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Si la Bible, du latin biblia/livres sacrés, a été désignée postérieurement par ce qu’elle était devenue : un ensemble de livres considérés comme sacrés et réunis en un seul corpus, le Coran/al–qur’ân se définit lui-même en tant que récitation/qur’ân, mais aussi conventionnellement en tant que “livre”/kitâb, double particularité revendiquée de document. Plus précisément, le Coran exprime parfaitement ce statut particulier d’oro-scripturalité lorsqu’il opère un glissement sémantique et métatextuel essentiel du stade al–qur’ân/la Récitation vers celui de al–kitâb/l’Écrit. À bien comprendre cela, le Coran témoigne de lui-même non pas comme résultant d’une permutation radicale et définitive de l’oral à l’écrit, mais d’un équilibre permanent entre ces deux états. Le premier correspond au temps de l’oralité, lequel est celui de l’émotion, alors que le second est le temps de la textualité, lequel est celui de la compréhension. Il n’y a donc pas de Coran oral et de Coran écrit que l’on devrait distinguer l’un de l’autre comme l’islamologie le postule, mais un rapport au Coran oscillant constamment entre l’émotionnel et le rationnel, ce dont l’exégète devrait absolument prendre conscience.

Sous diverses formes syntaxiques, le terme-clef kitâb apparaît 261 fois[1] dans le Coran et, bien que ce mot soit peu polysémique, un rapide examen de cette redondance coranique suppose qu’il revête diverses significations selon les contextes d’insertion. L’établissement du sens de kitâb selon les emplois coraniques est donc essentiel à une bonne intelligence du Texte. La consultation des lexiques de la langue arabe relève pour la racine kataba les sens premiers suivants : coudre, serrer en nouant, réunir, prescrire, destiner à et, par extension seulement : écrire, l’acte d’écrire étant perçu comme le fait de coudre, nouer, réunir ensemble des caractères graphiques destinés à un tiers. En conséquence, le nom d’action kitâb désigne, s’agissant de la forme, ce qui est écrit : un écrit, une écriture, un texte, un livre, une missive et, s’agissant du contenu : une prescription, un jugement, une sentence, un décret. Quels sont donc les usages lexicaux coraniques du terme kitâb et dans quelle mesure le Coran a-t-il conceptualisé ce terme essentiellement concret à l’origine ?

L’analyse littérale exhaustive des occurrences coraniques du terme-clef kitâb que nous avons présentement menée met ainsi en évidence 23 significations, nombre plus élevé que le potentiel lexical d’origine. Ce constat vérifie l’activité néologique du Coran qui s’est trouvé dans l’obligation de créer une partie de son vocabulaire spécialisé notamment théologique et conceptuel.[2]  Ainsi, nous avons établi pour la forme al–kitâb les 9 significations suivantes : l’Écrit ; le Livre ; la Bible : le jugement ; le Registre ; l’affranchissement ; l’Édiction ; l’écrit ; le délai prescrit. Pour la forme kitâb, indéterminée ou en annexion, nous avons établi les 11 significations suivantes : Thora ; Recueil établi ;  prescription ;  détermination ; message ;  missive ;  livre ;  écrit ; livre sacré ; livret ; décret. Pour le pluriel kutub, nous avons établi 3 autres significations en dehors de celles connues au singulier : Livres sacrés ; édits ; arrêts.

Il apparaît donc clairement que l’ensemble de ces nuances terminologiques coraniques est essentiel à la compréhension du Coran. Or, force est de constater que l’Exégèse, et plus encore les traductions en langue française qui en dépendent, a ignoré cette richesse lexicale. Ainsi, l’on note que le plus souvent al-kitab est rendu par un monolithique le Livre, avec une majuscule, sans que l’on sache conséquemment de quel “Livre” il s’agit et, plus justement encore, quelle est la signification du terme kitâb en ces versets. Un tel écrasement sémantique ne peut qu’égarer ou laisser en suspend le sens des versets impliqués alors même que la détermination rigoureuse du terme kitâb est bien évidemment déterminante quant à l’établissement du sens, pour nous du sens littéral. Notre traduction littérale prend donc en compte cette richesse lexicale pour laquelle nous signalons le recours avec précision à l’usage de majuscules distinctives et signifiantes.

 

A – Les significations du terme-clef kitâb lorsqu’il est déterminé par l’article : al–kitâb

– 1 : Le terme al–kitâb lorsqu’il désigne l’Écrit en tant que désignant le Coran, ex. : « Ceci est l’Écrit, sans doute aucun… », S2.V2. Ce verset est considéré avec une bonne probabilité comme ayant été révélé au début de la période médinoise. Par « l’Écrit », nous rendons présentement le terme al–kitâb que l’on comprend d’ordinaire par Livre, c’est-à-dire en ce verset indiscutablement le Coran qui se présente donc lui-même ainsi. Cependant, lors de la révélation de ce verset, le Coran n’avait sans doute jamais été totalement mis par écrit et, encore moins, sous forme d’un livre. Nous l’avons lexicalement noté, le terme kitâb tel que compris par les Arabes au moment coranique signifiait uniquement : la chose écrite, c’est-à-dire l’écrit, le texte, et traduire al–kitâb par le livre est donc ici un anachronisme, d’où notre « l’Écrit » qui, nanti d’une majuscule, désignera systématiquement en notre traduction littérale le Coran. Si le Coran est ainsi qualifié d’écrit, ce dès la fin de la période mecquoise,[3] c’est donc que malgré tout certains passages coraniques avaient dû être mis par écrit d’une manière ou d’une autre, mais aussi que le Coran se projette dans le temps long de sa propre histoire. Effectivement, il faudra près d’un siècle pour que le Coran acquière un statut et une forme de livre, plus exactement de codex/muṣḥaf,[4] le concept de livre tel que nous l’entendons n’est donc qu’une rétroactive projection de sens. Ceci étant, ce parcours énoncé d’emblée par ce verset préliminaire n’efface en rien que le Coran fut dès l’origine un “texte oral”, d’où la notion de Coran en tant que document oro-scripturaire évoquée en introduction.[5] Au final, chaque fois que l’analyse littérale aura montré que par al-kitâb il faille entendre le Coran en tant que mise par écrit de sa forme révélée, nous le rendrons par : l’Écrit avec une majuscule.

