Print Friendly, PDF & Email

Nous poursuivons présentement notre réflexion concernant les « cinq piliers de l’Islam », plus exactement quant à leurs liens exacts avec le Coran et la nature des mécanismes que l’Islam a mis en œuvre pour parvenir à rendre sa propre construction cohérente. Le sujet est axial, l’Islam s’auto définissant comme réductible à ces cinq commandements dont le caractère d’obligation aussi dogmatique que canonique est fondamental. Par cette définition, l’Islam se conçoit donc comme une orthopraxie basée sur la mise en pratique de ses cinq piliers : la Shahâda, la Prière, le Jeûne de Ramadan, la Zakât, le Pèlerinage à La Mecque. Est ainsi constitué ce que nous pouvons nommer le credo de l’Islam lequel est une structure religieuse que l’on peut mettre en comparaison avec le credo coranique qui est composé de cinq articles de foi : croire en Dieu, en Ses Anges, Ses Livres, Ses messagers et au Jour du Jugement.[1] De la sorte, nous mesurons d’emblée la différence entre le Coran et l’Islam, le premier a pour objet la foi et le second : la pratique.

Ceci étant, nous avons préalablement examiné les glissements de sens ayant permis la constitution de la Shahâda[2], puis nous nous sommes attardé sur les différences conceptuelles et pratiques entre le Coran et l’Islam quant à la Prière[3] et, selon le même principe comparatif, nous avons étudié le Jeûne de Ramadan.[4] Concernant la Zakât, l’on est de prime abord frappé de l’existence d’un impôt religieux inscrit de plein droit dans les fondements essentiels de l’Islam, ce qui ferait d’une pratique économique un élément de foi, foi en l’Islam conséquemment. Qu’en est-il donc de la position coranique vis-à-vis de cette curiosité logique imposée par l’Islam qui, à la l’aumône/ṣadaqa comprise en tant qu’acte de foi, substitue visiblement un acte de soumission financière à une autorité politico-religieuse : la zakât ? Est-ce le Coran qui a opéré une telle institution ou l’Islam ?

• Que dit l’Islam

 Nous l’avons dit, point de doute à ce que la Zakât soit le quatrième pilier de l’Islam. Les mentions coraniques de ce terme sont nombreuses, en la majorité des cas la locution figée âtû az–zakât, comprise comme signifiant « acquittez la zakât », est associée à celle « d’accomplir la prière », ex. selon la traduction standard : « Et accomplissez la prière et acquittez la Zakât… », S2.V110.[5] Ce lien fort entre prière et “zakât” dans le Coran a donc permis sans difficulté particulière d’instituer la zakât en tant que pilier de l’Islam au même titre que la prière. La situation est assez particulière, car si le croyant prie pour Dieu il devrait s’acquitter au nom de sa foi d’un impôt-zakât versé à l’autorité et non pas à Dieu. Ce dépassement est manifeste si on le compare aux incessants appels coraniques à faire l’aumône/ṣadaqa pour l’amour de Dieu, ex. S2.V177, charité comprise comme une juste redistribution de ce que Dieu nous a octroyé comme biens : « et de ce que Nous leur avons attribué font largesse », S2.V3. Quoi qu’il en soit, l’Islam a selon sa propre logique élargi la perception de la zakât telle qu’il l’a conçu, laquelle, comme chacun sait, s’applique alors à l’argent possédé, mais aussi aux marchandises, aux métaux précieux, récoltes et bétails, en fait toutes sources de revenus. Cette taxation systématique a été sémantiquement adoucie en expliquant que le terme zakât signifiait aumône légale, impôt social purificateur, aumône purificatrice, et autres formules. Néanmoins, ces formulations ne sont que des oxymores euphémistiquement présentés, car nul n’a jamais payé ses impôts pour se purifier et nul n’a jamais été spolié de ses biens par le percepteur d’État en s’imaginant qu’ainsi Dieu prélevait Sa part de ce qu’Il pourtant nous avait donné ! D’autres éléments contradictoires doivent être soulignés :

– Il n’existe aucun verset du Coran spécifiant que la zakât est une obligation ! En réalité, seul le hadîth l’affirme !

– Nous avons démontré que la Prière selon le Coran n’avait pas de caractère obligatoire et, en suivant le raisonnement mis en place ici par l’Islam lui-même, cela suffirait en soi a invalider l’obligation légale liée à la zakât.

– Le Coran ne précise pas quels biens seraient soumis à la zakât et, encore moins quelle quantité serait exigée, ce qui pour un impôt obligatoire serait une absence pour le moins gênante et contradictoire avec l’idée même d’obligation. Là encore, le Hadîth vient à point nommé et traquera comme le fisc le moindre détail imposable.

– Les taxes et impôts n’ont jamais eu d’autre origine et raison d’être que de servir les pouvoirs en place, ici la puissance califale. Comme nous le confirmerons, cette mainmise sur les biens du peuple par l’Islam est une parfaite illustration d’association et de connivence théologico-économico-politiques.

