Voilà bien le personnage le plus connu, tant dans la Bible que le Coran. Toutefois, aussi célèbre soit-il, son nom n’est jamais mentionné, il est le Pharaon inconnu. Ainsi désincarné Pharaon est tel un archétype : l’exemple absolu de l’opposant à Dieu, du tyran mégalomane et egolâtre déclarant à son sujet : « Je ne vous connais d’autre dieu que moi-même », S28.V38 ; cette proclamation n’a pas d’équivalent biblique.
– Étant donné que le Coran n’est pas un livre d’Histoire ni même d’histoires, ce qu’il rapporte de la confrontation de Pharaon et Moïse a donc uniquement valeur d’exemple à méditer. Il n’y aurait donc pas de raison à vouloir identifier ledit Pharaon. Du reste, l’emploi coranique du terme Pharaon/fir‘awn a seulement valeur étymologique : le mot fir‘awn signifie en arabe être au sommet du pouvoir. Il ne s’agit donc pas d’un qualificatif signifiant le Monarque, le Souverain absolu.
– Néanmoins, notre analyse littérale de versets-clefs en lien avec Pharaon nous a permis de relever quatre indices coraniques conduisant à son identification.
– De ce fait, notre démarche est indépendante des recherches biblistes. Celles-ci vont du déni de l’existence de ce Pharaon à son identification à Ramsès II ou Mérenptah voire Thoutmôsis III ou bien Amenhotep II, la liste n’est pas clause. D’autres proposent aussi l’existence de deux pharaons : le Pharaon de la Persécution et le Pharaon de l’Exode, nous y reviendrons.
– De ce fait, notre recherche coranique est aussi indépendante de celle du Dr Bucaille. Les investigations qu’il a menées sur la momie de Ramsès II sont partisanes et ses conclusions pas toujours objectives. Citons entre autres le fait que l’étude de cette momie a montré selon lui une mort par noyade ainsi qu’un traumatisme crânien, alors qu’il n’en est rien.
– De ce fait, notre recherche est d’une certaine manière indépendante de l’égyptologie spéculative bien que nous ayons croisé ses données avec celles du Coran. De la sorte il nous a été possible d’atteindre un fort niveau de corrélation sans pour autant sombrer dans les travers du concordisme coranique.
– Enfin, nous verrons aussi comment l’identification de Pharaon selon le Coran permet d’attester historiquement de la présence des Hébreux en Égypte, et ce, contre le front hypercritique se refusant à reconnaître ce point.
– La présente analyse est extraite de notre Exégèse Littérale du Coran.
- Que dit le Coran
Dans un premier temps il convient donc d’observer le verset suivant :
S26.V18 : « Il répondit : Ne t’avons-nous point élevé chez nous, enfant à notre service ? Tu demeuras chez nous des années de ta vie d’adulte »
قَالَ أَلَمْ نُرَبِّكَ فِينَا وَلِيدًا وَلَبِثْتَ فِينَا مِنْ عُمُرِكَ سِنِينَ (18)
C’est avec rigueur que nous traduisons l’hapax walīd par « enfant à notre service ». En effet, il faut noter que pour désigner un enfant le Coran a recours au terme walad et son pluriel awlād. Nous rencontrons donc ici le seul cas d’emploi du terme walīd au singulier, ce qui en soi est une exception signifiante. Cela indique que le terme walīd appliqué uniquement à Moïse n’est pas à comprendre au sens d’enfant, mais selon sa ligne principale de sens de jeune serviteur ou jeune esclave né dans la maison du maître, sachant que ce terme est appliqué pour un tel esclave de sa naissance jusqu’à l’âge adulte. Ceci est confirmé par le fait que cette notion terminologique d’âge adulte est explicitement précisée en ce v18 : « des années de ta vie adulte/min ‘umuri-ka sinīn ». Cette précision lexicale permet de comprendre que lorsque Pharaon recueillit Moïse nourrisson en son couffin, S20.V39-40 et S28.V7-14, il ne l’éleva pas comme son enfant, mais comme un jeune serviteur destiné à servir en l’intimité de la famille royale, d’où : « enfant à notre service/walīdan ». Pharaon ne fit donc pas de Moïse un être libre et pour preuve de ce statut particulier il est rappelé en S28.V12 que les nourrices de la famille royale lui furent refusées et que l’on fit appel à une nourrice esclave, en l’occurrence sa mère biologique. De même, S28.V9 nous montre la femme de Pharaon inciter son époux à ne pas tuer ce nourrisson survivant et lui propose deux alternatives quant à son statut possible : l’élever auprès d’elle pour en faire un esclave du cercle familial intime ou l’adopter comme enfant. La présente remarque de Pharaon adressée à Moïse et le ton acerbe qui la sous-tend : « ne t’avons-nous point élevé chez nous, enfant à notre service ? » indique que ce dernier avait retenu la première option, c’est le propos d’un maître et non d’un père adoptif supposé. Ce choix est logique, car comme S20.V39 y fait allusion, Pharaon avait en ce temps-là ordonné le massacre des nouveau-nés hébreux mâles et en ces conditions il est peu vraisemblable qu’il eut quelques raisons d’adopter un de ces fils d’esclaves hébreux qu’il avait décidé de mater férocement. Selon ce qui est donc un contre-récit coranique, Moïse n’est en rien le prince d’Égypte biblique parfaitement éduqué, mais un esclave fils d’esclave bien qu’il fût élevé auprès de la Cour, ce que présentement Pharaon lui rappelle sèchement. Ceci explique donc pour partie la personnalité de Moïse qui dans le Coran est un individu aux réactions souvent emportées tout comme l’on comprend de la sorte pourquoi comme signalé au v13 Moïse n’était pas d’une grande éloquence et non pas atteint d’un défaut d’élocution comme le bégaiement contrairement à ce que l’Exégèse affirme suivant en cela un midrash hébraïque ; sur ce point, voir S20.V7.
