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Sourate 6 ; al–an‘âm : Les Troupeaux

 

Au nom de Dieu, le Tout-Miséricordieux, le Tout Miséricorde [1]

Partie I : Du polythéisme de Quraysh

Chap. I : Du déni polythéiste

§ 1 :  De la contestation polythéiste de l’Unicité de Dieu

– La Louange est à Dieu, Lui qui a créé les Cieux et la Terre et établi les ténèbres et la Lumière, pour autant les dénégateurs[2] à leur Seigneur donnent des égaux ! [1] Lui qui vous a existenciés d’après un modèle d’argile[3] puis a prédéterminé une échéance, un terme inscrit auprès de Lui ; et voilà que vous doutez ! [2] Et c’est Lui, Dieu, aux Cieux et sur Terre. Il connaît parfaitement vos pensées secrètes et vos déclamations, Il connaît parfaitement ce que vous cherchez à acquérir. [3] Et il ne leur parvient pas un verset[4] d’entre les versets de leur Seigneur sans qu’ils ne s’en détournent. [4] Ils ont certes traité de mensonge la Vérité quand elle leur est venue, mais ils auront des nouvelles [5] de ce dont ils se moquaient. [5] N’ont-ils pas songé combien Nous avons fait périr avant eux de générations ! Nous leur avions attribué un pouvoir sur le pays, pouvoir que point Nous vous avons donné. Nous envoyions du ciel, sur eux, une pluie abondante et faisions que les rivières coulent à leurs pieds, puis Nous les détruisîmes à cause de leurs péchés et produisîmes après eux d’autres générations. [6]

§ 2 : De la contestation qurayshite du principe de révélation

– Si Nous avions fait descendre sur toi un écrit sur parchemin qu’ils eussent pu toucher de leurs mains, les dénégateurs se seraient écriés : Ce n’est là que magie manifeste ! [7] Ils ont de même dit : Que n’est-il point descendu avec lui un Ange !  Or, si Nous avions fait descendre un Ange, le Verdict[6] aurait été rendu… alors aucun délai ne leur aurait été accordé. [8] Et si Nous avions fait de lui[7] un Ange, Nous Lui aurions donné figure d’homme et l’aurions vêtu de ce dont ils s’habillent. [9] L’on a certes moqué bien des messagers avant toi, mais ceux qui raillaient furent saisis par ce qu’ils tournaient en dérision. [10] Réponds : Parcourez donc la Terre, puis regardez quelle fut la fin des récusateurs ! [11] Dis : À qui appartient ce qui est en les Cieux et sur Terre ? Réponds : À Dieu. Il s’est destiné pour Lui-même la Miséricorde et, certes, Il vous rassemblera tous au Jour de la Résurrection, point de doute à cela. Ceux qui se seront perdus d’eux-mêmes… c’est qu’ils ne croient pas. [12] À Lui ce qui demeure en la nuit et le jour ; Il est Celui qui entend et sait parfaitement. [13] Dis : Autre que Dieu devrais-je prendre comme Maître, Initiateur en les séparant[8] des Cieux et de la Terre, Lui qui substante et que nul ne substante ? Dis :En vérité, il m’a été ordonné d’être le premier à m’assujettirEt ne sois point au nombre des polythéistes. [14] Dis : En vérité, je crains – s’il advenait que je désobéisse à mon Seigneur – le tourment d’un Jour terrible.[15] Celui qui en sera écarté ce Jour, c’est qu’il lui aura été fait miséricorde, telle est la réussite suprême. [16] Et si Dieu faisait que t’atteigne un malheur, ne saurait le détourner nul autre que Lui. Et s’Il faisait que te parvienne un bien… Il a sur toute chose pouvoir ! [17] Il est Celui qui a toute autorité sur Ses créatures, Il est l’Infiniment sage, le Parfaitement informé. [18] Dis : Qu’il y -t-il de plus grand en matière de témoignage ? Réponds : Dieu est témoin entre vous et moi et il m’a été révélé ce Coran afin que je vous avertisse ainsi qu’à ceux auxquels il parviendra. Attesteriez-vous vraiment qu’avec Dieu soient divinités autres ?  Ajoute : Je n’en témoigne point ! Dis : En vérité, Lui, n’est qu’une divinité unique et je suis, certes, innocent de ce que vous donniez des associés. [19]

§ 3 : De la contestation qurayshite de la Résurrection

– Ceux à qui Nous avons donné le Livre le connaissent aussi bien qu’ils connaissent leurs enfants.[9] Ceux qui se seront perdus d’eux-mêmes… c’est qu’ils ne croient pas. [20] Qui donc est plus inique que celui qui forge contre Dieu le mensonge et réfute Ses versets… certes ne réussissent point les injustes. [21] Et le Jour où Nous les rassemblerons tous puis que Nous dirons aux polythéistes : Où sont vos divinités associées auxquelles vous prétendiez ? [22] Alors, dans leur égarement ils ne pourront que répondre : Par Dieu notre Seigneur, nous n’étions point associateurs ! [23] Considère comment ils se mentent à eux-mêmes et comment les perdra ce qu’ils forgeaient. [24] Et, parmi eux, il en est qui semblent te prêter attention,[10] mais Nous avons enveloppé leurs esprits de voiles, car ils ne le comprennent pas et sont durs d’oreille.  Quand bien même verraient-ils tous les Signes qu’ils n’y croiraient pas. Au point qu’ils viennent à toi pour disputer et que les dénégateurs disent : Ce ne sont là que contes des Anciens ! [25] Ils l’abandonnent et s’en éloignent,[11] mais ils ne ruinent que leurs propres âmes, sans en avoir conscience. [26] Si tu voyais quand on leur fera savoir ce qu’est le Feu[12] et qu’ils s’écrieront : Hélas ! Que l’on nous fasse retourner, nous ne traiterions pas de mensonges les versets de notre Seigneur et serions au nombre des croyants ! [27] Bien au contraire ! Leur apparaîtra ce qu’ils dissimulaient auparavant. Et si on les faisait s’en retourner, ils en reviendraient à ce qui leur était défendu, ce ne sont certes que des menteurs ! [28] Ils disaient bien : Il n’y a que notre vie d’ici-bas et nous ne serons point ressuscités.  [29] Si tu voyais quand on leur aura fait connaître leur Seigneur et qu’Il dira : N’est-ce point là la Vérité ? Ils s’exclameront : Certainement, Seigneur ! Il répondra : Alors goûtez le Tourment pour ce que vous déniez. [30] Ils se sont certes perdu ceux qui ont dénié la rencontre de Dieu. Au point que lorsque les surprendra l’Heure, subitement, ils s’écrieront : Ô quel regret pour nous de l’avoir négligée ! Alors, ils porteront leurs fardeaux sur leurs dos ; combien est mauvais ce qu’ils auront à charge ! [31]

Chap. II : Des polémiques avec les polythéistes

§ 1 :  De la contestation de la mission prophétique

– La vie d’ici-bas n’est que jeu et divertissement, mais la Demeure dernière est meilleure pour ceux qui craignent pieusement ? Ne raisonnez-vous donc pas ! [32] Certes, Nous savons que t’afflige ce qu’ils disent, pour autant ce n’est pas toi qu’ils réfutent, mais ce sont les versets de Dieu que les injustes nient. [33] Certes, ont été démentis bien des messagers avant toi et ils endurèrent patiemment d’être traités de menteurs et calomniés jusqu’à ce que leur vienne Notre secours – et pas de changement pour les arrêts[13] de Dieu – il t’est donc parvenu nouvelle des envoyés. [34] Si t’accable grandement leur indifférence et que tu aies la possibilité de chercher un tunnel sous la terre ou une échelle aux cieux afin de leur apporter un miracle…[14] Mais, si Dieu l’avait voulu, Il les aurait rassemblés par la guidée. Ne sois donc pas du nombre des ignorants ! [35] Seuls répondent ceux qui entendent. Quant aux morts, Dieu les réveillera, puis vers Lui ils seront ramenés. [36] Ils disent : Pourquoi n’a-t-on point fait descendre sur lui un miracle de la part de son Seigneur ? Réponds : Dieu est certes capable de réaliser un tel miracle.[15] Mais la plupart ne savent rien ! [37] Nulle bête sur Terre ou oiseau déployant ses ailes qui ne soient pas multitudes comme vous, Nous n’avons rien négligé dans l’Édiction.[16] Puis, vers leur Seigneur ils seront rassemblés. [38] Ceux qui réfutent nos Signes sont sourds et muets, dans les Ténèbres ; qui veut, Dieu l’égare et, qui veut,[17] Il le place sur un chemin droit. [39]

§ 2 :  De la contestation polythéiste des avertissements de Dieu

– Dis : Que dois-je penser de vous ? Si vous atteignait le châtiment de Dieu ou que vous surprenait l’Heure, un autre que Dieu invoqueriez-vous, pour autant que vous soyez sincères ! [40] C’est plutôt Lui que vous invoqueriez et Il dissiperait ce pour quoi vous l’implorez, s’Il le voulait, et vous oublieriez alors ce que vous associez. [41] Certes, Nous avons dépêché message à des communautés bien avant toi puis Nous les atteignîmes de maux et d’adversité afin que peut-être ils s’abaissent à supplier. [42] Lorsque les frappa Notre rigueur que ne Nous ont-ils pas imploré,[18] mais leurs cœurs s’étaient endurcis et le Shaytân avait enjolivé ce qu’ils œuvraient. [43] Aussi, quand ils eurent négligé ce qui leur avait été rappelé, Nous ouvrîmes pour eux les portes de toutes choses au point que lorsqu’ils exultèrent de ce qu’ils avaient reçu, Nous les saisîmes soudainement… et voilà qu’ils furent atterrés. [44] C’est ainsi que fut coupé à la racine le peuple de ceux qui furent iniques ; la Louange est à Dieu, [19] Seigneur des Mondes. [45]

– Dis : Qu’en pensez-vous ? Si Dieu s’empare de votre ouïe et de votre vue et scelle vous cœurs, quelle autre divinité que Dieu pourrait vous les rendre ? Vois comment Nous déclinons les exemples,[20] pourtant ils s’en détournent. [46] Dis : Que dois-je penser de vous ? Si le châtiment de Dieu vous atteignait, inopinément ou manifestement, qui serait détruit si ce n’est les gens iniques ? [47] Nous ne dépêchons les envoyés qu’en tant qu’annonciateur et avertisseur. Ainsi, qui croit et fait le bien… nulle crainte pour eux, ils ne seront point affligés. [48] Quant à ceux qui réfutent nos versets, les frappera le Tourment pour s’être rebellés. [49] Dis : Je ne vous affirme pas détenir les trésors de Dieu et je ne connais pas l’Imperceptible et ne prétends pas être un ange ; je ne fais que suivre ce qui m’est révélé. Dis : Sont-ils pareils l’aveugle et le clairvoyant ? Ne réfléchissez-vous donc point ! [50]

Chap. III : Confrontation avec les polythéistes

§ 1 :  De l’épreuve du polythéisme

– Préviens par ceci ceux qui redoutent d’être rassemblés devant leur Seigneur : ils n’auront en dehors de Lui ni allié ni intercesseur, puissent-ils craindre pieusement. [51] Et ne repousse point ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, désirant Sa “Face”. Ne t’incombe en rien de leur demander compte et ton compte ne leur incombe en rien ! S’il advenait que tu les repousses,[21] tu serais alors au nombre des injustes. [52] C’est ainsi que Nous les avons mis à l’épreuve les uns par les autres[22] pour qu’ils disent :  Sont-ce là ceux que Dieu a favorisés parmi nous ? Mais Dieu ne connaît-Il pas parfaitement ceux qui sont reconnaissants ! [53] Et lorsque viennent à toi ceux qui croient en Nos versets, dis : Que le Salut soit avec vous ! [23] Votre Seigneur s’est destiné pour Lui-même la Miséricorde envers celui d’entre vous qui commet un mal par ignorance puis se repent après cela et se réforme… alors Il est Tout pardon, Tout miséricorde. [54] C’est ainsi que Nous détaillions les versets afin que soit mise en évidence la voie des coupables. [55] Dis : Il m’a été interdit d’adorer ceux que vous invoquez en dehors de Dieu. Dis : Je ne suivrais pas vos passions, car ce serait m’égarer et n’être plus au nombre des bien-guidés. [56] Dis : Je m’appuie sur une preuve évidente de la part de mon Seigneur, pourtant vous L’avez réfuté. Je ne détiens pas ce que vous voulez hâter, en vérité le Jugement[24] n’appartient qu’à Dieu. Il tranchera en toute vérité, et Il est le meilleur de ceux qui décident. [57] Dis :  Si je détenais ce que vous souhaitez hâter, l’affaire aurait été terminée entre vous et moi, et Dieu est le plus parfait connaisseur de ceux qui sont injustes.  [58]

