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S4.V3

 

Contrairement à ce que l’on affirme, le Coran défend l’égalité et l’équité entre les hommes et les femmes.[1] Cependant, face au machisme, au sexisme mis en texte et en pratique par l’Islam et nombre de musulmans, et tout autant revendiqués qu’assumés au nom du Coran, il paraît légitime de s’interroger. À cet égard la polygamie serait comme la partie émergée de l’iceberg du déséquilibre des rapports hommes femmes institué en Islam. De principe, la polygamie exprime quantitativement la supériorité et la domination sexuelle de l’homme et qualitativement l’infériorité et la soumission sexuelle de la femme. Si Dieu avait créé l’Homme à Son image, il serait donc phallocrate, mais ne serait-ce pas plutôt les hommes qui auraient fait Dieu à leur propre image ? Au fond, à l’image de quoi Dieu aurait-il créé la Femme ?! À notre époque, nombreux sont ceux, et surtout celles, qui ne peuvent admettre qu’une telle atteinte à l’intégrité humaine puisse se légitimer de leur religion. La dialectique ou l’amnésie volontaires sont alors à l’œuvre, manifestant toute la schizophrénie nécessaire pour qui ne veut, mais surtout ne peut, entendre la polygamie inscrite dans le patrimoine scripturaire de l’Islam. Qu’en est-il donc du propos coranique qui dans le silence de ce verbiage intérieur ne semble guère peu audible ?

 

• Que dit l’Islam

Cela est bien connu, selon l’Islam, le Coran aurait institué la polygamie tout en limitant le nombre de coépouses à quatre. Cet argument irréfutable serait directement fondé sur le verset suivant dont voici la traduction standard : « Et si vous craignez de ne pas être juste envers les orphelins, … Il est permis d’épouser deux, trois ou quatre, parmi les femmes qui vous plaisent, mais, si vous craignez de ne pas être justes avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez. Cela, afin de ne pas faire d’injustice (ou afin de ne pas aggraver votre charge familiale). », S4.V3.

En réalité, dans le Coran, la polygamie est un constat de fait apparaissant en de nombreux versets traitant de la situation matrimoniale des Arabes puisqu’elle a toujours été pratiquée selon le consensus coutumier, comme du reste pour tous les systèmes patriarcaux ancestraux. En affirmant que le Coran autorise la polygamie, voire pour certains la rend obligatoire, tout en la limitant à quatre coépouses, l’Islam l’a de fait inscrite dans le Droit musulman. Le cercle herméneutique est ici si densément verrouillé qu’il semble que peu aient songé à le déconstruire. Les réformistes et les penseurs de l’Islam en sont conséquemment réduits à chercher des motifs secondaires de contestation. Pour ce faire, ils contextualisent le verset puis le recontextualisent en fonction de notre contemporanéité pour tenter de fournir une interprétation montrant la non-validité de la polygamie à notre époque. De notre point de vue, la question principale relève de l’impensé : le Coran a-t-il réellement prescrit la polygamie ?

 

• Que dit le Coran

Reprenons l’unique verset censé instituer la polygamie, mais selon une formulation littérale préalable plus lisible que la précédente, mais ne modifiant pas pour l’instant la compréhension admise : « Et si vous craignez de n’être pas équitables envers les orphelins… alors épousez, comme il vous plaira, deux, trois, quatre, parmi les femmes, mais si vous craignez de ne pas être justes, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez ; et cela est plus à même à ce que vous ne vous écartiez pas du juste. », S4.V3.[2]

– L’Analyse contextuelle met aisément en évidence le contexte d’insertion de ce verset qui est ici aussi capital que clair : ce v3 est inscrit en un paragraphe, vs1-10, dont l’unique sujet est la protection des orphelins et il en témoigne directement par son segment initial : « si vous craignez de n’être pas équitables envers les orphelins ». En cela, il fait logiquement suite au v2 qui ordonne de protéger les biens des orphelins que l’on a à charge : « rendez aux orphelins leurs biens, ne substituez pas le mauvais au bon. Ne dévorez pas leurs biens en même temps que les vôtres, quelle infamie ! »[3] C’est donc en lien avec la protection des orphelins que la polygamie s’entendrait et non en tant que principe général. Cet aspect circonstanciel très net posa problème, tant pour ceux qui affirmèrent que le Coran prescrit la polygamie que pour ceux qui essayèrent de comprendre le rapport entre la défense des intérêts de l’orphelin que le v3 évoque d’emblée : « si vous craignez de ne pas être justes envers les orphelins… » et la polygamie qu’il semble mentionner directement comme conséquence : « alors épousez, comme il vous plaira, deux, trois, quatre, parmi les femmes » ainsi que l’équité due en ce cas aux femmes : « mais si vous craignez de ne pas être justes, alors une seule ».