– Si la zakât est bien ce que l’Islam en dit, alors comment justifier cette institution légale et administrative dès la période mecquoise alors même que les musulmans étaient statutairement en très fâcheuse position et bien loin d’un quelconque degré d’organisation ? Bien sûr, l’on affirme constamment que l’institution de la zakât remonte à l’an 2 à Médine au moment de la formation de “l’État musulman”, mais cela est manifestement et coraniquement faux.[6]

– Si le Coran ne mentionne pas l’obligation de la zakât, il appelle par contre les croyants de manière répétée à faire l’aûmone/ṣadaqa, la charité.

L’ensemble de ces contradictions et difficultés laisse à penser que l’Islam a fait du terme ṣadaqa/aumône un synonyme du terme zakât pris au sens d’impôt, alors que nous allons démontrer que selon le Coran le terme zakât est synonyme de ṣadaqa au sens d’aumône. Nous allons donc à présent analyser les mécanismes mis en jeu par l’Islam pour réaliser cette essentielle inversion, base supposée de son quatrième pilier.

• Que dit le Coran

– Dans un premier temps, l’analyse lexicale doit s’intéresser aux deux termes clefs : zakât et ṣadaqa. Du fait de l’organisation des lexiques arabes,[7] le mot zakât est classé à la racine arabe zakâ, verbe connotant l’idée de croissance, grandir et, de là : se vanter. Ces notions de base n’expliquent pas comment ce verbe signifie aussi, être sans tâche, probe, pur, purifier et, encore moins, la signification du nom zakât pris au sens d’impôt, taxe, dîme, etc. Il est pourtant indéniable que la racine zakâ signifie être pur, la forme II zakkâ/purifier et la forme V tazakkâ/se purifier, le Coran en témoigne par exemple en S24.V21 et S20.V76. Ce champ lexical provient en réalité d’un emprunt ancien au vocabulaire religieux syriaque avec la même notion de purification.[8] Par contre, le terme zakât provient directement d’un terme syriaque signifiant aumône. Historiquement, bien avant le temps coranique, les chrétiens s’acquittaient annuellement d’un impôt religieux perçu directement par l’Église : la dîme.[9] De même, les juifs versaient un impôt reversé au clergé des Lévites et des Cohen. Comme de règle, le christianisme a récupéré à son propre compte cette taxation de la foi mise en place par le judaïsme et l’Islam ne manqua donc pas de valider et instituer ce principe, somme toute curieux. Cette continuité n’a rien de surprenant du point de vue de l’histoire comparée des religions, mais pose un problème théologique, car il est difficile d’imaginer que Dieu gérerait une méta-administration fiscale céleste exigeant au fil des millénaires que les croyants versent impôts et taxes aux corps religieux institués en percepteurs de Dieu. Quoi qu’il en soit, il est donc très vraisemblable que le mot zakât ait été intégré à la langue arabe à partir des communautés juives et chrétiennes arabes. Cependant, son origine étymologique indique un fait important : le terme zakât ne connote aucune idée de purification. Ainsi, puisque le terme zakât est celui retenu par l’Islam pour qualifier l’impôt qu’il a institué et rendu obligatoire, cette taxation, contrairement à ce qui est inlassablement répété, n’a étymologiquement aucune vertu purificatrice. Cependant, cette situation est au fond logique, car impôts et taxes, comme tous les prélèvements effectués par les pouvoirs, ne sont en rien purificateurs !

– Quant au terme ṣadaqa il provient d’une racine arabe signifiant être sincère, vrai, et il a pour sens : aumône, don, charité. La charité est donc un acte de générosité sincère auquel le Coran appelle sans cesse et en plus encore de versets que ceux employant le mot zakât. Théologiquement, il est tout à fait cohérent que le croyant fasse montre de solidarité tout en remerciant Dieu, du fait de sa foi, des bienfaits qu’Il lui a octroyé. Tel est le principe qui régit l’aumône/ṣadaqa selon le Coran : une juste redistribution des richesses « les craignants-Dieu, ceux qui croient en l’Inapparent, accomplissent la prière et de ce que Nous leur avons attribué font largesse », S2.V2-3. Par ailleurs, la ṣadaqa/aumône a logiquement une dimension purificatrice, purification de l’âme que l’on doit combattre contre sa tendance à la crainte de l’avenir et, conséquemment, à l’accaparation et l’avarice :  « Prends de leurs biens une aumône/ṣadaqa afin de les purifier/ṭahhara [matériellement] et de les purifier/tazakkâ [moralement]», S9.V103.[10]