§ 2 :  Omniscience, Toute-puissance de Dieu et polythéisme

– Il possède les clefs de l’Inapparent, nul ne les connaît hors Lui. Il sait ce qui est sur terre comme en mer ; pas une feuille qui ne tombe sans qu’Il en ait connaissance, pas une graine en les ténèbres du sol et pas une pousse fraîche ou sèche qui ne soient en un Recueil[25] établi. [59] Il est Celui qui vous recueille la nuit – et Il sait ce que vous cherchez à vous procurer le jour – Il vous tire ensuite du sommeil afin que s’accomplisse un terme déterminé.[26] Puis, vers Lui vous retournerez, alors Il vous informera quant à ce que vous œuvriez. [60] Il est Celui qui a toute autorité sur Ses créatures, Il dépêche auprès de vous des protecteurs jusqu’à ce que s’approche de l’un de vous la mort et que l’achèvent nos émissaires, et ils ne commettent aucune négligence. [61] Après quoi ils sont ramenés à Dieu, leur vrai Maître. N’est-ce point à Lui que revient le Jugement ! Et Il est le plus prompt des teneurs de compte. [62] Dis : Qui vous sauverait des ténèbres sur terre ou en mer ? Vous l’invoqueriez humblement et intimement : « S’il nous délivre de ceci, nous serons au nombre des reconnaissants. » [63] Dis : C’est Dieu qui vous en préservera ainsi que de toute détresse, puis voilà que vous Lui donnez des associés ! [64] Dis : Il est Celui qui est à même d’exciter contre vous un tourment d’au-dessus de vous ou de sous vos pieds ou bien de vous jeter dans la confusion des sectateurs pour faire goûter aux uns la rigueur des autres.[27] Vois comment Nous déclinons les exemples afin qu’ils comprennent. [65]

§ 3 : Des controverses polythéistes

– Ton peuple l’a réfuté[28] alors qu’il est la vérité. Dis : Je ne suis point votre garant, [66] chaque annonce a une échéance, et vous allez bientôt savoir. [67] Et quand tu vois ceux qui cherchent querelle au sujet de Nos versets, écarte-toi d’eux jusqu’à qu’ils tiennent propos autre que celui-ci. Et que le Shaytân ne te fasse pas oublier ! [29] Aussi, ne reste donc pas après le Rappel avec les gens iniques. [68] Il n’incombe point à ceux qui craignent pieusement de leur demander le moindre compte, seulement un rappel en guise d’avertissement ; puissent-ils craindre pieusement ! [69] Laisse ceux qui prennent leur foi en amusement et jeu,[30] les a séduit la vie d’ici-bas. Et par lui rappelle que toute âme sera confrontée à ce qu’elle se sera acquis et qu’elle n’aura en dehors de Dieu ni allié ni intercesseur et que toute contrepartie qu’elle offrira ne sera point acceptée. Ce sont ceux-là qui se seront exposés à leur perte à cause de ce qu’ils auront acquis ; pour eux boisson d’eau bouillante et tourment terrible du fait de ce qu’ils auront dénié ! [70] Dis :  Invoquerions-nous en dehors de Dieu ce qui ne peut ni nous profiter ni nous nuire ? Tournerions-nous les talons après que Dieu nous eût guidés pareils à celui que les démons ont subjugué par ses passions sur terre, désorienté, alors qu’il a des compagnons qui l’appellent à la guidée : « Viens à nous ! » ? Dis : La guidée de Dieu est la seule guidée, et il nous a été ordonné de nous assujettir[31] au Seigneur des Mondes. [71]

– Accomplissez la prière et craignez-Le pieusement, Il est Celui vers qui vous serez rassemblés ! [72] Il est Celui qui a créé les Cieux et la Terre[32] en toute vérité. Et au jour où Il dira : « Sois ! », cela sera – Sa Parole est la Vérité. À Lui reviendra donc la Royauté le Jour où l’on soufflera du Cor. Il est le Connaisseur de l’Imperceptible et de l’apparent, Il est l’Infiniment sage, le Parfaitement informé. [73]

Partie II : Du polythéisme et du monothéisme

Chap. I : Monothéisme rationnel versus polythéisme irrationnel

§ 1 : L’argument monothéiste contre le polythéisme

– Lorsque Abraham dit à son père Azar : Prendras-tu des sculptures pour divinités ? Vraiment, je te vois, toi et ton peuple, en un égarement manifeste ! [74] Et c’est ainsi, Nous avions fait comprendre à Abraham la grandeur du Royaume des Cieux et de la Terre[33] afin qu’il fût de ceux qui ont la certitude. [75] Et quand l’enveloppa donc la nuit, il vit une étoile et dit alors : Est-ce là mon Seigneur ?[34] Et, lorsqu’elle déclina, il s’exclama : Je n’aime pas les choses évanescentes ! [76] Puis, quand il vit la lune apparaître, il dit : Est-ce là mon Seigneur ? Et, lorsqu’elle disparut, il s’écria : Si mon Seigneur ne me guide point, je ferais partie du peuple des égarés ! [77] Enfin, il vit le soleil se lever et dit : Est-ce là mon Seigneur, est-ce le plus grand ? Puis, lorsqu’il déclina à l’horizon, il dit : Ô mon peuple ! En vérité, je désavoue ce que vous associez à Dieu ! [78] En vérité, j’ai orienté mon être vers Celui qui a initié en les séparant les Cieux et la Terre, exclusivement,[35] je ne suis pas un polythéiste ! [79] Et son peuple le disputa, il répondit : Argumenteriez-vous contre moi au sujet de Dieu alors qu’Il m’a certes guidé ? Je n’éprouve aucune peur venant de ce que vous Lui associez,[36] mais seulement d’une chose que mon Seigneur voudrait. Mon Seigneur embrasse toute chose en connaissance, ne pensez-vous donc point ! [80] Comment pourrais-je avoir peur de ce que vous associez alors que vous ne craignez point de donner des associés à Dieu, ce sur quoi Il ne vous a conféré aucune autorité ? Lequel des deux partis est donc le plus en droit d’être en sûreté, si vous savez ? [81] Ceux qui croient et ne recouvrent point leur foi par une transgression,[37] ceux-là seront en sûreté, ils sont bien-guidés. [82] Tel fut Notre argument, Nous l’avions donné à Abraham contre son peuple. Nous élevons en degrés qui Nous voulons, certes ton Seigneur est infiniment Sage, parfaitement Savant. [83]

§ 2 : Argument de la Tradition monothéiste

– Et Nous lui fîmes don d’Isaac et de Jacob, nous les guidâmes tous deux. Noé, Nous l’avions guidé bien avant et, parmi sa descendance : David, Salomon, Job, Joseph, Moïse et Aaron. C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants. [84] De même : Zacharie, Jean-Baptiste, Jésus et Élie, tous furent au nombre des vertueux. [85] Et aussi : Ismaël, Élisée, Jonas et Loth, tous, Nous les avons favorisés parmi les Hommes. [86] Et pour certains de leurs ancêtres, de leurs descendances et de leurs semblables, Nous les choisîmes et les guidâmes vers un chemin droit. [87] Telle est la Guidée de Dieu par laquelle Il guide qui Il veut parmi Ses adorateurs, mais s’ils Nous avaient donné des associés,[38] vaines auraient été leurs œuvres ! [88] Voilà ceux à qui Nous avions donné le jugement,[39] la sagesse, la prophétie, et si la démentent ceux-là, Nous en avions chargé des gens qui n’en furent point dénégateurs. [89] Ils sont ceux que Dieu a guidés, alors par leur guidée rapproche-toi de Lui.[40] Dis : Je ne vous demande aucun salaire, il n’est qu’un rappel adressé aux Hommes. [90]

§ 3 : Argument de juifs mecquois et des polythéistes contre la révélation du Coran

– Ils n’ont pas estimé Dieu à sa juste valeur[41] lorsqu’ils ont dit : Dieu n’a rien révélé à un être humain. Réplique :Qui donc a révélé la Thora apportée par Moïse, lumière et guidée pour les Hommes alors que vous n’en faites que des parchemins que vous montrez, mais dont vous dissimulez beaucoup, bien que vous ait été enseigné ce dont vous n’aviez aucune connaissance, ni vous ni vos ancêtres ?  Dis :C’est Dieu ! Puis laisse-les en leur querelle s’amuser. [91] Quant à cet Écrit, Nous l’avons révélé en tant que bénédiction et confirmateur de ce qui l’a précédé afin que tu avertisses la Mère des cités[42] et quiconque est aux alentours. Quant à ceux qui croient en l’Au-delà, ils y portent foi et de leur croyance sont les gardiens. [92] Qui donc est plus inique que celui qui forge contre Dieu le mensonge ou qui dit : « J’ai reçu une inspiration » alors que rien ne lui a été inspiré,[43] et de même celui qui prétend : « Je vais faire descendre la même chose que ce que Dieu a fait descendre ! » Si tu voyais lorsque les iniques seront dans les abîmes de la mort et que les Anges étendant leurs mains : « Essayez de sortir vous-mêmes ! Ce Jour, vous allez être payés du Tourment avilissant pour avoir dit contre Dieu le contraire de la vérité et, face à Ses versets, vous être enorgueillis. » [93] Et voilà que vous venez à Nous un à un, tout comme Nous vous avions créé la première fois, mais laissant derrière vous ce que Nous vous avions octroyé. Or, Nous ne voyons point avec vous vos intercesseurs ! Ceux pourtant dont vous prétendiez qu’ils vous étaient associés. Voilà-t-il pas qu’il y a certainement eu rupture entre vous, et que vous a ignoré[44] ce à quoi vous prétendiez ! [94]

Chap. II : Des arguments des polythéistes mecquois

§ 1 : Argument monothéiste naturaliste

– En vérité, Dieu fait éclore les semences et les noyaux. Il tire le vivant du mort et Il est Celui qui extirpe le mort du vivant.  Tel est Dieu ; qu’avez-vous à vous détourner ! [95] Il fait poindre la clarté du jour et fit de la nuit un lieu de repos, du soleil et de la lune un décompte. Telle est la Volonté du Tout-puissant, du parfaitement Savant. [96] Il est Celui qui, par les étoiles, fit que vous puissiez vous guider dans l’obscurité sur terre et en mer. Certes, Nous avons déployé les signes pour des gens de connaissance ! [97] Il est Celui qui vous a produits d’une âme unique, puis lieu de séjour et de biens confiés.[45] Certes, Nous avons déployé les signes pour des gens qui comprennent ! [98] Il est Celui qui fait descendre du ciel l’eau, Nous en suscitâmes toute végétation. Nous en fîmes surgir verdure dont Nous tirons grains disposés en épis. De même, le palmier, de sa spathe régimes de dattes s’abaissant ; et des jardins couverts de raisins, et l’olive et la grenade, tous en apparence ressemblants sans pourtant être équivalents.[46] Contemplez Son bien lorsqu’Il le fait fructifier et mûrir. En tout cela, que de signes pour des gens qui croient ! [99]

§ 2 : Faiblesse de l’argument polythéiste

– Pourtant, ils ont donné à Dieu comme associés les Djinns, alors qu’Il les a créés.[47] Ils Lui ont inventé des fils et des filles, sans aucun savoir ; qu’Il soit transcendé et exalté bien au-dessus de ce qu’ils dépeignent ! [100] Concepteur[48] des Cieux et de la Terre – comment pourrait-Il avoir une progéniture alors qu’Il n’a point de Compagne et qu’Il a créé toute chose ? De toute chose Il est parfaitement savant ! [101] Tel est Dieu votre Seigneur, point de divinité si ce n’est Lui ; Créateur de toute chose, adorez-Le donc ! Il est de toute chose l’Intendant. [102] Les regards ne peuvent L’atteindre, mais Lui perçoit tous les esprits.[49] Il est le Subtil, le parfaitement Informé. [103] Il vous est certes parvenu des démonstrations concluantes de la part de votre Seigneur, qui donc sera clairvoyant le sera pour lui-même et, quiconque demeurera aveugle, ce sera contre lui ; et Je ne suis point votre Gardien ! [104] C’est ainsi que Nous alternons les versets – quand bien même disent-ils : Tu as étudié ![50] – ce afin que Nous l’explicitions pour des gens de connaissance. [105] Suis ce qui t’est révélé de la part de ton Seigneur : point de divinité si ce n’est Lui ; et écarte-toi des polythéistes. [106] Si Dieu l’avait voulu, ils n’auraient point fait acte de polythéisme. Nous ne t’avons point institué à leur égard protecteur, et tu n’es point leur garant. [107]