– 2 : Le terme al–kitâb lorsqu’il désigne le Livre, c’est-à-dire par synecdoque le Livre archétypal/umm al–kitâb ou Matrice du Livre. Première occurrence : « Dieu passe sur ce qu’Il veut ou l’établit, car en Lui [6] est la Matrice du Livre/umm al–kitâb. », S13.V39. Il s’agit là d’un concept coranique essentiel : c’est à partir de la matrice du Livre/umm al–kitâb, un archétype céleste, que sont réalisées toutes les révélations/nuzûl/descente faites aux messagers au cours des temps. Pour autant, la Matrice du Livre/umm al–kitâb n’est en rien un exemplaire de livre, pas même un Méta-livre existant au Ciel, qui contiendrait tout ce qui a pu être révélé aux hommes, mais cette Matrice/umm[7] représente en Dieu la potentialité de significations infinies. En effet, à chaque nouvelle révélation le processus révélatoire mis en œuvre s’origine en cette Matrice du Livre/umm al–kitâb, mais en fonction de « ce qu’Il veut » Dieu « passe sur/maḥâ » tel signe/verset/âya qui y est potentiellement contenu tandis qu’Il « établit/athbata » tel autre en le révélant. Ce mécanisme est explicité en S2.V106, verset improprement lié à la théorie exégétique de l’abrogation : « que Nous transférions un verset [de la Matrice du Livre] ou que Nous le différions [de transfert] Nous apportons alors [à chaque révélation] un verset [révélé] meilleur [pour ces réceptionnaires, mais à partir d’un même verset matriciel] ou bien [Nous apportons] un verset [révélé] équivalent [à d’autres versets révélés, mais à partir de versets matriciels autres]», Pour l’analyse littérale de ce verset-clef et notre critique méthodologique de l’abrogeant, voir : l’Abrogation selon le Coran et en Islam. La deuxième et dernière occurrence en ce sens de la locution Matrice du Livre/umm al–kitâb offre une séquence explicative de ce concept coranique : « Par le Livre/al–kitâb sûr/mubîn [le Livre archétypal ou umm al–kitâb][8] [v2] dont Nous avons établi une récitation/qur’âna[9] arabe afin que vous compreniez [3] et qui s’origine[10] dans la Matrice du Livre/umm al–kitâb qui est par devers[11] Nous éminente, toute de sagesse ! [4] », S43.V2-4. Autrement dit : le Coran révélé à Muhammad en langue arabe[12] émane selon un processus descendant/nuzûl du Livre matriciel/umm al–kitâb, c’est-à-dire de la Matrice divine d’une infinité de significations dont les révélations sont autant de manifestations. Contrairement à ce qu’affirme une certaine exégèse anthropomorphisante, la locution umm al–kitâb n’indique donc pas un “Livre céleste” immuable qui serait révélé à chaque révélation et dont seul le Coran serait l’exacte copie conforme, les autres livres révélés n’étant alors que des copies altérées par leurs dépositaires. C’est la Matrice/al–umm en Dieu/’inda-hu, S13.V39, qui est immuable, tout comme elle est infinie en possibilités de sens. La Matrice est le potentiel matriciel du Livre, ce Livre n’est donc pas un exemplaire physique/lawḥ,[13] mais il représente métaphoriquement l’ensemble des révélations opérées par Dieu. À chaque fois que l’analyse littérale montrera que par al-kitâb il faille entendre le Livre archétypal, nous le rendrons donc par « le Livre » avec une majuscule. Une troisième et dernière occurrence de la locution umm al–kitâb est à signaler en S3.V7 : « Il [Dieu] est Celui qui te révèle l’Écrit/al-kitâb dont les versets sont explicites/muḥkamât et sont le principe de l’Écrit/umm al–kitâb alors que certains sembleraient équivoques/mutashâbihât» À la différence de précédemment, puisqu’en ce verset il est question de la totalité révélée du Coran/al–kitâb l’on ne peut comprendre ici la locution umm al–kitâb comme désignant la Matrice du Livre. Par contre, une des significations figurées de umm est principe et la locution « principe du Livre » indique donc que le Coran est de principe explicite, sujet premier de ce verset. Pour l’analyse littérale de ce verset, voir : L’interprétation du Coran selon le Coran et en Islam.

– 3 : Le terme al–kitâb en les locutions Gens du Livre/ahl al–kitâb et ceux qui reçurent le Livre/al–ladhîna ûtû al–kitâb, ex. : « Ô Gens du Livre/ahl al–kitâb ! Pourquoi controversez-vous quant à Abraham alors que n’ont été révélés la Thora et l’Évangile que bien après lui ?… », S3.V65. Comme l’indique ce verset, à la mention unique d’un « Livre/kitâb » en « Gens du Livre/ahl al–kitâb » correspondent deux livres distincts : « la Thora et l’Évangile », ce qui a amené d’aucuns à penser qu’il fallait entendre en cette expression le terme al–kitâb par la Bible. Or, d’une part, la Bible n’est pas constituée que de la Thora et des Évangiles et, d’autre part, la locution « Gens du Livre/ahl al–kitâb » peut parfois désigner juifs et chrétiens conjointement, comme ici en S3.V65, parfois uniquement les juifs, S4.V153, ou seulement les chrétiens, S4.V171. Ajoutons, comme nous allons le mettre en évidence, que par « Gens du Livre » il puisse être désigné de manière générale tous les réceptionnaires d’une révélation du Livre archétypal/umm al–kitâb : « le Livre ». Afin de comprendre la signification du terme-clef al–kitâb en « Gens du Livre/ahl al–kitâb », l’on peut se reporter à l’expression équivalente : « al–ladhîna ûtû–l–kitâb », ex. S2.V102, traduite littéralement par « ceux qui reçurent le Livre ». En cette formulation générique, le mot kitâb/livre ne désigne pas un livre révélé en particulier, la Thora ou l’Évangile par exemple, mais le Livre archétypal/ummu–l–kitâb, matrice de toutes les révélations et, par métonymie : la Révélation. En effet, le judaïsme ou le christianisme ne sont pas dépositaires du même livre. Par contre, selon le Coran, ces deux, à l’origine, ont reçu naṣîb min–alkitâb une part du Livre archétypal, par exemple en S3.V23. Cela indique aussi que le Coran n’est lui aussi qu’une part du Livre archétypal/umm al–kitâb. Le point commun aux juifs et aux chrétiens, mais aussi aux musulmans, est donc que tous ont reçu par l’intermédiaire de leur prophète-messager respectif une part du Livre archétypal/umm al–kitâb qui est donc compris en la locution « Gens du Livre/ahl al–kitâb », c’est-à-dire al–kitâb en tant que Livre archétypal/umm al–kitâb, d’où le recours à une majuscule : « du Livre ».

De même, ceci explique avec beaucoup de rigueur qu’il soit demandé par le Coran de croire aux précédentes révélations, non pas en leurs formes ou significations, mais parce qu’elles proviennent toutes du Livre archétypal/ummu–l–kitâb. Nous pouvons expliciter ce fait essentiel par le verset suivant : « Ô croyants ! Ayez foi en Dieu, en Son messager et à l’Écrit qui est révélé progressivement à Son messager ainsi qu’au Livre qui a été révélé auparavant. Qui dénie Dieu, Ses anges, Ses Livres, Ses messagers et le Jour Dernier s’est fourvoyé d’un égarement profond. », S4.V136. Par « l’Écrit /al–kitâb » lié à « Son messager [Muhammad] » l’on entend le Coran. La seconde occurrence du terme kitâb au singulier se réfère au « Livre » archétypal d’où la majuscule. Par contre, le pluriel kutub/Livres, que nous réétudierons plus avant, désigne l’ensemble des Écritures sacrées résultant de la mise par écrit de diverses révélations avec tout ce que cela suppose de déformations. Ce triple distinguo permet de comprendre la portée du credo coranique s’agissant de croire en l’ensemble de ces Écritures sacrées/kutub bien qu’elles ne soient pas nécessairement fidèles aux révélations initiales. Ce n’est donc point tant le contenu de ces Écrits sacrés en lequel il est demandé de croire, mais au fait qu’ils ont tous la même origine : la révélation du « Livre » archétypal. Ce point justifie fondamentalement le respect que l’on doit avoir de la foi des autres en leurs Écrits de référence au nom de leur communauté d’origine tout en s’appliquant pour les musulmans à suivre « l’Écrit qui est révélé progressivement à Son messager [Muhammad] ». Le credo coranique : croire en « Ses anges, Ses Livres, Ses messagers et le Jour Dernier» implique donc aussi qu’il soit demandé aux chrétiens et aux juifs, au nom même du fait qu’ils appartiennent à la même Communauté du Livre, celle des « Gens du Livre/ahl al–kitâb », de suivre leurs propres livres sacrés tout en reconnaissant que le Coran appartient lui aussi à la révélation du « Livre » archétypal, là encore l’unicité justifiant la pluralité.[14] Bien comprise, la notion de « Gens du Livre » au sens général pourrait donc être rendue par « la Communauté du Livre ».

