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S49.V14-18

 

Les versets 14-18 de Sourate al–ḥujurât, notamment le v14, s’inscrivent au cœur d’une discussion théologique essentielle : qui de la foi ou de l’Islam précède ? Autrement dit, peut-on être musulman sans avoir la foi ? Corollairement, se pose la question suivante : peut-on avoir la foi sans être musulman ? Or, cette problématique n’est pas soulevée directement par ces versets, mais par l’interprétation qui en est faite en fonction de l’autodéfinition de l’Islam-religion laquelle s’appuie sur une hiérarchisation théologique précise. Celle-ci repose sur un célébrissime hadîth[1] en lequel intervient solennellement l’Archange Gabriel qui, en interrogeant le prophète Muhammad, établit de la sorte trois degrés, dans l’ordre énoncé : l’Islam-religion/al–islâmla Foi/al–îmânla Perfection/al–iḥsân. Selon cette hiérarchie, il est acté que l’adhésion à l’Islam devient la condition première et, qu’en ce cas, la foi ne précède pas nécessairement l’entrée en religion, mais est considérée comme un niveau supérieur de la religion elle-même, qui peut ou non être atteint. Cependant, avant que de débuter l’Analyse Littérale de ce verset, il convient que nous rappelions que ce paradigme propre à l’Islam-religion ne correspond pas au paradigme coranique de l’Islam-relation. En effet, selon le Coran, d’une part l’Islam-relation ne constitue pas une religion et, d’autre part,  l’ordonnancement coranique et la signification de ces trois concepts sont les suivants : la Foi/al–îmân la Bienfaisance/al–iḥsân la Voie de la réalisation spirituelle/al–islâm.[2] C’est donc bien en relation avec la thématique Foi et Islam que l’Exégèse classique de S49.V14-18 et les résultats de l’Analyse littérale se confrontent.

 

• Que dit l’Islam

Envisageons donc tout d’abord le v14 de Sourate al–ḥujurât. En voici une traduction qui exprime la position exégétique en vigueur : « Les Bédouins ont dit : Nous croyons/âmannâ. Réponds :Vous ne croyez pas ! Mais dites plutôt : Nous avons accepté l’Islam/aslamnâ, car la foi/al–îmân n’a pas encore pénétré vos cœurs. Et, si vous obéissez à Dieu et à Son messager, Il ne vous fera rien perdre de vos œuvres, Dieu est Pardonneur et Miséricordieux. », S49.V14.

Nous l’avons dit, c’est en fonction de la théologie officielle donnant la primauté à l’adhésion à l’Islam vis-à-vis de la foi que ce verset a été interprété. Ainsi, ces « Bédouins » seraient des convertis à l’Islam[3] de fraîche date : « nous avons accepté l’Islam/aslamnâ », lesquels auraient clamé leur foi devant le Prophète : « Nous croyons/âmannâ ». Dieu aurait alors chargé le Prophète de leur répondre : « Vous ne croyez pas/lam tu’minû ! Mais dites plutôt : nous avons accepté l’Islam/aslamnâ». Il s’agirait donc d’une adhésion apparente à l’Islam, une conversion opportuniste dénuée de foi réelle en l’Unicité de Dieu et la prophétie de Muhammad puisqu’il leur est précisé : « la foi/al–îmân n’a pas encore pénétré vos cœurs ». Notons que de nombreuses traductions, dont la traduction standard, se veulent plus étymologiques et rendent le verbe aslama/aslamnâ par : « nous nous sommes soumis ». Ce faisant, il n’est pas précisé à quoi ou qui se seraient soumis ces bédouins, mais ce même verbe est traduit généralement au v17 par : « se convertir à l’Islam ».[4] Quoiqu’il en soit, le sens donné par ce type de traductions du v14 est au final conforme à l’interprétation officiellement retenue : l’on peut se déclarer musulman sans avoir la foi. Ceci apparaît confirmé par le v15 où il est dit : « Les croyants sont seulement ceux qui croient en Dieu et Son messager, puis ne doutent pas ».[5] De plus, cette lecture serait directement renforcée par le verset v17 : « Ils [les Bédouins] te rappellent la faveur de leur conversion à l’Islam/an aslamû. Réponds : Ne me rappelez pas comme une faveur de votre part votre Islam/islâma-kum, mais c’est Dieu qui vous rappelle la faveur de vous avoir guidé vers la foi/îmân, si vous êtes sincères ! » L’on constate qu’en ce verset ainsi interprété l’on retrouve les concepts-clefs en jeu et selon l’ordre théologique admis :  la « conversion à l’Islam/an aslamû » ; l’Islam en tant que religion : « votre Islam/islâma-kum » puis « la foi/îmân », ici non encore acquise. Selon cette compréhension, il est donc envisagé que l’on puisse se convertir à l’Islam sans avoir la foi. Cette interprétation du verset est alors l’argument coranique corroborant le Hadîth dit de Gabriel postulant que l’adhésion à l’Islam-religion/al–islâm précède en valeur la foi/al–îmân. Ceci revient à dire qu’il est plus important de professer l’Islam que de croire ou, autrement formulé, qu’il est possible d’être musulman sans être croyant. La foi est donc alors seulement la sincérité vis-à-vis de l’Islam.[6]