§ 3 : De l’hypocrisie de l’argument polythéiste

– Ne dénigrez pas ceux qu’ils invoquent à la place de Dieu de crainte qu’en riposte[51] ils ne décrient Dieu par pure ignorance, car Nous avons enjolivé pour chaque communauté leurs actes. Puis, vers leur Seigneur sera leur retour, et Il les informera de ce qu’ils œuvraient. [108] Ils ont aussi juré par Dieu de leurs plus grands serments que, si survenait pour eux un miracle, certes, ils y croiraient. Réponds : Les miracles ne viennent que de Dieu.[52] Ne vous semble-t-il point que si cela se produisait, ils ne croiraient pas pour autant [109] et que Nous détournerions leurs cœurs et leurs esprits tout comme ils n’avaient pas cru en lui la première fois[53] et que Nous les laisserions seuls en leur rébellion s’agiter aveuglément ! [110] Et quand bien même ferions-Nous descendre vers eux les Anges, que leur parleraient les morts et que Nous rassemblerions tous les êtres devant eux, qu’ils ne croiraient pas à moins que Dieu ne l’ait voulu ! Mais la plupart d’entre eux font montre d’ignorance. [111] C’est de ce fait que Nous avons déterminé pour tout prophète des ennemis, rebelles d’entre les Hommes et les Djinns, s’inspirant, les uns et les autres,[54] propos enjolivés, illusoirement. Si ton Seigneur l’avait voulu, ils n’auraient point fait. Délaisse-les donc ainsi que ce qu’ils affabulent. [112] Il en est ainsi afin qu’y inclinent les cœurs de ceux qui ne croient point en l’Au-delà et qu’ils en soient satisfaits et, alors, qu’ils récoltent ce qu’ils auront perpétré. [113] Autre que Dieu désirerais-je comme arbitre alors qu’Il est Celui qui a révélé à votre intention l’Écrit, exposé en détail.[55] Ceux à qui Nous avons donné la Bible savent qu’il est révélé par ton Seigneur en toute vérité. Ne sois donc pas de ceux qui doutent. [114] S’est ainsi accomplie la Parole de ton Seigneur avec force et justesse. Nul changement en Ses paroles,[56] Il est Celui qui entend et sait parfaitement. [115] Et, si tu te mettais à la disposition de la plupart de ceux qui sont en la contrée,[57] ils t’égareraient du Chemin de Dieu, car ils ne suivent que conjectures, ils ne font que supputer. [116] Vraiment ! Ton Seigneur sait bien qui égare de Son Chemin et Il est parfait connaisseur des biens-guidés. [117]

Chap. III : Critique du polythéisme persistant en matière de tabous

§ 1 : Tabous et séquelles polythéistes des proto-musulmans

– Mangez donc de ce sur quoi a été mentionné le nom de Dieu si en Ses versets vous êtes croyants ! [118] Car, qu’avez-vous donc à ne pas manger de ce sur quoi a été mentionné le nom de Dieu, alors même qu’il vous a été détaillé ce qui vous a été rendu tabou, sauf si vous y êtes contraints ![58] Cependant, nombreux sont ceux qui s’égarent du fait de leurs passions, sans aucun savoir ! Certes, ton Seigneur est parfait connaisseur des transgresseurs ! [119] Abandonnez le péché, manifesté ou dissimulé, car ceux qui acquièrent le péché seront rétribués pour ce qu’ils auront perpétré ; [120] et ne mangez point de ce sur quoi le nom de Dieu n’a pas été mentionné, car c’est une abomination. Certes, les démons inspirent à leurs alliés d’en controverser avec vous et, si vous les suiviez, vous feriez acte de polythéisme. [121] Celui qui était mort et que Nous avons ramené à la vie et à qui Nous avons accordé une lumière afin qu’il aille parmi les hommes serait-il à l’image de qui est dans les ténèbres sans pouvoir en sortir ![59]  C’est ainsi qu’a été embelli aux yeux des polythéistes ce qu’ils œuvraient. [122]

§ 2 : Des autorités et du suivisme qui en découle

– C’est ainsi que Nous avons fait qu’en chaque cité les grands de ce monde en soient les pires pécheurs afin qu’ils y complotent.[60] Or, ils ne trompent qu’eux-mêmes, mais ils ne s’en doutent pas. [123] Quand leur parvient un verset, ils disent : Nous ne croirons qu’à condition que nous recevions l’équivalent de ce qui fut donné aux messagers de Dieu. Mais Dieu sait parfaitement où Il délivre Son message. Ceux qui ainsi auront été coupables seront frappés d’impuissance face à Dieu et d’un dur tourment en raison de ce qu’ils auront tramé. [124] Or donc, qui Dieu veut guider, Il ouvre son cœur à l’abandon de soi à Dieu[61]  et, qui Il veut laisser s’égarer, Il rend sa poitrine étroite, oppressée, comme s’il montait avec peine vers le ciel. C’est ainsi que Dieu jette l’opprobre sur ceux qui ne croient point. [125] C’est là la Voie de ton Seigneur, en toute rectitude ; Nous avons, certes, déployé les signes pour des gens qui s’en souviennent. [126] Leur revient le Séjour du Salut[62] auprès de leur Seigneur, Il sera leur Bienfaiteur en raison de ce qu’ils auront œuvré. [127]

§ 3 : Vacuité et vanité des autorités polythéistes

– Et, au Jour où Il les rassemblera tous :  Ô assemblée de Djinns ! Vous avez, certes, été plus excessifs que l’Homme. Et leurs proches parmi les Hommes diront : Seigneur ! Nous avons profité les uns et les autres et voilà que nous avons atteint le terme que Tu nous avais fixé.[63] Il répondra : Le Feu sera votre séjour. Ils n’y demeurent point sans que Dieu ne le veuille, ton Seigneur est infiniment Juste et parfaitement Savant. [128] C’est ainsi que Nous conférons autorité à certains injustes sur d’autres[64] en raison de ce qu’ils se sont acquis. [129] Ô assemblée de Djinns et d’Hommes ! Ne vous est-il point parvenu des messagers des vôtres[65] vous ayant rapporté Mes versets et averti de la rencontre en ce Jour vôtre que voici ? Ils répondront :  Nous en attestons à charge contre nous-mêmes. Les a séduit la vie d’ici-bas et ils ont ainsi témoigné contre eux-mêmes qu’ils étaient bien des dénégateurs. [130] Ainsi ton Seigneur n’a-t-Il pas détruit les Cités injustement, car leurs habitants n’étaient point inavertis. [131] À chacun des degrés en fonction de leur agissements, et ton Seigneur n’est point sans savoir ce qu’ils œuvrent. [132] Bien que ton Seigneur Se suffise à Lui-même et soit Détenteur de la Miséricorde, s’Il le voulait Il vous ferait disparaître et désignerait des successeurs après vous[66] selon Sa volonté de la même manière qu’Il vous a produits à partir de la descendance d’autres peuples. [133] En vérité, ce qui vous est promis arrive et vous ne sauriez lui échapper. [134] Dis : Ô mon peuple ![67] Agissez selon votre intention, j’agirais de même. Vous saurez à qui revient la Demeure finale, car, certes, ne triomphent jamais les iniques ! [135]

§ 4 : Condamnation de tabous polythéistes

– Ils attribuent à Dieu de ce qu’Il a multiplié de récoltes et troupeaux une part en disant : Ceci est pour Dieu – selon leur affirmation – et ceci est pour nos co-divinités. Or, ce qui revient à leurs co-divinités ne parvient pas à Dieu et ce qui devait revenir à Dieu est destiné à leurs co-divinités[68] ; quel mauvais jugement ! [136] C’est aussi de ce fait que paraît honorable à nombre de polythéistes le “meurtre” de leurs enfants à leurs co-divinités[69] et qu’ainsi soit provoquée leur perte et leur soit obscurci leur rituel. Si Dieu l’avait voulu, ils ne l’auraient point fait ; Délaisse-les donc ainsi que ce qu’ils affabulent. [137] De même, ils disent : Ce bétail et cette récolte sont tabous, n’en consomment que ceux que nous voulons – selon leur affirmation ! Et d’autres sont interdites en tant que bêtes de somme tandis que sur certaines ils ne prononcent pas le nom de Dieu, inventant ainsi contre Lui.[70] Il les payera pour ce qu’ils auront affabulé ! [138] Ils disent encore : Ce qui est dans le ventre de ces bêtes est réservé à nos hommes et interdit à nos femmes. Mais, s’il s’agit d’une bête trouvée morte,[71] voilà qu’ils se la partagent tous ! Il les payera pour leur conception ! Il est infiniment Sage, parfaitement Savant. [139] Il se sont certes perdu ceux qui ont tué leurs enfants insensément, en pure ignorance, tout comme d’avoir tabouisé ce que leur a attribué Dieu, inventant ainsi contre Dieu ! Il se sont certes égarés, ils ne se sont point bien-guidés ! [140]

§ 5 : Condamnation de tabous polythéistes résiduels des proto-musulmans

– Il est Celui qui a fait croître jardins de tonnelles ombragées ou de vignes non en treilles, les dattiers et les cultures. Il produit ainsi une nourriture diversifiée, et l’olive et la grenade, tous en apparence ressemblants sans pourtant être équivalents.[72] Profitez de Ses fruits lorsqu’Il les multiplie et donnez Son dû au jour de Sa moisson et ne gaspillez point, car Il n’aime pas les outranciers. [141] Et aussi le bétail, de bât, de monte ou de pâturage[73] – profitez de ce que Dieu vous a attribué et ne suivez point les pas du Shaytân, car il est pour vous un ennemi déclaré – [142] formant huit couples.  Les moutons, deux ; les caprins, deux… dis : Sont-ce les deux mâles qu’Il a tabouisés ou les deux femelles ou ce que contiennent les matrices de ces deux femelles ? Informez-moi donc de science sûre si vous dites vrai ! [143] Et les chameaux, deux ; les bovins, deux… dis : Sont-ce les deux mâles qu’Il a tabouisés ou les deux femelles ou ce que contiennent les matrices de ces deux femelles ? Ou bien auriez-vous été témoins de ce que Dieu vous aurait prescrit cela ? Qui donc est plus inique que celui qui forge contre Dieu un mensonge égarant ainsi les hommes sans science aucune, certes Dieu ne guide pas les gens iniques. [144] Dis : Je ne trouve en ce qui m’a été révélé rien d’autre[74] qui ne soit tabouisé, quant à ce que tout consommateur mange, si ce n’est la bête trouvée morte, le sang répandu, la viande de porc, car, certes, c’est une infamie. De même est une abomination ce qui est sacrifié à un autre que Dieu. Quant à celui qui y a été contraint, sans transgresser ni exagérer, alors, certes Dieu est Tout pardon et Tout miséricorde. [145]

§ 6 : Contre-argument quant à la non-acceptation de la restriction coranique des tabous

– Pour ceux qui se sont judaïsés, Nous avions effectivement tabouisé toute bête à ongle unique.[75] S’agissant des bovins et des ovins, Nous leur en avions tabouisé les graisses sauf celles qui font partie de leurs dos et entrailles ainsi que ce qui est pris dans l’os. C’est ainsi, Nous les payâmes pour avoir dépassé les limites, Nous sommes, certes, véridique. [146] Et s’ils te démentent, réponds : Votre Seigneur est détenteur d’une ample miséricorde, mais Sa rigueur ne peut être écartée du peuple des coupables. [147] Et les polythéistes argueront : Si Dieu l’avait voulu, nous ne Lui aurions point adjoint de co-divinités et nos ancêtres non plus, et nous n’aurions édicté aucun tabou – or c’est bien ainsi que mentirent leurs prédécesseurs jusqu’à qu’ils eussent à goûter Notre rigueur. Tu leur répondras : Disposez-vous d’un quelconque savoir que vous puissiez nous exposer ?  Mais vous ne suivez que conjectures, vous ne faites que supputer. [148] Tu ajouteras : À Dieu donc la preuve finale… et, s’Il l’avait voulu, Il vous aurait guidé, tous ! [149] Dis : Amenez donc des témoins qui pour vous attesteraient que Dieu a vraiment tabouisé telle chose.[76] Et, au cas où ils en jureraient, alors ne témoigne point avec eux. Ne suis point les désirs de ceux qui réfutent Nos versets et de ceux qui ne croient pas en l’Autre-monde et qui, à leur Seigneur, donnent des égaux. [150]

Chap. IV : Rappel de la Voie monothéiste

§ 1 : Rappel à l’adresse des proto-musulmans

– Dis : Venez ! Je vais vous réciter ce que votre Seigneur vous a rendu tabou.[77] Ne Lui associez rien, soyez bienfaisants envers vos père et mère, ne tuez pas vos enfants en cas de famine, c’est Nous qui vous pourvoyons ainsi qu’eux. Et ne vous approchez pas des turpitudes, manifestées ou dissimulées. N’attentez point à la vie que Dieu a déclaré sacrée, si ce n’est de droit. Voilà ce à quoi Il vous enjoint, puissiez-vous comprendre ! [151] Et ne touchez pas à l’avoir de l’orphelin, si ce n’est de la meilleure manière, jusqu’à qu’il atteigne sa maturité.[78] Donnez la juste mesure et l’exacte pesée, en toute équité ; Nous n’imposons à chacun que ce dont il a la capacité. Et, quand vous vous êtes prononcé, que ce soit avec impartialité, quand bien même serait-ce à l’encontre d’un proche parent. Respectez pleinement le Pacte de Dieu, voilà ce à quoi Il vous enjoint, puissiez-vous en avoir conscience ! [152] Telle est Ma Voie, toute de rectitude. Suivez là donc, et n’empruntez point les chemins qui vous diviseraient quant à Sa Voie. Voilà ce à quoi Il vous enjoint, puissiez-vous craindre pieusement ! [153]