– 4 : Le terme al–kitâb en tant que désignant la Bible, ex. : « Parmi eux, nombreux sont ceux qui de leurs langues détournent la Bible/al–kitâb afin que vous pensiez que cela est écrit/min al–kitâb, mais cela n’est pas dans la Bible/al–kitâb. Ils prétendent que cela provient de Dieu, mais cela ne provient pas de Dieu. Ils profèrent mensonge contre Dieu, sciemment ! », S3.V78. En ce verset, le syntagme « parmi eux » renvoie aux « Gens du Livre », vu au paragraphe précédent, c’est-à-dire ici juifs et chrétiens médinois en controverse avec Muhammad au sujet de leurs révélations respectives : à savoir la Thora et les Évangiles. Ceux qui sont donc ici visés sont les « doctes/rabbâniyyîn » mentionnés au v79, c’est-à-dire les exégètes, juristes et théologiens tant juifs que chrétiens « qui de leurs langues détournent al–kitâb » et c’est donc conjointement aux écrits sacrés communs aux uns comme aux autres que le terme al–kitâb fait référence, d’où : « la Bible/al–kitâb ». S’en suit une mise en garde contre les extrapolations dues à toute caste exégétique : « Or, nulle personne à qui Dieu a donné le Livre/al–kitâb,[15] le Savoir et la Prophétie ne saurait ensuite dire aux gens : « Soyez-moi adorateurs en plus de Dieu » ! Mais, au contraire : Soyez donc des doctes dévoués au Seigneur du fait que vous enseignez la Bible/al–kitâb et du fait que vous l’étudiez ! », v79.

– 5 : Le terme al–kitâb en tant que signifiant le jugement, c.-à-d. le fait d’avoir du jugement, ex. : « Il lui enseignera le jugement/al–kitâb et la sagesse, la Thora et l’Évangile. », S3.V48. Ce verset s’adresse à Marie au sujet de l’enfant encore en son sein : Jésus. Ici, al–kitâb ne peut signifier ni le Livre archétypal, ni la Bible puisque la Thora et l’Évangile sont cités en ajout de cet enseignement prodigué par Dieu à Jésus et que tous deux sont issus originellement du Livre archétypal. Cependant, il est connu que kitâb signifie entre autres prescription, arrêt, sentence, notions que le mot jugement conjoint en français. Or, l’on sait par « l’Évangile » que Jésus fit montre régulièrement de « jugement » et de « sagesse » au nom de la « Thora ».

– 6 : Le terme al-kitâb en tant que signifiant le Registre présenté le Jour du Jugement Dernier, ex. : « Et [au Jour du Jugement] resplendira la surface[16] de la Lumière de Son Seigneur et le Registre/al–kitâb sera présenté ; viendront les prophètes et les témoins et il sera jugé entre eux [les hommes] en toute vérité, ils ne seront point lésés. », S39.V69. Le Coran dévoile que ce « Registre/al–kitâb » est ce par quoi Dieu aura consigné les actes de l’Homme en vue du Jugement Dernier : « Voici Notre Registre/kitâbu-nâ, il s’exprime quant à vous en toute vérité. Certes, Nous transcrivions ce que vous œuvriez ! », S45.V29.  Littéralement, c’est le « Registre » qui s’exprime, ce qui laisse à penser que nous ne devons pas voir là l’image d’un immense livre ouvert ! Il en est de même en S18.V49 qui explicite le contenu et la fonction dudit Registre : « Et l’on présentera le Registre/al–kitâb et tu verras les coupables emplis de crainte à l’idée de ce qu’il contient. Ils diront : Malheur à nous ! Qu’a donc ce registre à ne laisser chose insignifiante ou importante sans l’avoir consignée ! Et ils verront ce qu’ils auront œuvré présenté, et ton Seigneur ne lésera personne ! » Signalons qu’en S45.V29 l’annexion pronominale kitâbu-nâ, litt. : notre livre, désigne aussi ledit Registre : « notre Registre ».

– 7 : Le terme al-kitâb en tant que signifiant l’affranchissement, c.-à-d. le contrat écrit d’affranchissement d’un esclave. Il s’agit du premier cas où déterminé par l’article, al–kitâb désigne un objet en dehors du champ théologique : « …Ceux qui désirent l’affranchissement/al–kitâb parmi vos esclaves, alors rédigez-le-leur…      », S24.V33.

– 8 : Le terme al-kitâb en tant que désignant l’écrit, c.-à-d. l’écrit du pacte de Ḥudaybiya. Il s’agit du deuxième cas où déterminé par l’article al–kitâb désigne un objet en dehors du champ théologique : « En vérité, ceux qui dissimulent ce que Nous avons inspiré comme arguments formels et de guidée après que Nous l’ayons exposé aux gens en l’écrit/al–kitâb, ceux-là, Dieu les damne et les maudissent les maudisseurs. », S2.V159. Pour l’analyse littérale de ce verset, voir : S2.V159-162.

– 9 : Le terme al–kitâb en tant que désignant l’Édiction : « Nulle bête sur Terre ou oiseau déployant ses ailes qui ne soient pas multitudes comme vous, Nous n’avons rien négligé dans l’Édiction/al–kitâb. Puis, vers leur Seigneur ils seront rassemblés ! », S6.V38. Ce verset est la seule occurrence sur ce thème contrairement au point de vue de l’Exégèse qui l’a corrélé improprement avec une autre série de versets relative à la consignation de toutes choses.[17] Ce faisant, elle en a égaré et inutilement complexifié la signification.[18] Cependant, le sens de ce verset est contextuellement clair : il s’inscrit au cœur d’une polémique rhétorique entre l’avènement de la révélation apportée par Muhammad et les réticences des polythéistes mecquois. En ce cadre, le v29 rappelle que ces polythéistes avaient pour caractéristique de ne croire en aucune forme de vie après la mort et qu’ils rejetaient donc le message du Prophète qui, à l’inverse, insistait sur le devenir en l’Au-delà et les responsabilités qui en découlent ici-bas. Pour mieux le réfuter, ils lui demandent de produire des miracles, vs7-8 et v37, ce à quoi le Coran se refuse. Notre v38 y répond de même en invoquant un argument naturaliste : « nulle bête sur Terre ou oiseau déployant ses ailes qui ne soient pas multitudes comme vous »,[19] assertion par laquelle Dieu se donne comme créateur de toutes choses et, qu’en cela, Il n’a « rien négligé dans l’Édiction/al–kitâb » : tel est le Miracle de Dieu à votre égard !  Le sens du mot kitâb est donc ici proche de celui de prescription et, en rapport avec l’acte créationnel divin, il doit être référé à ce qui relève de la prédétermination/al–qadâ,[20] ce qui procède donc de « l’Édiction/al–kitâb » initiale et première de Dieu à l’origine des lois physiques et biologiques régissant l’univers et, tout particulièrement, notre planète. À ceux qui dénient le miracle divin de la Création, il est alors rappelé que « vers leur Seigneur ils seront rassemblés ».[21] Enfin, et ce point est d’importance, ce verset ne donc pas peut être compris comme signifiant que Dieu n’aurait rien omis dans al–kitâb, terme alors pris pour le Coran.