– L’Analyse lexicale note que le terme-clef yatâmâ est pluriel qui se traduit par orphelins. Or, les exégètes prétendent régulièrement que ce mot ne désigne que l’orphelin de père. [4]  Mais, s’il en était ainsi, ce verset n’envisagerait donc que le fait de pouvoir épouser plusieurs mères d’orphelins, une “polygamie charitable” en quelque sorte et non pas une légalisation de la polygamie au sens large. Nombre d’exégètes ont perçu cette limitation qu’ils ne souhaitaient pas et ont alors soutenu que le mot yatâmâ désignait en l’occurrence uniquement des orphelines de père et qu’il ne s’agissait pas d’épouser leurs mères, mais les orphelines, ceci afin que le tuteur se protège de la sorte de ses envies sexuelles à l’encontre des orphelines qu’il aurait adoptées ! Mentalité sordide et production de circonstances de révélation à l’appui ![5] Nous n’insisterons pas sur ce qui est moralement irrecevable ! Cependant, le Coran emploie incontestablement le mot yatîm avec le sens d’orphelin de père et de mère. Nous en voulons pour preuve S93.V6, verset qui concerne le Prophète Muhammad : « Ne t’a-t-Il pas trouvé  orphelin/yatîm » et l’on sait que Le Messager avait perdu ces deux parents. D’autre part, le v2 indique directement en quoi il ne faut pas spolier les orphelins : « ne dévorez pas leurs biens… quelle infamie ! » et il n’y a là rien qui ne soit d’ordre sexuel ou relève même d’une quelconque notion de mariage. Par contre, la protection des orphelins auquel le Coran appelle ici fait sens à l’évidence tant pour les orphelins que les orphelines.[6] Nous maintiendrons donc la non-spécification de genre voulue en ce verset et la rendrons par l’emploi du pluriel orphelins qui, en français, est tout aussi mixte, et écarterons donc toutes les hypothèses de l’exégèse classique ayant trait à la sexualité des tuteurs !

– L’Analyse sémantique relève qu’il y a en ce verset deux hypothèses émises : « et si/wa in vous craignez de n’être pas équitables envers les orphelins » et  « mais si/fa in vous craignez vraiment de ne pas être justes » envers les femmes. Ces deux propositions sont liées par un rapport de cause à effet comme l’indique l’emploi pour la seconde de fa in/mais si  au lieu de wa in/et si qui aurait en ce cas indiqué une hypothèse supplémentaire indépendante de la première. Ces deux propositions sont aussi mises en rapport par le segment central : « alors épousez comme il vous plaira deux, trois, quatre, parmi les femmes ». Or, en arabe, la préposition « in » exprime l’hypothétique réalisable, voire réalisé, mais aussi divers degrés de conditionnel. Envisageons donc ces deux possibilités grammaticales et syntaxiques :

a– Dans le premier cas, l’on traduit ainsi : « et si/wa in vous craignez de ne pas être équitables envers les orphelins », c’est-à-dire selon le v2 craindre de dilapider leurs biens, crainte ou scrupule qui aurait comme conséquence l’obligation d’épouser plusieurs femmes : « alors [fa] épousez comme il vous plaira deux, trois, quatre, parmi les femmes ». Logiquement, l’on ne peut pas comprendre le rapport entre la protection des biens des orphelins et l’ordre qui serait donné ici d’être polygame. En effet, il n’est pas ici conseillé ou ordonné d’épouser les mères des orphelins ou les orphelines elles-mêmes, mais des femmes/min–an–nisâ’. En soi, cette observation invalide l’ensemble des « circonstances de révélation » connues lesquelles ne soutiennent que ces deux cas de figure : épouser les mères des orphelins ou les orphelines elles-mêmes. La vraie question est donc la suivante : en quoi le mariage polygame serait-il la solution contre la spoliation des biens des orphelins ? D’autant plus que la deuxième hypothèse émise en ce verset vient justement indiquer que cette polygamie est, elle aussi, source d’injustice : « mais si/fa in vous craignez vraiment de ne pas être justes », c’est-à-dire en ayant plusieurs coépouses, est alors donné l’ordre contraire : « alors [épousez-en] une seule ». Les trois propositions de ce verset entrent donc en contradiction les unes les autres et, principalement, l’on ne peut comprendre qu’en un seul et même verset il soit demandé de se prémunir d’une injustice envers les orphelins en commettant potentiellement une autre injustice envers les femmes par la pratique de la polygamie ! Cette hypothèse sémantique et donc non recevable.