– Ceci étant, la locution « des années/sinīn de/min ta vie adulte/‘umur » est comprise par l’Exégèse comme indiquant que Moïse demeura 40 ans auprès de la cour de Pharaon, moment où il tua un homme et dut fuir l’Égypte, v19. Cette information n’est pas tirée du texte coranique, mais du Talmud qui divise la vie de Moïse en trois périodes de 40 années, la première s’achevant lors de cette fuite vers le pays de Madian. Or, le terme ‘umur ne désigne pas un âge de quarante ans, mais une période définissant l’âge adulte générationnel, c.-à-d. comprise entre 25 et 30 années ; sur ce point, voir S10.V16. Il est à noter que c’est à partir de cette conception talmudique – que le Coran ne valide donc pas – qu’il a été établi par une mise en parallèle sans fondement que Muhammad avait 40 ans lorsqu’il reçut la révélation ; sur ce point, voir de même S10.V16. Nous ajouterons que selon le Coran, la vie de Moïse se découpe en réalité en quatre parties : la première à la Cour de Pharaon, la seconde en exil à Madian, la troisième lors de son retour en tant que prophète et de sa confrontation avec Pharaon jusqu’au-delà de la Sortie d’Égypte, la quatrième après qu’il eut laissé les Fils d’Israël aux portes du territoire qu’ils devaient conquérir. Les trois premières périodes correspondent à la trame du récit biblique et les talmudistes posèrent que chacune d’elles avait été d’une durée de 40 ans et que de la sorte Moïse serait mort à l’âge de 120 ans, ce que l’Exégèse reprend aveuglément, mais que le Coran déconstruit donc. La quatrième période de la vie de Moïse est donc strictement coranique, nous l’avons mise au jour en S18.V60. Elle couvre la période où Moïse laissa son peuple à son refus de combattre pour conquérir le territoire en question et à son errance dans le désert et où il poursuivit donc seul sa route avec quelques compagnons, l’on supposera qu’il en fut ainsi jusqu’à sa mort. Notons que si Moïse avait au maximum 30 ans lorsqu’il commit son crime et que selon le Coran il resta au minimum 8 années au service de son beau-père à Madian comme indiqué en S26.V27-29, il avait donc au plus une quarantaine d’années lorsqu’il dirigea l’exil d’Égypte des Fils d’Israël et non 80 ans comme l’affirme circulairement la Bible en Exode, VII, 7 ; voir en S28.V29 des précisions en une démonstration de même ordre.
– Par ailleurs, l’on notera aussi que le v18 affirme que le pharaon avec lequel Moïse ici se confronte est le même que celui qui l’adopta alors qu’il était encore nourrisson. Le fait est logique et plausible puisque Moïse est âgé à ce moment-là d’une petite quarantaine d’années. Cependant, comme nous l’avons indiqué ci-dessus, dans la Bible il est dit que Moïse avait 80 ans lors de cette rencontre. Par conséquent, afin de rendre compatible la durée de vie accordée à Moïse avec celle d’un règne de pharaon d’une durée semblant raisonnable selon leur point de vue il a été réalisé des réajustements bibliques postérieurs. Or, ce sont ces corrections, Exode, II, 23 et Exode, IV,19, qui ont amené à affirmer qu’il y avait eu deux pharaons successifs du temps de Moïse : le Pharaon dit de l’oppression puis le Pharaon dit de l’exode. Par le propos prêté à Prophète en ce v18 : « ne t’avons-nous point élevé chez nous, enfant à notre service ? Tu demeuras chez nous des années de ta vie d’adulte », le Coran ne valide donc pas cette situation et ces contradictions et affirme qu’il n’y eut qu’un seul pharaon. Ce pharaon, le Pharaon, a donc débuté son règne avant la naissance de Moïse, règne qui s’acheva suite aux neuf “Plaies ” qui frappèrent l’Égypte après qu’il eut d’emblée refusé de céder à la demande de Moïse : libérer les Fils d’Israël de leur servitude et les laisser quitter le pays. Selon le Coran, lors de cette première rencontre entre Pharaon et Moïse celui-ci était âgé de 30 ans, valeur maximum du terme ‘umur, plus dix 10 années maximum au pays de Madyan comme indiqué en S28.V27, soit en tout 40 ans. Selon ces deux mêmes critères coraniques, Moïse aurait pu avoir au minimum 25 années + 8 années, soit 33 ans. Si l’on adopte une moyenne arithmétique pour moduler le coefficient d’incertitude, Moïse aurait donc 36,5 ans lorsqu’il revient de Madyan pour se conformer au plan de Dieu et se confronter à Pharaon. En tenant compte de ce v18, Pharaon était adulte lorsque son épouse recueille Moïse bébé et était en exercice, son règne dura donc au minimum 37 ans. Il convient ensuite d’ajouter les années de famine qui dans un premier temps sont infligées à l’Égypte, cf. S7.V130. En ce verset il est employé le terme années/sinīn au pluriel, ce qui en arabe suppose trois années au minimum. En outre, le S7.V131 indique deux années supplémentaires, une bonne suivie d’une mauvaise. Ces données impliquent que cette période située juste avant que Dieu n’abatte les “Plaies” dura au minimum 5 ans. À ce stade, le règne du Pharaon coranique dura au minimum 42 ans. Mais, à cette longueur de règne, il faut aussi ajouter la durée des “Plaies”. L’on note alors qu’en S7.V134 les cinq “Plaies” sont décrites comme successives, mais non corrélées les unes aux autres. L’on peut donc concevoir qu’elles durent sans doute être suffisamment espacées pour que Pharaon en mesure les conséquences et ait le temps de changer d’avis. Cette période peut être raisonnablement estimée à une ou deux années. Ainsi, le Pharaon du Coran régna-t-il entre 43 et 44 ans entre le moment où il recueillit Moïse et celui où il fut submergé. La seule inconnue de cet ordre est la durée de son règne avant qu’il ne recueille Moïse nourrisson, mais nous établirons a posteriori cette donnée en S28.V38. Quoi qu’il en soit, les durées de règne des pharaons nous sont bien connues et très peu d’entre eux régnèrent aussi longtemps… Au final, ce v18 croisé avec d’autres données intratextuelles nous aura permis de dégager deux critères importants, à savoir : que l’histoire de Pharaon et Moïse selon le Coran suppose qu’il n’y eut qu’un seul Prophète et que son règne fut nécessairement supérieur à 44 ans. Ces deux repères participent à l’identification du Pharaon du temps de Moïse.
- Le verset ci-dessous présente deux critères supplémentaires rendant ainsi possible d’identifier ledit Pharaon selon le Coran :
S28.V38 : « Pharaon dit : Ô Conseil ! Je ne vous connais d’autre dieu que moi-même. Ô Grand prêtre/hāmān ! Fais donc chauffer l’argile à mon intention et fais-moi une tour que je puisse m’élever jusqu’au dieu de Moïse, car, en vérité, je le soupçonne d’être au nombre des menteurs. »
وَقَالَ فِرْعَوْنُ يَا أَيُّهَا الْمَلَأُ مَا عَلِمْتُ لَكُمْ مِنْ إِلَهٍ غَيْرِي فَأَوْقِدْ لِي يَا هَامَانُ عَلَى الطِّينِ فَاجْعَلْ لِي صَرْحًا لَعَلِّي أَطَّلِعُ إِلَى إِلَهِ مُوسَى وَإِنِّي لَأَظُنُّهُ مِنَ الْكَاذِبِينَ (38)
Du point de vue de la chronologie du récit, la première entrevue décrite aux vs36-37 conduit Pharaon à vouloir défier et défaire Moïse sur ce qui lui semble être son propre terrain : la magie : « ces deux-là sont des magiciens qui veulent vous expulser de votre terre à l’aide de leur magie », S20.V63. On peut ainsi lire : « ajourne-le ainsi que son frère et mandate dans les bourgades des convocateurs qui t’amèneront tout magicien fort savant. Les magiciens furent réunis pour le rendez-vous au jour convenu », S26.V36-38, la suite est bien connue.