– 10 : Le terme al–kitâb en tant que signifiant le délai prescrit, une occurrence : « Nul grief contre vous à ce que vous évoquiez demande en mariage des femmes ou que vous en nourrissiez l’intention. Dieu sait que vous les rechercherez, mais ne leur faites point promesses en secret, ne tenez que propos correct, et ne vous engagez pas à conclure mariage avant que le délai prescrit/al–kitâb n’atteigne son terme. », S2.V235. La dénomination « délai prescrit/al–kitâb » désigne dans le contexte le délai de quatre mois dix jours nécessaire avant tout remariage, seul moyen logiquement possible à l’époque pour s’assurer de l’éventualité d’une grossesse antérieure.

– 11 : Le terme al–kitâb qualifiant la Thora, ex. : « Exigeriez-vous des gens la piété, la négligeant vous-mêmes, et ce, alors que vous récitez la Thora/al–kitâb ? Ne raisonnez-vous donc pas !  », S2.V44. Pour l’explication, voir : S2.V43-46.

B – Les significations du terme-clef kitâb lorsqu’il est non déterminé par l’article : kitâb

– 1 : Le terme kitâb en annexion dans la locution fî kitâbin mubîn avec le sens de : en un Recueil établi, locution qui de manière notable est retrouvée uniquement en cinq versets, tous de thème identique, ex. : « Il détient les clefs de l’Inapparent, nul ne les connaît hors Lui. Il sait ce qui est sur terre comme en mer ; pas une feuille qui ne tombe sans qu’Il en ait connaissance, pas une graine en les ténèbres du sol et pas une pousse fraîche ou sèche, rien qui ne soit en un Recueil établi/kitâb mubîn. », S6.V59.Textuellement, ce verset ne signifie pas que toutes choses devant se produire sont par avance consignées en un écrit/livre/kitâb, mais, à l’inverse, que toutes choses se produisant ici-bas n’échappent en rien à la connaissance de Dieu. En effet, il est clairement dit que toute chose « sur terre comme en mer » ne se produit « sans qu’Il en ait connaissance » et c’est donc de cette « connaissance » divine que la locution fî kitâbin mubîn est nécessairement une métonymie : la représentation imagée de la consignation de toutes informations évoquant l’absolue « connaissance » objective par Dieu de l’ensemble des évènements, d’où notre traduction par : « en un Recueil établi/fî kitâb mubîn ». Notons que ce « Recueil » est sans rapport avec le « Registre » tenant le compte des actions de l’Homme au Jour du Jugement, cf. supra point –6. Il ne s’agit donc pas d’indiquer l’existence d’un livre matériel, concret, mais de signifier abstractivement que rien en Sa création n’échappe à Dieu, c’est-à-dire à Sa Science ou Connaissance/‘ilm. Ceci est du reste confirmé en cette deuxième occurrence : « En quelque situation que tu sois, quoi que tu suives[22] de Sa part quant à la Récitation,[23] pas une action que vous n’accomplissez sans que Nous soyons de vous témoins lorsque vous l’entreprenez. Rien n’échappe à ton Seigneur, fût-ce chose du poids d’une minuscule fourmi sur Terre ou en les Cieux. Et rien de plus petit encore ou de plus grand qui ne soit en un Recueil établi/fî kitâbin mubîn.», S10.V61. Il n’est certes pas question ici de la prédétermination de toutes choses, mais bien du fait que Dieu est témoins de toutes choses en Sa création. La consignation de l’ensemble des évènements « en un Recueil établi/fî kitâbin mubîn » en tant que traduisant le fait que « rien n’échappe » à Dieu apparaît encore une fois comme l’image de Sa « connaissance » absolue du Monde : la Science de Dieu, ce qui en soi est une forme d’immanence. Il en est de même dans les trois autres occurrences : S11.V6 ; S27.V75 ; S34.V3. Pour autant, l’Exégèse en quête d’arguments coraniques qui attesteraient du dogme islamique du Destin absolu, c.-à-d. la prédétermination-prédestination de toutes choses, a voulu voir en ce verset et ses quatre semblables la mention du Livre des destinées, un Livre explicite/kitâb mubîn céleste en lequel aurait été inscrit à l’avance tous les évènements ainsi que l’agir et la destinée de tous. D’une part, rappelons que nous avons démontré que ce dogme de l’Islam n’est pas coranique[24] et l’analyse des présents versets le confirme. D’autre part, le concept de Livre des destinées est la réinterprétation d’un emprunt fait à une doctrine judéo-chrétienne elle-même inspirée d’anciennes croyances babyloniennes.

– 2 : Le terme kitâb au sens de détermination : « Pas un malheur qui atteigne la Terre ou vous-mêmes qui ne relève d’une détermination/fî kitâbin avant que Nous l’ayons créée. Certes, cela pour Dieu est aisé !  », S57.V22. Comme pour le paragraphe ci-dessus, l’Exégèse a vu en ce verset la prédétermination divine de tout chose présentement jugée antérieure à la création, conception appartenant au dogme du Destin en tant que prédestination par Dieu du bien comme du mal, cf. le hadîth dit de Gabriel.[25] Cependant, il n’est en ce verset question que de malheur/muṣîba et non de toutes choses, c’est-à-dire les bons évènements comme les pires. Le terme employé : muṣîba/calamité, catastrophe, désastre, malheur, est distinct des termes sharr et sayyi’a qui dans le Coran désignent le mal commis par l’Homme, car ce n’est pas Dieu qui est responsable du mal mais bien les hommes eux-mêmes : « tout mal/sayyi’a qui t’atteint vient de toi », S4.V79[26] ; « Je me réfugie auprès du Seigneur de l’Aurore contre le mal/sharr qui est commis », S113.V1-2. Ce distinguo terminologique permet de comprendre que par malheur/muṣîba est désigné ce qui se produit sur Terre, les catastrophes naturelles, ou en vous-mêmes/fî anfusi-kum, les pathologies, c’est-à-dire au global l’ensemble des évènements qui ne relèvent ni de la volonté humaine ni ne résultent de la capacité d’action de l’Homme. En Destin et Libre arbitre, nous avons montré qu’autant l’Homme dispose de son libre arbitre, autant les paramètres extérieurs intervenant sur le cours de sa vie et sur son agir lui échappent et appartiennent principalement à ce que l’on nomme al–qadâ : la prédétermination. Nous avons de même montré que cette prédétermination n’était pas un déterminisme absolu, une prédestination inconditionnelle réduisant l’Homme à un simple exécutant des arrêts divins. Ainsi, sont évoquées en ce verset sous le terme générique de malheur/muṣîba les conséquences négatives résultant de la création physique et biologique de « la Terre ». En effet, tout système de cet ordre est de principe instable et notre réalité découle d’un équilibre permanent entre construction et destruction. Certains de ces aspects nous sont bénéfiques, d’autres peuvent effectivement revêtir l’aspect de catastrophes ou malheur nous frappant. En somme, il ne s’agit là que de l’expression complexe et ambivalente procédant de ce que l’on qualifie de lois de la nature et qui, selon la théologie coranique, relève de la prédétermination créationnelle divine : al–qadâ, c’est-à-dire l’activité créatrice principielle pré-temporelle. Se trouve donc à présent justifié que nous ayons traduit le syntagme illâ fî kitâbin par « qui ne relève d’une détermination/kitâb », c’est-à-dire qui ne soit pas déterminé par une norme ou une loi régissant la création, ce qui donc procède d’une détermination créatrice divine antérieure à la création de la Terre elle-même. Ceci explique aussi que pour nabra’a-hâ : « Nous l’ayons créée » nous avons afféré le pronom «  » à « la Terre » contrairement à la compréhension classique qui le relie à muṣîba/malheur, terme lui aussi féminin en arabe. Le sens littéral mis de la sorte en évidence confirme la définition coranique de al–qadâ que nous avons ci-dessus rappelée.

