapprochés mentionnés au vs 11-12, les « Houris » seront elles aussi présentes à ce festin paradisiaque.[10] Reprenant notre traduction plus précise du terme ḥûr, ce passage se comprend et se traduit littéralement alors comme suit : « Ceux-là sont les Rapprochés, aux jardins de la Félicité. Parmi eux circuleront des garçons éternels avec des coupes, des aiguières […] Et [là seront de même] des Pures aux yeux d’une grande beauté. » Rien ne permet donc de valider textuellement le viril projet exégétique classiquement imposé ici au texte coranique. Le propos du Coran est uniquement de signifier que les plus pieux parmi les croyants et les croyantes bénéficieront les unes comme les autres de la même félicité paradisiaque. À équivalence de rang, les unes sont dites « Pures aux yeux d’une grande beauté » et les uns : « Rapprochés ».

– Des analyses littérales qui précèdent, nous déduirons que tout autre verset coranique faisant allusion aux “Houris”, par exemple S56V35-38, ne peut en aucun cas décrire les attraits de célestes créatures sexuelles. Par ailleurs, nous ne pouvons qu’écarter les nombreux hadîths qui font en la matière virils assauts de détails plus ou moins de mauvais goût. L’amour et le respect que nous portons au Prophète ne peuvent entendre qu’il aurait mésinterprété le Coran afin de transformer le haut degré de spiritualité correspondant au statut de “Houris” en un bas étage de délires charnels !

 

• Conclusion

L’analyse littérale aura permis de déterminer le sens du terme-clef ḥûri. Ce n’est point le nom propre de créatures célestes, mais un adjectif signifiant étymologiquement « Pures ». De même, la locution ḥûrun ‘în se comprend par : « Pures aux yeux d’une grande beauté ». Nous avons montré que par cette poétique image est qualifiée une élite parmi les croyantes, élite de femmes dont le degré de spiritualité et le comportement de piété et de « vertu » ici-bas seront traduits en l’Au-delà par leur noble statut de ḥûri/Pures, rang tout particulièrement élevé en la hiérarchie paradisiaque. Les “Houris” ne sont pas des créatures paradisiaques spécialement créées pour être promises au bon plaisir des hommes admis au Paradis, mais le terme ḥûri/Pures qualifie en réalité les femmes qui tout comme les « Rapprochés » accéderont en l’Au-delà à cette proximité divine. À leur sujet, le Coran nous fournit une précieuse indication : « Parmi elles, de nobles élues de vertueuse beauté – mais quel bienfait de votre Seigneur nierez-vous donc ; vous deux ! – des Pures/ḥûrun, retirées[11] sous les ombrages. », S55.V72. Ces élues dénommées les Pures/ḥûrun apparaissent isolées en leur superbe pureté, image sans aucun rapport avec celle de Houris offertes par l’Exégèse au bon vouloir de la gent masculine. En cette allégorie paradisiaque décrivant la récompense des femmes les plus pieuses et vertueuses d’ici-bas, l’image « retirées sous les ombrages » est sans aucun lien avec les prétendues Houris attendant d’être déflorées « cloîtrées dans les tentes ».

Nous aurons pu ainsi constater que “l’affaire des Houris” relève ni plus ni moins que de fantasmes exégétiques issus d’une culture et de mentalités propres au temps de cette exégèse. Cette mainmise de la gent masculine sur le Texte de tous et de toutes traduit un excès de textostérone et occulte de la sorte l’égalitarisme du message coranique. Le sens littéral des versets relatifs à cette élite de « Pures/ḥûri » aura mis en évidence la cohérence du Coran qui, à aucun moment, ne se départit donc de l’égalité de considération entre les hommes et les femmes, comme nous l’avons établi en de nombreux articles.[12] Le Coran n’est ni misogyne, ni phallocrate, ni sexiste, il ne prône pas une inégalité foncière entre les genres et ne projette pas au Paradis les appétits sexuels découlant en réalité de ces conceptions dissymétriques des rapports hommes femmes. N’eussent été donc les voiles de l’Exégèse, nous aurions pu toutes et tous identifier aisément ces « Pures/ḥûri », ces saintes parmi les saintes.

Dr al Ajamî  

[1] Précisons que la présente étude ne prend pas en compte la signification coranique des concepts de Paradis et d’Enfer qui feront l’objet d’un prochain article.