– Se pose donc la question de savoir à quel moment se situe l’épisode auquel ce v38 fait référence. Il semble en fait que cette réaction de Pharaon soit concomitante de sa décision de convoquer les magiciens du pays pour battre Moïse à son propre jeu et constitue une réponse à la remise en cause théologique de son statut divin par Moïse tel que le v37 y fait allusion. De fait, le « Grand prêtre/hāmān » était présent au Conseil lorsque Moïse manifesta le “bâton-serpent” et la “main blanche” : « Nous avions certes dépêché Moïse avec Nos signes miraculeux et une autorité probante manifeste jusqu’à Pharaon, le Grand prêtre/hāmān et l’Attaché/qārūn qui alors dirent : Un sorcier, un charlatan ! », S40.V23-24. C’est du reste bien à ce même Conseil que Pharaon s’adresse en disant : « ô Conseil ! Je ne vous connais d’autre dieu que moi-même ». Un passage illustre la pensée de Pharaon à ce moment-là : « Or, Pharaon dit : Ô Grand prêtre/hāmān ! Bâtis-moi une tour que je puisse parvenir aux Voies, les Voies des Cieux, que je puisse m’élever jusqu’au dieu de Moïse, car, en vérité, je le soupçonne d’être un menteur… », S40.V36-37. De manière générale, l’expression de l’adoration de soi-même par Pharaon : « je ne vous connais d’autre dieu que moi-même » renvoie à la définition profonde du kufr ou déni de Foi qui repose fondamentalement sur le fait de prendre son propre ego/nafs/ passion/hawā comme « dieu/ilāh ». Plutôt que de dépasser la blessure narcissique découlant de l’acceptation de Dieu comme Seigneur et Maître, ce mouvement d’egolâtrie est l’essence même du shirk. Nous avons développé ce concept coranique en S25.V43 : « que penses-tu d’un qui prend comme dieu ses passions ». En affirmant « je ne vous connais d’autre dieu que moi-même », Pharaon énonce une anti-shahâda/attestation de foi. Comme nous l’avons déjà noté, l’homme-dieu pour mesurer son egolâtrie a besoin d’un comparatif, lequel n’est autre que Dieu, sans Lui il n’est rien. Pharaon l’avait parfaitement compris lorsqu’il rappela à son Conseil : « je ne vous connais d’autre dieu que moi-même » ; thématiquement, ce n’est là rien d’autre que de l’oppression théologique.
– De ces mots : « ô Grand prêtre/hāmān ! Fais donc chauffer l’argile à mon intention et fais-moi une tour que je puisse m’élever jusqu’au dieu de Moïse ».
Ce projet de Pharaon est donc la réponse de l’egolâtre profondément atteint en son ego. En réalité un être inquiet puisqu’il sait la vérité, il n’est pas un « dieu » et il ne peut prouver le contraire, mais il veut créer l’illusion attestant que Moïse est « au nombre des menteurs ». Au v6 nous avons démontré en quoi le terme hāmān n’est pas un nom propre, mais désigne la fonction de « Grand prêtre ».
– Quant au terme ṣarḥ, il signifie ici « tour » alors qu’en S27.V44 il désigne la « Cour » du Temple dit de Salomon. En ce verset nous avons souligné la double étymologie de ce terme non arabe et ici c’est l’étymon araméen qu’il nous faut retenir, lequel a pour significations : château ou tour. En effet, il est dit : « que je puisse m’élever jusqu’au dieu de Moïse » et cette notion d’élévation implique qu’il ne peut s’agir que d’une « tour/ṣarḥ ». Il n’est pas précisé si cette tour a été effectivement construite et, au contraire, le fait que le segment « alors, Nous le saisîmes lui et ses armées et les jetâmes dans les flots », v40, projette le récit vers sa fin indique plutôt que le « Grand prêtre/hāmān » n’exécuta pas cette prétention pharaonique. Ceci porte à croire que ce n’était qu’une phrase de Pharaon exprimant tout l’orgueil démesuré de son ego et non un projet réel, idée qui du reste ne serait pas à la hauteur de l’intelligence de Pharaon que l’on ne saurait négliger. C’est ainsi l’intention de ce propos qui est à prendre en compte, la parabole de celui qui cherche à s’élever au niveau de Dieu afin de ne pas accepter sa propre condition de servitude à Son égard. Nous verrons plus avant quel « Grand prêtre/hāmān » fut responsable des grands travaux de Pharaon, activité ici sollicitée par Pharaon.
– Par ailleurs, l’association du nom « Pharaon » à celui de « Grand prêtre/hāmān » est l’occasion de poser une question simple : qui est ledit pharaon ? Sans être un livre d’Histoire, ce à quoi prétend par contre la Bible, le Coran donne à Pharaon, comme à Moïse, une réalité historique. Cependant, le Coran dépersonnalise ses récits et les déshistoricise ce qui conduit dans la plupart des cas à ne pas pouvoir identifier avec certitude les noms des personnages ainsi que la période à laquelle ils vécurent. Par conséquent, il est inutile de vouloir étiqueter ce que le Coran a volontairement délaissé, pour autant cette démarche est for prisée par nos exégètes et les islamologues. Ce choix particulier coranique est manifestement destiné à ne pas mettre en avant l’histoire proprement dite, mais sa philosophie, sa morale, ses enseignements. Toutefois, cet a priori conceptuel n’est pas systématiquement mis en œuvre puisque par exemple la Sourate 12, dite Sourate Joseph, abonde en détails nous ayant permis de relativement bien préciser l’époque à laquelle Joseph vécut. Du reste, cette recherche d’ordre chronologique était quasiment dictée par la Sourate 12, sourate sémiotique par excellence et littéralement parsemée d’indices, de signes sémiotiques, cf. notre Introduction à la Sourate 12. Or, bien que Pharaon soit dans le Coran l’archétype du tyran egolâtre, ce qui en soi ne nécessite pas de connaître son identité, il s’avère que plusieurs indices littéraux, c.-à-d. ne demandant ni interprétation ni spéculation, permettent malgré tout de l’identifier.