– 3 : Le terme kitâb en tant que désignant le Coran comme étant un message : « Certes, ceux qui dénient le Rappel/adh-dikr lorsqu’il leur parvient… bien qu’il soit un message/kitâb fort », S41.V41. Comme l’indiquent l’adjectif fort/’azîz et la notion de rappel/dikr, il ne s’agit pas ici de qualifier le Coran d’écrit, un exemplaire physique donc, mais son propos : « un message/kitâb fort », message somme toute immatériel. Nous retrouvons la même signification en S14.V1 : « Alif ; lâm ; mîm. Message/kitâb que Nous t’avons révélé afin que tu fasses passer les Hommes des ténèbres à la Lumière, de par la permission de leur Seigneur, sur la voie du Tout-puissant, le Digne de louanges. », S14.V1.

– 4 : Le terme kitâb en tant que signifiant prescription, ex. : « Et lorsque leur parvenait une prescription/kitâb venant de Dieu confirmant ce qu’ils savaient être – alors qu’auparavant ils imploraient de l’aide contre les dénégateurs – voilà qu’ayant reçu ce dont ils avaient connaissance ils le déniaient. Que la damnation de Dieu soit sur les dénégateurs !  », S2.V89. Pour l’analyse littérale de ce verset, voir : S2.V89-90.  De même au verset suivant : « Alors que les femmes de condition libre et de bonnes mœurs parmi les femmes, à moins que ce ne soit celles que vos mains droites possèdent, c’est là une prescription de Dieu à votre égard… », S4.V24. Nous rappellerons qu’étymologiquement et linguistiquement une prescription/kitâb n’est pas une obligation. Lexicalement, le mot kitâb dérive de la racine kataba lorsqu’elle signifie écrire, d’où pour kitâb écrit, livre, missive. C’est en ce cadre que le verbe kataba signifie par extension prescrire, c’est-à-dire mettre par écrit, et que kitâb vaut donc pour prescription : ce qui a été écrit. Aussi, par définition, toute prescription/kitâb n’a pas un caractère obligatoire, il s’agit seulement d’une recommandation mise par écrit. Il en est de même en français où, par exemple, la prescription médicale est un acte écrit non contraignant, de fait une recommandation dans l’intérêt du patient. Ce n’est donc que sous l’influence de l’exégèse juridique propre aux objectifs de l’Islam qu’a été surimposé au terme kitâb compris en tant prescription le sens d’obligation, voire de Loi divine.

– 5 : Le terme kitâb, sans l’article, lorsqu’il désigne un écrit au sens concret, ex : « Quand bien même aurions-Nous fait descendre sur toi [Muhammad] un écrit/kitâb sur parchemin/qirṭas et qu’ils l’eussent pu toucher de leurs mains, que les dénégateurs auraient alors dit : Ce n’est là que magie manifeste ! », S6.V7. L’indication de la formulation kitâban fî qirṭasin ne permet pas de comprendre le terme kitâb comme signifiant un livre, mais bien « un écrit », écrit qui en ce verset ne représente pas le Coran.

– 6 : Le terme kitâb, sans l’article, lorsqu’il désigne un livre au sens matériel : ex. : « Auriez-vous donc un livre/kitâb que vous étudierez et en lequel il y aurait ce que vous préférez ! », S68.V37-38. Le contexte permet d’établir qu’il s’agit ici de tout type d’ouvrages. Le lien étymologique avec la racine kataba au sens d’écrire perdure dans le terme kitâb/écrit, écriture, livre, de telle sorte que l’emploi de ce terme au sens de « livre » ne tient pas compte de la forme physique du support de l’écriture. Il peut donc s’agir à l’époque de codex, de rouleaux, de tablettes. Idem en S46.V4.

– 7 : le terme kitâb, sans l’article, désignant un livre sacré, c.-à-d. un parmi ceux des religions monothéistes : ex. : « Tu ne suivais/talâ[27] avant celui-ci aucun livre sacré/kitâb pas plus que tu n’en traçais de ta main droite ; ne conçoivent donc des doutes que les affabulateurs ! », S29.V48. En fonction du v47, l’on entend par « aucun livre/kitâb » aucun livre parmi les livres sacrés des Gens du Livre. Il s’agit là de dire que Muhammad n’appartenait à aucune de ces religions comme précisé en note. Le segment « tu n’en traçais de ta main droite » implique que par « livre/kitâb» est qualifié l’aspect matériel des Écritures. Le segment « avant celui-ci » qualifierait le Coran de livre, mais alors seulement indirectement, car il est précisé au v49 que le Coran est un ensemble de versets mémorisés. Même signification en S22.V8 et S31.V20. Signalons qu’en S42.V15, la locution min kitâbin où le mot kitâb est au singulier et qui signifie en matière de livre se comprend donc au pluriel comme désignant tous les livres sacrés ayant une origine révélée.

– 8 : Le terme kitâb, sans l’article, avec le sens de missive : « Elle dit : « Ô Conseil, il m’a été adressé une noble missive. Elle provient de Salomon et elle est au nom de Dieu le Tout-Miséricordieux…», S27.V29. Pour l’analyse littérale de ce verset et l’invalidation des spéculations prétendant que cette missive de Salomon commençait par la mention de la basmala, voir : la basmala.

– 9 : Le terme kitâb en annexion et en tant que désignant un livret personnel : « Lis ton livret/kitâb ! Ce Jour, tu te suffis, contre toi, à tenir le compte ! », S17.V14.  Dans le contexte, il s’agit au Jour du Jugement d’un livre personnel qui sera déroulé devant tout un chacun, v13, et qui présentera à tout individu le résultat global de ses œuvres : droit chemin ou égarement, v15, le détail de ces actes étant consigné dans le Registre divin, cf. supra. Ceci justifie que nous ayons rendu cette entité dite kitâb par le mot « livret ». C’est ce même « livret » qui selon le résultat global : « le compte » est dit kitâb al–fujjâr/livret des déviants lorsqu’il présente un solde négatif, S83.V7-9 et, par opposition, kitâb al–abrâr/livret des obéissants, lorsqu’il présente un solde positif, v18. Ailleurs il est dit que ce « livret » sera dans le premier cas remis en main droite et dans le second en main gauche, S69.V19 et 25.

