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Sourate 4 ; an–nisâ’ : les Femmes

Au nom de Dieu, le Tout-Miséricordieux, le Tout Miséricorde [i]

Partie I : Éthique envers les plus fragilisés

Chap. I ; § 1 : De l’éthique quant aux droits des orphelins

 Ô Hommes ! Craignez pieusement votre Seigneur, Lui qui vous a créés d’une âme[ii] unique dont Il créa sa moitié[iii] et qui de ces deux suscite grand nombre d’hommes et de femmes. Craignez pieusement Dieu dont vous vous réclamez mutuellement ainsi que de vos liens utérins.[iv] Certes, Dieu vous observe. [1] Remettez aux orphelins leurs avoirs et ne substituez point le détestable au louable [v] ! Ne consommez pas leurs biens avec les vôtres, c’est là un crime grave ! [2] Et si vous appréhendez de ne pas être équitables envers les orphelins, alors épousez donc les femmes comme il vous plaira : par deux, par trois ou par quatre ! Mais si vous craignez vraiment de ne pas être justes, alors une seule ou une parmi celles que vos mains droites possèdent[vi] ; cela est plus à même à ce que vous ne vous écartiez pas du juste,[vii] [3] et donnez aux femmes leurs dotations de sincérité,[viii] de bonne grâce. Toutefois, s’il leur est agréable de vous accorder quelque chose de lui,[ix] d’elles-mêmes, alors usez-en sainement et avec intégrité. [4] Et ne confiez point aux sots parmi eux les biens que Dieu a placés sous votre responsabilité, mais nourrissez-les-en, vêtissez-les et tenez leur propos aimable. [5] Et éprouvez les orphelins afin de déterminer s’ils sont en mesure de contracter mariage, et si vous leur reconnaissez droiture, alors remettez-leur leurs avoirs. Ne les employez donc point dispendieusement et avec empressement avant qu’ils ne soient en âge. Quant à celui qui est aisé, qu’il s’en abstienne, mais celui qui est dans le besoin qu’il en use raisonnablement. Puis, quand vous leur rendez leurs avoirs, faites témoigner à leur encontre, et Dieu suffit aux comptes ! [6]

 Chap. II  ; § 1 : De l’éthique du legs testamentaire/al–waṣiyya

– Aux hommes, une part de ce qu’ont laissé les père et mère et les plus proches parents. Aux femmes, une part de ce qu’ont laissé les père et mère et les plus proches parents, que cela en soit peu ou beaucoup, mais une part déterminée. [7] Et, lorsqu’assistent au partage les proches, les orphelins et les nécessiteux, donnez-en leur et tenez leur propos convenable. [8] Et que redoutent ceux qui[x] laisseraient après eux une progéniture affaiblie[xi] qui aurait peur d’eux, qu’ils craignent pieusement Dieu et tiennent propos juste. [9] Certes, ceux qui dévorent les biens des orphelins injustement emplissent leurs entrailles de feu, et ils seront consumés au Brasier. [10]

§ 2 : De l’héritage du reliquat à quotes-parts/al–warth

– Dieu vous recommande quant à vos enfants : pour le garçon l’équivalent de la part de deux filles. S’il y a plus de deux femmes, alors à elles les deux tiers de ce qu’il a laissé et s’il n’y a qu’une femme, alors à elle la moitié. Quant à ses deux parents, à chacun d’entre eux le sixième de ce qu’il aura laissé s’il avait des enfants. S’il n’avait pas d’enfants et qu’héritent de lui ses deux parents, à sa mère le tiers. S’il avait des frères, à sa mère le sixième. Ceci après dévolution du legs testamentaire qu’il avait testé ou une dette. De vos parents ou de vos enfants, vous ne savez point ceux qui seront le plus à même de vous être utiles. Attribution selon Dieu ; Dieu, certes, est parfaitement savant et infiniment sage. [11] À vous, la moitié de ce que laissent vos épouses[xii] si elles n’ont pas d’enfants. Mais si elles ont des enfants,[xiii] ne vous revient que le quart de ce qu’elles auront laissé. Ceci après dévolution du legs testamentaire qu’elles avaient testé ou une dette. À elles, le quart de ce que vous laissez si vous n’aviez pas d’enfants. Mais si vous avez des enfants, ne leur revient que le huitième de ce que vous avez laissé. Ceci après dévolution du legs testamentaire que vous aurez testé ou une dette. Si un homme, ou une femme, hérite d’un défunt sans héritiers directs[xiv] et qu’il a un frère ou une sœur, alors à chacun d’entre eux le sixième. Mais, s’ils sont plus nombreux que cela, ils s’en partageront le tiers. Ceci après dévolution du legs testamentaire qu’il avait testé ou une dette. Afin que nul ne soit lésé, recommandation de Dieu, et Dieu est parfaitement Savant, Longanime. [12] Tels sont les objectifs de Dieu, et qui obéit à Dieu et à Son messager, Il l’introduira en des jardins au pied desquels coulent ruisseaux ; ils y demeureront, voilà la réussite suprême. [13] Mais, qui désobéit à Dieu et à Son Messager et passe outre Ses objectifs, Il l’introduira en un feu où il demeurera, il subira un tourment infamant. [14]

§ 3 : De la transgression des quotes-parts

– Quant à celles qui viennent malhonnêtement parmi vos femmes, faites alors témoigner contre elles quatre d’entre vous. S’ils témoignent, maintenez-les malgré tout sous les tentes jusqu’à ce que la mort les rappelle ou que Dieu leur fournisse une issue. [15] Quant à deux des vôtres qui viendraient de même, malmenez-les. S’ils se repentent et s’amendent, alors éloignez-vous d’eux ; Dieu accueille la repentance, Tout de miséricorde. [16][xv] Le repentir, pour Dieu, n’est qu’envers ceux qui commettent un mal par stupidité[xvi] puis se repentent promptement ; ceux-là, Dieu accueille leur repentance, Dieu est parfaitement savant et infiniment sage. [17] Mais il n’y a point de repentir pour ceux qui commettent de mauvais actes jusqu’à ce que se présente à l’un d’eux la mort et qu’il s’écrie : « En vérité, je viens de me repentir !  » De même pour ceux qui meurent en étant dénégateurs, ceux-là Nous leur avons préparé un tourment terrible [xvii]  [18] Ô croyants ! Il ne vous est point permis d’hériter des femmes en les y contraignant.[xviii] De même, ne les tourmentez point afin d’obtenir une partie de ce que vous leur avez donné à moins qu’elles ne viennent manifestement avec malhonnêteté. Comportez-vous donc avec elles convenablement, car, si vous les preniez en aversion, il se pourrait que vous abhorriez une chose en laquelle pourtant Dieu aurait mis un grand bien. [19]

Chap. III ; §1 : Des mariages des temps pré-coraniques

– Si vous souhaitez prendre épouse plutôt qu’une autre et que vous ayez déjà remis à l’une d’elles une grande somme, n’en reprenez rien.[xix]  En rependriez-vous mensongèrement en commettant un péché manifeste ! [20] Comment pourriez-vous vous la réapproprier alors que vous aviez conclu mutuellement et qu’elles avaient reçu de votre part un engagement solennel ! [21] Et n’épousez plus les femmes que vos pères auraient épousées, exception faite pour ce qui a eu lieu, car c’est là une turpitude, une abomination et une détestable coutume ! [22] Vous ont été tabouisées[xx] vos mères, vos filles, vos sœurs, vos tantes paternelles et tantes maternelles, les filles d’un  frère et les filles d’une sœur, les mères qui vous ont allaités, vos sœurs de lait, les mères de vos femmes, vos belles-filles qui ont des liens de sang [xxi] par vos femmes, celles avec lesquelles vous auriez consommé le mariage, mais si vous n’avez pas avec elles consommé le mariage alors point de tort. De même,(vous ont été tabouisées)les épouses des fils issus de vos reins ainsi que deux sœurs ensembles, exception faite pour ce qui a eu lieu, car Dieu est Tout de pardon et Tout de miséricorde. [23]

§ 2 : Du mariage selon le Coran

– Alors que les femmes de condition libre et de bonnes mœurs parmi les femmes, à moins que ce ne soit celles que vos mains droites possèdent, c’est là une prescription de Dieu à votre égard. Il vous est permis – en dehors de ce qui vient d’être énoncé – de les vouloir moyennant vos biens, en hommes de condition libre et de bonnes mœurs et non en fornicateurs.  Du fait que vous en bénéficiez de leur part, donnez-leur leurs dotations nuptiales, obligatoirement. Et il n’y a point d’inconvénient en ce que vous aurez convenu au-delà de l’obligatoire. Dieu, certes, est infiniment savant, longanime. [24] Quant à celui d’entre vous qui n’a pas les moyens d’épouser les femmes de condition libre et de bonnes mœurs, croyantes, alors celles que vos mains droites possèdent parmi les jeunes femmes croyantes, Dieu connaît parfaitement votre foi, les uns comme les autres. Épousez-les donc avec la permission de leur maître et donnez-leur dotation nuptiale selon les convenances, ce en tant que femmes de condition libre et non comme si elles étaient des fornicatrices ou prenant des concubins. Une fois ainsi de condition libre, si elles agissent alors malhonnêtement, contre elles la moitié de la punition que subiraient les femmes libres et de bonnes mœurs. Ceci pour celui d’entre vous qui craint l’affliction, être endurant est mieux pour vous, et Dieu est Tout pardon et Tout miséricorde. [25] Dieu désire vous éclairer et vous guider quant aux traditions [xxii] de vos prédécesseurs et accueillir votre repentir ; Dieu est parfaitement Savant et infiniment Sage ! [26] Dieu désire accueillir votre repentir alors que ceux qui suivent les passions désirent que vous déviiez gravement. [27] Dieu désire vous alléger, l’Homme a été créé faible… [28]

Chap. IV ; § 1: De l’éthique dans le commerce

– Ô croyants ! Ne profitez point de vos biens, entre vous, inutilement. Cela ne se peut qu’en cas de commerce consenti mutuellement, et ne vous tuez point vous-mêmes ! [xxiii] Certes, Dieu est à votre égard Tout de miséricorde. [29] Et, quiconque agit ainsi pour voler et léser, Nous le précipiterons au Feu ; cela est pour Dieu aisé ! [xxiv] [30] Mais, si vous évitez les fautes graves qui vous ont été défendues, Nous rachèterons vos mauvaises actions et vous ferons entrer en un lieu généreux ! [31]

§ 2 : De l’éthique en matière de répartition des biens

– Ne convoitez point ce par quoi Dieu a favorisé les uns par rapport à d’autres. Aux hommes une part de ce qu’ils se seront acquis et aux femmes une part de ce qu’elles se seront acquis. Demandez plutôt à Dieu de Son bienfait, Dieu de toute chose est parfaitement savant. [32] À chacun, Nous avons assigné des ayants droit [xxv] sur ce qu’ont laissé père et mère et les plus proches parents. Quant à ceux liés par vos engagements, [xxvi] donnez-leur donc leur part. Dieu, certes, est de toute chose témoin ! [33]

§ 3 : De l’éthique du couple

– Les hommes ont des responsabilités quant aux femmes en fonction de ce que Dieu favorise certains d’entre eux par rapport à d’autres et par ce qu’ils dépensent de leurs biens. Les vertueuses sont pieuses et gardiennes en l’intime de ce que Dieu veut que l’on préserve. Quant à celles dont vous craignez l’impiété manifeste, exhortez-les, et délaissez-les en leurs lits, et éloignez-vous d’elles ! Si elles sont en de bonnes dispositions envers vous, ne cherchez pas de voies contre elles ; certes, Dieu est Élevé, Grand.  [34] Et si vous avez peur que les deux se séparent, missionnez un arbitre de sa famille à lui et un arbitre de sa famille à elle, s’ils souhaitent un arrangement, Dieu les réconciliera tous deux ; certes, Dieu est parfaitement savant et informé. [35]

§ 4 : De l’éthique du croyant envers son prochain

– Adorez Dieu et ne Lui associez rien ! Envers père et mère : bienfaisance, ainsi qu’à l’égard des proches, des orphelins, des pauvres, du proche voisin et du voisin éloigné, du compagnon à vos côtés, du fils de la route et de ceux que vos mains droites possèdent. [xxvii]