b– Dans le deuxième cas, c’est-à-dire si la particule « in » exprime un état conditionnel, l’on traduit ainsi : « et si/wa in vous craigniez de ne pas être équitables envers les orphelins ». Nous venons de le démontrer, cette formulation ne s’articule pas logiquement avec l’apodose : « alors/fa épousez donc… ». Cela implique syntaxiquement qu’il y ait une proposition sous-entendue/taqdîr[7] qui rétablisse la logique : « et si vous craigniez de ne pas être équitables envers les orphelins [mais vous ne le craignez pas] alors épousez donc…». Ainsi, la cohérence est retrouvée et cette construction propre au style coranique exprime le sens suivant : « puisque vous ne craignez pas de spolier les orphelins de leurs biens, alors continuez aussi à commettre cette autre injustice qu’est la polygamie ». Dès lors, l’analogie que ce verset établit entre l’injustice faite aux orphelins et celle commise envers les femmes est logique. Rappelons que cette situation n’avait à l’époque rien de théorique.[8] Par suite, la deuxième condition est tout aussi cohérente : « mais si/fa in vous craignez vraiment[9] de ne pas être justes », c’est-à-dire  en pratiquant malgré tout la polygamie, et tout comme vous craindriez vraiment de ne pas abuser des biens des orphelins, « alors [épousez-en] une seule ». La conclusion  du verset confirme immédiatement que pour le Coran la monogamie est la seule solution réellement éthique : « et cela est plus à même à ce que vous ne vous écartiez pas du juste ». Enfin, cette position coranique en faveur de la monogamie est confirmée sans ambiguïté au v129 de la même sourate en un passage traitant aussi de la protection des femmes au sein du couple : « vous ne pourriez être équitables entre vos femmes, quand bien même le désireriez-vous… ».[10] L’analogie entre le préjudice subi par les orphelins et les coépouses est donc clairement établie.

Dernier élément notable du point de vue de l’analyse sémantique, le segment-clef mathnâ wa thulâtha wa rubâ‘ est au cœur d’une manipulation patente. En effet, les commentateurs assurent que cette expression se comprend comme signifiant deux, trois ou quatre femmes, ce qui limiterait de fait la polygamie à quatre coépouses et renforcerait à contrario l’idée que le Coran a légiféré quant à la polygamie. Or, en arabe, deux, trois ou quatre se dit : ithnân wa thalâtha wa arba‘a et la forme particulière employée par le Coran : mathnâ wa thulâtha wa rubâ‘ signifie exactement selon tous les lexiques de la langue : par deux, et par trois, et par quatre. Il est donc dit : « épousez donc les femmes par deux, et par trois, et par quatre », ce qui à bien comprendre concerne le fait d’épouser deux femmes à la fois, ou trois à la fois, ou quatre à la fois. En soi, cela ne limite en rien le nombre de coépouses, au contraire,  puisqu’il est ainsi possible d’épouser autant de fois que l’on veut deux ou trois ou quatre femmes à la fois. Telles devaient donc être les habitudes des Arabes aisés qui ainsi exposaient leurs richesses et leur puissance, il en était en quelque sorte du nombre de femmes comme du nombre de chameaux. En tenant compte des résultats de sens précédents, le segment mathnâ wa thulâtha wa rubâ‘/par deux, et par trois, et par quatre se comprend alors dans le sens d’une critique de la polygamie, conformément au propos de l’ensemble du verset. Il ne s’agit donc pas de limiter le nombre de coépouses, proposition linguistiquement impossible,[11] mais bien de critiquer l’injustice inhérente à la polygamie en dénonçant la pratique des Arabes de cette époque. Le sens du propos est globalement ainsi : « tout comme vous ne craignez pas de spolier les orphelins, alors persistez dans l’injustice en continuant à épouser les femmes comme vous le faisiez : par deux, par trois et par quatre. »