§ 2 : Rappel contre argumentatif à l’adresse des proto-musulmans, des polythéistes et de leurs soutiens juifs et chrétiens

–  Et pourtant… Nous avions donné à Moïse l’écrit,[79] parfait pour celui qui agit au mieux, exposé clair en tout point, guidée et miséricorde ; puissent-ils croire en la rencontre avec leur Seigneur ! [154] Quant à cet Écrit-ci, Nous l’avons révélé en tant que bénédiction[80] – suivez-le donc et craignez pieusement afin qu’il vous soit fait miséricorde – [155] afin que vous ne disiez point : La Bible n’a été révélée qu’à deux groupes d’hommes[81] d’avant nous et nous étions de leur enseignement inattentifs. [156] Ou que vous ne disiez point : Si nous avait été révélée la Bible, nous aurions été de meilleurs guides qu’eux ! Voilà donc que vous est parvenue une claire manifestation de la part de votre Seigneur, guidée et miséricorde.[82] Qui donc à présent sera plus injuste que celui qui réfutera les versets de Dieu et s’en détournera… Nous rétribuerons ceux qui se refusent à Nos versets d’un mauvais tourment du fait même qu’ils auront tourné le dos. [157] S’attendraient-ils à ce que leur viennent les Anges, ou qu’apparaisse ton Seigneur, ou qu’advienne quelque miracle de ton Seigneur ? Le jour où surviendront certains Signes de ton Seigneur, ne profitera à aucune âme sa foi si elle n’avait pas cru auparavant ou si elle n’avait pas acquis, de par sa foi, du bien.[83]  Dis : Attendez donc, nous aussi nous attendons ! [158] Certes, ceux qui éparpillèrent leur foi religieuse et formèrent des factions,[84] tu n’en es en rien responsable. Leur affaire ne relève que de Dieu, puis Il les informera de ce qu’ils œuvraient. [159] Quiconque présentera une bonne action, elle lui sera décuplée[85] et, quiconque présentera une mauvaise action, il n’en sera payé qu’à l’identique ; ils ne seront point lésés. [160]

Conclusion

– Dis : En vérité mon Seigneur m’a guidé sur une Voie de rectitude, une foi droite : le credo d’Abraham, exclusivement[86] – et il ne fut point au nombre des polythéistes. [161] Dis : En vérité, ma prière et mon sacrifice,[87] ma vie et ma mort sont pour Dieu, le Seigneur des Hommes. [162] À Lui nul associé ! C’est cela qui m’a été dicté et je suis le premier à m’y être assujetti. [163] Dis : Autre que Dieu désirerais-je comme Seigneur alors qu’Il est le Maître de toute chose !

– N’acquiert chaque âme que ce dont elle est responsable, et nul ne portera le fardeau d’autrui. Puis c’est vers votre Seigneur que vous retournerez et Il vous informera de ce, quant à Lui, vous vous opposiez. [164] Il est Celui qui a fait que vous vous succédiez sur Terre et Il vous a élevés les uns au-dessus des autres en degrés afin de vous éprouver par ce qu’Il vous a octroyé.  Certes, ton Seigneur est prompt aux poursuites, comme Il est Tout pardon et Tout de miséricorde. [165]

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[1] Cf. la basmala.

[2] « dénégateurs/kâfirîn », les vs7-8 nous apprennent qu’il s’agit des polythéistes qurayshites, cette sourate débute donc à la Mecque et s’y déroulera tout au long. Ce rapport au polythéisme, thème central et constant de cette sourate,  suppose que les ténèbres et la Lumière ne soient pas celles du début de la Genèse, mais celles explicitées en S2.V256-257 : les ténèbres du déni, ici le polythéisme, et la Lumière de la Foi ontologique, sur ce point voir : Foi et non-foi, îmân et kufr selon le Coran et en Islam.

[3] « existenciés d’après un modèle », c.-à-d. l’archétype Adam. Nous traduisons ainsi littéralement le verbe khalaqa qui à l’origine pour les Arabes signifiait produire, donner les proportions d’une chose à partir d’un modèle, ce n’est que l’usage post-coranique qui a donné au verbe khalaqa le sens de créer tel que le judéo-christianisme l’avait entendu. Comme nous avons montré qu’Adam n’était pas le père biologique de l’Homme, mais son Archétype, cette signification première s’impose ici, car dire que l’Homme est créé d’argile ne fait pas sens, sauf selon un concordisme à bon marché. Notre traduction rend donc compte de l’idée de passage de l’Archétype Adam/Elle au Représentant : l’Homme, cf. Adam et l’Homme selon le Coran et en Islam. « un terme inscrit auprès de Lui », la formulation implique une seule hypothèse : il s’agit du Jour de la Résurrection.

[4] Les traductions rendent ici le terme âya par signe, mais la vérité/al–ḥaqq, v5, qui parvient à ces polythéistes est nécessairement la révélation que leur transmet le Prophète, d’où pour âya : verset. Plusieurs autres versets de cette sourate mettront en évidence la dénégation de la Révélation par les polythéistes et donc du Coran et de ses versets.

[5] c.-à-d. de la Résurrection à laquelle les polythéistes arabes ne croyaient pas, cf. par exemple v29.

[6] Le mot amr est polysémique : ordre, pouvoir, autorité, affaire, chose, décision, décret, édit, verdict : « Son verdict », c.-à-d. au Jour du Jugement. L’on retrouve le même syntagme à contexte égal en S25.V21-22 où il est explicite qu’il s’agit du devenir en l’Au-delà et non d’un ordre de Dieu ici-bas, d’où notre Verdict/amr avec comme sens : décret de jugement au Jour Dernier, voir aussi S2.V210. Contrairement à ce que certaines exégèses supposent, il n’est donc pas ici adressé à Quraysh une menace de destruction à l’instar de ce qui frappa les citées anciennes mentionnées dans le Coran.

[7] c.-à-d. de Muhammad. C’est un subtil retournement de sens : puisque vous récusez le fait que Muhammad puisse être un simple messager de Dieu, comment savez-vous qu’il ne serait pas en réalité un ange ayant pris les traits de votre compatriote.

[8] « Initiateur en les séparant », cette périphrase cherche à rendre le terme fâṭir qui qualifie ici Dieu en tant que Créateur initial des Cieux et de la Terre tout en évoquant l’idée de séparation d’une masse première lors de ce temps créationnel, cette notion prolonge celles de Maître/walî, de Créateur et de Substantateur. « le premier à m’assujettir » à Dieu, c.-à-d. le premier parmi les polythéistes de La Mecque. Pour le sens coranique du verbe aslama/s’assujettir, voir : Le terme islâm selon le Coran.

[9] La traduction standard, suivant en cela l’Exégèse apologétique, comprend cette phrase ainsi : « ceux à qui Nous avons donné le Livre reconnaissent (le Messager Muhammad) comme ils reconnaissent leurs propres enfants » ! Cependant, en tant qu’argument adressé aux polythéistes mecquois au sujet du fait de mécroire au Coran il s’agit bien de dire : vous qui êtes sans livre sacré aucun, prenez exemple sur les Gens du Livre qui eux connaissent intimement leurs écrits sacrés [aussi bien qu’ils connaissent leurs enfants] et ne dédaignez ni ne déniez qu’il vous soit venu un Prophète lui aussi porteur d’un Message à votre intention et à celle de ceux à qui il parviendra. L’on retrouve la même formulation en S2.V145-46, versets en lesquels le terme kitâb désigne sans conteste le Livre archétypal, tel est donc aussi le cas ici, pour cette notion, voir : Le terme kitâb selon le Coran. Signalons que l’Exégèse a classé ce verset et le v23 comme médinois, exprimant en cela l’arbitraire de ce type de chronologie, car c’est à l’évidence la seule mention de juifs qui étayent leur point de vue… Nous verrons en cette sourate le cas de plusieurs versets classifiés médinois de ce simple, parti-pris occultant de la sorte la présence active de juifs et chrétiens à la Mecque.

[10] Un passage similaire, S17.V45-47, nous apprend que les polythéistes en question n’écoutent pas réellement ce que Muhammad énonce du Coran, d’où pour la forme VIII yastami‘ notre : « ils semblent te prêter attention ». Pour la phrase « Nous avons enveloppé leurs esprits de voiles, car ils ne le comprennent pas », la forme grammaticale employée est typiquement un archaïsme de la langue coranique et, contrairement à ce que l’Exégèse et ses traductions laissent entendre, l’on ne peut théologiquement pas admettre que Dieu aurait Lui-même voilé leurs esprits/qulûb d’où notre subordonnée « car ils ne le comprennent pas », ceci a été démontré en S2.V8-10.

[11] En fonction du propos de ce paragraphe et du v27, il ne s’agit pas dire qu’ils s’éloignent de Muhammad ou en éloignent les gens, mais bien qu’ils s’éloignent du Coran, c.-à-d. de la récitation que leur en fait Muhammad.

[12] Le verbe waqafa au passif et avec emploi de la préposition ‘alâ signifie précisément savoir, connaître la chose mentionnée, d’où notre « lorsqu’on leur fera savoir ce qu’est le Feu ».

[13] « arrêts » pour le pluriel kalimât que l’on ne peut traduire ici par paroles puisque le sujet est la constance du secours que Dieu accorde à Ses messagers.

[14] Sous-entendu : mais tu ne pourras le faire. « miracle » pour âya, car tel est bien le propos : le Prophète n’est pas en mesure de réaliser de miracles face à la demande des qurayshites, cf. v37. Contrairement à ce que l’hagiographie islamique rapporte, Dieu n’a jamais permis au Prophète de miracles. La Révélation marquant l’entrée dans l’ère de la rationalité, son seul argument fut le Coran.  À ce sujet, on lira avec intérêt la séquence S17.V89-107 où est réfuté le fait que Muhammad ait à accomplir des miracles. Il y est de même revendiqué l’inscription du Coran dans l’ordre du rationnel tout en refusant que le surnaturel puisse renforcer sa crédibilité. Les prétendus miracles attribués au Prophète en ces corpus biographiques sont au demeurant empruntés à la liste des multiples prodiges dont les religions ont paré leurs propres prophètes.

[15] Sous-entendu : mais Il ne le fera pas. Il s’agit bien là d’une fin de non-recevoir quant à la possibilité pour Muhammad d’accomplir un miracle au nom de Dieu, ce qui sera précisé au v35.

[16] Il s’agit là encore du refus de Dieu de produire un miracle pour les polythéistes, il leur est donc rappelé que les merveilles de la nature ordonnées par Dieu sont un miracle en soi, en quelque sorte un miracle naturaliste, ce qui à nouveau renvoie au champ du rationnel. « qui ne soient pas multitudes comme vous », par « multitudes» nous traduisons le pluriel umam généralement rendu par communautés, sens qu’il revêt par exemple au v42. Or, parmi les espèces animales toutes ne sont pas grégaires, ne vivent pas en communauté donc, et nombreuses celles qui sont strictement solitaires. Ceci étant précisé, le pluriel de umma : umam a pour autres significations : assemblées, familles, foules, multitudes, ce dernier terme indiquant le foisonnement de la vie créée par Dieu en réponse à la demande de miracle de la part des polythéistes réfractaires au message de Muhammad, v37. Le syntagme amthâlu-kum/comme vous représente donc une notion quantitative et non pas qualitative, laquelle aurait alors signifié que les animaux vivent de manière semblable aux hommes, c.-à. en communauté, notion inexacte, nous l’avons évoqué. Il s’agit seulement de dire que la création des animaux en leur multiplicité et abondance est, tout comme celle des hommes, le fruit de « l’Édiction/al–kitâb» créationnelle divine. Il est donc incorrect comme le fait la traduction standard à la suite de l’Exégèse de traduire ce segment par « qui ne soit comme vous en communauté ». Le sens du mot kitâb est donc ici proche de celui de prescription et, en rapport avec l’acte créationnel divin, il doit être référé à ce qui relève de la prédétermination/al–qadâ [voir : Destin et Libre arbitre selon le Coran et en Islam], ce qui donc procède de « l’Édiction/al–kitâb » initiale et première de Dieu à l’origine des lois physiques et biologiques régissant l’univers et, en ce verset tout particulièrement, notre planète.

[17] Pour notre inversion de signification respectant la notion de non-arbitraire divin, voir : S2.V284.

[18] Tabari fait observer avec raison que dans l’arabe préclassique la locution law lâ idh n’avait pas nécessairement valeur d’un hypothétique, mais pouvait formuler une interrogation négative, ce qui est ici logiquement le cas.

[19] « la Louange est à Dieu », il ne s’agit pas ici de célébrer Dieu pour cette destruction, mais de rappeler que, quand bien même les hommes se détournent de Dieu, demeure la Création, son sens et sa finalité : la Louange universelle. Pour cette notion métaphysique, voir : S1.V2.

[20] « exemples » un des sens de âyât, signification présentement bien plus adéquate que les classiques signes ou versets.