§ 5 : De la non-éthique et de la non-foi

Vraiment, Dieu n’aime point qui est infatué, vaniteux, [36] ceux qui sont avares et incitent les gens à l’avarice et dissimulent ainsi ce que leur a donné Dieu de par Sa grâce – et Nous avons préparé aux ingrats [xxviii] un tourment infamant – [37] tout comme ceux qui dépensent leurs biens ostentatoirement devant les gens et qui ne croient pas en Dieu et au Jour Dernier. À qui le Shaytân est pour lui un adjoint, quel donc détestable adjoint ! [38] Que leur en aurait-il coûté de croire en Dieu et au Jour Dernier et d’avoir fait largesse de ce que Dieu leur a attribué ? Dieu les connaît parfaitement ! [39] En vérité, Dieu point ne lèse, fût-ce du poids d’une minuscule fourmi et, s’il s’agit d’une bonne action, Il la rétribuera au double et donnera de Sa part une récompense magnifique. [40] Qu’en sera-t-il donc lorsque Nous ferons venir pour chaque communauté un témoin et que Nous te ferons venir à l’encontre de ceux-là [xxix] en tant que témoin ? [41] Ce Jour-là, ils aimeront plutôt – ceux qui auront dénié et désobéi au messager – être ensevelis sous terre, mais ils ne pourront à Dieu dissimuler le moindre fait. [42]   

§ 6 : De l’éthique de la prière

– Ô croyants ! N’approchez pas de la prière alors que vous êtes ivres jusqu’à ce que vous sachiez ce que vous dites ! De même, après un rapport [xxx] – sauf pour celui qui est en chemin – jusqu’à ce que vous vous soyez nettoyés. Et si vous êtes malades ou en voyage, ou que l’un de vous revient du lieu d’aisance, ou que vous ayez “caressé” femme, mais que vous ne trouviez point d’eau, alors ayez-en l’intention en recourant à un sol propre dont vous toucherez votre visage et vos mains ; certes, Dieu est Tout d’indulgence, Tout de pardon. [43] [xxxi]

Partie II : Éthique et cause de Dieu

Chap. I ; § 1 : Non-éthique et déviation de la foi

– Ne vois-tu pas que ceux qui ont reçu une part du Livre vendent de l’égarement et désirent ainsi vous écarter du chemin, [44] mais Dieu est parfaitement connaisseur de vos adversaires ; et Dieu suffit comme allié et Dieu suffit comme soutien ! [45] Certains parmi ceux qui sont judaïsés [xxxii] détournent les significations des mots, ils disent : « Nous avons entendu et nous avons désobéi… Entends, puisses-tu ne pas être entendu… [xxxiii] Sois notre berger ! » [xxxiv] Ce faisant, ils entortillent [xxxv] avec leurs langues et dénigrent la foi. [xxxvi] N’aurait-il pas mieux valu pour eux qu’ils disent : « Nous avons entendu et nous avons obéi… Entends…Considère-nous !», c’eût été pour eux meilleur et plus droit. Mais, que Dieu les rejette pour leur ingratitude, car ils ne croient que peu. [46] Ô Gens du Livre ! [xxxvii] Ayez foi en ce que Nous avons révélé confirmant ce que vous possédez avant que Nous n’effacions certains visages et ne les culbutions ou que Nous les rejetions comme nous avons rejeté ceux qui éprouvèrent le Sabbat, car l’ordre de Dieu est toujours accompli ! [47] En vérité, Dieu point ne pardonne qu’on lui donne des associés, [xxxviii] mais Il pardonne ce qui est en deçà à qui veut, [xxxix] et qui donne des associés à Dieu commet donc une faute grave ! [48] Ne vois-tu pas ceux qui se prétendent purs ! [xl] Bien au contraire, Dieu purifie qui veut l’être, et ce, sans qu’ils ne soient lésés, fût-ce d’un simple brin ! [49] Considère comme ils forgent ce mensonge [xli] au sujet de Dieu, c’est en soi un péché manifeste ! [50] Ne vois-tu pas ceux qui ont reçu une part du Livre et qui croient aux démons et aux idoles [xlii] et disent des dénégateurs : « Ceux-ci sont guidés en un meilleur chemin que les croyants. » [51] Ceux-là, Dieu les a rejetés et, quiconque Dieu rejette, tu ne lui trouveras aucun secoureur. [52] Auraient-ils une part du pouvoir, [xliii] qu’ils n’en partageraient avec les gens pas même un iota. [53] Jalouseraient-ils les gens de ce que Dieu leur a accordé de Sa grâce ! [xliv] Or, nous avions déjà donné à la lignée d’Abraham le Livre et la Sagesse et leur avions offert une royauté éminente. [54] Parmi eux, certains y crurent et d’autres s’en écartèrent ; et suffit la Géhenne comme brasier ! [55] Certes, ceux qui auront dénié nos versets Nous les précipiterons au Feu. Chaque fois que leurs peaux seront consumées nous les changerons pour une peau nouvelle afin qu’ils goûtent encore le tourment ; Dieu est Tout de puissance et de ferme exécution ! [56] Quant à ceux qui auront cru et œuvré en bien, Nous les ferons entrer en des jardins au pied desquels coulent ruisseaux, ils y demeureront pour toujours, ils y auront des conjoint(e)s pur(e)s et Nous les installerons sous un ombrage abondant. [xlv] [57]

Chap. II ; § 1 : De l’éthique du jugement et de l’autorité

 – En vérité, Dieu vous commande de restituer les dépôts à leurs ayants droit et à ce que lorsque vous arbitrez entre les gens vous jugiez en toute justice. Certes, Dieu est dans l’excellence et par elle Il vous exhorte ! Certes, Dieu entend et voit parfaitement ! [58] Ô croyants ! Obéissez à Dieu et obéissez au Messager ainsi qu’à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité. [xlvi] Dans le cas où vous divergez sur un point, référez-le donc à Dieu et au Messager, si vous croyez en Dieu et au Jour Dernier ; cela est mieux et de meilleur principe ! [59] Ne vois-tu pas ceux qui prétendent croire en ce qui t’a été révélé et en ce qui a été révélé avant toi, mais qui veulent porter leurs différends auprès des idoles !  Il leur avait pourtant été ordonné de les renier, [xlvii] et le Shaytân veut les fourvoyer d’un égarement profond. [60] Et qu’on leur dise : « Venez-en à ce qu’a révélé Dieu, ainsi qu’au Messager ! », tu vois alors les hypocrites [xlviii] se détourner de toi, tournant la tête. [61] Comment donc, lorsqu’ils subiront un revers, conséquence de ce qu’ils auront accompli de leurs propres mains, pourront-ils venir à toi en jurant par Dieu : « Nous ne voulions que le bien et la conciliation ! » [62] Ceux-là sont ceux dont Dieu sait parfaitement ce qui est en leurs cœurs. Tiens-toi loin d’eux, mais exhorte-les et dis-leur quant à eux-mêmes une parole persuasive. [63] Or, Nous n’avons dépêché de messagers [xlix] qu’afin qu’ils soient obéis, avec la permission de Dieu. Et si, après s’être fait du tort à eux-mêmes, ils étaient venus à toi en implorant le pardon de Dieu et que le Messager ait demandé pour eux pardon, ils auraient trouvé Dieu accueillant la repentance, Tout de miséricorde. [64] Que non ! Par ton Seigneur ! Ils ne croiront point tant qu’ils ne t’auront pas fait juge de ce qui les opposait et, qu’ensuite, ils n’éprouvent en eux-mêmes aucune contrariété quant à ce que tu auras décidé et qu’ils ne se seront pas assujettis [l] entièrement. [65] Et, si Nous leur avions intimé : « Mortifiez-vous ! » [li] ou : « Quittez vos demeures ! », ils ne l’auraient point fait sauf quelques-uns d’entre eux. Effectuer ce à quoi ils sont exhortés serait bien meilleur pour eux et plus à même d’affermir leur engagement, [66] Nous leur donnerions alors de Notre part une récompense magnifique[67] et les guiderions en un chemin droit. [68] Ceux qui obéissent à Dieu et au Messager, ceux-là sont au nombre de ceux que Dieu a gratifiés : les prophètes, les véridiques, les témoins [lii] et les vertueux ; quels excellents compagnons que ceux-là ! [69] Telle est la Grâce de Dieu, et Dieu suffit à parfaitement savoir ! [70]

 Chap. III ; § 1 : De l’éthique de la cause de Dieu

– Ô croyants ! Prenez vos précautions et, alors, élancez-vous en groupe ou élancez-vous tous ensemble. [71] Il y aura bien parmi vous un qui sera à la traîne et qui, si vous subissiez un revers, dirait : « Dieu m’a favorisé par le fait de ne pas voir été avec eux présent. » [72] Mais que vous arrive un bienfait de Dieu, il dira, comme s’il n’y avait jamais eu entre vous et lui aucune amitié : « Malheur ! Puissé-je avoir été avec eux et remporter un grand succès ! » [73] Que combattent donc pour la cause de Dieu ceux qui ont échangé la vie d’ici-bas pour celle de l’Autre-monde. Qui combat pour la cause de Dieu, qu’il soit tué ou qu’il vainque, nous lui donnerons une récompense immense. [74] Qu’avez-vous donc ! Vous ne combattriez point pour la cause de Dieu alors que les opprimés, hommes, femmes et enfants implorent : « Ô Seigneur ! Délivre-nous de cette cité dont les maîtres sont des tyrans. Envoie-nous de Ta part un allié, envoie-nous de Ta part un secoureur ! » [75] Ceux qui croient vraiment combattent pour la cause de Dieu tandis que ceux qui dénient la Foi combattent pour la cause des idoles. Alors, combattez donc les alliés du Shaytân ! Certes, l’armure du Shaytân est mince ! [liii][76]

§ 2 : De la non-éthique quant à la cause de Dieu

 – Ne vois-tu pas ceux à qui il fut dit : « Déposez les armes !Accomplissez la prière et donnez l’aumône ! » [liv] Puis, lorsqu’il leur a été prescrit de combattre, voici qu’une partie d’entre eux redoutèrent les hommes – comme l’on craint Dieu ou d’une plus forte crainte encore – et dirent : « Ô Seigneur ! Pourquoi nous as-Tu prescrit le combat ? Ne pourrais-Tu point nous l’ajourner à un terme proche ! » Réponds : « La jouissance de ce bas monde est peu de chose et l’Autre-monde est meilleur pour celui qui craint pieusement ; et vous ne serez point lésé, fût-ce d’un simple brin. [77] Où que vous soyez la mort vous atteindra, fussiez-vous réfugiés en des forteresses inexpugnables ! » Qu’un bien leur parvienne, ils disent : « Cela est de la part de Dieu », mais qu’un mal les atteigne, ils arguent : « Cela vient de toi ! » Réponds : « Tout est auprès de Dieu ! » [lv] Qu’ont-ils donc ces gens-là à ne pouvoir comprendre le moindre évènement  ! [lvi] [78] Quelque bien qui te parvienne vient de Dieu et, tout mal qui t’atteint vient de toi ! Mais nous t’avons dépêché envers les Hommes qu’en tant que messager, et Dieu suffit comme Témoin. [79] Qui obéit au Messager a donc obéi à Dieu et qui tourne le dos… Nous ne t’avons point envoyé à eux en tant que protecteur. [80] Ils disent aussi : « Obéissance est due ! », mais après s’être montrée à tes côtés, voilà qu’une faction d’entre eux tient conciliabule nocturne contraire à ce que tu énonces,[lvii] cependant Dieu prend note de leur conciliabule. Alors, écarte-toi d’eux et place ta confiance en Dieu, Dieu suffit comme garant. [81] Mais n’examineraient-ils donc point attentivement le Coran ? Car, s’il provenait d’un autre que Dieu, ils y trouveraient de nombreuses contradictions [lviii] ! [82] Et puis, quand leur parvient quelque affaire, rassurante ou alarmante, ils la divulguent. Or, si plutôt ils la référaient au Messager et à ceux d’entre eux qui détiennent l’autorité, en prendraient ainsi connaissance ceux à même d’en puiser le sens parmi eux. N’eussent été grâce et miséricorde de Dieu à votre égard, vous auriez suivi le Shaytân, sauf quelques-uns. [83]

§ 3 : De l’éthique de la négociation de paix

– Combats donc pour la cause de Dieu, ne t’incombe que ta propre responsabilité, et mobilise les croyants, car il se peut que Dieu contienne la force des dénégateurs ; Dieu est plus puissant, plus ferme en exemplarité. [84] Quiconque plaidera en faveur d’une bonne négociation prendra part au mérite et quiconque aidera à une mauvaise négociation en aura son lot ; Dieu est, sur toute chose, puissant ! [85] Et si l’on préserve votre vie au nom d’un accord de sauvegarde, alors préservez la vie de manière meilleure encore ou répondez-y. [lix] Dieu, certes, de toute chose tient le compte. [86]