– Ainsi, à partir de S26.V18 nous avons établi deux critères importants quant à cette identification :
– Premier critère, pour le Coran il n’y eut qu’un seul Pharaon ayant régné d’avant la naissance de Moïse jusqu’à ce qu’il soit submergé. Or, selon la Bible il y eut deux pharaons pour couvrir cette période jugée trop longue par les auteurs de ces ajustements. Le Pharaon du Coran doit donc, lui, avoir vécu assez longtemps pour couvrir logiquement la totalité de la période concernée. Or, Pharaon est adulte régnant et marié lorsqu’il accueille Moïse ; cf. de même ici au v29.
– Deuxième critère, le règne de Pharaon fut nécessairement supérieur à 44 ans. Rappelons que Moïse devait avoir au maximum 40 ans lorsqu’il revint de Madyan pour demander à Pharaon de libérer de l’esclavage les Fils d’Israël ; cf. de même ici au v29.
– D’autre part, troisième critère, en S28.V6 et S28.V8 il est mentionné l’existence d’un personnage que la tradition suivant la Bible nomme à tort Hâmân, mais au sujet duquel nous montrons ad loc. que l’appellation coranique hāmān correspond à un nom de fonction et qu’il s’agissait d’un « Grand prêtre/hāmān » de Pharaon. Ces deux versets indiquent alors que ce « Grand prêtre/hāmān » occupait une fonction quant aux armées de Pharaon.
– De plus, quatrième critère, le présent v38 précise que Pharaon était selon les croyances égyptiennes un pharaon-dieu : « ô Conseil ! Je ne vous connais d’autre dieu que moi-même ».
– L’examen approfondi et conjoint de S26.V18, S28.V6, S28.V8 et S28.V38 permet donc d’établir quatre critères auxquels doit obligatoirement correspondre le Pharaon dont il est question dans le Coran : 1 – avoir vécu longtemps afin de couvrir la période concernée ; 2 – avoir eu un règne supérieur à 44 ans ; 3 – être un pharaon-dieu ; 4 – avoir eu un Grand prêtre occupant aussi une fonction vis-à-vis des armées. De fait, si l’on se fie à l’égyptologie en son versant documenté, l’on relève l’existence historique de seulement deux pharaons remplissant ces quatre conditions, à savoir : Thoutmôsis III et Ramsès II. Ainsi, Thoutmôsis III est plus ou moins né en 1481 av. J.-C. et décédé en 1425 av. J.-C. pour une durée de règne d’environ 54 ans. Ramsès II est plus ou moins né en 1303 av. J.-C. et décédé en 1213 av. J.-C. pour une durée de règne d’environ 66 ans. Cependant, en notre Introduction à la Sourate 12 nous avons montré que Joseph a vécu aux alentours de 1400 av. J.-C. Étant donné que selon S12.V6 et S12.V38 Joseph est l’arrière-petit-fils d’Abraham par Isaac et Jacob, Moïse n’a pas pu vivre antérieurement à cette période. Ceci élimine donc la candidature de Thoutmôsis III.
– Par suite, si l’on suit le plan des quatre critères ci-dessus précisés, seul Ramsès II répond au cahier des charges : 1 – il a vécu très longtemps : 92 ans ; 2 – a régné 66 ans ; 3 – a été un pharaon-dieu ; 4 – a eu un Grand prêtre officiant auprès des armées.
– Sur ce dernier point, la situation coranique est un peu plus complexe, car en réalité l’on relève dans le Coran la présence de deux « Grand prêtre/hāmān » différents. Ce fait est en lui-même cohérent et renforce l’hypothèse Ramsès II puisque ce dernier régna 66 ans et mourut à l’âge de 92. Ainsi, sur les six occurrences coraniques de la fonction de « Grand prêtre/hāmān » deux seulement relient sa mention à la notion d’armée : « ainsi fîmes-Nous voir à Pharaon, au Grand prêtre/hāmān et à leurs armées ce qu’ils cherchaient à éviter de leur part », S28.V6, et « en vérité, Pharaon, le Grand prêtre/hāmān et leurs armées étaient vraiment fautifs », S28.V8. En ces deux versets, il est fait référence au massacre des nouveau-nés ordonné par Pharaon au moment de la naissance de Moïse ; persécution en laquelle l’armée et le « Grand prêtre » sont impliqués. Quant aux quatre autres occurrences il s’agit de la présente, S28.V38 ainsi que de S29.V39 ; S40.V24 ; S40.V36. En ces quatre versets il n’est pas fait mention d’armées, mais par contre tous sont en lien avec le retour de Moïse depuis Madyan et la confrontation qui s’en suivit entre lui Pharaon et son Conseil, ex. ce v38, ou : « Nous avions certes dépêché Moïse avec Nos signes miraculeux et une autorité probante manifeste jusqu’à Pharaon, le Grand prêtre/hāmān et l’Attaché/qārūn qui alors dirent : Un sorcier, un charlatan ! », S40.V23-24. D’une part, nous avons montré en S26.V18 que Moïse avait au maximum 40 ans quand il revient affronter Pharaon. D’autre part, selon les données égyptologiques quant à ces personnages d’importance aucun « Grand prêtre/hāmān » ne fut en poste aussi longtemps. Par conséquent, il est tout à fait cohérent que le Coran par l’appellation « Grand prêtre/hāmān » désigne en réalité deux personnages différents ayant officié durant le règne de Ramsès II. Comme indiqué ci-dessus, ceci corrobore l’analyse fine des versets où sont mentionnés ces deux « Grand prêtre/hāmān » différents. Notons que si hāmān avait été un nom propre comme l’Exégèse et l’islamologue le pensent, il n’aurait pas été possible de déceler cette précision coranique. Ceci d’autant plus que la Bible ne fait en aucun cas mention d’un Grand prêtre en sa version du récit opposant Moïse à Pharaon. Cette observation rend encore plus signifiante cette particularité du récit coranique qui s’avère donc être un contre-récit critique de la version biblique sur ce point comme en tant d’autres en sa version diffractée du récit de Moïse. De manière remarquable, le contre-récit coranique réfute donc qu’il y eut deux pharaons du temps de Moïse, mais indique l’existence de deux Grands prêtres.