[21] L’emploi d’un subjonctif que nous avons restitué par « s’il advenait que tu les repousses » indique bien qu’il n’est pas reproché au Prophète d’avoir eu un tel comportement, le procédé est uniquement propre à la rhétorique arabe. Contrairement à ce qu’affirme l’Exégèse, il ne s’agit donc pas d’une allusion à ce que le Prophète aurait éloigné de lui la présence des premiers musulmans de basse extraction afin de ne séduire que l’élite mecquoise ! La notion de demande de compte au v53 fait allusion à des comportements émanant à l’inverse de ceux qui prient « matin et soir », donc les proto-musulmans à La Mecque, et qui ne comprenaient pas comment les qurayshites polythéistes étaient en meilleures position et fortune qu’eux.

[22] c.-à-d. à La Mecque les musulmans et les polythéistes.

[23] Rien à voir avec les salutations en usage chez musulmans, le sujet est le Salut de l’âme. Les liens étymologiques et le propos de ce verset indiquent que le mot salâm ne signifie pas ici paix, mais désigne le Salut en l’Au-delà.

[24] « le Jugement » mis pour ḥukm, c.-à-d. le Jugement Dernier.

[25] « Recueil établi » mis pour kitâb mubîn. Textuellement, ce verset ne signifie pas que toutes choses devant se produire soient par avance consignées en un écrit/livre/kitâb, mais, à l’inverse, que toutes choses se produisant ici-bas n’échappent en rien à la connaissance de Dieu, voir : Le terme kitâb dans le Coran : chapitre B, point 1. Voir également notre réarrangement théologique des notions de destin et de prédétermination : Destin et Libre arbitre selon le Coran et en Islam.

[26] Ceci est explicité par S39.V42, verset selon lequel durant le sommeil Dieu recueille/yatawaffâ les âmes/al–anfus tout comme il en est d’elles après la mort.

[27] Il n’est pas dit que Dieu sème ces difficultés et divisions, mais qu’Il est en mesure de le faire, il s’agit seulement d’exemplifier comme l’indique la conclusion du verset.  Le mot « sectateur » est à différencier de celui de secte tel qu’on l’entend en hérésiographie, il n’a pas le cas présent de portée religieuse, mais le sens de groupe de partisans opposés les uns aux autres Pour le sens ici de âyât/exemples, voir note v46.

[28] La suite montre qu’il s’agit du Coran.

[29] « et que le Shaytân ne te fasse pas oublier » au lieu de « et si le Shaytân te fait oublier ». Notre signification repose sur le fait que nous ne prenons pas le syntagme immâ comme exprimant l’alternative, mais comme étant constitué de l’enclise du « in » hypothétique et du « mâ » exprimant la négative. Ce rappel à l’ordre, comme l’indique la fin du verset, est destiné au Prophète et a fortiori à ses proches qui avaient du mal, sans doute animés de bonne intention, à rompre d’avec leurs cercles polythéistes. Comme nous le verrons plus avant, cette mise en garde vise aussi les difficultés de l’entourage du Prophète à suivre la déconstruction de leurs tabous polythéistes traditionnels. Il est donc fait allusion à ces réticences profondes sous la forme symbolique du Shaytân, c.-à-d. nos propres démons. Sur la signification coranique rationnelle du Shaytân, voir : La “Chute” d’Adam/Elle, l’Homme, Iblîs et le Shaytân selon le Coran et en Islam. Malgré tout, le Prophète devait nécessairement transmettre la révélation aux polythéistes, ce qui explique que le terme dikr ne désigne ici pas le rappel/dikr de l’ordre qui vient de lui être adressé, mais le rappel du Coran, c.-à-d. le Coran lui-même, d’où la majuscule : « le Rappel ».

[30] « foi » mis pour le terme dîn, car il n’y aurait aucune logique à ce que le Coran par cette critique demande aux polythéistes de prendre au sérieux leur religion ou leur culte ou leur rituel, autant de sens de dîn ici théoriquement possibles, mais contextuellement intenables. Le trait coranique souligne le peu de crédit dogmatique que le Coran accorde à leur foi polythéiste et fustige aussi leur manière de polémiquer avec légèreté au nom de leur “foi” contre la foi monothéiste apportée par Muhammad.

[31] « assujettir » pour la forme IV aslama, car précédée de la notion d’ordre donné elle ne peut avoir que son sens premier : s’assujettir, voir : Le terme islâm selon le Coran : l’Islam-relation.

[32] Ce sont les mêmes termes que ceux du verset introductif, ces deux versets constituent donc l’équivalent d’une conclusion de cette première partie.

[33] L’on doit comprendre le terme malakût, forme augmentative d’origine nabatéenne tout comme l’est jabarût par exemple, comme signifiant « la grandeur du Royaume » et non pas le Royaume. Pour les exégètes, “voir le Royaume” serait une allusion à ce qu’Abraham va contempler les étoiles, la lune et le soleil puis s’en détourner pour n’adorer que leur Créateur. Or, contrairement à l’interprétation courante, le récit qui fait suite ne relate pas la recherche d’Abraham qui l’aurait conduit du polythéisme vers le monothéisme, mais une confrontation astucieuse organisée par Abraham, en tant que monothéiste convaincu, avec ses concitoyens astrolâtres afin de les confondre en leur montant l’incohérence de leur croyance aux astres. Pour première preuve de cela, et nous allons le vérifier, l’énoncé du v74 précise d’emblée qu’Abraham oppose son monothéisme à l’astrolâtrie de son père et notre v75 ne fait que confirmer cette donnée : « et c’est ainsi […] afin qu’il fût de ceux qui ont la certitude ». Nous ajouterons que S19.V41-47 reprend en condensé le présent récit et exprime très clairement qu’Abraham était déjà monothéiste lorsqu’il s’adressa en ce même contexte à son père. Conséquemment, il découle de cette analyse que le verbe ra’â ne vaut pas ici pour voir, mais pour « comprendre », un de ses sens usuels, tout particulièrement dans le Coran.

[34] Comme indiqué à la note précédente, ce récit mettant en scène Abraham n’est pas assimilable aux principes de la théologie naturelle selon laquelle l’observation de la création de Dieu mènerait à la découverte de son Créateur. Pour notre critique de cette antique thèse judéo-chrétienne de la théologie naturelle, concept non coranique, voir : Foi et non-foi, îmân et kufr selon le Coran et en Islam ; Foi et Raison ; S2.V164. En S2.V272|–  nous montrons que le concept de théologie naturelle est en soi inéquitable alors que le concept coranique de Foi ontologique innée met tous les êtres humains sur le même pied d’égalité et, surtout, à égalité de chance quant à la foi personnelle. Dans le premier article cité, nous montrons que pour le Coran tout homme a en lui la connaissance innée de l’existence de Dieu, ce que nous nommons la Foi ontologique, le croyant est celui qui l’accepte, le non-croyant celui qui la dénie. Pour en revenir à ce récit coranique, Abraham ne mène pas là une recherche qui lui permettra par l’observation et la réflexion de passer de son astrolâtrie au monothéisme.  En réalité, il n’est pas seul en train de contempler le ciel et la présence avec lui de membres de son peuple est attestée aux vs78-81, ex. : « Puis, lorsque le soleil déclina à l’horizon, il dit : Ô mon peuple ! En vérité, je désavoue ce que vous associez à Dieu ! », v78. Tout comme lorsqu’il détruisit certaines idoles statufiées de son peuple accusant alors la plus grande d’entre elles d’avoir commis ce crime et qu’il demanda à son peuple de l’interroger quant à cela, voir S21.V57-67, Abraham procède à nouveau par l’exemple concret a contrario afin d’interpeller son peuple sur l’incohérence de leurs croyances : vous adorez les étoiles, la lune et le soleil, mais regardez comme ces choses disparaissent alors qu’une divinité vraie ne peut disparaître. En s’adressant aux gens présents de son peuple, il dit donc : « est-ce là mon Seigneur ? » et non pas : « Voilà mon Seigneur ! » selon l’interprétation classique, de la sorte il les interpelle afin qu’ils doutent puis réfléchissent. Notons que Tabari signale qu’en arabe ancien le démonstratif hadhâ [ici : celui-ci/hadhâ est mon Seigneur/rabbî] pouvait aussi exprimer une interrogation : ‘a-hadhâ, ce dont notre traduction contextuelle rend compte : « est-ce là/’a-hadhâ mon Seigneur/rabbî ? ». Il s’agit donc d’une manœuvre de la part d’Abraham, une controverse concrètement menée afin de mettre en quelque sorte au pied du mur ces polythéistes astrolâtres. La preuve du monothéisme d’Abraham antérieurement à cette polémique par lui organisée est aussi clairement donnée au v77 : « si mon Seigneur ne me guide point je ferais partie du peuple des égarés », notons qu’Abraham prononce sans doute cette interrogation en lui-même. Autre preuve, la formulation au passé de l’affirmation suivante : « j’ai orienté mon être vers Celui qui a initié en les séparant les Cieux et la Terre, exclusivement », v79. Enfin, confirmant à nouveau notre compréhension de ce fameux récit coranique, en la conclusion de cette aventureuse démonstration dirigée par Abraham il apparaît explicitement que c’est Dieu Lui-même qui lui avait soufflé l’idée de cette confrontation : « tel fut Notre argument, Nous l’avions donné à Abraham contre son peuple ».

[35] « exclusivement » mis pour ḥanîfan, voir S2.V135.

[36] L’on déduit de cela que selon la logique des astrolâtres du peuple d’Abraham ils avaient peur de la vengeance de leurs divinités contre quiconque les rejetterait et que, conséquemment, les dieux allaient châtier Abraham à cause de ce son reniement. « mais seulement d’une chose que mon Seigneur voudrait », le sens voulu est : vos divinités n’ont aucune existence et donc aucun pouvoir et les seules choses que je pourrais craindre sont celles que Dieu veut.

[37] Dans le contexte, par ẓulm, signifiant ordinairement iniquité, injustice, l’on entend le fait d’associer des divinités à Dieu, des co-divinités, sachant qu’il s’agit là d’une injustice commise contre Dieu et contre soi vis-à-vis du monothéisme initial insufflé en chacun par sa Foi innée monothéiste, voir notre article théologique : La théorie de l’involution selon le Coran.

[38] Noter que Dieu ayant octroyé à ces élus « le jugement, la sagesse, la prophétie », v89, ceci implique que supposer qu’ils aient pu faire acte de polythéisme est uniquement rhétorique. Il s’agit de dire que malgré l’élection de Dieu, chaque être reste exposé à lui-même, ses actes, ses choix, son libre arbitre. « Il guide qui Il veut parmi Ses adorateurs » et non pas « Il guide qui veut » comme nous le rectifions souvent, car ici il s’agit bien des prophètes choisis par Dieu. Pour l’essentielle inversion de sens de la locution allâh yahdî man yashâ’, voir : Destin et Libre arbitre selon le Coran et en Islam.

[39] En ce verset, le terme kitâb ne peut signifier livre et ses équivalents, car certains comme Loth ou Jonas ne sont pas connus pour avoir transmis de révélation ou leur existence se situe bien avant l’invention de l’écriture, ex. : Noé. Le sens à retenir est donc ici « jugement » comme nous l’avons montré en S3.V48 à propos de Jésus, voir notre étude : Le terme kitâb dans le Coran. « et si la démentent ceux-là », il s’agit du démenti de la « prophétie » comme l’indique le recours au pronom féminin singulier «  », aussi « ceux-là » sont-ils les polythéistes mecquois et, dans la logique du propos, les « gens qui n’en furent point dénégateurs » sont les prophètes susmentionnés, ce retour confirme qu’ils n’ont pas trahi leur mission et la nature rhétorique de l’hypothèse contraire au v88, voir note supra.

[40] « par leur guidée rapproche-toi de Lui », nous suivons ici la variante de récitation/qira’a donnant iqtadi-hi au lieu de iqtadih selon la vulgate avec comme sens « suis donc leur direction », cf. traduction standard. Cette lecture a pour fonction d’effacer le pronom hi/Lui afin d’inscrire dans le Texte le point de vue exégétique dominant. Selon cette opinion, le Prophète Muhammad est guidé de par la totalité des enseignements prophétiques antérieurs, ce qui amène à affirmer apologétiquement que le Coran et l’Islam sont les seuls véridiques représentants de cette guidée intemporelle. Selon la variante initiale iqtadi-hi le pronom « hi » a pour seul référent grammaticalement possible Dieu avec pour sens : se rapprocher de Dieu. Ceci revient à dire que le Prophète Muhammad doit mener à titre personnel une recherche de guidée fondée sur des principes généraux communs à tous les prophètes de Dieu, autrement dit ce qui est de cette nature dans le message du Coran. Est ainsi mis en évidence une circularité vertueuse entre le fait de se vouloir guider, la Guidée de Dieu et le fait de se guider par elle. La Guidée de Dieu n’est donc pas coercitive, l’Homme doit s’en emparer et fournir l’effort de se guider lui-même à partir d’elle afin de devenir un bien-guidé. « il n’est qu’un rappel », il s’agit du Coran, comme aux v68, 70, 92, etc. ici en tant que représentant les éléments fondamentaux de la guidée des hommes de manière générale et, de manière spécifique, du musulman à venir.