Chap IV ; § 1 : Éthique quant aux opposants-hypocrites

– Dieu, point d’autre dieu que Lui. Certes, Il vous rassemblera au Jour de la Résurrection sur lequel point de doute, et qui est plus véridique que Dieu en propos ! [87] Qu’avez-vous donc quant aux opposants-hypocrites [lx] à vous diviser en deux partis alors que Dieu les a renvoyés à leur état initial à cause de ce qu’ils ont fait ? Voudriez-vous guider celui que Dieu a laissé s’égarer ? Celui que Dieu a laissé s’égarer, tu ne lui trouveras aucune échappatoire ! [88] Ils auraient aimé que vous déniiez comme ils ont dénié et que vous soyez semblables à eux. Ne prenez donc point parmi eux d’alliés tant qu’ils ne se seront pas séparés des leurs [lxi] pour la cause de Dieu. Mais, s’ils se retournent contre vous, alors saisissez-vous d’eux et tuez-les où que vous les trouviez, et ne prenez parmi eux aucun allié ou protecteur. [89] Sauf en ce qui concerne ceux qui sont liés à une tribu avec les membres desquels vous avez contracté un pacte. De même pour ceux qui viennent à vous la poitrine serrée de devoir vous combattre ou d’avoir à combattre leur propre tribu. À Dieu ne plaise [lxii] qu’ils n’aient pris le dessus sur vous et vous aient combattus et, s’ils se tiennent loin de vous, ne vous combattent point et vous offrent leur soumission, [lxiii] alors sachez que Dieu ne vous a donné contre eux aucune voie. [90] Vous en trouverez aussi d’autres qui voudraient être en sécurité auprès de vous comme en sécurité auprès de leur tribu, mais, chaque fois qu’ils sont appelés à la sédition, ils y retombent ! Si donc ils ne se tiennent point loin de vous, ni n’offrent leur soumission ni ne déposent les armes, alors saisissez-vous d’eux et tuez-les [lxiv] où que vous les trouviez, sur ceux-là Nous vous avons donné une autorité irrécusable. [91]

§ 2 : Éthique lors du combat pour la cause de Dieu

– Il n’appartient pas à un croyant de tuer un autre croyant, sauf involontairement. Qui donc tue un croyant involontairement, qu’il affranchisse un esclave croyant et remette le prix du sang à sa famille, à moins qu’elle ne lui en fasse remise. Si par contre il fait partie d’une tribu qui vous est ennemie, tout en étant croyant, alors libération d’un esclave croyant. Dans le cas où il serait membre d’une tribu avec laquelle vous avez contracté un pacte, alors remise du prix du sang à sa famille et libération d’un esclave croyant. Quant à celui qui ne le pourrait point, alors qu’il jeûne deux mois consécutifs en signe de repentir à Dieu ; Dieu est parfaitement savant et infiniment sage. [92] Mais celui qui tue un croyant intentionnellement, son salaire sera la Géhenne où il demeurera ; il a encouru colère de Dieu et Sa damnation, Il lui a préparé un tourment immense. [93] Ô croyants ! Lorsque vous frappez pour la cause de Dieu faites preuve de discernement et ne dites point à celui qui vous demande grâce [lxv] : « Tu n’es pas un croyant ! », ceci parce que vous convoiteriez les biens de la vie d’ici-bas, mais c’est auprès de Dieu que se trouvent butins en nombre ! C’est bien ainsi que vous agissiez auparavant, mais Dieu vous a accordé Sa grâce, alors faites preuve de discernement ! Certes, Dieu de ce que vous œuvrez est parfaitement informé. [94]

§ 3 : Éthique du combat pour la cause de Dieu

– Ne sont point semblables ceux qui restent en leurs foyers parmi les croyants – sauf cas de force majeure – et ceux qui s’efforcent en la lutte pour la cause de Dieu par leurs biens et leurs personnes. Par rapport à ceux qui restent en leurs foyers, Dieu a élevé à un haut rang ceux qui s’efforcent en la lutte par leurs biens et leurs personnes, bien qu’à tous Dieu ait promis le meilleur ! Toutefois, Dieu a favorisé ceux qui s’efforcent en la lutte par rapport à ceux qui restent en leurs foyers d’une récompense ; [95] degrés de Sa part, ainsi que pardon et miséricorde ; Dieu est Tout de pardon et Tout de miséricorde. [96] En vérité, ceux à qui les Anges font rendre l’âme alors qu’ils sont en état d’iniquité envers eux-mêmes, ils leur demandent : « Comment donc étiez-vous ! » et ils disent : « Nous étions bien trop faibles sur Terre », ce à quoi ils leur répondent : « La terre de Dieu n’était-elle pas suffisamment vaste pour que vous puissiez vous y exiler ? » [lxvi] ; ceux-là, leur seul refuge sera la Géhenne, elle est un détestable devenir ! [97] Ne sont point concernés les opprimés parmi les hommes, les femmes et les enfants qui ne disposent pas d’opportunité et ne trouvent pas d’issue. [98] Ceux-là, il adviendra [lxvii] que Dieu leur fasse indulgence ; Dieu est Tout d’indulgence, Tout de pardon. [99] Qui s’exile pour la cause de Dieu, trouvera sur Terre de nombreux refuges ainsi qu’aisance. Quiconque quitte sa demeure afin d’émigrer vers Dieu et Son messager et que la mort atteint, alors sa récompense incombe à Dieu ; Dieu est Tout de pardon et Tout de miséricorde. [100]

§ 4 : Éthique de la prière lors du combat pour la cause de Dieu

– Et quand ainsi vous vous élancez sur terre, il n’y a pas d’inconvénient à ce que vous ne puissiez pas accomplir la prière [lxviii] si vous craignez que vous saisissent ceux qui ont dénié. Certes, les dénégateurs sont pour vous des ennemis déclarés. [101] Or, voilà que tu étais parmi eux et que tu as dirigé leur prière… qu’en ce cas se tienne debout avec toi un groupe d’entre eux portant leurs armes ! Et, quand ils se seront prosternés, qu’ils se mettent en arrière et que prenne place un autre groupe n’ayant pas prié afin qu’ils prient avec toi. Qu’ils restent sur leur garde et ne délaissent pas leurs armes, car les dénégateurs aimeraient bien qu’un temps vous délaissiez vos armes et attirails pour fondre soudainement sur vous ! Par contre, il n’y a pas de faute si vous êtes incommodés par la pluie ou la maladie à ce que vous vous délestiez de vos armes, mais restez tout de même vigilants ! Certes, Dieu a préparé pour les dénégateurs un châtiment infamant. [102] Une fois que vous aurez accompli la prière… rappelez-vous donc de Dieu, debout, assis ou allongés sur le côté ! Aussi, quand vous jouissez de la tranquillité, accomplissez la prière. Certes, la prière est pour les croyants une prescription limitée. [lxix] [103] Et ne faiblissez point à désirer les gens, [lxx] car si vous souffrez ils souffrent de même, mais vous espérez de Dieu ce qu’ils n’espèrent point ; Dieu est parfaitement savant et infiniment sage. [104]

Partie III : Éthique et trahison

Chap. I ; § 1 : De l’éthique face à la trahison

 – Vraiment, Nous t’avons révélé le Livre en toute vérité afin que tu arbitres entre les gens en fonction de ce que Dieu te montre, ne te querelles [lxxi] donc point avec les traîtres, [105] et demandes pardon à Dieu ; Dieu est Tout de pardon et Tout de miséricorde. [106] Ne dispute pas au sujet de ceux qui ne font que se trahir eux-mêmes. [lxxii] Certes, Dieu n’aime point qui est trompeur, pécheur. [107] Ils se dissimulent quant aux gens, mais ils ne peuvent se dissimuler quant à Dieu… Il est présent lorsqu’ils tiennent dans le secret de la nuit des propos qu’Il n’approuve point ; certes, Dieu cerne totalement ce qu’ils œuvrent. [108] Voilà comme vous êtes : vous disputez en leur faveur en la vie d’ici-bas, mais qui donc disputera avec Dieu quant à eux au Jour de la Résurrection, qui d’eux se porteront garant ! [109] Cependant, qui agit en mal ou se fait du tort à lui-même puis demande pardon à Dieu, il trouvera Dieu Tout de pardon et Tout de miséricorde. [110] Qui commet une iniquité ne la commet que contre lui-même ; Dieu est parfaitement savant et infiniment sage. [111] Quant à celui qui commet une faute ou une injustice puis en accuse un innocent, il se charge alors d’infamie et d’un préjudice manifeste. [112] Et n’eussent été la Grâce de Dieu à ton endroit et Sa Miséricorde, une partie d’entre eux qui y songèrent aurait réussi à t’égarer, [lxxiii] mais ils n’ont égaré qu’eux-mêmes, ils ne sont en rien capables de te nuire.  Et Dieu t’a révélé le Livre et la Sagesse et Il t’a enseigné ce que tu ne connaissais point. Certes, la grâce de Dieu à ton égard est immensurable ! [113] Nul bien dans la plupart de leurs secrets. Ceci ne vaut que pour celui qui incite à faire une aumône ou une chose convenable ou appelle à la conciliation entre les gens. Quiconque agit de la sorte par désir de la satisfaction de Dieu, Nous lui donnerons une récompense immense. [114] Mais qui fait scission d’avec le Messager – ce après que lui fut pourtant explicité la guidée – et suit une autre voie que celle des croyants, [lxxiv] Nous nous en détournerons comme il s’est détourné, et le précipiterons dans la Géhenne, elle est un détestable devenir ! [115]

 Chap. II  ; §1 : De l’éthique du Jugement

– Certes, Dieu ne pardonne point qu’on lui donne des associés, mais Il pardonne en dehors de cela à qui veut ; [lxxv] qui donne des associés à Dieu s’est fourvoyé en un égarement profond. [116] En réalité, ils n’invoquent en dehors de Lui que des divinités femelles, ils n’invoquent qu’un démon  rebelle [lxxvi] [117] que Dieu a repoussé et qui dit alors : « [lxxvii] [118] Je les laisserai s’égarer, je les bercerai d’illusions, je les inciterai et ils marqueront les bêtes à l’oreille, je les inciterai et ils altéreront la création de Dieu. » [lxxviii] Qui donc prend le Shaytân comme allié en dehors de Dieu subit un dommage manifeste, [119] il leur fait des promesses et leur inspire désirs, mais ce que promet le Shaytân n’est rien d’autre que tromperies. [120] Ceux-là, leur refuge est la Géhenne et ils n’y trouveront aucune issue. [121] Quant à ceux qui croient et œuvrent en bien, Nous les ferons entrer en des jardins au pied desquels coulent ruisseaux, ils y demeureront pour toujours. Telle est la promesse vraie de Dieu, qui est plus véridique que Dieu en propos ! [122] Il n’en est point selon vos désirs ni selon les désirs des Gens du Livre, mais qui commettra un mal en sera payé, et il ne trouvera contre Dieu ni allié ni secoureur. [lxxix] [123] Mais qui aura œuvré en bien, homme ou femme, en tant que croyant, [lxxx] ceux-là entreront au Paradis, et ils ne seront point lésés d’un iota. [124] Qui donc est meilleur en la Voie que celui qui abandonne son être à Dieu, est bienfaisant et suit le credo d’Abraham exclusivement. [lxxxi] Or, Dieu prit Abraham pour intime ! [125] Et à Dieu ce qui est en les Cieux et sur Terre ; Dieu cerne totalement toute chose. [126]

§ 2 : De l’éthique face aux traîtrises faites aux femmes

– Ils demandent ton avis quant aux femmes. Réponds : Dieu vous instruit à leur sujet par ce qui vous a déjà été récité dans l’Écrit [lxxxii] concernant les orphelins des femmes à qui vous ne remettez pas ce qui leur revient de droit [lxxxiii] alors que vous convoitez de les épouser. Et aussi quant aux plus faibles parmi les enfants afin que vous agissiez envers les orphelins avec équité. [lxxxiv] Et, quelque bien que vous fassiez, Dieu en est parfaitement savant. [127] Et, si une femme craint de son époux impiété manifeste, ou un éloignement, il n’y aura rien à leur reprocher s’ils cherchent à rétablir concorde entre eux deux. La concorde est chose meilleure, mais les âmes sont portées à l’égoïsme… Et si vous agissez en bien et vous protégez mutuellement, Dieu de ce que vous œuvrez est parfaitement informé. [128] Et vous ne pourriez être équitables envers vos femmes, quand bien même le désireriez-vous ardemment… Donc, ne penchez point complètement pour l’une laissant l’autre en suspens. Si vous vous amendez et craignez pieusement, alors Dieu est Tout de pardon et Tout de miséricorde. [129] Mais, si les deux se séparent, Dieu contentera chacun d’eux de par Sa prodigalité ; Dieu est infini, absolument sage. [130] À Dieu ce qui est en les Cieux et sur Terre, et Nous avons enjoint à ceux qui reçurent le Livre avant vous, ainsi qu’à vous-mêmes : Craignez pieusement Dieu ! Et, si vous faites montre d’ingratitude [lxxxv] ; à Dieu appartient ce qui est en les Cieux et sur Terre ; Dieu Se suffit et est digne de louanges ! [131] À Dieu ce qui est en les Cieux et sur Terre, Dieu suffit comme garant ! [132] S’Il le voulait, Il vous ferait disparaître, vous Hommes, et en ferait venir d’autres ; Dieu a le pouvoir d’accomplir cela ! [133] Et qui désire profit d’ici-bas, Dieu détient le profit d’ici-bas et de l’Autre-monde ; Dieu entend et voit parfaitement. [134] Ô croyants ! Observez constamment l’équité, témoins ainsi de Dieu, fût-ce contre vous-mêmes, vos parents, vos proches, qu’ils soient riches ou pauvres, car Dieu est plus en droit que ces deux. [lxxxvi] Ne suivez donc pas les passions, afin d’être justes, et si vous déviez ou vous écartez, alors sachez que Dieu de ce que vous œuvrez est parfaitement informé. [135]

