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S2.V195 : « Dépensez en vue de Dieu, mais ne provoquez point de vos mains votre ruine. Faites le bien ; Dieu, certes, aime les bienfaisants. »

– Tout comme le v188 avait critiqué les fastes ostentatoires du pèlerinage[1] de l’anté-islam, la Jâhiliya, conseillé la modération et mis en avant la piété en tant que seul investissement valable aux yeux de Dieu, ce v195 reprend le thème lors du nouveau départ pour la ‘Umra compensatoire en l’an VII, situation historique que le v196 confirmera. Le segment « dépensez en vue de Dieu » est alors explicite, l’expression fî sabîli–llâhi, litt. : sur le chemin de Dieu, n’est ainsi pas en rapport avec un quelconque appel au jihâd et se comprend au sens figuré comme signifiant aux yeux de Dieu ou « en vue de Dieu ».[2] Le cas présent, il s’agit de dire : les dépenses relatives au pèlerinage doivent se faire uniquement en visant la satisfaction de Dieu, c’est-à-dire de manière désintéressée, cf. v177, sans ostentation, sans paraître et sans gloriole, cf. v188. La prodigalité excessive est proscrite, le pèlerinage est une école d’astreinte et de piété : « mais[3] ne provoquez point de vos mains votre ruine », ruine que l’on peut entendre dans le contexte selon deux niveaux : ruine matérielle et ruine de l’âme. Qu’il s’agisse de soi-même ou des autres, la juste mesure et la pure intention pour Dieu forment le véritable bien : « faites le bien ; Dieu, certes, aime les bienfaisants ».

– L’Exégèse a classiquement cité ce verset pour encourager au combat et/ou aux dépenses de guerre, propos parfaitement hors sujet. Paradoxalement, l’on trouva aussi au segment « ne provoquez point de vos mains votre perte »  argument interdisant le suicide, position pleinement surinterprétée et encore plus décalée de la réalité textuelle.

Dr al Ajamî

[1] Rappelons que ce verset a été totalement mésinterprété par l’Exégèse.

[2] La locution fî sabîli–llâhi signifie et se traduit selon les contextes : « chemin de Dieu » au sens propre ; « Chemin de Dieu » au sens figuré en contexte de jihâd spirituel ; « en vue de Dieu » en contexte de jihâd éthique ; « cause de Dieu » en contexte de jihâd armé, cf. notes v154 et v190, pour une variante avec le verbe jâhada, voir : v218.

[3] Le texte porte un « wa », particule qui lorsqu’elle est suivie d’une négation, ici la préposition «  » prend régulièrement la valeur de notre « mais », fait que bien des traductions négligent.