– Étymologiquement donc, ṣadaqa et zakât ont la même signification : aumône, et ce fait lexical peut être de plus vérifié par le Coran. En effet, nous lisons : « Ce que vous donnez en prêt à doublements/ribâ[11]afin qu’il fructifie aux dépens de l’argent des gens ne fructifie pas auprès de Dieu, mais ce que vous donnez en aumône/min zakât recherchant en cela la “Face” de Dieu… ceux-là sont ceux qui recevront le double ! »[12] D’autre part, nous lisons : « Dieu ne fait pas prospérer le prêt à doublements/ribâ, mais Il fructifie les aumônes/aṣ–ṣadaqât, Dieu n’aime point tout ingrat transgresseur ! »[13] La comparaison terme à terme de ces deux versets indique clairement que selon le Coran zakât est synonyme de ṣadaqa et a donc bien pour sens aumône. L’on constatera aussi que la traduction standard écrit : « mais ce que vous donnez comme Zakât » et non « ce que vous que donnez en aumône/min zakât » inscrivant ainsi dans le texte coranique le point de vue de l’Islam au détriment de la lettre. Par ailleurs, une autre comparaison confirme la synonymie coranique entre ṣadaqa et zakât : « Dis à mes serviteurs qui ont cru qu’ils accomplissent la prière et qu’ils fassent largesse/yunfiqûna de ce que Nous leur avons attribué/mâ razaqnâ-hum, discrètement ou ouvertement…»[14] D’évidence, nous avons là l’exact équivalent du célèbre syntagme « ceux qui accomplissent la prière et s’acquittent de la Zakât/yu’tûna az–zakât », formule considérée comme l’argument prouvant le caractère obligatoire de la zakât par assimilation à celui de la prière. Or, la mise en parallèle de ces deux énoncés montre parfaitement que l’expression « qu’ils fassent largesse de ce que Nous leur avons attribué » est synonyme de la locution figée « et s’acquittent de l’aumône/zakât». Ce n’est donc que sous l’influence de l’Islam qu’en cet appel sans cesse réitéré par le Coran nous comprenons le verbe atâ comme signifiant s’acquitter, verbe à connotation fiscale, alors même qu’il ne signifie que donner, faire largesse de et que nous sommes passés de « donner l’aumône » à « s’acquitter de la zakât ». Du reste, ce même glissement de sens est à l’œuvre entre l’emploi direct du  verbe prier/ṣallâ[15] dans le Coran et l’usage de la locution coranique aqîmû aṣ–ṣalât en laquelle le verbe aqâma/se tenir debout, ici lors de la prière, est pris au sens d’accomplir, verbe compris comme l’exécution de l’obligation de la prière. Précisément, les juristes de l’impôt-zakât ne pouvaient exploiter que la locution aqîmû aṣ–ṣalât wa âtû az–zakât, car il était possible de l’interpréter comme signifiant « accomplissez la prière et acquittez de la Zakât », c’est-à-dire alors avec l’idée d’obligation légale, interprétation impossible avec les expressions type anfiqû mimmâ razaqa-kum allâhu : donnez ou aumônez ou faites largesse de ce que Dieu vous a attribué comme biens. Hors paradigme islamique, la relation coranique entre aumône et prière est donc : priez et faites l’aumône que ce soit en usant du verbe prier/ṣallâ ou être en prière/aqâma et aumônez/anfaqû ou donner l’aumône/ṣadaqa. Une dernière confirmation de ce que dans le Coran zakât et ṣadaqa ont tous deux le sens d’aumône et leur mention conjointe en un même verset : « Appréhendiez-vous de faire précéder votre entretien [avec le Prophète] d’aumônes/ṣadaqât ? Si vous ne l’aviez pas fait et que Dieu en accepte votre repentir, alors accomplissez la prière/aqîmû aṣ–ṣalât et donnez l’aumône/âtû az–zakât et obéissez à Dieu et à Son messager ; Dieu est parfaitement informé de ce que vous œuvrez !  »[16]