§ 3 : De l’éthique face à la trahison des hypocrites

– Ô croyants ! Ayez foi en Dieu, en Son messager et à l’Écrit qui est révélé progressivement à Son messager ainsi qu’au Livre qui a été révélé auparavant. [lxxxvii] Qui dénie Dieu, Ses anges, Ses Livres, Ses messagers et le Jour Dernier s’est fourvoyé d’un égarement profond. [136] En vérité, ceux qui croient puis dénient, puis croient à nouveau et à nouveau dénient et s’enfoncent alors plus encore dans le déni, [lxxxviii] Dieu ne saurait leur pardonner ni les guider en aucun chemin. [137] Avertis les opposants-hypocrites qu’ils connaîtront un tourment terrible, [138] eux qui prennent les polythéistes comme alliés [lxxxix] au lieu des croyants. Recherchent-ils auprès d’eux la puissance ? Or, c’est à Dieu qu’appartient la puissance en sa totalité ! [139] Nous vous avons déjà révélé dans l’Écrit que tandis que vous écoutiez les versets ils les déniaient ou s’en moquaient. [xc] Alors, ne restez point assis avec eux tant qu’ils ne tiennent pas propos autre que celui-ci, à moins que vous ne vouliez leur ressembler ! Certes, Dieu réunira les opposants-hypocrites et les polythéistes dans la Géhenne, tous ensembles. [140] Ils sont aussi ceux qui guettent l’occasion et qui, lorsque Dieu vous accorde victoire, clament : « N’étions-nous point de votre côté ? », mais qui lorsque les polythéistes obtiennent leur part, disent : « Ne vous avons-nous point aidé à prendre le dessus et protégé contre les croyants ? » Aussi, Dieu tranchera-t-Il entre vous au Jour de la Résurrection et ne laissera-t-Il jamais aux polythéistes contre les croyants la moindre voie. [141] Certes, les opposants-hypocrites cherchent à tromper Dieu, mais Il se joue d’eux. Et quand ils se lèvent pour la prière, ils se lèvent passivement, cherchant seulement à se faire voir des gens, ils ne célèbrent Dieu que bien peu. [142] En cela ils sont incertains, n’étant ni des uns ni des autres, car celui que Dieu laisse s’égarer tu ne lui trouveras aucune échappatoire ! [143] Ô croyants ! Ne prenez point les polythéistes comme alliés au lieu des croyants. Souhaiteriez-vous donner à Dieu contre vous un argument péremptoire ? [144] Certes, les opposants-hypocrites sont en un gouffre au profond du Feu et tu ne leur trouveras aucun secoureur, [145] excepté ceux qui se seront repentis, amendés, liés à Dieu et auront été sincères en leur foi [xci] pour Dieu, ceux-là sont alors avec les croyants, et Dieu donnera aux croyants une récompense immense. [146] Que ferait Dieu de votre châtiment si vous avez été remerciant et si vous avez cru, car Dieu est pleinement remerciant et parfaitement savant. [147] Dieu n’aime point que l’on dise manifestement du mal en parole, sauf peut être pour celui qui subit une injustice ; Dieu entend et sait parfaitement. [148] Que vous manifestiez un bien ou le teniez caché ou que vous fassiez indulgence d’un mal, alors Dieu est Tout d’indulgence et tout de pouvoir. [149]

Chap. III ; § 1 : De la trahison théologique

Certes, ceux qui dénient Dieu et Ses messagers, mais qui prétendent faire des différences entre Dieu et Ses messagers en disant : « Nous croyons en certains et nous en dénions d’autres » [xcii] et veulent ainsi suivre une voie intermédiaire ; [150] ceux-là sont des dénégateurs, assurément, et Nous avons préparé pour les dénégateurs un tourment infamant. [151] Mais ceux qui croient vraiment en Dieu et Ses messagers et ne font point de différences entre aucun d’entre eux [xciii] ; ceux-là, Nous leur donnerons leur récompense, et Dieu est Tout de pardon et Tout de miséricorde. [152]

§ 2 : De la trahison des prophètes

– Les Gens du Livre [xciv] te demandent de leur faire descendre un livre du ciel, mais ils avaient demandé à Moïse pire que cela en disant : « Fais-nous voir Dieu distinctement ! », la foudre les saisit alors à cause de leur abus. De plus, ils ont aussi adopté le Veau [xcv] après que leur fussent parvenues les preuves. Nous leur avons pourtant fait indulgence de cela et avons conféré à Moïse une autorité manifeste. [153] Nous avons aussi élevé le mont au-dessus d’eux prenant acte de leur engagement. De même, Nous leur dîmes : « Franchissez la porte humblement ! »[xcvi] Plus tard, Nous leur dîmes : « Ne transgressez point le sabbat ! », Nous avions pris acte de leur part d’un engagement solennel.[154] Quant à la rupture de leur engagement, leur déni des Signes de Dieu, leur assassinat des prophètes [xcvii] sans droit aucun et quant à leur propos : « Nos cœurs sont incirconcis », eh bien ! oui, Dieu les a scellés du fait même de leur déni ; ils ne crurent point, sauf quelques-uns. [155] De même concernant leur déni et leur propos au sujet de Marie, une calomnie énorme ! [xcviii] [156] Et quant à leur propos [xcix] : « Nous avons tué le Messie Jésus fils de Marie, le messager de Dieu ! ». Ils ne l’ont point tué et ils ne l’ont point crucifié, mais c’est ce qu’il leur sembla. Et, vraiment, ceux qui ont polémiqué quant à cela sont certes dans le doute à son sujet. Ils n’ont de lui d’autre connaissance qu’une suite de conjectures. Ils ne le tuèrent point, très certainement,[157] bien au contraire Dieu l’éleva vers Lui ; et Dieu est tout-puissant, infiniment sage. [158] Il n’y a pas eu parmi les Gens du Livre un seul qui ait cru en lui avant sa mort et, au Jour de la Résurrection, il sera contre eux témoin ! [159]

§ 3 : De la trahison et de l’éthique en matière de religion

– C’est à cause de l’iniquité de ceux qui se sont judaïsés [c] que nous leur avons tabouisé [ci] des bonnes choses qui leur étaient pourtant permises. Quant à leurs nombreux détournements de la voie de Dieu, [160] quant à prêter usurairement, [cii] ce qui leur avait été pourtant interdit, et du fait qu’ils dévoraient les biens des gens abusivement, Nous avons donc préparé aux dénégateurs d’entre eux un Tourment terrible [161], Mais ceux d’entre eux qui s’enracinent en la connaissance, et ceux qui ont foi en ce qui t’est révélé comme en ce qui a été révélé avant toi, et ceux qui accomplissent la prière et font la charité, et tous ceux qui croient vraiment en Dieu et au Jour Dernier ; ceux-là, Nous leur donnerons une récompense immense. [162]

Chap. IV ; § 1 : De l’éthique quant à l’ensemble des prophètes

– En vérité, Nous t’avons inspiré [ciii] comme Nous inspirâmes Noé et les prophètes après lui. Nous avons aussi inspiré Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob, les Tribus, Jésus, Job, Jonas, Aaron, Salomon et Nous avons donné à David des psaumes. [civ] [163] Il y a des messagers dont Nous t’avons conté le récit précédemment et des messagers dont Nous ne t’avons pas fait le récit, et Dieu communiqua avec Moïse intelligiblement. [cv] [164] Des messagers tous annonciateurs et avertisseurs afin que les Hommes n’aient à l’encontre de Dieu aucune objection suite aux messagers ; Dieu est tout-puissant, infiniment sage. [165] Au contraire, Dieu témoignera [cvi] solennellement de ce qu’Il t’aura révélé, Il l’a révélé de par Sa Science, et les Anges aussi en témoignent solennellement ; Dieu suffit comme témoin. [166] Certes, ceux qui auront dénié la Foi et fait obstruction en la voie de Dieu se seront fourvoyés d’un égarement profond. [167] Certes, ceux qui ont dénié la Foi et auront été iniques, Dieu ne saurait leur pardonner ni les guider en aucun chemin [168] si ce n’est le chemin de la Géhenne en laquelle ils demeureront pour toujours ; cela est pour Dieu aisé ! [169]

– Ô Hommes ! Vous est venu le Messager avec la vérité émanant de votre Seigneur, croyez donc, cela est bien meilleur pour vous ! Mais, si vous déniez… à Dieu ce qui est en les Cieux et la Terre, et Dieu est parfaitement savant et infiniment sage ! [170]

– Ô Gens du Livre ! N’outrepassez point en votre foi et ne dites de Dieu que le vrai : le Messie, Jésus fils de Marie n’est qu’un messager de Dieu, Son Verbe projeté en Marie et un Esprit émanant de Lui. Croyez donc en Dieu et Ses messagers et ne dites point : « Il est trois» ! Abstenez-vous, cela serait meilleur pour vous, Dieu est seulement Déité une. De par Sa transcendance ! Il ne peut avoir de fils ! À lui ce qui est en les Cieux et sur Terre, et Dieu suffit comme garant ! [171] Jamais le Messie ne trouva indigne d’être un adorateur de Dieu, tout comme les Anges les plus rapprochés. Mais, qui se refuse à L’adorer et s’enorgueillit… ils seront vers Lui rassemblés, tous. [172]

Conclusion

– À ceux qui croient et œuvrent en bien, Il leur donnera pleinement leurs salaires et leur accordera surcroît de Sa Grâce. Quant à ceux qui s’y seront refusés et se seront enorgueillis, Il les châtiera d’un tourment terrible et ils ne trouveront contre Dieu ni allié ni secoureur. [173] Ô Hommes, vous est parvenue une preuve de votre Seigneur et Nous vous avons révélé une lumière éclatante. [cvii] [174] Ainsi, ceux qui croient en Dieu et se lient fermement à Lui, Il les placera sous Sa miséricorde et Sa grâce et les guidera vers Lui en une voie de rectitude. [175]

Appendice : De l’héritage du reliquat à quotes-parts/al–warth

– Ils demandent ton avis, réponds : « Dieu vous instruit au sujet de la succession d’un défunt sans héritiers directs : si un homme périt sans laisser d’enfants, mais a une sœur, alors à elle la moitié de ce qu’il aura laissé – à l’inverse, il héritera d’elle si elle n’a pas laissé d’enfants – mais, si elles sont deux sœurs, alors à elles les deux tiers de ce qu’il aura laissé. S’il a plus de deux frères et sœurs, alors au mâle l’équivalent de la part de deux femmes. » Dieu vous donne des explications afin de ne point vous laisser vous égarer ; Dieu de toute chose est parfaitement savant. [176]

*****

 [i] Cf. la basmala.

[ii] « d’une âme unique », ceci ne fait pas référence à Adam, mais à l’équivalence ontologique entre l’homme et la femme, tous deux créés d’une même âme, c’est-à-dire d’une seule et unique nature : « Il est Celui qui vous a produits d’une âme unique… », S6.V98.

[iii] Comprendre ici le terme zawj par épouse est un contresens anthropologique notable, sauf à supposer qu’il s’agirait présentement d’une référence au mythe biblique d’Adam et Ève dont nous avons montré qu’il n’avait pas d’équivalent coranique. Contrairement à ce que postule le chapitre II de la Genèse, dans le Coran « Ève » n’est pas la femme, l’épouse, d’Adam pas plus qu’ils ne sont les ancêtres biologiques de l’espèce humaine, cf.  1– Adam et l’Homme selon le Coran et en Islam et les articles afférents. En arabe le terme zawj est mixte et désigne « deux choses faisant la paire » et, s’agissant d’un couple, sans qu’en cela de plus la notion de mariage n’intervienne, ce terme qualifie aussi bien l’homme que la femme, d’où notre : « moitié ». On note de même que les termes nafs/âme et zawj/moitié, époux ou épouse, désignent aussi bien le masculin que le féminin, ils sont donc interchangeables dans ce type de phrase. Ce n’est qu’une lecture usuelle et automatisée qui nous fait comprendre que la femme aurait été là “extraite“ de l’Homme. L’influence du Talmud est ici prépondérante et, tirée de la côte d’Adam, la femme n’est en quelque sorte qu’un bas morceau !