– Ainsi, le Coran ne confirme pas l’hypothèse bibliste selon laquelle deux pharaons vécurent du temps de Moïse : le pharaon dit de la Persécution puis le pharaon dit de l’Exode. Pour le Coran il n’y eut qu’un seul et même pharaon : Ramsès II, mais par contre il y eut deux « Grand prêtre/hāmān ». Selon les données archéologiques il est établi que les grands prêtes avaient une fonction symbolique et cérémonielle vis-à-vis de l’armée des pharaons. Par les oracles d’Amon ils validaient les décisions militaires du pharaon et les rendaient légitimes. Ils géraient aussi les ressources des armées qu’ils bénissaient avant ou pendant les campagnes, ils célébraient les victoires. Sous Ramsès II l’égyptologie nous apprend que deux Grands prêtres doivent retenir notre attention. Le premier se nomme Nebwenenef, il fut « Grand prêtre/hāmān » du dieu Amon au début du règne de Ramsès II, son mandat ne dura qu’environ 5 ans. Il correspond au « Grand prêtre/hāmān » mentionné en cette Sourate 28 au v6 et au v8 : « Ce faisant, la Famille de Pharaon le trouva inopinément afin qu’ainsi il devienne leur adversaire et une source d’affliction… en vérité, Pharaon, le Grand prêtre/hāmān et leurs armées étaient vraiment fautifs ». Comme nous l’avons indiqué, ce verset permet de comprendre que le « Grand prêtre/hāmān » en question fut responsable sous les ordres de Pharaon du massacre des nouveau-nés mâles duquel réchappa Moïse. Une telle décision se devait d’avoir été validé par un oracle produit par le Grand prêtre d’Amon. Il est ainsi fort probable que ledit « Grand prêtre/hāmān » en complément de l’armée de Pharaon ait aussi fait exécuter ce massacre par ses propres troupes, c.-à-d. les milices armées qui étaient chargées de la protection des grands temples. Ceci explique la mention conjointe des armées de Pharaon et du « Grand prêtre/hāmān » comme au v6 : « ainsi fîmes-Nous voir à Pharaon, au Grand prêtre/hāmān et à leurs armées ce qu’ils cherchaient à éviter de leur part ». Ce massacre se déroula effectivement dans les premières années du règne de Pharaon. Or, Nebwenenef fut uniquement « Grand prêtre/hāmān » durant les premières années du règne de Ramsès II. Le second Grand prêtre du dieu Amon se nomme Bakenkhonsou. Son mandat dura près de 27 ans, c.-à-d. jusqu’à la mort de Ramsès II et il semble ne pas lui avoir survécu. Il est connu pour avoir été le Maître d’œuvre des travaux de Ramsès II. C’est à cette activité particulière que fait référence la mention de ce « Grand prêtre/hāmān » au présent v38 : « … ô Grand prêtre/hāmān ! Fais donc chauffer l’argile à mon intention et fais-moi une tour que je puisse m’élever jusqu’au dieu de Moïse » ; il en est de même en S40.V36. Ce « Grand prêtre/hāmān », Bakenkhonsou, est donc sans rapport avec le précédent : Nebwenenef, et il aussi mentionné en S29.V39, S40.V24 en tant que proche décisionnaire de Pharaon.
– Si l’on se fie aux données archéologiques, ces deux « Grand prêtre/hāmān » furent donc tous deux au service d’un seul et même pharaon qui ne peut avoir été que Ramsès II. Nous distinguons donc selon le Coran un « Grand prêtre/hāmān » de la Persécution, celui mentionné au v6 et au v8, et un « Grand prêtre/hāmān » de l’Exode : Bakenkhonsou.