[41] « la Thora » mis pour al-kitâb, car le propos dans sa totalité fait référence à des juifs. Notons que chronologiquement nous nous situons à La Mecque. Comme nous l’avons précédemment signalé, l’Exégèse dès lors qu’un verset cite des juifs en déduit automatiquement que ce verset est d’origine médinoise. Ce simplisme a eu pour effet d’occulter la présence de juifs et de chrétiens à La Mecque et le rôle qu’ils y ont joué. Non pas qu’ils aient pu influencer la foi et la pensée de Muhammad comme se plaît à le supposer l’islamologie, mais comme ici et en de nombreux autres versets mecquois [pour cette sourate, voir : vs20 ; 114-117 ; 146-150 ; 154-157] en tant qu’alliés théologiques des polythéistes contre le Prophète. Le sens voulu par cette remarque émise par des juifs mecquois suppose une ellipse : Dieu n’a rien révélé à aucun homme [depuis Moïse] et telle est bien l’opinion judaïque quant à Jésus. La dissimulation dont il est question est le fait de délaisser certains passages jugés non conformes avec la doxa rabbinique, cela est aussi reproché aux chrétiens en S5.V15.

[42] « en tant que bénédiction » pour mubârak et non pas « béni ». Le Coran n’est pas défini en tant qu’objet bénit, il ne possède donc pas de grâces particulières en lui-même, mais il peut être une bénédiction pour celui qui le lit et l’applique. « la Mère des cités », c.-à-d. : La Mecque, cette locution signifie qu’elle est aux yeux des Arabes la ville la plus importante de leur monde, sans doute du fait qu’elle abrite la Kaaba. « quiconque est aux alentours », contrairement à ce qu’affirme une certaine islamologie, cela ne signifie pas qu’à l’origine Muhammad n’avait l’intention que de s’adresser aux habitants de La Mecque et de sa périphérie et que, par la suite, en fonction de l’évolution favorable, il aurait décidé d’élargir son champ de prédication. Il suffit de lire le v90 où le Coran est clairement défini comme message universel. Ici, l’apparente restriction de transmission du Coran reflète donc juste le périmètre de la polémique à laquelle le Prophète fait présentement front quant au Coran. « de leur croyance/ṣalât sont les gardiens » au lieu de classiquement « ils sont assidus à leur prière/ṣalât ». Contextuellement, il s’agit d’une controverse dogmatique entre la foi monothéiste et les croyances polythéistes, ce qui justifie notre choix lexical. Ceci étant, notre traduction est littérale et tient compte d’un sens de ṣalât rarement signalé : croyance, signification que nous retrouvons pourtant sans conteste en S11.V87. La compréhension habituelle de ce segment a justifié à elle seule que l’on déclare ce verset médinois…

[43] Le Coran reproduit ici le terme waḥî, car, logiquement, les adversaires polythéistes employaient préférentiellement ce terme général, phénomène par eux admis, plutôt que celui spécifique de révélation [verbe nazzala ou anzala] process que de toute manière ils réfutaient. De plus, l’emploi de ces verbes au sens de “révéler” semble bien être un néologisme coranique. « je vais faire descendre la même chose, etc. », cette phrase est ironique et la forme IV anzala  est donc à prendre ici au sens commun de faire descendre. « Essayez de sortir vous-mêmes », le pluriel coranique d’âme/nafs est nufus et non pas anfus, forme qui associée à un pronom personnel, comme ici anfusa-kum, a de manière certaine dans les 48 occurrences coraniques recensées valeur pronominale réflexive : vous-mêmes. Selon le sens premier usuel du verbe kharaja/sortir, nous lisons donc : « essayez de sortir vous-mêmes ! », c.-à-d. essayez de vous échapper. ? La signification voulue n’est donc pas « laissez sortir vos âmes », c.-à-d : rendez l’âme, puisque « ce Jour » indique que sommes au Jour du Jugement et qu’ils sont donc déjà morts. Ainsi, l’image des Anges leur tendant les bras revient à ce qu’ils leur disent : maintenant que vous êtes dans cette situation alors que de votre vivant vous péroriez face à la Révélation qui vous en avertissez, et bien essayez à présent de vous sortir de la mauvaise position en laquelle vous êtes.

[44] En réponse-retour du verset précédent, cette incidente est elle aussi un trait d’ironie, une manière sarcastique de dire qu’il n’y aura pas d’intercesseurs pour quiconque au Jour du Jugement et que les co-divinités adorées par les polythéistes n’ont aucune réalité, en la matière les adorer est donc tout aussi vain.

[45] « lieu de séjour/mustaqarrun et de biens confiés/mustawda‘un », c’est là définir la Terre sur laquelle l’Homme a la responsabilité et la charge de vivre. La deuxième occurrence coranique de cette locution en S11.V6 concerne le fait que Dieu connaît parfaitement le gîte et la part de tout animal, elle justifie donc notre traduction s’agissant des êtres humains et elle est confirmée par sa dernière occurrence en S2.V36. Par contre, cette cohérence intra-textuelle invalide toutes les interprétations de type physiologique proposées classiquement, ex. réceptacle/mustaqarrun [la matrice maternelle] et lieu de dépôt/mustawda‘un [les “reins” paternels] ou parfois l’inverse ! Ces curieuses interprétations reposent en réalité sur une intention bien précise :  imposer l’idée biblique faisant d’Adam/l’âme unique le géniteur direct du genre humain. Notons la nature patriarcale et misogyne de cette compréhension : seul le mâle perpétue la lignée, la femme n’est qu’un réceptacle… Par ailleurs, nous avons montré que le Coran n’a jamais soutenu cette thèse mythologique, cf. Adam et l’Homme selon le Coran et en Islam ; S2.V30.

[46] L’image commune est le grain, ceux des céréales rassemblés en épis, des dattes amassées en grappe comme le raisin, ou l’olive de forme identique aux deux précédents et les grains serrés au cœur de la grenade : grains tous en apparence de même principe, mais en réalité botaniquement très différents. La finale « signes pour des gens qui croient » se réfère à la foi et non à la raison, la perspective est donc théologique : autant de multiplicité d’un Principe créateur unique, la Toute-puissance de Dieu exprime son Unité par la diversité.

[47] « les Djinns », c’est ici plus par convention que par littéralité que nous traduisions al–jinna par Djinns, car ce terme désigne en premier tout ce qui est caché, non perceptible par les sens, présentement des êtres occultes. Le segment incident « alors qu’Il les a créés » peut sémantiquement signifier que Dieu a créé ces polythéistes et que, bien qu’ils en aient conscience, ils lui associent en divinité connexe d’autres puissances occultes/al–jinna. Il peut aussi signifier qu’ils adorent des créatures ; les Djinns, au lieu du Créateur. Dieu étant le Créateur des Hommes comme des Djinns, la formule vaut sans doute dans les faits pour ces deux hypothèses de sens.

[48] Par « Concepteur » nous traduisons le néologisme coranique badî‘un qui n’est retrouvé qu’à deux reprises, l’autre occurrence étant S2.V1117 : « Concepteur des Cieux et de la Terre qui, lorsqu’Il décrète une chose, n’a qu’à dire : « Sois », et elle est ! » éclaire en soi la signification du terme badî‘un. La racine bada‘a est connue, elle signifie produire ou imaginer une chose nouvelle, production au caractère étonnant, d’où les fréquents adjectifs Inventeur, Initiateur utilisés en ce contexte coranique. Le « Concepteur » est celui qui conçoit une chose nouvelle. Cette action n’est pas équivalente à celle exprimée par le verbe français créer : produire à partir du néant, notion, nous l’avons vu plus haut, elle-même différente de celle exprimée par le verbe khalaqa : proportionner l’existant.

[49] « mais Lui perçoit tous les esprits ». Le v104 qui fait suite indique que le pluriel abṣâr doit être compris non pas au sens premier de regards, mais au sens second d’intelligence, esprit, clairvoyance, ce qui suppose pour le verbe adraka des sens figurés, d’où notre « perçoit ». Contrairement à ce que fit l’Exégèse, ce verset ne peut donc servir de support aux discussions empruntées à d’autres théologies quant à savoir si les élus pourront voir Dieu en l’Au-delà.

[50] « Tu as étudié », propos ironique prêté aux polythéistes, cf. v107, mis ici en opposition « aux gens de connaissance ». « afin que Nous l’explicitions » se réfère au Coran.

[51] « qu’en riposte », nous suivons ainsi la variante ‘udwan plutôt que celle de la Vulgate donnant ‘adwan/par hostilité, en représailles, qui nous semble plus conforme à l’esprit général de ce verset. Curieusement, nous constatons que la majorité des traductions de langue française suit la recension Ḥafṣ qui pourtant porte la variante ‘adwân, mais donnent à ce terme les sens que prend la variante ‘udwan.

[52] Il s’agit d’un argument a contrario : comment dites-vous attendre un miracle pour croire à mon apostolat alors que ces derniers ne dépendent que de la volonté de Dieu dont pourtant vous remettez en cause la Toute-puissance en déniant la révélation que je vous apporte. De nombreuses lectures de cette phrase ont été proposées, dont certaines ont un sens opposé à celui que nous retenons, or notre signification est pourtant donnée directement par le v110. Le passage au collectif indique qu’il s’agit d’une demande que certains polythéistes ont réellement faite devant un auditoire parmi ceux qui suivaient alors le Prophète.

[53] « ils n’avaient pas cru en lui la première fois », c.-à-d. lorsque le Prophète a commencé à leur transmettre la révélation divine : le Coran.

[54] Selon le Coran, Hommes et Djinns vivent dans des mondes parallèles qui ne communiquent pas entre eux, voir Sourate 72. Ce parallélisme dimensionnel se poursuit même en l’Au-delà, cf.  Sourate 55 ; ar–raḥmân. Contrairement à la lecture animiste de l’Exégèse, l’on ne peut donc comprendre que Djinns et Hommes « s’inspirent les uns aux autres » des paroles trompeuses et enjolivées – cela supposerait qui plus est que les Hommes puissent inspirer les Djinns ! Or, la préposition ilâ étant ici afférée au verbe awḥâ/révéler, le syntagme ba‘ḍu-hum ilâ ba‘ḍin signifie donc bien : « s’inspirant, les uns et les autres », c.-à-d. les Hommes aux Hommes et les Djinns aux Djinns. Il en sera de même au v128.

[55] Il s’agit du Coran. Noter l’emploi du verbe révéler/anzala pour le Coran/al–kitâb et du verbe donner/atâ pour la Bible/al–kitâb. Cette nuance traduit le fait que la Bible pour le Coran, mais aussi pour l’approche historico-critique, n’est pas le résultat direct de la révélation initiale, malgré tout la Bible est reconnue par Dieu en toute connaissance de cause. « savent qu’il [le Coran] est révélé par ton Seigneur en toute vérité », c.-à-d. qu’ayant connu la Bible, les Gens du Livre savent que Dieu fait révélation aux hommes. Nous retrouvons la participation en arrière-plan de juifs et de chrétiens aux côtés des polythéistes mecquois quant à la controverse qui les oppose à Muhammad. À nouveau, l’Exégèse à la seule mention des Gens du Livre a décidé que ce verset était médinois. Nous avons plusieurs fois souligné l’arbitraire de ce type de classement et, surtout, en conséquence, la participation théologique active des juifs et des chrétiens à La Mecque, voir note 41.

[56] « avec force et justesse », c’est deux qualificatifs sont en arabe masculin singulier, ils ne qualifient donc pas le féminin singulier kalimat, mais l’action de Dieu, d’où le fait que nous n’ayons pas rendu ces deux termes arabes par les habituels vérité et équité. Dans le fil du propos, le syntagme « nul changement en Ses paroles » ne peut appuyer l’interprétation apologétique sur la préservation du Coran selon laquelle nul ne sera en mesure de modifier les paroles de Dieu, c.-à-d. le texte du Coran. En effet, à la suite du v114 sont mis ici en rapport le Coran et la Bible et, par le pluriel kalimât, est donc désignée la somme des propos du Livre archétypal, message de Dieu constant et qui, lui, ne connaît « nul changement ». Comme au v114, sont ainsi mises subtilement en opposition les altérations temporelles qu’a subies la Bible par rapport au Coran encore à ce moment-là à l’état natif et donc inaltéré. Autrement dit, il est sous-entendu qu’il est bien faible de la part des polythéistes de suivre des argumentaires proposés par les Gens du Livre mecquois à partir de leur Bible. Pour la constance du Livre archétype ou matriciel et la variabilité de ses différentes révélations, voir notre analyse littérale de S2.V106.

[57] « en la contrée/al–’arḍ », contextuellement la polémique entre les mecquois et Muhammad filée tout au long de ce chapitre suppose que al–’arḍ ne qualifie pas présentement la Terre/al–’arḍ entière, mais bien le lieu des polémistes réfutateurs locaux, ici polythéistes, juifs et chrétiens tous unis à cet instant en la même opposition à la mission de Muhammad.