[iv] « liens utérins », pour garder l’image coranique, mais le sens en français serait lien de sang. Cet appel, rappel, énonce le fondement ontologique justifiant l’éthique des relations hommes femmes.

[v] C’est-à-dire en prenant soin des orphelins : le « louable », mais en ne consommant pas leurs avoirs éventuels : « le détestable ».

[vi] Nous n’analyserons pas présentement ce segment du fait de son importance, voir donc S4.V24-25. Indiquons qu’il s’agit là non pas de remplacer le mariage par la jouissance à discrétion d’une esclave, mais de dire, contrairement aux us des Arabes, que si vous ne trouvez pas à épouser des femmes de condition libre, alors épousez des femmes de condition servile. D’évidence, le plaidoyer mené aux vs2-3 contre la polygamie au nom de la justice et de l’équité dues aux femmes serait contradictoire avec le fait que pour qui ne pourrait se contenter d’une seule épouse pourrait en ce cas commercer avec autant de concubines, esclaves ou captives de guerre qu’il le souhaite !

[vii] Pour l’analyse littérale de ce verset, voir la Polygamie selon le Coran et en Islam. Cette analyse montre que le Coran n’a pas en ce verset légiféré quant à la polygamie et encore moins quant à sa restriction.

[viii] Nous avons traduit l’hapax ṣaduqât par « dotations de sincérité » pour rendre la racine ṣadaqa de ce qui ailleurs dans le Coran est dit ajr/dotation nuptiale. Signalons que l’usage en Islam du terme mahr/dot n’est pas coranique et provient de l’hébreu et de cette pratique équivalente dans le judaïsme.

[ix] « de lui/min-hu », c’est-à-dire de l’orphelin, toujours au cœur du sujet. Ceci se déduit du recours au pronom « hu » en min-hu au lieu de pronom «  » qui aurait dû être employé s’il s’était agi d’une partie de la dotation nuptiale/ṣaduqât, terme féminin. La règle en vigueur dans le Droit musulman ne peut donc pas être tirée de ce verset. S’agissant donc des biens de l’orphelin, l’on comprend que la première partie de ce verset se réfère à ce qui précède en matière de dot du mariage, mais que la deuxième partie constitue un autre propos qui lui se prolonge au v5. Ceci confirme que la mention de polygamie est ici directement liée à la protection des orphelins, en l’occurrence des orphelins de père. De même, ceci confirme que le propos relatif à la polygamie en ce verset n’est pas législatif, mais traite en premier lieu du fait d’épouser les veuves à charge d’orphelins selon les coutumes locales, polygamie qui sera par ailleurs critiquée en deux autres versets par le Coran : cf. la Polygamie selon le Coran et en Islam.

[x] Verset linguistiquement délicat, parfait exemple de l’arabe coranique. Contextuellement, le sujet de « redoutent » correspond aux tuteurs, ce terme n’est pas dans le texte et est juste représenté pronominalement, mais il se déduit obligatoirement du v10 faisant suite et de leur mention au v8.

[xi] « une progéniture affaiblie », c’est-à-dire les orphelins rappelés au v10.

[xii] Le sens est bien « épouse » au singulier, même si la grammaire arabe impose le pluriel du fait du pronom personnel « vous ».

[xiii] Ici le pluriel s’impose, le terme walad étant aussi bien singulier que pluriel. Il est de même féminin et masculin.

[xiv] « d’un défunt sans héritiers directs » mis pour kalâla. Notre traduction littérale de cette phrase diffère de celles classiquement produites. Pour le terme kalâla ainsi que pour les raisons de notre traduction cf. S4.V176.

[xv] Notre traduction littérale des vs15-16 diffère grandement de celles en usage, toutes conformes à l’Exégèse. Se reporter donc à S4.V15-16 où nous explicitons ces différences.

[xvi] « par stupidité/bi-jahâla », il ne s’agit pas ici de mentionner le mal commis par ignorance/jahâla, car cela exclurait ceux qui sont conscients du mal qu’ils font ou de la mauvaise action qu’ils vont commettre. Le terme jahâla signifie effectivement ignorance, mais aussi stupidité, sottise, folie.

[xvii] Ce refus de pardon divin en cas de repentir à l’article de la mort est logique. La situation de ceux qui ainsi capitulent en leur ultime souffle est comparable à celle évoquée en S2.V161 : « En vérité, ceux qui auront dénié et seront morts dénégateurs, ceux-là seront en la damnation de Dieu, des Anges et de tous les hommes », idem en S3.V91 : « Vraiment, ceux qui dénient et meurent alors qu’ils sont dénégateurs, il ne sera accepté d’aucun d’eux tout l’or de la Terre, quand bien même voudrait-il se racheter avec ! Ceux-là subiront un tourment terrible, et ils n’auront point de secoureurs ! » Notons que la formulation « En vérité, je viens de me repentir !  » est assimilable à celle que le Coran attribue à Pharaon au moment où les flots vont l’engloutir, cf. S10.V90.

[xviii] « Il ne vous est point permis d’hériter des femmes en les y contraignant ». Puisqu’il est dit sous la contrainte, ce n’est donc pas une allusion au lévirat. Ceci étant, cette pratique a eu lieu en Islam et perdure encore de nos jours en Afghanistan et au Yémen par exemple. Ici, il s’agit d’exercer des pressions pour s’accaparer la part d’héritage à quotes-parts/al–warth des femmes et non, comme d’aucuns l’ont soutenu, de vouloir récupérer leur dot. Le segment « à moins qu’elles ne viennent manifestement avec malhonnêteté » est quasi identique à celui du v15 dont nous avons montré qu’il traitait le cas de femmes prétendant faussement à des parts de l’héritage à quotes-parts, cf. S4.V15-16.  Le segment « afin d’obtenir une partie de ce que vous leur aviez donné » signifie en ce contexte que l’on est en droit en ce cas d’exiger d’elles la restitution ce qu’elles auraient indûment obtenu. Il n’y a donc là, tout comme aux vs15-16 de turpitudes sexuelles comme une partie de l’Exégèse l’entend. Du reste, la recommandation « comportez-vous donc avec elles convenablement » n’est pas compatible avec le fait qu’elles auraient commis ce type de turpitudes. Il s’agit, tout comme au v15, de protéger les femmes de l’exclusion dont elles pouvaient être victimes, ici même en cas de malversation quant aux parts d’héritage. De plus, en quoi le mot « chose » désignerait-il les femmes ! Le terme « chose » a en cette phrase une fonction neutre et indique que malgré les fausses prétentions à l’héritage alléguées par ces femmes il ne faut pas les prendre en aversion, là encore c’est la clémence envers les femmes qui est prônée.

[xix] À suivre bien des exégèses, l’hypothèse selon laquelle le Coran autoriserait là une forme antique d’échangisme, échanger sa femme avec celle d’un autre, est en soi insoutenable, les femmes ne sont pas des marchandises ! Cette interprétation aussi misogyne que sexiste est invalidée par le segment « et que vous ayez déjà remis à l’une d’elles une grande somme », car s’il s’était agi de l’échange désiré par les exégètes, le mari en question aurait donc remis une dot uniquement à sa femme alors que le texte mentionne les dots de plusieurs femmes : « à l’une d’elles/hunna une grande somme ». De plus, si cela concernait l’échange de deux épouses [avec donc échange de dots], il aurait alors fallu le recours à un cas duel et non pas à un pluriel. Ceci étant précisé, la compréhension de la situation évoquée dépend d’éléments indiqués au v21. Il est ainsi référé au cas suivant : un homme qui était en tractation « vous aviez conclu mutuellement [là encore il ne s’agissait pas de faire allusion à des rapports sexuels] » avec une promise pour un mariage quasiment conclu au point que la dot a été versée à la future par le prétendant, ceci justifie que nous ayons inséré la mention « déjà » sous-entendue par la globalité du propos. Cependant, s’il advient qu’il change d’avis, quelles qu’en soient les raisons, il lui est intimé ne pas reprendre l’avance financière qu’il avait faite à la première : « n’en reprenez rien. En rependriez-vous mensongèrement en commettant un péché manifeste ! » Cette mesure coranique a une vertu dissuasive tout en reconnaissant une certaine liberté, humainement judicieuse, et appelle au sérieux, c’est-à-dire au respect des femmes, car le mariage est un « un engagement solennel ».

[xx] Sur la notion de tabou pour le verbe ḥarrama, voir : 2 – Le haram : les tabous selon le Coran et en Islam ; al–muḥarramât. Signalons que le recours au pluriel en ce verset est strictement grammatical et n’englobe donc pas nécessairement une conception polygame du mariage, sur ce sujet, voir : La Polygamie selon le Coran et en Islam.

[xxi] « qui ont un lien de sang » traduit fî ḥujûri-kum, syntagme que les traductions rendent par sous votre tutelle ou en vos girons, ce qui laisse à penser qu’en dehors de ces situations il serait possible d’épouser les belles-filles. Or, le pluriel ḥujûr désigne aussi les « liens de sang », ce qui a pour conséquence d’élargir sainement le champ de ce tabou.

[xxii] « traditions » pour le pluriel sunan. En S3.V137 nous avons rendu ce terme par « civilisations », la différence de contexte expliquant la différence de signification. Voir aussi en S30.V9.

[xxiii] Inspirés par l’interdiction du suicide dans le christianisme, les exégètes ont cherché un verset coranique qui permettrait d’affirmer un tel interdit. Ce verset n’est compatible avec cela qu’au prix d’une décontextualisation maximale puisqu’ici le sujet, comme le fait ressortir notre traduction, est en lien avec les activités commerciales pour lesquelles il est demandé une approche éthique afin que lesdites opérations ne lèsent l’un des contractants. Il est tout aussi surinterprété de prétendre, selon d’autres, que la phrase initiale de ce verset concernerait la pratique des jeux de hasard qui, de tout manière, ne sont pas interdits par le Coran, mais uniquement par l’Islam, cf. L’Interdiction des jeux de hasard selon le Coran et en Islam. Quant au suicide, le Coran n’en dit mot si ce n’est que le terme de chaque âme a été prédéterminé par Dieu, et ce, quels que soient les moyens causals qui interviendront pour exécuter ledit terme.

[xxiv] Il semble que ce terrible avertissement n’ait guère été entendu…

[xxv] La traduction standard et d’autres, rendent ici mawâlî par héritiers. Cet abus de sens a pour objectif de resserrer la focale sur l’héritage à quotes-parts/al–warth alors que ces deux versets sont en rapport avec le legs testamentaire/al–waṣyya. Se reporter à l’Héritage des femmes selon le Coran et en Islam où nous montrons comment par surinterprétations successives, dont nous avons ici un bon exemple, l’Islam est parvenu à imposer l’héritage à quotes-parts/al–warth comme mesure principale alors qu’elle ne concernait que le reliquat non testé par legs testamentaire/al–waṣyya, legs qui pour le Coran est la mesure principale.

[xxvi] Dans le contexte long et en relation avec la problématique des orphelins et de l’héritage à quotes-parts, vs10-12 notamment, il s’agit probablement des orphelins adoptés, lesquels ont donc droit à recevoir aussi une part sur la répartition de ce reliquat de biens non légués par voie de waṣyya, c’est-à-dire le legs testamentaire dont il est question aux vs7-9. Notre découpage syntaxique s’explique par le fait que le cas des « ayants droit » a déjà été envisagé aux vs11-12 et qu’ici s’ajoute donc la mention d’une catégorie supplémentaire.

[xxvii] Notre césure du v36 s’explique par le changement de thématique. Nous pouvons ainsi constater que le découpage en versets est parfois arbitraire et, souvent, complique l’accès au sens. Rappelons que la détermination des versets ne repose pas que sur la transmission, mais aussi sur la rime et/ou la volonté de modifier le sens. En conséquence, si la recension Ḥafṣ que nous suivons de base comprend 6236 versets, selon as-Suyûṭî, du fait même de l’arbitraire de découpage, le Coran comprend entre 6000 et 7000 versets.

[xxviii] Ce verset plaide pour la bienfaisance envers son prochain et le pluriel kâfirîn est donc à comprendre selon un de ses sens premiers : ingrats, adjectif qui qualifie les antonymes, ceux qui en ne partageant pas les bienfaits que Dieu leur a octroyés sont ingrats à Son égard. La sentence est d’autant plus grave qu’elle ne concerne donc pas les dénégateurs/kâfirîn de la Foi ! Notre analyse est confirmée par le v38 faisant suite qui, lui, traite comme un point supplémentaire du cas des dénégateurs. L’on peut de même se référer à S2.V276 explicite vis-à-vis du refus de donner l’aumône et quant au sens de l’emploi du terme kâfir au sens de ingrat.