– Après avoir mis en évidence que selon le Coran zakât et ṣadaqa sont deux termes ayant le sens d’aumône et ainsi montré que l’Islam a procédé par surinterprétation à l’égalité inverse : ṣadaqa équivaut à zakât pris au sens d’impôt légal, nous pouvons examiner comment l’Islam a procédé pour construire la notion d’obligation quant à la zakât. Nous l’avons dit, aucun verset du Coran n’énonce directement cela, ce qui est cohérent puisque l’aumône ne peut avoir un caractère obligatoire ou contraignant même si le Coran insiste énormément sur cette essentielle vertu qu’est la charité. Néanmoins, les juristes-percepteurs du calife ont cité à comparaître le verset suivant : « Il [Dieu] est Celui qui fait croître des jardins de treilles entrelacées ou non, les dattiers et les cultures, nourriture variée, les oliviers et les grenadiers paraissant ressemblants, mais toujours différents. Mangez-en Son fruit lorsqu’Il fait fructifier et donnez-en Son dû/haqqa-hu au jour de la moisson. Ne gaspillez point, car Il n’aime pas les outranciers. »[17] Ce verset serait donc censé attester de la zakât sur les produits agricoles, principale source de revenus de l’humanité jusqu’à récemment et, donc, de richesses pour les pouvoirs et, par extension seulement, tous les biens taxables. Or, l’expression âtû ḥaqqa-hu comprise et traduite par « acquittez-en le(s) droit(s) », c’est-à-dire supposément la zakat, est clairement surinterprété. En notre démonstration, nous mettrons en comparaison notre traduction littérale et la traduction standard fidèle à l’exégèse officielle. En effet, en le syntagme âtû ḥaqqa-hu le pronom « hu » ne peut représenter l’ensemble des récoltes, car cela ne vaudrait à la lettre que pour les céréales et autres plantes que l’on moissonne puisqu’il est dit « au jour de la moisson » et non pas « au jour de la récolte ». De plus, le terme thamar ne désigne les « fruits » que lorsqu’il s’agit d’un collectif et, en ce cas, le pronom de rappel aurait été «  » et non pas « hu ». Par thamar, l’on entend donc présentement la production, le produit, d’où en ce sens, rendu possible par le français, notre singulier « fruit » au sens figuré. Là encore, il est dit thamari-hi, complexe où le pronom « hi/hu » ne peut pas représenter les jardins et les fruitiers précédemment listés dans le verset, car à nouveau le pronom devrait grammaticalement être «  ». Par suite, le verbe athmara, à la troisième personne du singulier masculin, ne peut lui aussi avoir comme sujet les fruits ou les jardins, car l’accord verbal aurait été en arabe le féminin singulier. L’on ne peut donc traduire par « ils [c.-à-d. les jardins] en produisent ». Nous aurons donc constaté que l’analyse sémantique a mis en évidence que le seul agent pronominal présentement possible en cette phrase clef est Dieu : accord du masculin singulier : « hu », ce qui explique l’ensemble de notre traduction : « Mangez-en Son fruit [ce que Dieu a produit] lorsqu’Il fait fructifier [c’est dire que Dieu produit en abondance] et donnez-en Son dû/ḥaqqa-hu au jour de la moisson ». Nous comprenons à présent que le ḥaqq dont il est question n’est pas le droit exercé par l’administration fiscale sur les biens des musulmans, mais le «  de Dieu/hu » du fait que tout bien provient de Dieu et qu’il Lui est donc dû de redistribuer par amour de Dieu aux nécessiteux une part de ce qui Lui appartient. Enfin, la finale du verset est explicite : « ne gaspillez point, car Il n’aime pas les outranciers ». En effet, en quoi un verset qui prescrirait un droit de taxe appellerait à ne pas gaspiller les dons de Dieu ! Cela n’est donc vrai que s’agissant du respect que chacun doit à ce que Dieu lui offre et aussi, probablement, comme signifiant qu’omettre d’en aumôner une partie aux pauvres reviendrait à gaspiller les ressources offertes par Dieu en se refusant de les redistribuer.

– Ainsi, ce verset indique-t-il que tous nos moyens de subsistance proviennent de la grâce de Dieu, ce qui selon le Coran motive directement l’aumône/ṣadaqa. Il s’agit de la sorte de remercier Dieu de Sa généreuse provende et de participer à la juste redistribution des richesses comprises par le croyant comme un don global de Dieu, d’où le sens de « donnez-en Son dû/haqq », c’est-à-dire aumônez une partie de ce que Dieu vous a octroyé, car vous lui devez tout. À l’évidence, cette définition est celle de la ṣadaqa/aumône de multiples fois réitérée dans le Coran, rappelons-en le principe général : « Dépensez en aumône/anfîqû de ce que Nous vous avons attribué »[18] et, en lien avec notre v141 : « Ô vous qui croyez ! Aumônez/anfiqû des bonnes choses que vous avez acquises et de celles que Nous avons pour vous fait sortir de terre. Et ne choisissez pas intentionnellement ce qui en est le plus mauvais pour en faire l’obole alors que vous ne le prendriez vous-mêmes que les yeux fermés. Sachez que Dieu Se suffit et est Digne de louanges. »[19]