 

• Que dit le Coran

Après avoir vu et critiqué l’interprétation du verset-clef S49.V14 soutenue par l’Islam, en voici la traduction littérale que nous justifierons au fur et à mesure : « Les Bédouins ont dit : Nous croyons/âmannâ. Réponds : Vous ne croyez pas ! Mais dites plutôt : Nous nous sommes assujettis/aslamnâ [à Muhammad] Et, si vous obéissez à Dieu et à Son messager, Il ne déduira rien de vos œuvres, car Dieu est Tout de pardon et Tout de miséricorde. » [7]

– Du point de vue de l’Analyse lexicale, en fonction de la différence entre le paradigme théologique de l’Islam-religion et celui du Coran propre à l’Islam-relation que nous venons de rappeler la problématique de ces versets repose en particulier sur la signification des termes-clefs suivants : le verbe aslama et le substantif islâm. L’on sait que le terme islâm est le substantif de la forme verbale IV aslama, laquelle connaît trois lignes de sens. Par conséquent, le terme islâm a aussi trois significations correspondantes et, en résumé, trois possibilités peuvent être retenues[8] :

1–Étymologiquement, aslama signifie : se garder sain et sauf, se mettre en sécurité, etc. et, par extension : se livrer ou se remettre soi-même entre les mains du vainqueur. En ce cas le terme islâm signifie préservation de soi, sécurisation, sûreté, protection et aussi sujétion, capitulation, remise de soi, significations connues des Arabes avant l’Islam.

2 – Le Coran emploie parfois aslama de manière néologique, avec le sens de livrer, remettre, abandonner son être à Dieu. Le terme islâm signifie alors abandon de soi, de son être, à Dieu.

3 –Selon l’usage post-coranique spécifique à la construction de l’Islam-religion, aslama signifie se faire musulman, d’où en français : se convertir à l’Islam. En ce cas, le terme islâm devient le nom de ladite religion : l’Islam.

– Du point de vue de l’Analyse sémantique, l’on constate qu’en ce verset sont évoqués miséricorde et pardon divins : « Dieu est Tout de pardon et Tout de miséricorde ». Or, comme le suppose l’exégèse classique de ce verset, s’il s’était agi de Bédouins hypocrites – c’est-à-dire s’étant convertis à l’Islam, mais seulement en façade puisqu’ayant pas la foi – alors, comme de règle dans le Coran, c’est la menace du Châtiment qui aurait due être évoquée. L’on en déduit directement que ce verset traite d’un autre sujet que la conversion à l’Islam. La solution 3 : aslama/se convertir à l’Islam et islâm/qualificatif de cette religion ne peut donc être retenue outre le fait que ces définitions sont post-coraniques. La solution 2 : aslama/remettre son être à Dieu et islâm/abandon de soi à Dieu ne fait pas non plus sens. En effet, puisqu’aux vs14 et 17 il est explicitement reproché aux Bédouins de ne pas avoir la foi, il n’est donc pas envisageable qu’il leur soit demandé de s’engager en une voie spirituelle. Par contre, la solution 1 : aslama/se livrer, s’assujettir à et islâm/sujétion ne pose aucun problème particulier et fait a priori sens pour l’ensemble de ce passage, nous le vérifierons, d’où : « Nous nous sommes assujettis/aslamnâ ».