[xxix] En « te ferons venir » il s’agit de Muhammad, voir : S16.V89. Dans le contexte, par « ceux-là » l’on entend pronominalement ceux qui sont désignés aux vs37-38, mais aussi ceux dont il va être question ensuite : les musulmans dans la désobéissance. Il s’agit donc d’un témoignage à charge et non d’une intercession en faveur des musulmans.

[xxx] « après un rapport », c’est-à-dire sexuel. Pour cette compréhension du terme junûb ainsi que pour l’analyse de ce verset, voir : L’impureté, et l’impureté des femmes, selon le Coran et en Islam.

[xxxi] Nous noterons que ce chapitre consacré à l’éthique se termine sur la prière…

[xxxii] La locution al–ladhîna hâdû, litt. : ceux qui se sont judaïsés, peut être comprise contextuellement comme qualifiant les Arabes judaïsés de Médine et dont la langue est l’arabe et sûrement pas l’hébreu. Ce point écarte le lien que l’orientalisme a établi avec un certain jeu de mots en hébreu que l’on retrouve en Deutéronome, Chap. V, 24. D’autant plus que le Coran redresse par l’arabe ces calembours faisant eux-mêmes sens en arabe, ce qui écarte aussi les soupçons que l’Islam porte contre les juifs, ici accusés d’avoir insulté le Prophète à l’aide de contrepèteries entre l’hébreu et l’arabe et, de manière générale, d’avoir de même falsifié la Thora. Contextuellement, l’ensemble de ces propos se comprend comme étant en lien avec la remise en cause verbale d’engagements politiques ou politico-militaires que ces juifs médinois avaient dû passer avec le Prophète.

[xxxiii] « Entends, puisses-tu ne pas être entendu », la formule isma‘ ghayra musma‘in peut avoir d’autres significations : « Entends, puisses-tu ne rien entendre de désagréable » ; « Entends, donne-nous d’entendre » ; « entends sans pouvoir entendre » ; « Entends qui l’on n’entend pas ». Celle que nous avons retenue nous semble rendre plus justement le contexte de raillerie et de sarcasme.

[xxxiv] Autre possibilité de traduction pour râ‘inâ dont la prononciation peut être aisément déplacée : Regarde-nous, Considère-nous ; Favorise-nous ; Donne-nous d’attendre ; Aie pour nous des égards. Il semble que de manière subtile, comme pour mieux montrer la vacuité du procédé, le Coran critique les contrepèteries citées en ce verset en jouant lui aussi de l’ambiguïté propre à ce type de jeux de mots. Notre choix de traduction : « Sois notre berger » retient que le syntagme râ‘inâ est à comprendre au sens propre et de manière non optative : « Tu n’es Muhammad qu’un berger, alors contente-toi de n’être que notre berger/râ‘inâ. » Il nous semble que le Coran ne pouvait critiquer vertement qu’une locution employée ironiquement, se moquer de ce pâtre prétendant être prophète alors qu’il n’est en réalité qu’un pauvre gardien de troupeaux. Accessoirement, nous aurions là une confirmation d’une donnée biographique fournie par la Sîra.

[xxxv] « entortillent » ; tout comme la racine lawâ : entortiller des brins pour faire une corde, le verbe entortiller possède en français un sens propre et un sens figuré équivalents à ceux de l’arabe.

[xxxvi] « foi » pour dîn, voir notre thèse : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01556492/document, chapitre VIII : analyse du substantif dîn : 3. e – S4.V46.

[xxxvii] L’élargissement aux « Gens du Livre » implique donc après la mention des Arabes judaïsés celle des chrétiens arabes de Médine ou de ses environs. Pour la transgression du Sabbat voir S2.V65 et Exode XXXI, 14-15.

[xxxviii] Ces versets étant relatifs à des Arabes judaïsés ou christianisés, la mention du polythéisme interpelle. Nous en déduisons donc que pour nombre d’entre eux leur judaïsme ou christianisme était mâtiné de polythéisme. L’existence de cette forme de syncrétisme est logique dans le contexte religieux d’Arabie et nous en avons étudié quelques cas en : Les trinités selon le Coran et en Islam. Présentement, il s’agit donc d’une critique de ce syncrétisme ce qui explique que les croyances attribuées à ces Arabes judaïsés ou christianisés soient au v51 rejetées.

[xxxix] « Il pardonne… à qui veut » et non pas : « Il pardonne à qui Il veut ». Sur cet essentiel renversement paradigmatique et sur notre non-acceptation critique de l’arbitraire divin, voir : Destin et libre arbitre selon le Coran et en Islam.

[xl] Ce trait critique le judaïsme lorsqu’il définit les juifs comme purs et les non-juifs comme rituellement impurs, mais il vise spécifiquement ces judaïsés qui, en tant qu’Arabes, ne peuvent de plus se prétendre plus purs que leurs congénères. La remarque « Dieu purifie qui veut l’être sans que nul ne soit lésé, fût-ce d’un simple brin » suppose que la purification n’est pas un processus d’élection qui pourrait conférer une forme d’immunité ou se ferait aux dépens d’autres.

[xli] Il ne s’agit en l’occurrence que de la prétention à une pureté sélective et élective.

[xlii] Le fait de croire aux « aux démons et aux idoles » correspond au polythéisme critiqué au v48. Le sens du pluriel « idoles » pour le singulier ṭâghût est donné avec sûreté en S2.V256-257. Le sens de l’hapax jibt est plus délicat, mais, s’agissant de guidée et donc par antinomie de déviation de la croyance en Dieu, jibt ne pas signifier idole, car de plus il y aurait alors un doublon avec ṭâghût. Par ailleurs, l’hypothèse d’une origine non arabe de jibt ne donne pas de sens satisfaisant. Par contre, jibt est classiquement relié à la racine arabe jaba’a ayant pour sens être éloigné par, abhorrer, avoir de l’aversion. Or, la croyance au jibt est ici imputée aux Arabes judaïsés et, dans la Thora le terme abomination désigne les « démons » auxquels il était voué un culte. Confirmant le sens jibt/démons le v117 reproche aux polythéistes ce type de croyances et de superstitions. Contextuellement, il ne convient donc pas de valider les sens de magie ou sorcellerie fréquemment proposés par l’Exégèse.

[xliii] « pouvoir » mis pour mulk. L’on perçoit là la critique coranique de ce que le Prophète aurait espéré rallier à sa cause ces tribus. Cette allusion d’ordre politique sera confirmée par la suite.

[xliv] « de Sa grâce », c’est-à-dire ici la Révélation faite à Muhammad, voir S2.V90. L’allusion et la mise en parallèle avec Abraham confirment que ce sont bien les judaïsés en question qui sont toujours ici visés.

[xlv] Notons que ceci concerne les croyants sincères parmi les Gens du Livre et postule sans ambiguïté qu’ils bénéficieront du Salut divin au Jour du Jugement. Sur ce point, voir : Le Salut universel selon le Coran et en Islam.

[xlvi] Ce verset se réfère à l’obéissance au Prophète et aux autorités, mais seulement du point de vue politique, il est du reste limité aux circonstances en question. Sur la critique de ce type de versets coraniques en tant qu’argument supposé légitimer l’obéissance à la Sunna du Prophète, voir : La Sunna selon le Coran et en Islam, fonction et mission du Messager.

[xlvii] Voir S2.V256-257.

[xlviii] Il s’agit là de musulmans, et le fait qu’il soit dit au v60 qu’ils « prétendent croire » renvoie à la notion d’hypocrisie bien que généralement lorsque le Coran emploie le pluriel munâfiqîn il désigne ainsi des opposants politiques, ce que nous signalons par la traduction de munâfiqîn par opposants-hypocrites. Sur ce point terminologique et sur la notion d’hypocrisie, voir : S2.V8-10.

[xlix] Cette tournure arabe utilisant le singulier rasûl se comprend de règle au pluriel : « messagers ». Du reste, le sens présentement voulu en ce verset impose aussi cela.

[l] « assujettis » traduit ici le verbe aslama. Pour l’usage coranique du verbe aslama et donc aussi du substantif islâm, voir : Le terme islâm selon le Coran : l’Islam-relation et aussi : La Foi et l’Islam selon le Coran et en Islam.

[li] Voir S2.V54 où la même locution a clairement le sens de « mortifiez-vous ». Présentement, le contexte étant le refus de soutenir le Prophète dans ses luttes contre ses agresseurs, il faut plutôt comprendre cette locution par : luttez contre les penchants de vos âmes, lesquelles en l’occurrence vous incitent à ne pas combattre aux côtés du Prophète.

[lii] « témoins » pour le pluriel shuhadâ’, sens littéral évident et certain. Traduire ici ce pluriel par martyrs est un anachronisme, car cette signification n’est due, postérieurement au Coran, qu’à la compétition apologétique entre shiisme et sunnisme et à l’instrumentalisation politique du jihâd par les pouvoirs.

[liii] « les alliés du Shaytân » désigne les polythéistes précédemment cités, cf. vs48 et 51. Le propos de ce verset quoi qu’ayant un sens a priori général est en réalité appuyé sur des évènements réels auxquels il est alludé en tout ce paragraphe. Le terme kayd a le sens de ruse, stratagème, mais il désigne aussi « l’armure » ce qui contextuellement nous paraît plus adéquat. Le sens voulu est le suivant : le croyant ne doit pas craindre la force apparente des alliés du Diable, elle n’est qu’illusion vis-à-vis de la puissance de Dieu.

[liv] Ceci fait vraisemblablement allusion au mandat, dit pacte de al–‘aqaba, qu’aurait reçu le Prophète de la part des factions en conflit à Médine afin de tenter de mettre un terme à leurs luttes intestines. Notons que l’emploi de la forme dépersonnalisée : qîla lahum ne fait pas du Prophète l’artisan direct du règlement de ce conflit, mais Dieu. Cela est confirmé en S3.V103 : « Saisissez-vous fermement du lien de Dieu, ensemble, et ne vous divisez pas. Rappelez-vous la grâce de Dieu à votre égard lorsque vous étiez ennemis et qu’Il réconcilia vos cœurs et que vous devinrent de par Sa grâce frères alors que vous étiez au bord d’un gouffre de feu et qu’Il vous en sauva ! » Il est plus particulièrement question de ceux qui parmi ses belligérants médinois ont suivi le message du Prophète puisqu’il est dit : « accomplissez la prière et donnez l’aumône ». La Sirâ a largement romancé ce fait et, surtout, a tenté d’expliquer l’acceptation de la venue de Muhammad à Médine en fonction de ce seul besoin d’arbitrage. Que ce soit là la seule raison qui l’ait poussé à se réfugier à Médine est peu plausible, mais il n’en demeure pas moins que cette demande d’arbitrage est vraisemblable au vu de ce que nous connaissons des usages des tribus d’Arabie à cette époque.

[lv] Si l’on suit les traductions-compréhensions en vigueur, il y a une contradiction irréductible entre l’affirmation classique « Tout vient de Dieu » et le fait qu’il soit ajouté : « quelque bien qui te parvienne vient de Dieu et, tout mal qui t’atteint, vient de toi ». Aussi, faut-il comprendre littéralement la locution kullun min ‘indi–llâh par : « Tout est auprès de Dieu », c’est-à-dire la connaissance de toute chose. D’une part, ceci indique l’omniscience de Dieu, ici quant aux évènements auxquels ces polémistes se réfèrent et, d’autre part, étant entendu que pour le Coran les hommes sont eux-mêmes responsables du mal qu’ils commettent, il est alors cohérent qu’il soit dit : « quelque bien qui te parvienne vient de Dieu et, tout mal qui t’atteint, vient de toi ». En Destin et Libre arbitre, nous avons analysé en détail cette position du Coran que l’Islam a totalement détournée au profit de sa croyance en l’absolue prédestination divine de toutes choses, le bien comme le mal.

[lvi] « le moindre évènement » pour ḥadîthan. À l’évidence, la traduction du terme ḥadîth par propos, discours, n’est pas ici appropriée puisqu’il s’agit d’évènements, autre sens du mot ḥadîth, c.-à-d. les heurs et malheurs vécus par ces musulmans peu décidés à courir des risques pour défendre le Prophète pour la cause de Dieu.

[lvii] En fonction de la mise en cause du Coran au v82, l’on comprend par « ce que tu énonces » : ce que tu transmets/énonces du Coran.

[lviii] La cohérence intratextuelle du Coran est ici explicitement affirmée. Ce verset est le support du troisième postulat intrinsèque à la détermination du sens littéral, voir : Les cinq postulats coraniques du Sens littéral.