– Le sujet est donc l’aumône/ṣadaqa-zakât, la redistribution des biens de Dieu, et non la zakât comprise comme une taxe légale. Si un doute substituait encore pour qui ne parviendrait pas à desserrer le nœud herméneutique islamique qui commande notre raison, il nous suffira à présent de constater que l’indication des diverses catégories des bénéficiaires de ce que l’Islam appelle la Zakât correspond en réalité dans le Coran à des versets traitant explicitement des bénéficiaires de l’aumône/ṣadaqa sans utiliser, même en tant que synonyme, le terme zakât, ex :  « Ils t’interrogent quant à ce qu’ils doivent aumôner/anfaqa. Réponds : « Quoi que vous dépensiez en aumônes/anfaqa comme bien, que ce soit pour vos père et mère, les plus proches, les orphelins, les pauvres, et les fils de la route. » Et, quelque bien que vous fassiez, Dieu, certes, en est parfaitement savant. »[20] Le verset qui est le plus cité par l’exégèse juridique concernant les bénéficiaires de l’impôt-Zakât traite lui aussi en réalité de l’aumône/ṣadaqa : « Les aumônes/sadaqât sont uniquement destinées aux pauvres, aux nécessiteux, à ceux qui travailleront avec, à l’assistance des bonnes volontés, à l’affranchissement des esclaves, aux endettés insolvables, et pour la cause de Dieu et les fils de la route ; prescription de Dieu, et Dieu est parfaitement Savant, infiniment Sage. »[21] Notons que notre segment « à ceux qui travailleront avec » traduit de manière strictement littérale la construction al–‘âmilîna bi-hâ indiquant que les aumônes doivent aussi être utilisées pour aider ceux qui le nécessitent à développer leur propre autonomie économique. En d’autres termes, financer une activité de pêche plutôt que de donner du poisson. Ce n’est donc qu’au prix d’un grand écart littéral et interprétatif dirigé par l’idée préconçue qu’en ce verset le pluriel ṣadaqât/aumônes signifierait impôt-zakât, et nous avons démontré que cela était parfaitement erroné, que l’on est parvenu à comprendre ce syntagme comme signifiant « ceux qui collectent la zakât », c’est-à-dire les percepteurs de l’impôt eux-mêmes ![22]

–Nous pouvons à nouveau démontrer que le Coran n’a pas institué d’impôt-zakât, car si tel avait été le cas il aurait fallu nécessairement qu’il en fixât le taux d’imposition pour, qui plus est, toutes les catégories de biens concernées. Or, rien de cela dans le Coran ! Bien au contraire, nous ferons observer qu’en l’unique occasion où la Révélation intervient pour déterminer un prélèvement obligatoire elle en détermine très logiquement le taux, et cela ne concerne que les butins de guerre : « Sachez que quoi que vous saisissiez comme butin, le cinquième revient à Dieu et Son messager ainsi qu’aux proches, les orphelins, les fils de la route, si vraiment vous croyez en Dieu… »[23] Cela n’a bien évidemment pas été établi pour l’aumône-zakât-ṣadaqa logiquement laissée à discrétion en fonction des moyens et des intentions de chacun.

– S’il était encore nécessaire de démontrer que dans le Coran zakât est synonyme de ṣadaqa au sens d’aumône, nous rappellerons un célèbre verset en lequel il apparaît clairement que le segment « tout en donnant de son bien par amour pour Lui » est explicité par le terme zakât/aumône et où l’on constate sans peine que les catégories concernées par l’aumône prise comme expression de la piété/birr sont identiques à celles qui précédemment décrivaient les bénéficiaires des ṣadaqât/aumônes : « La vertu/birr ne consiste point à ce que vous orientez vos faces vers le Levant et le Couchant. Mais la piété/birr est de croire en Dieu, au Jour Dernier, aux Anges, au Livre, aux prophètes, tout en donnant de son bien par amour pour Lui : aux proches, aux orphelins, aux pauvres, aux fils de la route, aux mendiants, pour l’affranchissement des esclaves. Et celui qui accomplit la prière et donne l’aumône/zakât, ceux qui tiennent les engagements qu’ils ont contractés, ceux qui endurent les maux, l’adversité et les temps de malheur ; ceux-là sont ceux qui auront été sincères, ceux-là sont les craignants-Dieu. »[24]