[2] Il faudrait que nos candidats aux Houris lisent le Coran, car, de manière tragi-comique pour ces dupes, les quatre mentions coraniques des Houris sont toutes mecquoises, c.-à-d. à une période où le jihad armé n’était pas autorisé par le Coran et, qu’ainsi, ces “Dames célestes” ne pouvaient être présentées comme étant la récompense des martyrs morts au combat, notion qui du reste n’est, elle aussi, pas coranique !

[3] Précisons qu’un hadîth rapporté par Ahmad ibn Ḥanbal étaye ce chiffre : « Il aura au paradis en plus des épouses de la vie ici-bas 72 Houris aux grands yeux. La demeure de chacune d’entre elles s’étendra sur une surface d’un mille. »

[4] Hadîth rapporté par Ahmad ibn Ḥanbal.

[5] N’en déplaise à un humoriste libanais, le Père “Luxenberg” qui, a vouloir confondre l’arabe et le syriaque, a prétendu échanger nos « houris » contre du « raisin blanc », marché de dupes que nous ne saurions raisonnablement accepter ! De même, nous ne retiendrons pas le fait que l’islamologie estime que le terme houri est d’origine non arabe puisque, dans le même temps, elle cite des sources de la poésie antéislamique attestant que ce mot était intégré en la langue arabe bien avant le Coran et y avait connu les développements spécifiques que nous allons citer.

[6] S44.V54 ; S52.V20 ; S55.V72 ; S56.V22.

[7] La traduction standard cumule les manipulations lexicales quand en S56.V22 elle rend la locution ḥûr ‘în par  « houris aux yeux grands et beaux » !

[8] L’on ne peut par conséquent défendre au-delà de sa valeur indicative la thèse soutenue par Muhammad Asad, reprise depuis par certains auteurs modernistes, quant à l’ambivalence sexuelle des « houris » paradisiaques, à savoir que les hôtes du Paradis, hommes et femmes, auront chacun et chacune des houris de sexe opposé… Signalons que son objectif était malgré tout de vouloir ainsi rétablir le déséquilibre sexiste institutionnalisé par l’exégèse classique.

[9] Je citerais la traduction standard : « , il y aura des vertueuses et des belles » ; M. Hamidullah : « Partout, des houris, bonnes, belles » ;  R. Blachère : « Dans ces jardins seront des [vierges] bonnes, belles » ; J. Berque : « et dans tous il est de très bonnes et très belles » ; A. Kazimirski : « , il y a aura des vierges jeunes et belles » ; M. Chiadmi : « Deux Jardins habités par des houris aussi belles que vertueuses », cette traduction aussi loin du texte que fidèle à l’Exégèse rajoute au texte coranique le segment « deux jardins », le verbe « habiter » et le mot « houris ».

[10] Signalons, pour être tout à fait rigoureux, qu’il existe ici une variante de récitation/qirâ’a minoritaire donnant la lecture ḥûrin ‘înin. Nous constatons que la désinence en « un » qui rendait impossible de comprendre que les « houris » faisaient partie des biens offerts aux hommes a été remplacée par la désinence en « in » qui, comme nous l’avons rappelé, place alors ces termes sous la dépendance de la préposition « bi » comme le reste des biens mentionnés en ces versets. Cette discrète et subtile modification permet ainsi de faire avouer au Coran exactement ce que l’on voulait qu’il dise : les « houris » font partie des biens consommables offerts aux mâles rapprochés. Bien évidemment, en fonction du fait que nous avons établi en S52.V19-20 ; S44.V54 ; S55.V70-74 que les « houris » n’étaient pas les créatures sexuelles célestes promises, mais seulement la description d’une élite féminine ayant obtenu un rang rapproché auprès de Dieu en récompense de leur vertu ici-bas, cette variante de récitation ne peut être validée. Cet exemple illustre la mainmise de l’Exégèse sur la transmission du texte coranique, cf. notre article critique : variante de récitation ou qira’ât.

[11] L’accord de maqsûrâtun, retirées marque effectivement un féminin pluriel de personnes. Le participe maqsûrâtun signifie retirées ou cloîtrées, mais l’on est cependant difficilement cloîtré dans une tente. Néanmoins, pour conserver l’image fantasmée, bien des traducteurs ont forcé le sens de l’arabe khiyâm et ont alors rendu ce terme par « pavillon » ou « demeure ». Lexicalement, maqṣûrât qualifie aussi ce qui est restreint, limité, confiné, d’où notre « retirées » et, de même, le pluriel khiyâm, outre tentes, signifie « ombrages » et le choix de cette image est dicté par son similaire au v64.

[12] Ces références sont pour partie mentionnées dans l’article suivant : Le Coran est-il la source du sexisme de l’Islam ?