Nous sommes à présent en mesure de comprendre le Sens littéral de notre verset : « Et si vous craigniez de ne pas être équitables envers les orphelins [mais vous ne le craignez pas réellement ] alors épousez donc les femmes comme il vous plaira : par deux, par trois ou par quatre ! Mais si vous craignez vraiment de ne pas être justes [envers les femmes tout comme envers les orphelins] alors [sachez que vous devez en épouser] une seule, ou ce que vos mains droites possèdent[12]; et  cela est plus à même à ce que vous ne vous écartiez pas du juste.», S4.V3.

 

Conclusion

L’analyse littérale du verset-clef S4.V3 a mis en évidence les points suivants :

1- Le Coran a établi en ce verset un parallèle entre l’injustice commise à l’encontre des orphelins par leurs tuteurs et l’injustice que la polygamie représente envers les femmes, car spoliation des biens des orphelins et polygamie sont donc deux iniquités intolérables, ce d’autant plus de la part de croyants.

2- Le Coran n’a pas légiféré sur la polygamie et n’a pas limité le nombre de coépouses à quatre.

3- Cette position du Coran est logique, il n’y a aucune raison de restreindre la polygamie à quatre coépouses puisque l’injustice de cette pratique ne dépend pas du nombre, mais du principe. Épouser quatre coépouses maximum plutôt que cinq ou trois ou deux rend-elle la chose plus juste et équitable envers les femmes ?! Aussi, paradoxalement, les partisans de cet usage archaïque et inique ont tort de se limiter à quatre femmes !

4- Si le Coran n’a pas légiféré sur la polygamie, il a en réalité condamné cette pratique au nom de l’équité et de la justice relationnelle entre les hommes et les femmes, il s’agit d’une condamnation éthique et non pas juridique.

5- Par conséquent, ce verset encourage à la monogamie qu’il considère être la seule union juste et équitable.

6- Si le Coran n’a pas interdit la polygamie que pourtant il réprouve, c’est qu’il était raisonnablement peu envisageable de vouloir éradiquer du jour au lendemain une  pratique aussi enracinée dans la société du moment coranique. Il ne l’interdit donc pas en légiférant, mais en la condamnant moralement. Telle est la voie pédagogique du Coran, sage et réaliste, de visée hautement éthique. Pour réformer une tare aussi profondément inscrite dans les mœurs de ses allocutaires, le Coran préféra sensibiliser les hommes en leur rappelant que cette coutume est profondément inique envers les femmes et qu’un croyant ne peut vouloir être injuste. Le Coran incite donc les musulmans à abandonner progressivement en fonction de leur évolution la polygamie au profit de la monogamie.

7- L’Islam s’oppose frontalement à cette approche coranique en affirmant que le Coran autorisait la polygamie tout en la limitant à quatre. Il a ainsi  ruiné la démarche progressiste du Coran au détriment de la justice et de l’équité dues aux femmes. En inscrivant la polygamie dans le Droit islamique, l’Islam a maintenu dans les faits la mentalité bédouine, il a universalisé la bédouinité et bédouinisé l’universalité coranique.

Enfin, et cela recentre la question de la polygamie sur des considérations contemporaines, le Coran a par ailleurs défini quels étaient les fondements mêmes du couple : « …amour et bienveillance ; il y a bien en cela un signe pour ceux qui réfléchissent ! »[13]

Dr al Ajamî

 

[1] Voir à ce sujet Égalité homme femme selon le Coran et en Islam.

[2] S4.V3 :

 وَإِنْ خِفْتُمْ أَلَّا تُقْسِطُوا فِي الْيَتَامَى فَانْكِحُوا مَا طَابَ لَكُمْ مِنَ النِّسَاءِ مَثْنَى وَثُلَاثَ وَرُبَاعَ فَإِنْ خِفْتُمْ أَلَّا تَعْدِلُوا فَوَاحِدَةً أَوْ مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ ذَلِكَ أَدْنَى أَلَّا تَعُولُوا

[3] S4.V2 : « وَآَتُوا الْيَتَامَى أَمْوَالَهُمْ وَلَا تَتَبَدَّلُوا الْخَبِيثَ بِالطَّيِّبِ وَلَا تَأْكُلُوا أَمْوَالَهُمْ إِلَى أَمْوَالِكُمْ إِنَّهُ كَانَ حُوبًا كَبِيرًا »

[4] Le dictionnaire de référence, al–lisân al–‘arab, dit bien que le terme yatîm ne désigne que l’orphelin de père. Cet usage linguistique restreint – que le Coran contredit comme nous allons le montrer – reflète sans aucun doute une perception patriarcale de la famille et signe la pression exégétique sur le lexique arabe. Sur ce phénomène lexical, voir :  Les réentrées lexicales.