– Du point de vue de l’Analyse contextuelle, l’on note que les versets que nous étudions composent la quatrième et dernière partie de cette sourate. Or, l’on observe que les trois premières parties débutent toutes par l’interjection « Ô croyants/yâ ayyuhâ », mais que la quatrième, v14-18, commence en ces termes : « Les Bédouins ont dit ». Les trois premières parties forment un tout homogène et consiste en une série de reproches et de conseils correspondants adressés aux primo-musulmans traduisant des tensions réelles visiblement en rapport avec la présence à Médine de nouveaux arrivants :  « Les Bédouins ». Le cadre est posé et rappelle indéniablement l’afflux des tribus arabes suite à la prise de la Mecque par Muhammad et son retour triomphal à Médine.[9] Ces éléments indiquent que le contexte est éminemment politique : les tribus bédouines se rallient à Muhammad, le nouveau leader. Il n’y a là aucun phénomène miraculeux d’adhésion en masse à l’Islam,[10] mais l’expression d’une tradition régissant les rapports entre tribus, factions et clans bédouins. Or, comme nous l’avons vu, c’est ce type de ralliement que le verbe aslama/se livrer, s’assujettir exprime. Les  « Bédouins » ne se sont donc pas nécessairement convertis à l’Islam, mais se sont politiquement soumis et alliés à la nouvelle autorité en Arabie. Le Sens littéral du v14 est donc : « Les Bédouins ont dit : Nous croyons/âmannâ. Réponds :Vous ne croyez pas ! Mais dites plutôt : Nous nous sommes assujettis/aslamnâ [à Muhammad] Et, si vous obéissez à Dieu et à Son messager, Il ne déduira[11] rien de vos œuvres, car Dieu est Tout de pardon et Tout de miséricorde. » En ces conditions, la suite du v14 est cohérente : « les Bédouins » s’étant seulement ralliés et remis sous la protection de Muhammad ils n’ont pas adopté la foi prônée par le Prophète, d’où la remarque  : « la foi/al–îmân n’a pas pénétré vos cœurs ». Il est donc confirmé que le ralliement des tribus n’est pas d’ordre religieux, mais relève de la stratégie politique d’alliance à la mode bédouine.

– C’est donc logiquement qu’à l’affirmation au v14 des dites tribus bédouines fraîchement ralliées : « Nous croyons/âmannâ », le v15 va répondre en indiquant l’hypocrisie de ces propos : « Seuls sont croyants ceux qui croient en Dieu et Son messager, sans vraiment douter, et qui de leurs biens et de leurs personnes s’efforcent pour la cause de Dieu ; ceux-là sont ceux qui sont sincères. »[12] Notons que le segment  ceux qui « s’efforcent pour la cause de Dieu » ajoute à l’acte pur de croyance en Dieu et en Son messager Muhammad la notion de lutte à ses côtés si la situation venait à l’exiger. En cette réponse qui réfute la prétention à la foi des Bédouins, il est donc précisé qu’ils n’ont pas aussi contracté une alliance politico-militaire sincère et fiable.