– 10 : Le terme kitâb en annexion dans la locution livre de Dieu/kitâb allâh connaît trois significations différentes :

a- : Le Livre de Dieu : « Certes, ceux qui suivent le Livre de Dieu/kitâb allâh, accomplissent la prière et font largesse de ce que Nous leur avons attribué en secret ou ouvertement espèrent un marché impérissable. », S35.V29. Le v25 traitant de la Révélation au travers de différents messagers de Dieu et le v31 faisant explicitement allusion à la révélation du Coran à Muhammad, nous en déduisons que le « Livre de Dieu/kitâb allâh » en notre v29 désigne le Livre matriciel/umm al–kitâb, cf. supra, seul cas qui ontologiquement puisse correspondre à la dénomination de « Livre de Dieu », d’où la majuscule. Signalons que nous retrouvons la même signification pour la locution kitâb rabbika/le Livre de ton Seigneur en S18.V27.

b- : Le livre de Dieu : « Et, lorsque leur venait un prophète de la part de Dieu, confirmateur de ce qu’ils avaient, une partie de ceux qui reçurent le Livre rejetèrent le livre de Dieu/kitâb allâh derrière leur dos tout comme s’ils ne savaient pas », S2.V101. En ce verset, pour la locution « livre de Dieu/kitâb allâh » le terme « livre » qualifie dans le contexte la Thora en tant qu’exemplaire physique relevant de l’histoire de la mise par écrit de la Révélation qui fut faite à Moïse et qui pour les juifs est le « le livre de Dieu », tout comme le Coran l’est pour les musulmans. De même en S3.V23 où la locution « livre de Dieu/kitâb allâh » désigne aussi la Thora. Ceci explique que nous usions ici d’une minuscule en « livre de Dieu » afin de le distinguer du cas précédent. Notons qu’en une seule occasion la Thora est dite par métonymie kitâb mûsâ/le livre de Moïse : cf. S11.V17.

c- Un décret : « Certes, le nombre de mois pour Dieu est de douze lunaisons par un décret de Dieu/kitâb allâh le jour où Il créa les cieux et la Terre. Parmi eux, quatre sont sacrés, telle est la droite coutume. N’y soyez pas iniques envers vous-mêmes. Mais, combattez les polythéistes en tous ces temps, tout comme ils vous y combattent ; et sachez que Dieu est avec ceux qui le craignent. », S9.V36.[28] En ce verset, la locution kitâb allâh se comprend sans difficulté au sens de « décret de Dieu/kitâb allâh » concernant les lois physiques régissant les rotations de la Terre et de son satellite : la lune.  L’on retrouve cette signification aux versets suivants : S8.V75 ; S30.V56 ; S33.V6.

Nous aurons noté que la locution livre de Dieu/kitâb allâh ne s’entend jamais comme désignant le Coran en tant qu’exemplaire physique résultant de la mise par écrit de la révélation reçue et transmise par Muhammad, ce contrairement aux usages reçus en Islam.

C – Les significations du pluriel kutub, cas déterminé, al–kutub  ou indéterminé, kutub :

Contrastant avec le grand nombre d’occurrences coraniques du singulier kitâb, le pluriel kutub n’est employé qu’à six reprises.

 – 1 : Le pluriel kutub en annexion pronominale en tant que désignant l’ensemble des Livres dits sacrés, deux occurrences : « Ô croyants ! Ayez foi en Dieu, en Son messager et à l’Écrit qui est révélé progressivement à Son messager ainsi qu’au Livre qui a été révélé auparavant. Qui dénie Dieu, Ses anges, Ses Livres/kutub, Ses messagers et le Jour Dernier s’est fourvoyé d’un égarement profond. », S4.V136. L’on notera la triple occurrence : « à l’Écrit », c’est-à-dire le Coran ; « au Livre », c’est-à-dire le Livre archétypal/umm al–kitâb ; « Ses Livres/kutubi-hi », trois significations que nos choix lexicaux et typographiques permettent de distinguer. En ce verset tout comme en son équivalent S2.V285, le pluriel kutub désigne l’ensemble des Écritures sacrées résultant de la mise par écrit de diverses révélations. Il convient de noter que par le pronom possessif « Ses/hi » en « Ses Livres/kutubi-hi », Dieu s’attribue en apparence ces Écritures dites sacrées, mais cela ne peut être que de manière indirecte puisque ces « Livres/kutub » ne sont concrètement pas « Ses Livres », notre majuscule à « Livres » se justifiera donc de ce qui suit. Nous l’avons dit, par « Livres » il s’agit uniquement là des divers résultats découlant de la mise par écrit par les hommes des différentes révélations que Dieu a réalisées par l’intermédiaire de Ses messagers. Nous avons précédemment souligné au sujet des Gens du Livre[29] et du rapport ainsi établi par le Coran avec le Livre archétypal/umm al kitâb en tant qu’entité commune à tous les dépositaires monothéistes d’Écritures sacrées que cette conception était le fondement même du respect inter-scripturaire, lui-même base du respect interreligieux vrai et sincère. De fait, les « Livres/kutub » en question ne sont, pour des raisons historiques, que les transcriptions de révélations plus ou moins nécessairement non fidèles au message révélé initialement aux messagers-prophètes à l’origine des religions monothéistes qui s’en réclament. Ainsi, lorsqu’il est demandé aux « croyants », c’est-à-dire à tous les croyants monothéistes, de croire en « Ses Livres/kutub » ce n’est pas tant leur contenu qui est visé, mais bien leur origine commune. Par suite, cela revient concrètement à ce que le croyant d’une religion monothéiste donnée se réfère en pratique à son Écriture sacrée, son livre, tout en portant foi et respect aux Écritures des autres religions monothéistes. Les croyants monothéistes devraient ainsi former une Communauté du Livre au sens de Communauté de la Révélation.

– 2 : Le pluriel kutub indéterminé par l’article en tant que désignant des livres sacrés, en ce sens il est le pluriel de kitâb lorsqu’il qualifie un livre dit sacré. Nous avons précédemment envisagé cette signification.[30] Citons à présent l’unique occurrence pour ce pluriel : « Nous ne leur avions point donné de livres sacrés/kutub qu’ils étudieraient et Nous ne leur avions point dépêché avant toi d’avertisseur. », S34.V44. Ce verset concerne Quraysh et rappelle que leurs croyances ne reposent pas sur une révélation qu’ils auraient antérieurement reçue et, qu’ainsi, ils ne se fondent que sur des divagations nées de l’ignorance de leurs ancêtres, v43.

– 3 : Le pluriel al–kutub déterminé par l’article en tant que signifiant édits, une seule occurrence : « Le Jour où Nous roulerons le ciel comme on repli, afin de les sceller, les édits… », S21.V104. Le mot sijill dérive du latin siggillum désignant le sceau employé pour sceller les lois et règlements impériaux qui étaient édictés sur des rouleaux de parchemin ou de papyrus, d’où notre « édits ».

– 4 : Le pluriel kutub indéterminé par l’article en tant que signifiant prescriptions, une seule occurrence : « …des feuillets purifiés en lesquels se trouve des prescriptions/kutub droites », S98.V2-3. Dans le contexte de controverse critique de cette sourate, le pluriel kutub ne peut signifier écrits, écritures qui seraient qualifiées de droites/qayyima, mais en rappel de la véridicité et de la constance de certains aspects du message de Dieu en toutes révélations, éléments ici présentés comme indiscutables, d’où : « prescriptions », voir l’étude de son singulier au Chapitre B, point 4.