– Enfin, l’ensemble de nos observations établissant la synonymie entre ṣadaqa et zakât au sens d’aumône se vérifie à contrario tout en expliquant que le Coran puisse utiliser la locution âtû az–zakât/donnez l’aumône/zakât comme une incitation générale et permanente à la charité puisqu’à l’adresse d’autres religions et croyants. Concernant les Hébreux : « Ô Fils d’Israël ! […] accomplissez la prière, faites l’aumône/âtû az–zakât, inclinez-vous avec ceux qui s’inclinent. »[25] Concernant Jésus : « [Jésus dit de Dieu] : Il m’a béni où que je sois et m’a recommandé la prière et l’aumône/zakât tant que je demeurerais en vie. »[26] Incidemment, l’on remarquera ici l’emploi du verbe recommander/awṣâ et la mention de la mort physique de Jésus.[27] Concernant Ismaël : « Il enjoignait sa famille à prier et à faire l’aumône/zakât… »[28] Ces quelques exemples sont cohérents dès lors que zakât a le sens d’aumône et sont un non-sens si on suppose que zakât désigne un impôt-taxe à moins d’admettre que Dieu se soit préoccupé de nourrir les clergés et les pouvoirs à travers les époques et pour l’éternité ! Par contre, prier et faire l’aumône/aqîmû aṣ–ṣalât wa âtû az–zakât sont les deux principales vertus cardinales que le Coran sans cesse souligne à l’adresse de tous les croyants, ce jusqu’à la fin des temps. S’il fallait encore démontrer que les impôts, dîmes et autres taxes religieuses instituées par les pouvoirs politico-religieux ne sont pas du fait de Dieu, nous n’aurions qu’à bien comprendre le verset suivant. Celui-ci est une mise en garde sans appel que nos doctes n’ont, semble-t-il, pas voulu entendre et n’ont pas permis que les croyants le puissent : « Ô croyants ! En vérité nombre de rabbins et de moines dévorent les biens des gens en pure perte et détournent de la cause de Dieu. Ceux qui thésaurisent l’or et l’argent et ne les dépensent pas en aumônes pour la cause de Dieu, avertis-les donc d’un tourment terrible.  »[29] Le propos est explicite, il fustige toutes les castes cléricales qui ont détourné l’aumône/ṣadaqa spontanée du croyant envers ses frères en humanité. Il a été ainsi systémiquement organisé, prétendument au nom de Dieu, le prélèvement d’impôts-zakât tout au profit des religieux ainsi qu’à celui des pouvoirs politiques auxquels ils se sont toujours associés.

Conclusion

L’analyse littérale de nombreux versets en lien avec la notion de ṣadaqa/zakât dans le Coran aura mis en évidence une inversion de sens orchestrée par l’Islam. Ainsi, alors que pour le Coran le terme zakât est strictement synonyme de celui de zakât en tant que signifiant aumône, c’est-à-dire le don spontané des biens que Dieu attribue aux hommes, l’Islam a réussi par une série d’interprétations et de surinterprétations à faire du terme ṣadaqa le synonyme de zakât au sens d’impôt légal obligatoire, c’est-à-dire un prélèvement organisé par l’État sur l’ensemble des biens disponibles.

Paradoxalement, c’est du fait même de ce retournement fondamental qu’il est devenu impossible de prouver que le Coran a rendu obligatoire la pratique de l’impôt-zakât puisque, naturellement, le sujet coranique étant l’aumône celle-ci ne peut avoir qu’un caractère volontaire. La Zakât en tant que quatrième pilier de l’Islam n’a donc pour elle que sa propre autolégitimation. En cela, l’Islam n’a rien inventé, mais n’a fait que perpétuer la tradition des corps cléricaux antérieurs qui, en association avec les pouvoirs, a toujours su détourner l’appel de toutes les révélations : la générosité du partage, au profit de taxes et impôt religieux dont les premiers bénéficiaires ne sont plus directement les nécessiteux, mais ces institutions. Le Coran n’a pas pour sujet le politique ou la gouvernance, mais la foi et l’éthique, il est ainsi cohérent qu’il incite à la redistribution des richesses par l’aumône et non par l’impôt.

D’un point de vue théologique, la mutation est d’importance. La conscience aigüe des bienfaits de Dieu à notre égard présidant au don par empathie envers son prochain a été remplacée par l’accomplissement comptable d’un devoir religieux. Imposer une taxe légale est par définition tuer la sincérité du donateur, la foi est ici contrainte par l’Islam à admettre qu’il lui est commandé de donner à l’État. Le pire dommage collatéral que l’on puisse ainsi craindre pour les croyants concernés est bien l’atténuation du sentiment de charité, de la conscience du partage des ressources afin que l’équité et la justice règnent entre les hommes. Si la zakât islamique est limitée par un taux prédéterminé, l’aumône coranique est illimitée. Le Coran en sa haute exigence éthique appelle donc tout un chacun, en fonction de ses moyens, à fournir en toute sincérité l’effort maximum de partage et d’entraide sociale pour l’amour de Dieu.

Dr al Ajamî

 

[1] Nous signalons à l’occasion l’absence du sixième point de dogme : la croyance au Destin. Celle-ci n’est en réalité admise qu’à partir du Hadîth. Sur ce point, voir : Destin et Libre arbitre selon le Coran et en Islam.

[2] Voir : Le (terme) islâm selon l’Islam : l’Islam-religion ; La shahâda ou double attestation.

[3] Voir : 1- La prière selon le Coran ; 2- La prière obligatoire selon le Coran et en Islam ; 3- Les heures de prière selon le Coran et en Islam ; 4- La prière, la Sunna et la prière du Prophète.

[4] Voir : Le Jeûne de Ramadan selon le Coran et en Islam.

[5] S2.V110 : «…وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآَتُوا الزَّكَاةَ »

[6] De fait, la zakât est mentionnée en plusieurs sourates réputées mecquoises : S19.V31 ; S21.V73 ; S24.V4 ; S27.V3 ; S30.V39, S41.V7, etc.