[lix] Tout comme nous l’avons souligné pour S4.V15-16, ce verset a été totalement décontextualisé afin de le rendre compatible avec un objectif propre à l’Islam : le besoin d’imposer une salutation spécifiquement musulmane lors du processus de confessionnalisation de l’Islam. Ce procédé de décontextualisation s’oppose à toute logique d’analyse d’un texte et majore, comme nous l’avons maintes fois signalé, la segmentation du Coran et l’effet catalogue décousu qui en résulte, situation inacceptable. Or, si l’on tient compte du contexte, il est évident qu’un verset traitant des mondanités et modalités de salutation ne peut venir conclure un paragraphe inscrit dans un chapitre relatif aux divers manquements éthiques dans les conflits, v84 : « combats donc pour la cause de Dieu ». Ainsi, est-il inapproprié de traduire au v85 le terme shafâ‘a par intercession comme en témoigne la traduction standard : « quiconque intercède d’une mauvaise intercession », contresens qui plus est évident puisque l’on ne peut concevoir qu’il puisse y avoir une « mauvaise intercession » ! Contextuellement, nous comprenons donc le terme shafâ‘a par négociation, c’est-à-dire une intercession menée entre deux camps ennemis afin de négocier un accord de paix. Ceci explique qu’il puisse être dit « quiconque plaidera en faveur d’une bonne négociation prendra part au mérite » et, à l’inverse : « quiconque aidera à une mauvaise négociation en aura son lot ». Toujours selon cette même logique contextuelle, au v86 la locution idhâ ḥuyyitum bi taḥiyyatin, sachant que la forme II ḥayya et son nom d’action taḥiyya signifient aussi conserver en vie, peut être comprise sans difficulté par : « si l’on préserve votre vie/idhâ ḥuyyitum au nom/bi d’un accord de sauvegarde/taḥiyyatin » au lieu de « si on vous fait une salutation » selon la traduction standard. Signalons que Tabari avait noté que le verbe ḥayya et le terme taḥiyyatin connotaient la notion de sauvegarde de la vie et que, de même, al Alûsî en rappelait le sens de conciliation pacifique, ce avant que l’usage islamique ne les réduise aux seuls sens de saluer et salutation. Pareillement, là où la locution fa-ḥayyû bi-aḥsana min-hâ aw ruddû-hâ est traduite par l’Islam : « saluez d’une façon meilleure ; ou bien rendez-la (simplement) », nous la comprenons, toujours selon la logique contextuelle du propos, par « de manière/bi meilleure encore/aḥsana min-hâ ou répondez-y ». Ici, le verbe radda ne doit pas être retenu au sens de rendre, mais selon certaines autres de ses significations : présenter, proposer, répondre, c’est-à-dire, toujours dans le cadre d’une négociation de paix destinée à protéger la vie, en respectant au minimum les clauses de cet accord de paix. Le sens littéral de ce verset est directement confirmé au v90.

[lx] Voir note 48. Ce n’est pas la foi qui est ici en jeu, mais l’infidélité et l’insincérité de ceux qui sont en ce paragraphe fustigés et condamnés.

[lxi] Traduire présentement la forme III hâjara par immigrer est un contresens, car il s’agit ici des opposants-hypocrites médinois et de certains membres des tribus leur étant alliées, d’où l’autre sens disponible pour ce verbe : se séparer des siens.

[lxii] La locution law shâ’ allah ne peut en l’occurrence signifier « si Dieu l’avait voulu », mais se comprend par « à Dieu ne plaise ». En effet, s’il était dit que Dieu avait voulu qu’ils vous combattent, alors la subordonnée « [ils] ne vous combattent point » n’aurait pas été envisageable puisque contraire à la volonté effective de Dieu. Comme nous l’avons signalé, nous trouvons en ce verset confirmation de ce que le v86 se référait bien à des accords de paix afin de protéger la vie en évitant les conflits.

[lxiii] « et vous offrent leur soumission » et non pas « vous offrent la paix », car ce n’est point le terme salâm/paix qui est employé, mais salam, lequel en ce contexte signifie obéissance, soumission.

[lxiv] Il est contextuellement évident que cette conduite est parfaitement circonstanciée et ne peut être comprise comme une attitude générale vis-à-vis de l’ennemi.

[lxv] En référence au v86 et conformément à sa logique autonome, la traduction-compréhension de l’Islam transcrit la locution alqâ ilaykum as–salâm par : « quiconque vous adresse le salut (de l’Islam) ». Bien évidemment, selon notre compréhension littérale des vs 86 et 90, il ne s’agit pas en ce contexte d’échange de formules de politesse et cette même locution se comprend donc par « celui qui vous demande grâce ». C’est l’âpreté bédouine face au butin qui en ce verset est condamnée au nom de la foi et non pas encouragée au nom de ladite foi !

[lxvi] « pour que vous puissiez vous y exiler » en tous lieux et en tout temps. Les opposants-hypocrites prétextent d’une situation qui n’est pas la leur pour ne pas avoir à soutenir la cause de Dieu, c’est en cela « qu’ils sont en état d’iniquité envers eux-mêmes ». Il s’agit de la description dialoguée du cas général et non, comme le suppose l’Exégèse, de la transcription d’une situation médinoise. Aussi, l’exil n’est pas ici la hijra des Compagnons, mais de manière générale le fait de délaisser son foyer lorsque la lutte pour la cause de Dieu le nécessite.

[lxvii] Notre « il adviendra que » rend compte de ce qu’il ne peut y avoir d’aléas dans les promesses de Dieu. Ceci explique que le verbe figé ‘asâ ne puisse présentement être compris comme une supposition : « il se peut que». S’agissant d’opprimés, dont des femmes et des enfants, n’ayant pas la possibilité de fuir leur situation, v98, il est certain qu’« il adviendra que Dieu leur fasse indulgence », car « Dieu est Tout d’indulgence, Tout de pardon ».

[lxviii] La lecture dictée par l’Islam impose de comprendre le segment-clef par « ce n’est pas un péché pour vous de raccourcir la prière », traduction standard. Cependant, nous avons montré qu’il ne s’agissait pas là de raccourcir la prière, mais bien de ne « pas accomplir la prière », cf. La prière obligatoire selon le Coran et en Islam.

[lxix] Là encore la différence entre le Coran et l’Islam est grande quant au caractère obligatoire de la prière, voir :   La prière obligatoire selon le Coran et en Islam.

[lxx] Le sens mis en œuvre par l’Islam : « ne faiblissez pas dans la poursuite du peuple [ennemi] » est l’inverse de celui exprimé par le Coran. En réalité, en ce verset c’est toujours la recherche de conciliation qui est demandée conformément au sens du substantif ibtighâ’/désir : « ne faiblissez point à désirer les gens » alors que pour l’Exégèse tout se passe comme s’il était employé le verbe ittaba‘a/poursuivre, pourchasser, afin d’imposer au Coran une signification aux accents militaristes ! Inscrit immédiatement après des versets relatifs à la prière, cet appel à la clémence et à la recherche de la paix a toute sa logique, car une des fonctions coraniques de la prière est le travail éthique sur soi et le développement du sentiment de miséricorde envers les autres, fussent-ils des ennemis potentiels. Pour les vertus de la prière, voir : La Prière selon le Coran.

[lxxi] À contre sens, la plupart des commentateurs et traducteurs rendent le terme khaṣîm par avocat ou autres équivalents, alors que ce terme ne peut contextuellement que signifier querelleur, adversaire, voir par exemple en S2.V204 ou S16.V4. De plus, lorsque ce terme signifie plaideur il désigne la partie adverse et non pas l’accusé. L’on ne voit donc pas comment en ce qui précède d’extrême clémence il serait demandé au Prophète de ne pas défendre les plaignants ou même la justice s’agissant de juger des traîtres ! Du reste les vs105-106 montrent que le Prophète avait mal agi en se querellant avec des traites au lieu de juger en toute impartialité, d’où le fait qu’il lui soit demandé d’implorer le pardon de Dieu pour son propre compte.

[lxxii] La notion de traîtrise montre bien que les hypocrites en question sont ici essentiellement des opposants que l’on pourrait qualifier de politique. Présentement, le fait qu’il soit dit qu’ils ne « ne font que se trahir eux-mêmes » justifie d’autant plus notre traduction du pluriel munâfiqîn par  « opposants-hypocrites », voir vs88, 138, 140, 142, 145.  Sur ce point terminologique et sur la notion d’hypocrisie, cf. S2.V8-10.

[lxxiii] Lorsque les traductions inscrivent : « une partie d’entre eux t’aurait bien volontiers égaré » elle rend compte de la croyance apologétique en l’impeccabilité/‘iṣma du Prophète selon laquelle l’on ne peut supposer qu’il put être égaré. Or, le sens ici est bien qu’une « partie d’entre eux qui y songèrent aurait réussi à t’égarer » comme le confirme le complément « mais ils n’ont égaré qu’eux-mêmes », ce qui signifie qu’ils mirent en œuvre leur plan et seraient parvenus à égarer le Prophète « n’eussent été la Grâce de Dieu à ton endroit et Sa Miséricorde », c’est-à-dire si Dieu n’était pas intervenu contre eux.

[lxxiv] Contextuellement, il est clair que la scission des opposants-hypocrites dont il est question est d’ordre politique. L’on rapporte que ce verset fut cité, à grand-peine, par l’imam Shâfi‘î comme argument attestant par le Coran de la notion d’ijmâ‘a, le fameux consensus en tant que source du Droit islamique. Outre qu’il est bien difficile d’extraire cette donnée de ce verset, nous déduisons de ce vain effort qu’à l’époque de Shâfi‘î, mort au début du IIIe siècle de l’Hégire, l’on ne connaissait pas le hadîth selon lequel on a fait dire au Prophète : « Ma Communauté ne se mettra jamais d’accord/ajma‘a sur une erreur ». Ceci permet d’affirmer que ce hadîth a été forgé postérieurement au décès de l’imam Shâfi‘î et, du reste, il a été consigné par Ibn Mâjah mort 50 ans plus tard.

[lxxv] « Il pardonne en dehors de cela à qui veut » et non pas « Il pardonne à qui Il veut », voir v48. Sur le non-arbitraire divin, cf. : Destin et libre arbitre selon le Coran et en Islam.

[lxxvi] Dans les deux cas coraniques où le terme shayṭân est non déterminé par l’article [ash–shayṭân] il a pour signification « démon », cf. donc S43.V36. Présentement, est ainsi qualifié l’archétype des idoles, le Shaytân, sachant que les idoles ne sont rien d’autre que la projection matérielle des passions négatives de l’Homme comme cela ressort explicitement des vs118-119. Sur l’essentiel concept coranique de l’Archétype Shaytân et de sa personnification, voir : La “Chute” d’Adam/Elle, l’Homme, Iblîs et le Shaytân selon le Coran et en Islam. De même, sur les démons personnels, voir : S2.V11-16.

[lxxvii] Parce que le Shaytân en tant qu’Archétype n’a aucun pouvoir, la « part déterminée » est celle que Dieu sait qu’elle s’égarera par elle-même en suivant ses propres démons et non pas une part que Dieu aurait prédestinée à l’égarement. Notons que le pluriel ‘ibâd ne peut être ici traduit par serviteurs, car les serviteurs de Dieu ne suivent pas leurs démons, leurs passions. Nous l’avons donc rendu à cette occasion par « serfs », statut de tous ceux qui vivent sous l’autorité et la totale dépendance du Seigneur.

[lxxviii] La modification de la Création s’entend au sens large en tant que conséquence des actions irraisonnées de l’Homme, comme il ressort par exemple de S2.V11. « ils marqueront les bêtes à l’oreille », litt. : ils fendront les oreilles des bestiaux, cette pratique est en lien avec le polythéisme des Arabes au v116. Cette pratique laisse à penser qu’il s’agissait de signaler ainsi que ces bêtes étaient réservées à certaines idoles comme l’indique S6.V136. Par « ils altéreront la création de Dieu » l’Exégèse a imaginé qu’il s’agissait là du tatouage, de l’épilation des sourcils et autres pratiques corporelle, mais en cela elle ne cherchait qu’à se conformer à une interdiction inscrite dans la Thora et fermement inscrite dans la Loi par les rabbins ! Cf. : « Vous ne ferez point d’incisions dans votre chair, vous n’imprimerez point de figures sur vous », Lévitique : XIX, 28.

[lxxix] Pour l’analyse littérale de ce verset essentiel et sur le principe théologique capital qu’il exprime, voir : le Salut universel selon le Coran et en Islam.

[lxxx] « en tant que croyant/wa huwa mu’min » ; l’on notera ce parfait exemple coranique d’un masculin singulier valant de toute évidence tout autant pour les croyantes que les croyants, sur ce point, voir : Pourquoi le Coran ne s’adresse-t-il qu’aux hommes.