– 5 : Le pluriel kutub en annexion pronominale en tant que signifiant arrêts, une seule occurrence : « Et, Marie fille de ‘Imrân, qui avait préservé sa virginité. Puis Nous y insufflâmes de Notre Souffle et elle attesta véridiquement des paroles de son Seigneur et de ses arrêts/kutub ; elle fut au nombre des vertueux. », S66.V12. Ce verset en lien avec la naissance sur-naturelle de Jésus rappelle que celle-ci fut déterminée par les paroles que Dieu adressa à Marie par l’intermédiaire de l’Ange, cf. S19.V19, et que leur accomplissement dépendit d’un des « arrêts/kutub » divins relevant du qadâ, S19.V20.[31]

 

Conclusion

Suite à cet examen minutieux des occurrences coraniques du terme-clef kitâb, nous aurons constaté que le Coran en a largement dépassé le champ lexical initialement restreint en langue arabe. En la matière, les distinguos offerts par le français auront permis de mettre en valeur ces diverses nuances ainsi que l’activité néologique mise en œuvre par le Coran. Nous aurons donc noté que les traductions françaises du Coran ignorent peu ou prou cette richesse et, conséquemment, réduisent, mais aussi égarent, le sens des nombreux versets concernés. Enfin, il ressort de cette étude que la locution Livre de Dieu utilisée constamment en Islam pour qualifier le Coran n’est logiquement pas coranique. En son auto-désignation, le Coran prend donc garde de ne pas anthropomorphiser son statut ontologique de révélation et ne se qualifie au plus près de nous que d’Écrit, c’est-à-dire en tant que forme matérielle résultant uniquement de la transcription du message oral de Dieu par la main des hommes. Sous cet angle est mis en évidence l’état oro-scripturaire du Coran.

Dr al Ajamî

[1] Ce chiffre englobe la totalité des états syntaxiques du terme kitâb, à savoir lorsqu’il est déterminé par l’article : al–kitâb, lorsqu’il est indéterminé : kitâb et lorsqu’il est en annexion pronominale ou non, ex. : kitâba-ka et kitâba-llâh. Ceci étant, en islamologie notamment, il est coutume de dire que la forme al–kitâb, grosso modo pris pour le Livre, connaît 230 occurrences coraniques, ce qui est pourtant erroné. En effet, si l’on examine réellement l’ensemble de ces occurrences données par les dictionnaires coraniques de référence, l’on constate qu’en cette rubrique on été classé improprement 42 cas où ce n’est point al–kitâb qui est mentionné, mais la forme indéterminée kitâb. Ainsi, la citation al–kitâb ne connaît précisément que 188 occurrences. Signalons que ce type d’erreur est assez fréquent dans lesdits dictionnaires coraniques, l’unique modèle de base étant le célèbre alfâẓ al–qur’ân al–karîm de Muhammad Fou’âd abd al–bâqî édité pour la première fois en 1939, ouvrage repris directement du travail princeps de Gustav Flügel : Concordantiæ corani arabicæ ad literarum ordinem et verborum radices diligenter disposuit, Leipzig, 1842. Bien que Fou’âd abd al–bâqî ait dûment corrigée et complétée sa traduction vers l’arabe, de nombreuses erreurs de classement y subsistent encore.

[2] Pour l’activité néologique du Coran à partir du vocabulaire concret des Arabes, voir : l’Analyse lexicale.

[3] Ex. : « …Voici les versets de l’Écrit/al–kitâb », S10.V1.

[4] Techniquement, un codex, terme désignant à l’origine les tablettes/law de bois utilisées par les Romains comme support d’écriture, consiste en un assemblage à plat de feuilles de parchemin, ce en opposition au rouleau de papyrus dit volumen. Le terme muṣḥaf fut utilisé pour désigner les premiers exemplaires de la mise par écrit complète du Coran, il signifie ensemble de feuilles, l’équivalent donc d’un codex, état physique premier de la rédaction du texte coranique.

[5] Voir aussi : Quel Coran ? et Le Coran.

[6] En ce domaine conceptuel ne relevant pas de notre Monde, ce serait anthropomorphique et théologiquement inconvenant de supposer que la Matrice du Livre/umm al–kitâb soit comme un objet auprès/‘inda de Dieu, c’est-à-dire : à Ses côtés. Aussi, retenons-nous un autre sens de la préposition ‘inda : en, d’où notre « en Lui est la Matrice du Livre ».

[7] Rappelons que le mot umm au sens de mère signifie au figuré source, principe, prototype, archétype, tout comme notre matrice, matriciel est en rapport étymologique avec le latin mater, matrix : lieu où une chose prend naissance, s’origine.

[8] Nombreux sont ceux qui pensent ici que le kitâb représente le Coran, mais il n’y a pas de sens à dire que Dieu aurait fait du Coran-livre une récitation puisqu’au contraire, c’est la récitation initiale qui a été faite livre et que le Coran était donc une récitation avant que d’être un livre. Ceci nous permet de comprendre que le terme kitâb en ce verset désigne un niveau antérieur à celui manifesté sous forme de récitation/qur’âna, état représenté par le Livre archétypal ou Matrice du livre/umm al–kitâb. S’agissant donc du Livre archétypal, le qualificatif mubîn ne peut signifier : explicite, clair, etc., puisque son contenu nous est inconnu et inaccessible, l’on en retient alors une autre de ses lignes de sens : certain, sûr, etc.

[9] Sans l’article, le terme qur’ân ne désigne pas le Coran qui, lui, est toujours déterminé par l’article : al–qur’ân/le Coran. Rappelons qu’en la perspective qui nous occupe le mot qur’ân signifie assemblage, récitation, ce bien avant qu’il ne désignât l’acte de lire : la lecture. La traduction exacte pour al–qur’ân est donc : la Récitation.

[10] Le verbe ja‘ala a de multiples significations, ici il caractérise ce qui est représenté en inna-hu par le pronom « hu/le, lui », ce pronom représentant la « récitation/qur’âna », le terme étant masculin en arabe. Or, le propos est bien de dire que cette récitation, c.-à-d. le Coran, provient de la Matrice du Livre, d’où notre « s’origine » au sens de provenir de. Ceci permet de comprendre que contrairement à ce que l’Exégèse postule régulièrement, le Coran révélé ici-bas n’est en rien la copie conforme de l’exemplaire coranique céleste assimilé alors au Livre archétypal/umm al –kitâb. Ceci explique aussi que la traduction standard ait ajouté entre parenthèses une mention afin d’imposer au texte cette conception : « Il est auprès de Nous, dans l’Écriture-Mère (l’original au ciel), sublime et rempli de sagesse.», v4.

[11] En fonction de ce que nous avons débattu à la note 6, le syntagme laday-nâ ne signifiera pas ici que la Matrice du Livre est auprès de Nous [Dieu], mais que ladite Matrice est « par devers » Dieu, laquelle est alors considérée comme étant « éminente, toute de sagesse ».

[12] Ce n’est bien évidemment pas le Livre archétype qui est en arabe !