[58] Ce paragraphe traite des difficultés qu’ont eues les proto-musulmans à abandonner leurs anciennes coutumes polythéistes en matière de tabous alimentaires face à la réduction drastique desdits tabous par le Coran, cf. v145. Si l’Exégèse a vu en ce verset et au v121 l’obligation de sacrifier le bétail en prononçant rituellement le nom de Dieu, le texte coranique tient un propos bien différent puisqu’il est ici visiblement reproché le contraire : « qu’avez-vous donc à ne pas manger de ce sur quoi a été mentionné le nom de Dieu », V119. Il est en réalité dénoncé deux comportements : certains des proto-musulmans avaient consommé des bêtes sacrifiées à la Kaaba par les polythéistes pour des divinités, c’est le sens du rappel indiqué par le v121 : « ne mangez point de ce sur quoi le nom de Dieu n’a pas été mentionné ». D’autres, à l’inverse, se refusaient à consommer des animaux sacrifiés par les polythéistes à Dieu Lui-même bien que cela n’ait pas été expressément et antérieurement interdit, c’est le sens du v118 : « Mangez donc de ce sur quoi a été mentionné le nom de Dieu si en Ses versets vous êtes croyants ». Il est donc reproché à ces premiers musulmans ces séquelles de leur proche passé polythéiste : « si vous les suiviez, vous feriez acte de polythéisme », v121. Ces versets et leurs complémentaires ont été analysés en : Le halal : l’abattage rituel selon le Coran et en Islam. En cohérence avec ce que nous venons de résumer, cet article démontre que le concept juridique de sacrifice rituel musulman imposant de rendre licite/halal les animaux à consommer, processus s’appuyant sur la surinterprétation de ces versets, n’est donc pas coranique. Il s’agit uniquement d’une construction de l’Islam calquée sur le concept du cascher judaïque. « Cependant, nombreux sont [parmi ces proto-musulmans] ceux qui s’égarent du fait de leurs passions » en n’acceptant pas que le Coran ait réduit de manière explicite les nombreux tabous alimentaires carnés propres aux Arabes polythéistes, des exemples de leurs tabous sont donnés aux vs136-139. Il est donc intimé à ces proto-musulmans de se conformer à l’édiction coranique : « alors même qu’il vous a été détaillé ce qui vous a été rendu tabou », v119, c.-à-d. de respecter uniquement les quatre tabous cités au v145.

[59] Contextuellement, en dehors de l’évidence obvie du propos, cette parabole/mathal illustre le fait que le nouveau croyant monothéisme doit mourir à ses anciennes croyances, sortir ainsi de ses ténèbres, pour revivre dans la lumière du monothéisme et « afin qu’il aille parmi les hommes » sans craindre cette rupture socioculturelle et le rejet qui peut en découler. Contextuellement, il n’y a pas de doute à ce que le pluriel kâfirûn désigne ici les dénégateurs polythéistes, en l’occurrence mecquois.

[60] Il s’agit d’une critique introductive sur l’influence des élites, ici politico-religieuses, sévèrement considérées comme néfastes sur les masses. Sont essentiellement visés La Mecque et ses leaders qurayshites du fait de leurs actions contre les proto-musulmans afin qu’ils ne se détachent pas du suivisme de la tradition. Présentement donc, les grands de ce monde/akâbira sont principalement les autorités religieuses, fonction que détenaient les grandes familles qurayshites et, par la même occasion, qui leur conférait le pouvoir politique. Cette charge coranique contre les autorités religieuses peut aussi être comprise de manière générale comme une critique de l’influence négative de toutes autorités en matière de religion, exégètes, juristes et théologiens que le Coran fustige régulièrement comme étant responsables de la complexification et la déviation des messages révélés par Dieu à tous les hommes.

[61] « à l’abandon de soi à Dieu » pour li-l–islâm et non pas à l’islam religion comme la traduction et l’Exégèse standard l’affirment et l’écrivent apologétiquement ! Pour le sens littéral de islâm, voir : Le terme islâm selon le Coran. La finale du verset confirme que ce n’est point Dieu qui décide d’égarer qui Il veut, mais que cette action divine s’applique à « ceux qui ne croient point ».

[62] « le Séjour du Salut » », le terme salâm se comprend ici comme signifiant le Salut, c.-à-d. le fait d’être sauvé du Feu et de bénéficier en conséquence du séjour paradisiaque, et ce, pour les croyants ayant agi en bien et ayant ainsi assuré leur Salut en l’Au-delà. De manière remarquable, les champs lexicaux de la forme IV aslama : préserver sain et sauf et de la racine salama : être intact, être sain, en bon état, coïncident avec celui du latin salus, salutis : sain, sauf, intact, entier. L’on notera donc la concordance entre le lien qu’établit le Coran entre le verbe aslama, le terme islâm et la notion de Salut/salâm, notion que l’on retrouve du reste dans nombre de langues indo-européennes. Voir le terme islâm selon le Coran.

[63] « les uns et les autres » et non pas « les uns des autres », voir note du v112. « Ils n’y demeurent point sans que Dieu ne le veuille » et non pas « sauf si Dieu en décide autrement », car l’on ne peut pas dire que le Feu est le châtiment des injustes à moins que Dieu ne le veuille, ceci serait contradictoire et supposerait en la matière un arbitraire divin, principe s’opposant à la Justice de Dieu du reste énoncée à la fin du verset. Aussi, s’agit-il seulement de confirmer que tel est le sort des injustes : « le Feu », même sens par exemple en S11.V16. À la lettre, il n’est donc pas affirmé ici que les coupables pourraient ne pas demeurer éternellement en Enfer si Dieu en décidait ainsi, cependant cette notion transparaît en S11.V106-108.

[64] Comme expliqué aux vs129 et 112, il ne s’agit point de l’autorité des Djinns sur les Hommes, chose ontologiquement impossible, mais comme au v123 de l’autorité de certains injustes parmi les grands de ce monde sur d’autres. En ce présent verset, la critique coranique de la hiérarchie du pouvoir fondée sur la domination des plus capables en nuisance, car les plus âpres au pouvoir, est généralisée aux relations de même type régissant le peuple des Djinns et le peuple des Hommes.

[65] « des messagers des vôtres » ; comme nous l’avons précédemment souligné en note à plusieurs reprises, la non-communication entre le Monde des Djinns et celui des Hommes – ces deux genres de créatures de Dieu ayant pour finalité commune la nécessité de la foi monothéiste et de l’agir en bien – a pour conséquence que chacune de ces deux factions bénéficie de la part de Dieu de messagers de leurs peuples respectifs afin de recevoir le Message de guidée. À l’inverse des hommes limités au monde sensible, ceci n’exclut pas que les Djinns aient la capacité restreinte d’entendre le message d’un prophète humain. Le Coran en témoigne au sujet de Muhammad en S72.V1-2 où il est tout aussi explicite que le Prophète n’a pas eu conscience de leur écoute.

[66] « la descendance d’autres peuples », noter le pluriel mettant à mal le sentiment de chaque peuple d’avoir une origine unique, les hommes sont métis. Noter aussi qu’il n’est pas dit que Dieu crée ces générations d’hommes, mais qu’Il ramène cela à un phénomène biologique de reproduction générationnelle.

[67] Autant de nombreux messagers de Dieu s’adressent à de multiples reprises dans le Coran à leur peuple : « Ô mon peuple/yâ qawmî », ex. : Noé, Moïse, Abraham, Ṣâlih, Shu‘ayb, autant sur 47 occurrences de cette locution limitative, il s’agit là du seul cas concernant le Prophète Muhammad. Si pour les messagers que nous avons cités et d’autres ceci exprime que leur mission était effectivement ethnique, c.-à-d. limitée à l’origine, ou exclusivement, à leur seul peuple, le fait que Muhammad ne s’adresse directement qu’à cette unique occasion à son peuple : Ô mon peuple » est significatif. Nous avons là une preuve indirecte forte de ce que la mission de Muhammad ne fût pas cantonnée aux seuls qurayshites, ou même aux Arabes. Muhammad n’était pas le prophète des Arabes, mais sa mission avait dès l’origine vocation universelle, ce que cette exception locutive confirme donc a contrario. Son présent emploi reproduit uniquement la conclusion d’un dialogue opposant Muhammad à ces contradicteurs qurayshites : son peuple. La locution ‘âquibatu–d–dâr/la Demeure finale, c.-à-d. le Paradis, s’explique par sa deuxième et dernière occurrence en S28.V37.

[68] L’Exégèse et l’islamologie jugent ce verset confus ou de signification incertaine. Classiquement, il est alors explicité par des pseudos sources historiques sur les pratiques sacrificielles des polythéistes arabes, informations qui ne sont en réalité que des reconstructions exégétiques. Le sens est pourtant clair selon la logique monothéiste coranique : tout sacrifice doit revenir à Dieu puisqu’il est l’Unique créateur et pourvoyeur de biens, Il est donc le seul destinataire des sacrifices de remerciements pratiqués, fut-ce selon la démarche polythéiste des Arabes qui, rappelons-le, croyaient en Dieu en tant qu’entité supérieure de leurs panthéons.

[69] Nous ne suivons pas ici la Vulgate Ḥafṣ qui lit shurrakâ’u-hum au nominatif, ce qui donnerait pour sens : leurs co-divinités ont fait paraître honorable aux polythéistes le meurtre de leurs enfants. L’autre variante de récitation porte shurakâ’i-him au génitif, ce qui se comprend alors comme suit : « paraît honorable à nombre de polythéistes le meurtre de leurs enfants à leurs co-divinités », car il s’agit bien ici de sacrifices humains offerts par les Arabes à leurs divinités. L’Exégèse a ainsi cherché à déresponsabiliser ces polythéistes d’une telle horreur du fait même qu’il s’agissait du peuple de Muhammad et de son entourage, cette pratique barbare a donc été ainsi plus ou moins occultée. Quoi qu’il en soit, l’emploi de la locution li-kathîrin min/à nombre de indique que ce n’était pas non plus une pratique généralisée. Notons que le Coran emploie le terme meurtre/qatl pour souligner plus encore l’abomination de ce qu’ils considéraient comme étant un sacrifice rituel. Cette notion de rite sacrificiel implique que le terme dîn signifie ici rituel et non pas religion. Signalons qu’employé avec la préposition « ‘alâ », le verbe labasa vaut plus pour obscurcir que travestir. La volonté exégétique de dissimuler de tels actes par peur que cela n’entache, même indirectement, la réputation de Muhammad et des premiers musulmans a amené certains à affirmer au risque d’un contresens évident qu’il était fait là allusion au meurtre des nouveau-nées à leur naissance que les Arabes pouvaient mettre en œuvre en cas de famine, voire par honte misogynique absolue. Cet assassinat de fillettes semblait donc à nos exégètes moins grave que le sacrifice d’enfants aux idoles, sans doute par misogynie partagée. Cependant, lorsque le Coran traite de ces infanticides féminins, il le fait en des termes différents et explicites : en cette sourate, voir le v151, voir de même :  S16.V59 ; S17.V31 ; S81.V8-9.

[70] Ce genre de tabou/ḥijr était sélectif puisque concernant seulement certaines catégories de personnes. Il est fréquent dans les cultures anciennes que l’on ait imposé aux femmes plus de tabous qu’aux hommes. « bêtes de somme », litt : dont le dos est interdit/ḥarrama, l’on suppose donc qu’il s’agit aussi bien de l’interdiction d’utiliser ces animaux pour le bât que pour la monte. « sur certaines ils ne prononcent pas le nom de Dieu », cette remarque  laisse à penser, par la condamnation qu’en fait ce verset, que le sacrifice de ces bêtes de troupeaux était réservé aux divinités adorées par les polythéistes en sus de Dieu, ce qui, a contrario, confirme que les polythéistes sacrifiaient à Dieu des bêtes non frappées par ce genre d’interdits rituels, voir aussi : S29.V61, S10.V31, S39.V3.

[71] Le pluriel azwâj, ici en opposition à mâles/dhukûr, ne signifie donc pas épouses, mais femmes. Le terme mayta peut en ce verset et en théorie se comprendre comme le produit mort-né de la bête tabouisée à la proposition précédente ou bien comme désignant toute « bête trouvée morte », comme au v145 par exemple. D’une part, « ce qui est dans le ventre de ces bêtes » pouvait pour les Arabes désigner aussi bien le fœtus que le lait, d’autre part, le trait, plutôt que de viser la consommation de fœtus, semble souligner la stupidité de telles croyances rituelles en disant : les voilà qu’ils ergotent sur certains cas alors qu’ils sont capables de consommer des cadavres ! Consommation que du reste le Coran interdit comme cela va être rappelé au v145.