[7] Selon ce principe, tout terme doit obligatoirement être classé par rapport à une racine verbale, ce procédé implique parfois des erreurs et errements étymologiques non dénués de conséquence. Sur ce point, voir l’article méthodologique consacré à L’Analyse lexicale.

[8] Il convient de signaler que les sens donnés par les dictionnaires de la langue arabe à la forme II zakkâ et à la forme V taṣaddaqa : donner l’impôt légal zakât ou percevoir ledit impôt, ne sont donc que la preuve de réentrées lexicales.

[9] Terme dérivé du latin decima : dixième, indiquant le pourcentage prélevé sur les biens. Le judaïsme prélevait 10% des récoltes, le christianisme de même et l’Islam n’eut qu’à faire de même…

[10] S9.V103 : « … خُذْ مِنْ أَمْوَالِهِمْ صَدَقَةً تُطَهِّرُهُمْ وَتُزَكِّيهِمْ بِهَ »

[11] Sur le sens de ribâ : « prêt à doublements », voir : La ribâ, le prêt à intérêt et l’usure selon le Coran et en Islam.

[12] S30.V39 : « وَمَا آَتَيْتُمْ مِنْ رِبًا لِيَرْبُوَ فِي أَمْوَالِ النَّاسِ فَلَا يَرْبُو عِنْدَ اللَّهِ وَمَا آَتَيْتُمْ مِنْ زَكَاةٍ تُرِيدُونَ وَجْهَ اللَّهِ فَأُولَئِكَ هُمُ الْمُضْعِفُونَ »

[13] S2.V276 : « يَمْحَقُ اللَّهُ الرِّبَا وَيُرْبِي الصَّدَقَاتِ وَاللَّهُ لَا يُحِبُّ كُلَّ كَفَّارٍ أَثِيمٍ »

[14] S14.V31 : « قُلْ لِعِبَادِيَ الَّذِينَ آَمَنُوا يُقِيمُوا الصَّلَاةَ وَيُنْفِقُوا مِمَّا رَزَقْنَاهُمْ سِرًّا وَعَلَانِيَةً مِنْ قَبْلِ أَنْ يَأْتِيَ يَوْمٌ لَا بَيْعٌ فِيهِ وَلَا خِلَالٌ »

[15] Ex : S75.V31 ; S87.V15 ; S96.V10, etc.

[16] S58.V13 :

أَأَشْفَقْتُمْ أَنْ تُقَدِّمُوا بَيْنَ يَدَيْ نَجْوَاكُمْ صَدَقَاتٍ فَإِذْ لَمْ تَفْعَلُوا وَتَابَ اللَّهُ عَلَيْكُمْ فَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآَتُوا الزَّكَاةَ وَأَطِيعُوا اللَّهَ وَرَسُولَهُ وَاللَّهُ خَبِيرٌ بِمَا تَعْمَلُونَ

[17] S6.V141 :

وَهُوَ الَّذِي أَنْشَأَ جَنَّاتٍ مَعْرُوشَاتٍ وَغَيْرَ مَعْرُوشَاتٍ وَالنَّخْلَ وَالزَّرْعَ مُخْتَلِفًا أُكُلُهُ وَالزَّيْتُونَ وَالرُّمَّانَ مُتَشَابِهًا وَغَيْرَ مُتَشَابِهٍ كُلُوا مِنْ ثَمَرِهِ إِذَا أَثْمَرَ وَآَتُوا حَقَّهُ يَوْمَ حَصَادِهِ وَلَا تُسْرِفُوا إِنَّهُ لَا يُحِبُّ الْمُسْرِفِينَ

[18] S2.V254 : « … يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آَمَنُوا أَنْفِقُوا مِمَّا رَزَقْنَاكُمْ»

[19] S2.V267 :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آَمَنُوا أَنْفِقُوا مِنْ طَيِّبَاتِ مَا كَسَبْتُمْ وَمِمَّا أَخْرَجْنَا لَكُمْ مِنَ الْأَرْضِ وَلَا تَيَمَّمُوا الْخَبِيثَ مِنْهُ تُنْفِقُونَ وَلَسْتُمْ بِآَخِذِيهِ إِلَّا أَنْ تُغْمِضُوا فِيهِ وَاعْلَمُوا أَنَّ اللَّهَ غَنِيٌّ حَمِيدٌ

[20] S2.V215 :

يَسْأَلُونَكَ مَاذَا يُنْفِقُونَ قُلْ مَا أَنْفَقْتُمْ مِنْ خَيْرٍ فَلِلْوَالِدَيْنِ وَالْأَقْرَبِينَ وَالْيَتَامَى وَالْمَسَاكِينِ وَابْنِ السَّبِيلِ وَمَا تَفْعَلُوا مِنْ خَيْرٍ فَإِنَّ اللَّهَ بِهِ عَلِيمٌ

[21] S9.V60 :