– Bien que le Coran ne soit absolument pas un traité d’égyptologie et bien que le récit de Moïse et Pharaon ne vaut que pour sa signification théologique, morale, spirituelle, voire politique, nous aurons tout de même relevé quatre critères coraniques permettant d’identifier en fonction des données égyptologiques le nom du Pharaon en question : Ramsès II. En ce cas, ce n’est pas le Coran qui est confirmé par cette discipline, mais à l’inverse l’égyptologie qui y trouve une confirmation. Ainsi, en croisant les repères égyptologiques et les indications coraniques l’on peut établir la chronologie suivante : Pharaon/Ramsès II a débuté son règne à l’âge de 25 ans –– Il a moins de 30 ans quand avec l’aide du Grand prêtre Nebwenenef il fait assassiner par ses troupes tous les nouveau-nés hébreux –– C’est à ce moment-là qu’il recueille Moïse –– Quand Moïse revient de Madyan il a moins de 37 ans – Pharaon/Ramsès II a alors moins 67 ans – Il s’est écoulé 44 ans entre la naissance de Moïse et l’Exode –– Le règne de Pharaon/Ramsès II a duré 66 ans et il est mort à l’âge de 92 ans.
– Toutefois, l’ensemble de ces données n’est cohérent que si Pharaon/Ramsès II a vécu de 18 à 20 ans de plus après l’Exode, c.-à-d. après sa supposée noyade. Or, contrairement à nos imaginaires, dans le passage biblique concerné il est seulement dit, et plusieurs fois, que l’armée de Pharaon a été engloutie par les eaux : ex. : « l’Éternel dit à Moïse : Étends ta main sur la mer et les eaux reviendront sur les Égyptiens, sur leurs chars et sur leurs cavaliers. » ; Thora, Exode, XIV, 26-31. Cette donnée est en quelques sorte contre-intuitive puisqu’en toute rigueur et en toute justice nous nous attendons au fil du récit à ce que Pharaon soit lui aussi noyé. De ce fait, pour malgré tout imposer ou confirmer cette logique, il a été plus tard ajouté une correction dans le Psaume CXXXVI où il est bien dit que Dieu « précipita Pharaon et son armée dans la mer Rouge… », v15. En matière textuelle, toute contrainte exerce une force et toute force implique une contrainte et, à l’heure actuelle, ce verset psalmique est surinterprété comme n’indiquant pas la noyade du pharaon ; ceci afin de résoudre ce qui finalement est une contradiction biblique. C’est ainsi, là encore contre notre imaginaire, que le Coran poursuit son parcours de contre-récit puisque sans ambages, sans répétition et sans contradiction il affirme clairement que Pharaon/Ramsès II ne meurt pas lorsque les flots le submergent : « aujourd’hui donc, Nous te sauvons en ta cuirasse afin que tu sois un signe pour ceux qui sont restés derrière toi. », S10.V92.
– En totale cohérence l’on peut déterminer et quantifier les différentes étapes du récit de Pharaon et Moïse selon le Coran. L’égyptologie moderne ne contredit pas cette version et nous permet à son tour d’identifier Pharaon/fir‘awn comme étant Ramsès II [1303 – 1213 av. J.-C.] et deux de ces Grands prêtres/hāmān, Nebwenenef et Bakenkhonsou, ainsi donc que la période en laquelle Moïse/mūsā vécut.
– Pharaon est le personnage, qui ne soit pas un prophète, le plus cité dans le Coran, 74 mentions en une trentaine de sourates. Il est l’archétype du tyran egolâtre et il est au faîte de sa puissance lorsqu’il se confronte à Moïse et au plan de Dieu ; Ramsès II possède exactement le même profil. De plus, il s’agit d’un des pharaons bâtisseurs des plus importants et cette intense activité de construction nécessita logiquement de nombreux esclaves ; en l’occurrence les Fils d’Israël tel que le Coran l’indique. Fait notable donc selon le Coran, Pharaon/Ramsès II régna encore près de 20 années après l’Exode et selon les preuves archéologiques il décéda en 1213 av. J.-C. après avoir régné 66 ans. Or, son fils aîné Mérenptah qui lui succéda est connu pour la stèle dite de la victoire. La datation de cette stèle la situe entre 1208 – 1207 av. J.-C., soit environ vers la cinquième année de son règne. Cette stèle est célèbre pour être pour l’instant la plus ancienne mention d’Israël, non pas en tant que pays, mais en tant que peuple et plus exactement en tant que groupe tribal vivant en Canaan. Mérenptah y a fait graver la célébration de ses victoires et presque en fin de liste on lit ceci : « Israël est détruit, sa semence même n’est plus ». Si le propos est nettement apologétique et exagéré, il témoigne par contre de la présence des Fils d’Israël sur ce territoire aux alentours de la 25e année après l’Exode des Fils d’Israël ayant fui l’Égypte sous la houlette de Moïse, ledit Exode n’étant pas une donnée archéologique, mais biblique et coranique. Néanmoins, si la Bible dit que les Fils d’Israël errèrent 40 ans dans le désert avant de conquérir du territoire cananéen sous la direction de Josué, le Coran ne tient pas le même propos. En effet, nous avons montré qu’en S5.V26 le Coran ne parle pas d’une errance au désert d’une durée de 40 ans. Selon le contre-récit