[72] Voir v99. En ce présent verset, l’ensemble des pronoms singuliers masculins ou des sujets de verbe ne peut grammaticalement que se reporter à Dieu, fait littéral que les traductions ne respectent pas afin de restituer, non pas le texte, mais la surinterprétation ici opérée par l’Islam afin d’imposer là un argument en faveur de la zakât sur les récoltes. Le « /ḥaqq » dont il est question n’est pas le droit exercé par l’administration fiscale sur les biens des musulmans, mais le «  de Dieu/hu » du fait que tout bien provient de Lui et qu’il Lui est donc dû de redistribuer par amour de Dieu aux nécessiteux une part de ce qui Lui appartient. Ce passage a été analysé en détail en : La Zakât selon le Coran et en Islam. Rappelons que l’Exégèse y voit une zakât-impôt sur les productions agricoles. Ceci explique dans sa logique reconstructive que l’Exégèse ait décrété que ce verset était médinois. Notons que l’évocation de la luxuriance des oasis n’est donc pas une imagerie née à Médine comme le suppose l’islamologie, du reste, quel Bédouin des déserts les plus arides aurait ignoré leur fraîche existence !

[73] « de bât, de monte » traduit de manière sûre le terme ḥamûla et  par « de pâturage » nous avons suivi un des sens du terme farsh, plutôt que couchage fait de poil animal, car sont ici évoquées toutes les usages directs du bétail élevé par les hommes de par la grâce de Dieu l’Unique créateur et pourvoyeur de biens naturels, ce qui est à l’évidence le sujet de ce rappel monothéiste. La locution « ne suivez point les pas du Shaytân » est ici en rapport avec les tabous et sacrifices aux divinités dénoncés au paragraphe précédent.

[74] Il s’agit bien en ce verset de rappeler à ces proto-musulmans qui n’arrivaient pas à se défaire de leurs croyances et pratiques du temps de leur paganisme que le Coran est venu pour restreindre l’ensemble de ces tabous à seulement quatre choses en matière d’alimentation carnée. Ce verset est analysé en : Le haram : les tabous selon le Coran et en Islam.

[75] « toute bête à ongle unique », c.-à-d. les animaux n’ayant qu’un seul sabot à chaque pied, nommés autrement solipèdes, soit la famille des équidés, domestiques : cheval, âne, mule, ou sauvages : zèbre onagre, etc. Cette référence au judaïsme, inscrite dans le Lévitique, indique qu’en plus de l’attachement de ces proto-musulmans à leurs tabous du temps de leur paganisme, des juifs mecquois, comme le confirme le v147, ont interféré dans cette problématique en mettant en avant que Dieu leur avait interdit bien plus de choses. Ils devaient donc dire, au nom de la Thora, que les suiveurs de Muhammad ne devraient pas admettre ou reconnaître que Dieu est à présent réduit Ses interdits à seulement quatre aliments carnés. L’on notera aussi que l’Islam s’est empressé d’intégrer cet interdit, pourtant dit par le Coran spécifique au judaïsme, en prohibant, avec toutefois des variations d’École, la consommation desdits équidés. Contrairement à l’interprétation classique, la fin du verset ne suppose pas que Dieu ait ajouté ces interdits pour punir les juifs, mais qu’ils ont été punis pour les avoir transgressés : « c’est ainsi, Nous les payâmes pour avoir dépassé les limites ». En quoi Dieu édicterait-Il des tabous pour punir, c’est aussi absurde qu’indigne de Lui et cette idée n’est voulue ici que de par la judéophobie patente de l’Exégèse. La finalité des tabous divins est clairement la détermination de limites à ne pas franchir afin de permettre à chacun d’éprouver sa propre foi. La lecture du chapitre XI du Lévitique auquel le Coran fait allusion et le complexe développement d’interdits alimentaires qui y est établi doivent être mis en comparaison avec la spécification restreinte donnée par le Coran. Cette abondance tatillonne d’interdits alimentaires consignés dans le Lévitique se comprend alors comme un rappel adressé aux proto-musulmans se refusant à accepter la réduction coranique des tabous et, conséquemment à transgresser la Révélation de la même manière que le firent les juifs, c.-à-d. en surajoutant à l’ordre de Dieu. Notons aussi que dans le Lévitique c’est Dieu qui parle à Moïse et Aaron, mais le Coran en sa critique intertextuelle ramène ces faits à une époque bien postérieure puisqu’il emploie la forme « ceux qui se sont judaïsés », ce qui du reste est historiquement prouvé. Ce verset confirme à nouveau ce que nous avons à plusieurs reprises souligné en cette sourate : la présence intriquée active de juifs avec les polythéistes mecquois, mais aussi de chrétiens, nous l’avons vu. Ce verset est donc mecquois et non pas médinois comme le prétendent l’Exégèse et l’islamologie dès lors qu’il est fait mention des Gens du Livre.

[76] L’argument est subtil : vous polythéistes qui distillez ce type de dialectique, faites donc témoigner en votre faveur les juifs qui vous ont conseillé cette critique des tabous coraniques, voir note supra, ce à quoi ils sont a priori peu enclins et qui suppose donc que leur témoignage n’aura en réalité aucune valeur…

[77] Cette première phrase est manifestement indépendante, elle est contextuellement liée à la longue polémique entre le Prophète et les polythéistes ainsi qu’avec les proto-musulmans ayant des difficultés à abandonner leurs anciennes habitudes en la matière, ceci concernant notamment la critique coranique de leurs nombreux tabous et son édiction de seulement quatre tabous alimentaires carnés.  L’apostrophe « Venez ! Je vais vous réciter ce que votre Seigneur vous a rendu tabou/ḥarrama » reprend donc ce thème sans pour autant citer lesdits tabous, lesquels ont été énumérés préalablement, cf. v145 et Le haram : les tabous selon le Coran et en Islam. À partir de la phrase suivante : « et, ne Lui associez rien… » il apparaît que ce n’est plus le Prophète qui parle, mais Dieu. À notre connaissance, aucune traduction n’a prêté garde à cette finesse sémantique et rhétorique. Le sujet n’est donc plus les tabous alimentaires, mais les interdits moraux essentiels ici rappelés. Pour l’analyse littérale de ce verset, voir : Le haram : les interdits moraux selon le Coran, at–taḥrîmât. Notons, comme nous l’avons signalé en note du v137, que ce n’est plus présentement le meurtre sacrificiel des enfants qui est visé, mais l’infanticide des fillettes nouveau-nées, en ce cas pour éviter la surpopulation en cas de famine, situation courante dans l’Arabie d’alors. C’est encore arbitrairement que l’Exégèse a classé les vs151-153 comme étant médinois sur le simple fait que l’on y retrouve des éléments de discours retrouvés en des sourates médinoise ! En réalité, ceci indique que le propos coranique visait déjà l’éthique de ces premiers adeptes dès La Mecque, ce qui sans nul doute est cohérent.

[78] Pour le respect des biens de l’orphelin pris en charge, voir S4.V5-6. La locution rendue d’ordinaire par « Dieu n’exige d’une âme que selon sa capacité » est bien connue. Cependant, la signification est ici nécessairement différente, car il n’y aurait pas sens de sens à appeler à l’équité en mesure et pesée tout en affirmant qu’il puisse être plus facile pour certains que pour d’autres d’être équitables ! En toute justice et rigueur, cette équité doit être appliquée par tous. Aussi, terme à terme, le sens est-il : « Nous n’imposons à chacun que ce dont il a la capacité », c.-à-d. le fait d’être honnête en transaction, ce qui est à la portée de toute personne bien intentionnée.

[79] « l’écrit », la comparaison entre ce verset et S7.V145 indique que par kitâb il s’agit des Tables dites de la Loi et non de la Thora. Le syntagme tamâman ‘alâ–l-ladhî aḥsana peut se lire de trois manières différentes, mais, à partir du moment où le kitâb représente les Tables et que les significations de tamâman avec la préposition ‘alâ sont réduites, le sens voulu est  « parfait pour celui qui agit au mieux ». L’expression tafṣîlan li-kulli shay’ n’est employée qu’à une seule autre reprise, elle aussi en S7.V145 et au sujet des al–alwâḥ/tablettes, ici donc synonyme de Tables : l’écrit, avec une minuscule puisque nous réservons l’Écrit avec une majuscule au seul Coran, cf. Le terme kitâb dans le Coran. S’agissant d’un registre limité, les Tables, tafṣîlan li-kulli shay’ n’a donc pas le sens de « exposé détaillé de toute chose », formulation qui, à bien considérer, ne peut s’appliquer à aucun écrit, mais celui de « exposé clair en tout point », c’est dire que lesdites Tables données à Moïse ont un contenu nécessairement limité, mais parfaitement clair et suffisant et « parfait pour celui qui agit au mieux ».  La comparaison entre les deux versets et la lecture contextuelle de notre v154 indique que l’objet qualifié sont les “commandements” dont ce qui vient d’être rappelé aux proto-musulmans est proche en contenu et suffisant en soi pour celui qui veut agir en bien comme le dit aussi le S7.V145. Il n’y a donc pas de jugement correct à se laisser séduire par des arguments relayés par les polythéistes de La Mecque sur proposition des juifs mecquois.

[80] « bénédiction » au lieu de bénit, voir note v92.

[81] En cette phrase qui s’exprime ? Il s’agit dans la suite du propos de juifs et de chrétiens et non pas de polythéistes, d’où pour kitâb nécessairement « la Bible ». Vue de La Mecque, juifs et chrétiens, ici encore un indice de leur présence sur place, apparaissaient aux yeux des Arabes comme des « groupes d’hommes/ṭâ’ifa » et non des nations, terme de toute manière trop moderne.

[82] Ici ce sont les polythéistes qui s’expriment. « une claire manifestation… une guidée et une miséricorde », c.-à-d. le Coran, défini présentement en des termes semblables à ceux décrivant coraniquement les révélations antérieures. Cette convergence coranique exprime l’unicité du Message divin et de sa fonction révélée au fil du temps à diverses communautés humaines.

[83] Ceci reprend la controverse des vs109-111 et les arguments fallacieux de Quraysh à l’encontre de la véracité contestée de l’apostolat de Muhammad par leur demande de miracles/âyât masquant plus que justifiant leur rejet de sa mission. Les « Signes/âyât de ton Seigneur » sont ceux de la Fin des temps et attendez donc, sans foi et sans bonnes actions, que ce Jour survienne, nous nous attendons avec certitude l’Heure finale.

[84] Il s’agit de la division en de très nombreuses sectes et hérésies des juifs et des chrétiens ayant divergé quant à la nature de leur foi, ici « foi religieuse » mis pour dîn. L’argument est le suivant : vous, entourage premier du Prophète qui êtes tentés de trouver des éléments de discussion chez eux comme Nous l’avons précédemment dénoncé, feriez-vous dès l’origine le choix de la division en suivant leurs avis pour étayer vos réticences personnelles, plutôt que la révélation, quant à la modification de vos croyances ancestrales en matière de tabous.

[85] Ce verset fait suite au v158 et illustre l’importance, voire même le sens, de la vie ici-bas : croire et agir en bien pour être protégé du Tourment au Jour du Jugement. Il n’y a pas en ce verset de contradiction avec S4.V40 : « En vérité, Dieu point ne lèse, fût-ce du poids d’une minuscule fourmi et, s’il s’agit d’une bonne action, Il la rétribuera au double et donnera de Sa part une récompense magnifique », car la mise en cohérence de ces deux versets permet de comprendre que ce n’est point là une multiplication arithmétique par dix, mais, comme en français, qu’il s’agit de décupler, phénomène qui correspond à la « récompense magnifique » de Dieu, v40. Par contre, pour une mauvaise action commise, Dieu ne la compte que pour un, il ne « sera payé qu’à l’identique », pas de vengeance, mais pas davantage.

[86] La foi monothéiste et son éthique de comportement sont parfaitement synthétisées en une formulation faisant appel à quatre concepts-clefs coraniques : ṣirâṭin mustaqîm/Voie de rectitude, concept général ; dînan qiyâman/foi droite, concept appliqué, c.-à-d. une foi non déviée dans la division comme expliqué au v153 et exprimé ici par le ḥanîfan/exclusivement abrahamique, remarque faisant de plus présentement écho aux réticences du paganisme résiduel des pro-musulmans ; milla/credo théologique monothéiste, voir S2.V135 et S2.V120-121. L’ensemble définit par complémentarité un principe parfaitement opposé au polythéisme, thème central de cette sourate et conclusion logique de celle-ci.

[87] « sacrifice » mis pour le terme nusuk lequel signifie tout à la fois dévotion et offrande sacrificielle. Le terme français sacrifice à lui aussi l’avantage d’exprimer ces deux notions. Le terme ancien nusuk restitue donc précisément les pratiques ancestrales du paganisme pour qui la dévotion se traduisait par le sacrifice. L’on retrouve du reste cette conception dans le judaïsme primitif très sacrificiel, mais aussi dans le christianisme sous la forme plus évoluée du sacrifice sanglant de Jésus sur la croix. Ici, il s’agit de même de la réponse dernière à la polémique sur les sacrifices et les tabous discutée tout au long de cette partie II. Pour « muslimîn/assujettis », voir v14, très proche de celui-ci, générant ainsi une boucle de sens entre l’introduction et la conclusion.

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