– Cette mise au point se poursuit au v16, verset lui aussi interprété par l’Exégèse selon sa logique propre. Ainsi, le mot dîn y a été compris comme signifiant religion et désignant donc ici l’Islam. En voici la traduction standard : « Dis : Est-ce vous qui apprendrez à Allah votre religion/dîn, alors qu’Allah sait tout ce qui est dans les cieux et sur la terre ? Et Allah est Omniscient . »[13] Or, nous avons vu que les Bédouins ne proclamaient pas leur appartenance supposée à l’Islam, mais leur assujettissement politique à Muhammad. En ce cas, le sens littéral de ce verset est le suivant : « Dis : Apprendriez-vous à Dieu ce qu’est votre tradition/dîn, alors que Dieu sait ce qui est en les cieux et la terre et que Dieu de toutes choses est parfaitement savant ? », v16.[14] Il est ainsi dit à ces Bédouins qu’il est inutile que vous clamiez haut et fort votre alliance avec Muhammad, car Dieu sait parfaitement que « votre tradition/dîni-kum[15] » en la matière est ce type d’alliance intertribale, mais Il sait aussi que vos intentions sont en l’occurrence insincères tout comme Il sait que vos habitudes sont de trahir ces engagements.

– Ensuite vient le v17 qui a pour particularité éclairante de contenir le verbe aslama et les termes islâm et îmân, c’est dire l’importance d’une compréhension littérale exacte, mais aussi les conséquences de son interprétation classique. En voici la traduction standard : « Ils te rappellent leur conversion à l’Islam/aslamû comme si s’était une faveur de leur part. Dis : Ne me rappelez pas votre conversion à l’Islam/islâma-kum comme une faveur. C’est tout au contraire une faveur dont Allah vous a comblés en vous dirigeant vers la foi/al–îmân, si toutefois vous êtes sincères. »[16] En rendant ici curieusement le verbe aslamû et le terme islâm tout deux par se convertir à l’Islam, les défenseurs de la Doxa ont pris quelques libertés qui interpellent !  Cette “ruse” exégétique s’explique du fait que selon leur terminologie même l’on devrait lire : « ne me rappelez pas votre Islam/islâma-kum », mais l’on imagine alors mal comment le Prophète aurait refusé que ces Bédouins lui rappellent leur Islam. Nous ajouterons qu’en toute logique, s’il avait été dit « ne me rappelez pas votre conversion à l’Islam/islâma-kum comme une faveur », ce rejet aurait du entraîner la proposition suivante : « c’est tout au contraire une faveur dont Allah vous a comblés en vous dirigeant vers l’Islam » et non pas « vers la foi/al–îmân » ! Ceci étant, puisqu’il s’agit ici de sujétion d’ordre politique à Muhammad, ce verset  se comprend donc sans aucune difficulté comme suit : « Ils revendiquent comme une faveur de s’être assujettis/aslamû à toi. Réponds, ne considérez point comme une faveur à mon égard votre sujétion/islâma-kum, mais en réalité c’est Dieu qui vous a fait la faveur de vous guider vers la foi/al–îmân, si vous êtes sincères. », v17. Notre attention doit aussi être ici retenue par un détail sémantique, il n’est pas dit guider à la foi/li-l–îmân, mais guider vers la foi/ilâ–l–îmân. Grammaticalement, la préposition « li » marque l’atteinte du but et la préposition « ilâ » la direction menant au but. En effet, les Bédouins ne s’étant pas convertis à la religion du Prophète, mais seulement assujettis à son autorité politique et militaire, ils ne peut être question de leur foi musulmane. Cependant, la miséricorde divine et le plan de Dieu sont ici évoqués, puisqu’il est indiqué que cette sujétion à l’autorité du Prophète est un pas en avant voulu par Dieu, démarche qui pourrait amener une partie de la masse de ces tribus bédouines à croire en un Dieu unique et en Son messager. En ce qui concerne les intentions et l’insincérité de la sujétion des Bédouins, le v18 de conclusion se comprend directement : « En vérité, Dieu connaît ce qui est caché en les cieux et la terre ; Dieu voit parfaitement ce que vous œuvrez. »[17]