[13] Cette évidence pourrait sembler battue en brèche en S85.V21-22 par la notion de lawḥ mafûẓ comprise comme signifiant une Table ou Tablette/lawḥ sur laquelle serait donc gravé le prototype, et non plus l’archétype, du Livre. Or, si la Matrice/umm du Livre correspondait à une écriture déterminée cela supposerait que toutes les versions révélées y soient écrites et impliquerait de plus que Dieu ait à les traduire en la langue des différents récepteurs-messagers, toute traduction étant en soi un phénomène d’altération ! Plus encore, il faudrait que ladite tablette/lawḥ au singulier, et non au pluriel comme lorsqu’il s’agit des tablettes de Moise, soit physiquement infinie ! Ceci avait été perçu par l’Exégèse qui en avait donc conclu selon sa logique que seul le Coran était gravé sur cette tablette/lawḥ ! Cependant, si tel était le cas, alors ce “Coran céleste” y serait nécessairement écrit en arabe, mais alors pourquoi avoir dit que « Nous en avons fait un Coran arabe », traduction standard de S43.V3, et de manière contradictoire alors avoir indiqué : « Nous n’avons dépêché aucun Messager sans que ce ne soit en la langue de son peuple, afin que cela leur soit explicite… », S14.V4, information qui prouve que la Matrice du Livre n’était pas plus en arabe pour Muhammad qu’elle n’était en hébreu pour Moïse ! Nous indiquerons que ces incohérences imposées au Coran proviennent du fait que les théologiens musulmans ont ici emprunté directement à leurs collègues juifs, eux-mêmes tenant l’idée d’un livre se trouvant au Ciel des Égyptiens… Aussi, l’interprétation de S85.V21-22 doit-elle être reconsidérée, le terme lawḥ y correspondant seulement à une image symbolique du Livre matriciel : « Cependant, ceci est une noble récitation/qur’ânun issue d’une Tablette/lawḥ immuable/maḥfûẓ ».

[14] Telle est la base fondamentale du respect interreligieux selon le Coran. Voir S2.V2-5 et La pluralité religieuse selon le Coran et en Islam. Notons à nouveau que le credo de foi coranique ne comporte que quatre articles et ne fait pas mention de la croyance en l’absolue prédestination de toutes choses par Dieu. Pour notre critique de cet ajout dû à l’Islam, cf. Destin et Libre arbitre.

[15] Nous l’avons dit, nous entendons par « le Livre » le Livre archétypal ou umm al–kitâb, cf. § 2. Nous le vérifions présentement puisque ce n’est que de ce Livre concept dont il peut être dit : « Dieu a donné le Livre ».

[16] En fonction de ce que l’image suggère, le mot arreprésente plus ici un sol, une « surface » que l’on sait selon le Coran créée de novo et aplanie après l’effacement de notre Terre, cf. S14.V48 et S89.V21.

[17] Il s’agit des versets S6.V59 ; S10.V61 ; S11.V6 ; S27.V75 ; S34.V3 relatifs au kitâbin mubîn, cf. chapitre B.

[18] Une part de l’Exégèse, et même certains théologiens contemporains, ont entre autres supposé ici que les animaux seront eux aussi ressuscités au Jour Dernier et qu’ils seront jugés, ce qui a amené d’aucuns à penser que les animaux possédaient de même une âme !

[19] « qui ne soient pas multitudes comme vous » ; par « multitudes» nous traduisons le pluriel umam généralement rendu par communautés. Or, parmi les espèces animales toutes ne sont pas grégaires, ne vivent pas en communauté donc, et nombreuses celles qui sont strictement solitaires. Ceci étant précisé, le pluriel de umma : umam a pour autres significations : assemblées, familles, foules, multitudes, ce dernier terme indiquant le foisonnement de la vie créée par Dieu en réponse à la demande de miracle de la part des polythéistes réfractaires au message de Muhammad, v37. Le syntagme amthâlu-kum/comme vous représente donc une notion quantitative et non pas qualitative, laquelle aurait alors signifié que les animaux vivent de manière semblable aux hommes, c’est-à-dire en communauté. L’idée est seulement de dire que la création des animaux en leur multiplicité et abondance est tout comme celle des hommes le fruit de « l’Édiction/al–kitâb» créationnelle divine. Il est donc incorrect comme le fait la traduction standard à la suite de l’Exégèse de traduire ce segment par « qui ne soit comme vous en communauté ».

[20] Pour notre analyse critique de la question du Destin et sur les notions-concepts et la terminologie employés, voir : Destin et Libre arbitre selon le Coran et en Islam.

[21] Confirmant notre compréhension, il est à noter qu’il est dit ici « ils seront rassemblés/yuḥshar’ûn », l’accord du verbe yuḥshar’ûn étant au masculin pluriel et concernant donc des êtres humains alors que s’il s’était agi de rassembler lesdits animaux il aurait fallu de règle un accord féminin singulier. Ceux dont il est dit présentement qu’ils « seront rassemblés » ne sont pas les hommes dans leur ensemble, mais, comme nous l’avons signalé, les polythéistes au cœur de cette controverse. Les spéculations exégétiques que nous avons ci-dessus évoquées reposent donc sur approximation grammaticale.

[22] « quoi que tu suives ». Le verbe talâ signifie à l’origine suivre et par extension seulement : lire. En ce verset traitant des actes des hommes et du fait que la répétition “réciter une récitation” ne ferait pas vraiment sens, comprendre talâ par suivre est cohérent et, s’adressant au Prophète, indique bien l’effort fourni pour mettre en œuvre ce qu’il a reçu de la Révélation.

[23] « quant à la Récitation » pour min qur’ânin. Dans le Coran, surtout en la période mecquoise, lorsque le terme qur’ân n’est pas déterminé par l’article : al–qur’ân, est ainsi désigné non pas l’Écrit/al–qur’ân, mais la Récitation, c’est-à-dire la révélation du Coran en son état initial de texte récité.

[24] Cf. : Destin et Libre arbitre selon le Coran et en Islam.

[25] Idem.

[26] Voir notre commentaire en note de ce verset en Sourate 4 : les Femmes.

[27] Pour le sens suivre/talâ, voir note 22. L’idée est ici de dire au sujet du Prophète qu’il n’appartenait pas à une religion se revendiquant d’un livre sacré, tel était bien le cas du polythéisme des Arabes. L’on en déduit donc que Muhammad en tant que qurayshite était lui aussi polythéiste, d’où égaré comme en S93.V7, et non pas ḥanîf/monothéiste sans religion, personnages théotropes imaginés par l’hagiographie afin d’idéaliser la figure du Prophète qui aurait était ainsi exempt de la souillure de tout polythéisme dès avant de recevoir la révélation du Coran. De même, le segment « pas plus que tu n’en traçais de ta main droite » ne signifie pas dans ce contexte que Muhammad ne savait pas écrire [à contrario l’on pourrait même en déduire qu’il savait malgré tout écrire] mais qu’il ne faisait pas partie à divers titres des scribes des Gens du Livre et donc n’avait pas de lien avec ces religions monothéistes présentes en Arabie, contrairement à ce que se plait à soutenir l’islamologie.

[28] Pour l’analyse littérale de ce verset, voir notre thèse p159-161 : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01556492/document

[29] Cf. Chapitre A, point 3.

[30] Cf. Chapitre B, point 7, S29.V48.

[31] Quant à la définition du qadâ, voir : Destin et Libre arbitre selon le Coran et en Islam.