coranique, il s’agit seulement d’une errance sur terre assez longue pour que la génération des Fils d’Israël ayant grandi libre puisse combattre les Cananéens ou tout du moins s’emparer de la Cité-verrou de leur territoire comme précisé par exemple en S5.V23-24 ou S2.V58-59. Cette donnée coranique est donc parfaitement cohérente avec la présence attestée historiquement des Fils d’Israël en Canaan 25 ans après leur exode hors d’Égypte, date que nous avons obtenue par recoupement entre les indications coraniques et les repères archéologiques. Elle confirme aussi que Pharaon a régné une vingtaine d’années après avoir échappé à la mort lors de la submersion de son armée par les flots lorsque Moïse et son peuple traversèrent à pied sec. Dès lors, l’on comprend mieux la signification de la mention gravée sur la stèle de Mérenptah : « Israël est détruit, sa semence même n’est plus ». Elle relève de la propagande et ne reflète pas une vérité militaire, les Hébreux ont continué d’exister après cela, mais elle signe toute la haine de Mérenptah pour ces Fils d’Israël. Ceux-là mêmes que son père Pharaon/Ramsès II et lui-même considéraient comme responsables des catastrophes ayant sévèrement atteint l’Égypte. En quelque sorte et de manière quasi symbolique, Mérenptah fait graver dans la pierre sa vengeance triomphale censée effacer l’humiliation subie par la fuite réussie de ces esclaves hébreux. Il devrait être inutile de préciser que les grands de ce monde ne laissent pas de trace de leur défaite, pour la postérité ils ne célèbrent que leurs victoires.
- Conclusion
Au total, les données objectives historiques ne contredisent pas la trame du contre-récit coranique. Pour autant, il n’y a là, ni ailleurs, aucune raison sérieuse de crier au miracle scientifique du Coran ou ‘ijāz al–‘ilmī ; pour notre critique de cette croyance aussi erronée que théologiquement toxique, cf. Vol. I : Miracles scientifiques du Coran ou miracles exégétiques ? En réalité, l’on doit seulement comprendre que le Coran traite le récit de Pharaon et de Moïse comme un fait historique. Ce faisant, il met en avant quatre critères qui ne justifient pas de faire de l’histoire, mais s’avèrent être vérifiables par la science. Répétons-le, le Coran n’est ni un traité d’égyptologie, ni un livre d’Histoire ni un conteur de légendes et de mythes. Ce sont ces caractéristiques propres au Coran, notamment en comparaison avec la Bible, qui lui permettent de demeurer toujours compatible avec les avancées évolutives scientifiques. Autrement dit, parce que le Coran ne traite ni d’Histoire ni de Science il échappe de principe à cet aspect de la critique historico-scientifique…
– Bien que nous ayons montré que Pharaon dans le Coran est Ramsès II, pour autant et dans le prolongement de ce que nous venons d’évoquer, les données coraniques objectivement et rigoureusement étudiées invalident une célèbre tartuferie clamée bien haut par les partisans de l’inexistant miracle scientifique du Coran. Depuis l’impulsion du Dr Bucaille, qui en réalité a repris une thèse biblique, le fait que la momie de Ramsès II ait été parfaitement conservée illustrerait le propos de S10.V92 : « Nous allons aujourd’hui épargner ton corps, afin que tu deviennes un signe à tes successeurs… », traduction standard. Or, en dehors de l’approximation imaginative pour comprendre ce verset comme relatif à une momie, nous avons montré présentement et ad loc. que cela signifiait simplement que Dieu a sauvé Pharaon de la noyade. Subtilité, Dieu a sauvé Moïse et Pharaon des eaux, l’un comme l’autre. Nous l’avons explicité, il n’est donc pas mort à ce moment-là, mais une vingtaine d’année plus tard, et de mort naturelle selon l’égyptologie. Toutes les affirmations relatives à la momie de Ramsès II, signes de noyade, de traumatisme crânien, de sel sur la peau ne sont que des spéculations interprétatives non documentées ; et il en est de même s’agissant de la momie de son fils Mérenptah. Notre présente étude prouve que ce ne sont que des pseudo éléments scientifiques nés de la volonté de faire concorder une interprétation forcée du Coran à des données scientifiques manipulées.
– Au final, le Coran propose une lecture couvrant une grande partie du règne de Pharaon, en l’occurrence Ramsès II, et du parcours de Moïse et des Fils d’Israël. Cette approche coranique n’est ni historique ni scientifique, mais elle demeure parfaitement cohérente et en phase avec les données actuelles archéologiques. Précisons-le une dernière fois, notre démarche ne consiste pas à prouver par le Coran que Ramsès II est le Pharaon du temps de Moïse, mais à mettre en évidence la présence d’indices textuels coraniques cohérents au sujet de Pharaon. Or, selon l’égyptologie actuelle, ces données correspondent à ce que l’on sait du règne de Ramsès II, conjonction nous l’avons montré que l’on ne retrouve dans le cas d’aucun autre pharaon connu.
Dr al Ajamî