[lxxxi] Pour l’analyse littérale de ce verset, l’on peut se reporter à notre thèse p. 272-274, cf. https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01556492/document. Voir aussi : Le terme Islâm selon le Coran.

[lxxxii] « dans l’Écrit/kitâb », c.-à-d. le Coran, pour cette notion, voir S2.V2-5.  Contrairement à ce que l’Exégèse affirme, non sans intentions, ce verset n’est pas en lien avec l’héritage, mais avec la protection des veuves et des orphelins énoncée aux vs3-6 de cette même sourate. Conséquemment, notre traduction littérale rend compte des différences de signification.

[lxxxiii] C’est-à-dire la dotation nuptiale, cf. S4.V4.

[lxxxiv] En premier lieu, l’on remarquera qu’il a été demandé au Prophète de donner son avis quant au sens de versets coraniques, mais que c’est la Révélation qui se charge d’y répondre directement au nom de Dieu. En soi, ceci montre bien que le Prophète n’a aucune autorité ou liberté pour se prononcer sur le Coran contrairement à ce qu’affirme un des principes fondateurs du concept de Sunna prophétique, voir notre analyse critique : La Sunna selon le Coran et en Islam. Par ailleurs, il s’agit là d’un rappel du sens vrai des vs2-6 de cette même sourate, une mise en garde contre ceux qui voulaient s’emparer des biens des orphelins en épousant leurs mères au lieu de les protéger. Pour l’analyse de ces versets, voir : la Polygamie selon le Coran et en Islam. Notons que l’Exégèse, et donc les traductions, ne comprend ce verset qu’en fonction de la mésinterprétation qu’elle a opérée des vs2-6 et ne voit donc ici, encore une fois, que le droit d’épouser les orphelines au lieu de leurs mères comme ces versets le leur recommandaient pourtant en cas de nécessité, c’est-à-dire afin de protéger ainsi la veuve et l’orphelin. Cependant, cette réponse révélée sous forme de rappel est aussi la preuve que les premiers réceptionnaires du Coran n’avaient pas voulu entendre le message coranique des vs2-6 de la bonne oreille, car celui-ci était contraire à leurs pratiques et intentions. Il en fut donc de même deux ou trois siècles après pour l’Exégèse alors tout aussi patriarcale, sexiste et bassement matérialiste. Par contre, ce verset nous apprend indirectement que les primo-musulmans avaient compris les versets référents S4.V2-6 comme étant relatifs à la problématique des orphelins et des veuves et donc qu’ils ne légiféraient pas à cette occasion sur la polygamie. En effet, interrogeant ici le Prophète sur la portée de ces versets, ils ne font nullement allusion à la restriction de la polygamie que l’Exégèse postérieure voudra pourtant y discerner alors même que la limitation de la polygamie à quatre épouses, si ce verset l’avait réellement édictée,  aurait été un évènement aussi choquant que marquant. Ceci indique que ces versets ne furent pas à l’origine compris comme légiférant et restreignant la polygamie, conformément à ce que notre analyse littérale a mis en évidence, voir : la Polygamie selon le Coran et en Islam. Toujours selon la logique du rappel de signification de ces versets, le Coran va apporter au v129 sa critique de la polygamie alors que la question posée au v127 ne porte pas sur ce sujet. Nous avons donc encore là l’indice d’un non-évènement quant à la polygamie telle que mentionnée aux vs2-6.

[lxxxv] « si vous faites montre d’ingratitude » traduit ici le verbe kafara qui en ce contexte relatif au respect des femmes au sein du couple ne peut bien évidemment pas signifier le déni de Foi, mais se comprend en un de ses sens premiers : être ingrat. Il s’agit ici d’un collectif qui n’est donc pas en rapport avec « l’impiété manifeste » évoquée au v128.

[lxxxvi] S’il est bien un verset qui s’oppose à l’Islam, c’est bien celui-ci. Le message coranique est liberté, égalité, fraternité, et, présentement, justice et équité pour tous alors que l’Islam a théorisé et bâti une société hiérarchisée et inégalitaire déniant ces droits fondamentaux. En conséquence de quoi, le monde musulman dès son origine fut gangrené par l’esprit de corps, al–‘aṣabiyya, le népotisme et la corruption et, partout depuis plus de mille ans, règne l’injustice orchestrée par les puissants contre les faibles tout comme elle a contaminé les relations humaines et sociétales.

[lxxxvii] Par « Écrit/kitâb » lié à « Son messager [Muhammad] » l’on entend le Coran. La seconde occurrence du terme kitâb au singulier se réfère au « Livre » prototypique d’où la majuscule. Par contre, le pluriel kutub/Livres désigne l’ensemble des Écritures sacrées résultant de la mise par écrit de diverses révélations avec tout ce que cela suppose de déformations. Ce triple distinguo permet de comprendre la portée du credo coranique s’agissant de croire en l’ensemble de ces Écritures sacrées/kutub bien qu’elles ne soient pas fidèles aux révélations initiales. Ce n’est donc point tant le contenu de ces Écrits sacrés en lequel il est demandé de croire, mais au fait qu’ils ont tous la même origine : la révélation du « Livre » prototypique. Ce point justifie fondamentalement le respect que l’on doit avoir de la foi des autres en leurs Écrits de référence au nom de leur communauté d’origine tout en s’appliquant pour les musulmans à suivre « l’Écrit qui est révélé progressivement à Son messager [Muhammad] ». Le credo coranique : croire en « Dieu, Ses anges, Ses Livres, Ses messagers et le Jour Dernier » implique donc aussi qu’il soit demandé aux chrétiens et aux juifs, au nom même du fait qu’ils appartiennent à la même Communauté du Livre, de suivre leurs propres livres sacrés tout en reconnaissant que le Coran appartient lui aussi à la révélation du « Livre » prototypique. Telle est la base fondamentale du respect interreligieux selon le Coran. Voir S2.V2-5 et La pluralité religieuse selon le Coran et en Islam. Notons à nouveau que le credo de foi coranique ne comporte que quatre articles et ne fait pas mention de la croyance en l’absolue prédestination de toutes choses par Dieu. Pour notre critique de cet ajout dû à l’Islam, cf. Islam/islâm, Foi/îmân, Perfection/iḥsân et Destin et Libre arbitre.

[lxxxviii] Contrairement aux avis exégétiques, ce verset ne vise aucune religion particulière, mais à une signification générale traitant des revirements de foi.

[lxxxix] Rappelons que le pluriel kâfirûn en contexte de conflits ou de tensions désigne généralement les « polythéistes » arabes et non les dénégateurs au sens théologique du terme.

[xc] Comportement en référence avec S6.V68, ce verset étant à priori mecquois et le présent étant médinois, ceci indique que l’hostilité au Coran est constante et que, y compris de nos jours, la conduite à tenir en cette situation est identique. Le segment « révélé dans l’Écrit que tandis que vous écoutiez les versets » témoigne de la nature oro-scripturaire du Coran, cf. Le Coran et Quel Coran.

[xci] « foi » pour le terme dîn, sens que la traduction standard elle-même concède. Pour la démonstration littérale, voir notre thèse p.183-184 : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01556492/document

[xcii] Contrairement à ce que l’apologétique exclusiviste de l’Exégèse affirme, ce verset n’est pas l’antithèse de la foi au credo coranique évoqué précédemment au v136 et en notre note 87 et il n’anathématise donc pas les Gens du Livre. En effet, le segment « nous croyons en certains et nous en dénions d’autres » n’indique pas le refus des juifs et des chrétiens de reconnaître la prophétie de Muhammad, mais vise l’attitude de tous ceux qui en prétendant “trier” à leur guise dissimule en réalité leur déni de Foi, d’où : « ceux-là sont des dénégateurs, assurément ».

[xciii] Nous l’avons explicité en la note 87 : croire en tous les Livres de Dieu revient à suivre le livre référence de sa propre religion tout en respectant et admettant l’origine révélée des livres des autres religions monothéistes. Il en est donc de même s’agissant de croire à tous les prophètes de Dieu sans faire de « de différences entre aucun d’entre eux » : cela revient, tout en s’appliquant à suivre le Prophète fondateur de notre propre religion, à croire en l’existence et la véracité de la mission de tous les prophètes fondateurs des autres religions monothéistes. Là encore, tel est le fondement sain et cohérent d’un véritable respect interreligieux ainsi que la base théologique permettant de comprendre et admettre la Pluralité religieuse selon le Coran et en Islam et le Salut universel selon le Coran et en Islam.

[xciv] Si les « Gens du Livre » sont ici à l’évidence des juifs médinois, une partie des faits reprochés concerne les premiers Hébreux : les Fils d’Israël, puis, après eux, le judaïsme tardif. De même, ces distinguos permettent de comprendre qu’au v157 ce sont des rabbins médinois qui s’expriment et non pas les juifs contemporains de Jésus.

[xcv] Cf. S2.V52-56.

[xcvi] Cf. S2.V58.

[xcvii] Sur notre commentaire et notre traduction, voir :  S2.V|–61].

[xcviii] Probablement une allusion à l’accusation d’adultère à l’encontre de Marie en S19.V28.

[xcix] Comme évoqué en la note 94, nous avons montré en la Crucifixion de Jésus qu’il s’agit là du propos de rabbins médinois.

[c] al–ladhîna hâdû/ceux qui se sont judaïsés, c’est-à-dire ceux qui ont adopté le judaïsme comme religion quelles que soient leurs origines ethniques, ceci fait donc référence au judaïsme tardif. Ces aliments tabouisés sont cités en S6.V146.

[ci] Sur la notion de tabous, et non pas d’interdits, représentée par l’emploi coranique du verbe ḥarrama, voir : Le haram : les tabous selon le Coran et en Islam ; al–muḥarramât.

[cii] Concernant le judaïsme, le terme ribâ ne désigne pas ici la ribâ qui a été interdite aux Arabes dont nous avons montré qu’elle correspondait à la pratique du prêt à redoublements successifs/ar–ribâ, cf.  La ribâ, le prêt à intérêt et l’usure sont-ils “haram” selon le Coran et en Islam ? Ce type de prêt n’était pas en usage chez les juifs qui, eux, pratiquaient des prêts à taux usuraires qui « leur avait été pourtant interdit », voir : Lévitique ; XXV, 37. Il est à préciser que selon ce même verset de la Thora, l’interdiction du prêt usuraire dont il est question ne concernait que cette pratique entre juifs. D’autre part, nous qualifions lesdits prêts d’usuraires du fait qu’il est dit en ce verset « qu’ils dévoraient les biens des gens abusivement » et ce sont ces prêts à taux usuraires qui sont ici dits ribâ. Ce rappel des faits par le Coran ne concerne donc que les juifs et, de plus, il est explicite que les interdictions mentionnées en ces vs160-161 n’ont visées que les juifs, non pas de principe, mais du fait de « l’iniquité de ceux qui se sont judaïsés ». Rien n’indique donc que cette interdiction des prêts usuraires doive être appliquée aux musulmans, même si l’on juge que cette pratique est moralement réprouvable. C’est donc au titre de l’éthique générale coranique que les musulmans doivent faire acte de justice, d’équité et de discernement. Enfin, il convient de souligner que le Coran ne condamne jamais l’emprunteur, mais lesdits prêteurs, alors que l’Islam stigmatise bien plus l’emprunteur, pourtant déjà victime de la situation de faiblesse l’ayant amené à emprunter !

[ciii] « Nous t’avons inspiré » et non pas « Nous t’avons fait révélation », car le verbe utilisé est awḥâ/inspirer et non anzala/révéler. Sur cette différence terminologique et ses conséquences, voir : Muhammad Sceau des prophètes.

[civ] « des psaumes/zabûran » et non pas les Psaumes. Cette précision coranique indique que le Coran attribue à Dieu l’inspiration de certains psaumes à David, plus justement encore le propos de certains, et non pas de tous les psaumes composant dans l’Ancien Testament le Livre de David. Du reste, l’analyse historico-critique du livre dit de David a de manière formelle mis en évidence divers auteurs et en diverses périodes. Rappelons que le terme zabûr a été diversement interprété par les exégètes, ce qui a généré un certain nombre de confusions terminologiques, voir : S3.V184.

[cv] Ontologiquement, l’on ne saurait admettre que Dieu puisse parler directement à l’Homme. Pour l’analyse de ce verset, voir : S4.V164.

[cvi] « témoignera », en lien avec le verset précédent se rapportant au Jour du Jugement, le futur s’impose.

[cvii] Les deux qualificatifs : « preuve et lumière éclatante » qualifient la Révélation et non pas le Prophète Muhammad, car le v175, verset conclusif, traite de la foi en Dieu de manière générale et concerne, comme indiqué, tous les « Hommes ».