Au final, le Sens littéral de l’ensemble du passage que nous avons analysé est le suivant : « Les Bédouins ont dit : Nous croyons/âmannâ. Réponds :Vous ne croyez pas ! mais dites plutôt : Nous nous sommes assujettis/aslamnâ [à Muhammad] Et, si vous obéissez à Dieu et à Son messager, Il ne déduira rien de vos œuvres, car Dieu est Tout de pardon et Tout de miséricorde. [14] Seuls sont croyants ceux qui croient en Dieu et Son messager, sans vraiment douter, et qui de leurs biens et de leurs personnes s’efforcent pour la cause de Dieu ; ceux-là sont ceux qui sont  sincères.[15] Dis : Apprendriez-vous à Dieu ce qu’est votre tradition/dîn, alors que Dieu sait ce qui est en les cieux et la terre et que Dieu de toutes choses est parfaitement savant ? [v16] Ils revendiquent comme une faveur de s’être assujettis/aslamû à toi. Réponds, ne considérez point comme une faveur à mon égard votre sujétion/islâma-kum, mais en réalité c’est Dieu qui vous a fait la faveur de vous guider vers la foi/al–îmân, si vous êtes sincères. [v17] En vérité, Dieu connaît ce qui est caché en les cieux et la terre ; Dieu voit parfaitement ce que vous œuvrez. », S49.V14-18.

 

Conclusion

Ce passage coranique de Sourate al–ḥujurât, notamment les vs14 et 17, a été interprété en fonction de la construction théologique soutenue par le dogme de l’Orthodoxie qui, au nom du hadîth de Gabriel, postule que l’adhésion à l’Islam précède la foi vraie en Dieu et Son messager : islâmîmâniḥsân. En ce cas, le terme islâm qualifie l’Islam-religion tel qu’il se définit lui-même. Or, l’Analyse littérale a déterminé la signification littérale du verbe-clef aslama/s’assujettir, ici politiquement à Muhammad et, par voie de conséquence, le terme islâm au v17 vaut pour sujétion ou assujettissement. Ce passage a donc totalement été détourné de son Sens littéral puisque ces versets ne traitent pas d’un débat théologique autour des rapports entre foi et religion, mais d’un évènement politique mettant en cause la sincérité des alliances passées par les Bédouins avec le nouveau vainqueur de cette partie de l’Arabie : Muhammad.

Ceci étant, du fait même de l’interprétation imposée par l’Orthodoxie, nous avons été amené à souligner que le Coran propose une hiérarchie différente de ces trois degrés, à savoir : îmâniḥsân islâm. Aussi, selon le Coran la foi/al–îmân précède tout engagement religieux tout comme elle n’apparaît pas obligatoirement subordonnée à une religion. Elle doit par contre être exprimée par la vertu/al–isân et cette traduction de la foi mène à la réalisation en la Voie/dîn spirituelle que le Coran nomme islâm/abandon ou remise de soi à Dieu. [18]

Dr al Ajamî

 

[1] Il est notamment le deuxième hadîth cité dans les célébrissimes « Quarante hadîths de An–Nawâwî », juste après le hadîth sur la valeur de l’intention dans l’acte, c’est dire son importance dans la construction théologique de l’Islam.

[2] Sur ce point capital, voir  l’article Islam/islâm, Foi/îmân, Perfection/iḥsân, selon le Coran et en Islam.

[3] Selon Tabari, une « circonstance de révélation » précise qu’il s’agissait de Bédouins appartenant à la tribu des Banî Asad. Comme à son accoutumée, l’Exégèse a tenu à personnifier le verset, précision qui ne présente aucun intérêt. Elle agit ainsi contre la lettre et l’esprit du Coran qui, en ne citant pas volontairement les acteurs réels, permet une décontextualisation ouvrant à l’universalité et l’intemporalité de son propos. Au sujet de ces asbâb an–nuzûl, voir Circonstances de révélation ou révélations de circonstance ? et aussi Intertextualité, critique des sources exégétiques.

[4] Ceci du fait que ce v17 comporte aussi la mention du substantif islâm : «  ….Dis : Ne me rappelez pas comme un faveur votre Islam/islâma-kum ». Nous verrons plus avant la signification littérale du terme islâm en ce cas.