إِنَّمَا الصَّدَقَاتُ لِلْفُقَرَاءِ وَالْمَسَاكِينِ وَالْعَامِلِينَ عَلَيْهَا وَالْمُؤَلَّفَةِ قُلُوبُهُمْ وَفِي الرِّقَابِ وَالْغَارِمِينَ وَفِي سَبِيلِ اللَّهِ وَاِبْنِ السَّبِيلِ فَرِيضَةً مِنَ اللَّهِ وَاللَّهُ عَلِيمٌ حَكِيمٌ

[22] Le clergé shiite a au demeurant poussé cette logique à son terme puisqu’il est le percepteur et le bénéficiaire direct de la zakât et du khoms, il s’est ainsi constitué des fortunes colossales. Historiquement, ceci s’explique par le fait que le clergé shiite est longtemps resté indépendant du pouvoir puisque le shiisme n’exista que peu de temps en tant qu’entité politique indépendante du califat sunnite.

[23] S8.V41 :

وَاعْلَمُوا أَنَّمَا غَنِمْتُمْ مِنْ شَيْءٍ فَأَنَّ لِلَّهِ خُمُسَهُ وَلِلرَّسُولِ وَلِذِي الْقُرْبَى وَالْيَتَامَى وَالْمَسَاكِينِ وَابْنِ السَّبِيلِ إِنْ كُنْتُمْ آَمَنْتُمْ بِاللَّهِ

[24] S2.V177 :

لَيْسَ الْبِرَّ أَنْ تُوَلُّوا وُجُوهَكُمْ قِبَلَ الْمَشْرِقِ وَالْمَغْرِبِ وَلَكِنَّ الْبِرَّ مَنْ آَمَنَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآَخِرِ وَالْمَلَائِكَةِ وَالْكِتَابِ وَالنَّبِيِّينَ وَآَتَى الْمَالَ عَلَى حُبِّهِ ذَوِي الْقُرْبَى وَالْيَتَامَى وَالْمَسَاكِينَ وَابْنَ السَّبِيلِ وَالسَّائِلِينَ وَفِي الرِّقَابِ وَأَقَامَ الصَّلَاةَ وَآَتَى الزَّكَاةَ وَالْمُوفُونَ بِعَهْدِهِمْ إِذَا عَاهَدُوا وَالصَّابِرِينَ فِي الْبَأْسَاءِ وَالضَّرَّاءِ وَحِينَ الْبَأْسِ أُولَئِكَ الَّذِينَ صَدَقُوا وَأُولَئِكَ هُمُ الْمُتَّقُونَ

[25] S2.V40-43 :

يَا بَنِي إِسْرَائِيلَ اذْكُرُوا نِعْمَتِيَ الَّتِي أَنْعَمْتُ عَلَيْكُمْ وَأَوْفُوا بِعَهْدِي أُوفِ بِعَهْدِكُمْ وَإِيَّايَ فَارْهَبُونِ (40) وَآَمِنُوا بِمَا أَنْزَلْتُ مُصَدِّقًا لِمَا مَعَكُمْ وَلَا تَكُونُوا أَوَّلَ كَافِرٍ بِهِ وَلَا تَشْتَرُوا بِآَيَاتِي ثَمَنًا قَلِيلًا وَإِيَّايَ فَاتَّقُونِ (41) وَلَا تَلْبِسُوا الْحَقَّ بِالْبَاطِلِ وَتَكْتُمُوا الْحَقَّ وَأَنْتُمْ تَعْلَمُونَ (42) وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآَتُوا الزَّكَاةَ وَارْكَعُوا مَعَ الرَّاكِعِينَ (43)

[26] S19.V31 « وَجَعَلَنِي مُبَارَكًا أَيْنَ مَا كُنْتُ ‎وَأَوْصَانِي بِالصَّلَاةِ وَالزَّكَاةِ مَا دُمْتُ حَيًّا »

[27] Sur ces deux points, voir pour le premier La prière obligatoire selon le Coran et en Islam et, pour le second : La Crucifixion de Jésus selon le Coran et en Islam.

[28] S19.V55 : « وَكَانَ يَأْمُرُ أَهْلَهُ بِالصَّلَاةِ وَالزَّكَاةِ وَكَانَ عِنْدَ رَبِّهِ مَرْضِيًّا »

[29] S9.V34 :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آَمَنُوا إِنَّ كَثِيرًا مِنَ الْأَحْبَارِ وَالرُّهْبَانِ لَيَأْكُلُونَ أَمْوَالَ النَّاسِ بِالْبَاطِلِ وَيَصُدُّونَ عَنْ سَبِيلِ اللَّهِ وَالَّذِينَ يَكْنِزُونَ الذَّهَبَ وَالْفِضَّةَ وَلَا يُنْفِقُونَهَا فِي سَبِيلِ اللَّهِ فَبَشِّرْهُمْ بِعَذَابٍ أَلِيمٍ