[5] Sur notre critiques des asbâb an–nuzûl, voir : Circonstances de révélation ou révélations de circonstance ?

[6] Notons qu’au v2 on lit : « âtû al–yatâmâ amwâla-hum/donnez aux orphelins leurs biens » segment où la présence du pronom pluriel masculin « hum » pourrait laisser à penser qu’il s’agit uniquement de garçons orphelins, mais en arabe l’accord d’un pluriel mixte, ici yatâmâ, se fait au masculin.

[7] En bons philologues, Tabari et Zamakhsharî notent le recours syntaxique à un « taqdîr ». De fait, l’on trouve trace d’une proposition sous-entendue dans la plupart des traductions sous la forme de pointillés, citons à nouveau la traduction standard : « Et si vous craignez de ne pas être juste envers les orphelins, … Il est permis d’épouser… », sauf qu’en celle-ci l’on notera de plus que les traducteurs ont volontairement omis de rendre la préposition fa/alors afin de donner l’impression que le segment « Il est permis d’épouser » est indépendant du précédent, ce qui a pour fonction d’en faire un quasi impératif sans contexte, donc une autorisation non conditionnée.

[8] Effectivement, les femmes et les orphelins étaient les membres les plus faibles du système clanique patriarcal et agnatique des Arabes. Du reste, une grande part de cette sourate IV est consacrée à donner des droits à ces deux catégories d’opprimés.  Rien d’étonnant donc à ce qu’en ce verset soit établie une analogie entre les orphelins et les femmes du fait que tous deux sont victimes des mœurs et des usages de l’époque.

[9] Le « vraiment » se justifie par l’usage coranique de « in » en début de verset, ou de protase, considéré comme souvent proche de la particule « inna ». Ici, c’est de plus le fait que ce « in » vient reprendre celui de la première proposition en tête du verset qui lui confère valeur d’insistance, d’où :  « si  vraiment ».

[10] S4.V129 : «… وَلَنْ تَسْتَطِيعُوا أَنْ تَعْدِلُوا بَيْنَ النِّسَاءِ وَلَوْ حَرَصْتُمْ »

[11] Ceci explique que Tabari signalait que certains commentateurs gênés par cette formulation particulière, mais désireux d’affirmer que le Coran légiférait sur la polygamie, l’interprétaient selon une autre logique tout autant défendable en disant que cela faisait 2+3+4, soit neuf coépouses possibles ! Néanmoins, cette pseudo anecdote témoigne de ce que la formulation mathnâ wa thulâtha wa rubâ‘ avait été comprise comme ne signifiant pas deux, trois ou quatre… femmes.

[12] Nous n’analyserons pas présentement ce segment du fait de son importance, voir donc S4.25. Indiquons qu’il s’agit là non pas de remplacer le mariage par la jouissance à discrétion d’une esclave, mais de dire, contrairement aux us des Arabes, que si vous ne trouvez pas à épouser des femmes de condition libre, alors épousez des femmes de condition servile. D’évidence, le plaidoyer mené par notre v2 contre la polygamie au nom de la justice et de l’équité dues aux femmes serait contradictoire avec le fait que celui qui ne pourrait se contenter d’une seule épouse puisse en ce cas commercer avec autant de concubines, esclaves ou captives de guerre qu’il le souhaite !

[13] S30.V21 :

 وَمِنْ آَيَاتِهِ أَنْ خَلَقَ لَكُمْ مِنْ أَنْفُسِكُمْ أَزْوَاجًا لِتَسْكُنُوا إِلَيْهَا وَجَعَلَ بَيْنَكُمْ مَوَدَّةً وَرَحْمَةً إِنَّ فِي ذَلِكَ لَآَيَاتٍ لِقَوْمٍ يَتَفَكَّرُونَ

Pour l’analyse littérale de ce verset, voir : Le couple et le mariage selon le Coran et en Islam.