[5] Il est intéressant de constater que la traduction standard écrit ici : « Les vrais croyants sont seulement ceux qui croient en Allah et Son messager… » Il est ainsi introduit la notion de « vrais » croyants, ce qui laisse à supposer qu’il y aurait des « faux » croyants et ,selon la logique de la pensée salafiste à l’œuvre en cette traduction, cela signifierait que ces « faux croyants » ne sont pas musulmans, ce qu’évidemment l’on ne peut pas tirer du texte arabe coranique que nous avons traduit mot à mot !

[6] Cf. Islam/islâm, Foi/îmân, Perfection/iḥsân, selon le Coran et en Islam.

[7] S49.V14 :

قَالَتِ الْأَعْرَابُ آَمَنَّا قُلْ لَمْ تُؤْمِنُوا وَلَكِنْ قُولُوا أَسْلَمْنَا وَلَمَّا يَدْخُلِ الْإِيمَانُ فِي قُلُوبِكُمْ وَإِنْ تُطِيعُوا اللَّهَ وَرَسُولَهُ لَا يَلِتْكُمْ مِنْ أَعْمَالِكُمْ شَيْئًا إِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَحِيمٌ 

[8] Pour le détail, voir  Le terme islâm selon le Coran.

[9] Cela semble en ses grandes lignes un évènement historique peu contestable.

[10] Bien évidemment, l’histoire officielle des premiers temps de l’Islam, passant ici par la Sîra, fait état de la conversion massive des tribus bédouines suite à la prise de La Mecque par Muhammad. Si l’on suit les grandes lignes de ce récit largement mythologisé, l’on apprend que peu de temps après le Prophète décéda et que lesdites tribus apostasièrent. En soi, si nous lisons l’histoire sans visée apologétique, il y a bien là  le signe qu’il n’y eut pas conversion, mais simplement un ralliement opportuniste qui, à la mort de Muhammad, explique logiquement le retournement d’alliance des tribus dont rendent parfaitement compte les campagnes militaires de Abou Bakr qui s’en suivirent.

[11] Il s’agit ici du verbe lawata qui peut tout aussi bien signifier dissimiler, cacher une chose que déduire, rogner, ou retrancher. Cependant, l’évocation du pardon divin faisant immédiatement suite, c’est la valorisation des actes qui est en jeu, ce qui permet de retenir l’idée de non diminution, d’où : « Il [Dieu] ne déduira  rien de vos œuvres ».

[12] S49.V15 :

 إِنَّمَا الْمُؤْمِنُونَ الَّذِينَ آَمَنُوا بِاللَّهِ وَرَسُولِهِ ثُمَّ لَمْ يَرْتَابُوا وَجَاهَدُوا بِأَمْوَالِهِمْ وَأَنْفُسِهِمْ فِي سَبِيلِ اللَّهِ أُولَئِكَ هُمُ الصَّادِقُونَ

[13] S49.V16 : « قُلْ أَتُعَلِّمُونَ اللَّهَ بِدِينِكُمْ وَاللَّهُ يَعْلَمُ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ وَاللَّهُ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ»

[14] L’on peut à ce sujet se reporter à notre thèse en ligne sur ce site : pp. 210  https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01556492/document

[15] Le mot dîn a ici le sens que les Arabes lui donnaient avant l’Islam dans la locution dîn al–’arab : la tradition des Arabes.

[16] S49.V17 : « يَمُنُّونَ عَلَيْكَ أَنْ أَسْلَمُوا قُلْ لَا تَمُنُّوا عَلَيَّ إِسْلَامَكُمْ بَلِ اللَّهُ يَمُنُّ عَلَيْكُمْ أَنْ هَدَاكُمْ لِلْإِيمَانِ إِنْ كُنْتُمْ صَادِقِينَ »

[17] S49.V18 : « إِنَّ اللَّهَ يَعْلَمُ غَيْبَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَاللَّهُ بَصِيرٌ بِمَا تَعْمَلُونَ »

[18] Sur cette essentielle différence de paradigme entre l’Islam et le Coran, voir : Islam/islâm, Foi/îmân, Perfection/iḥsân, selon le Coran et en Islam.