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S2.V122-123 : « Ô Fils d’Israël ! Rappelez-vous Mon bienfait par lequel Je vous ai gratifiés, et que, de même, Je vous ai favorisés parmi les gens. [122] Craignez un Jour où nulle âme ne rachètera pour une autre la moindre chose, qu’il ne sera agréé d’elle aucune contrepartie et que ne lui profitera aucune intercession, et qu’ils ne seront point secourus. [123] »

– Le v122 est identique au v47 et le v123 est très proche du v48. Or, nous postulons qu’il n’y a pas dans le Coran de répétition vraie. De fait, au v122 la locution « Ô Fils d’Israël » ne qualifie plus l’ensemble des juifs contemporains de la Révélation, comme au v40 et 47,[1] mais seulement les juifs de Médine, ceux que nous trouvions en controverse avec le Prophète aux paragraphes précédents. Le propos du verset se lit donc de manière plus circonstanciée et, si par « Mon bienfait » l’on doit entendre le Pacte de Dieu comme évoqué au v40, il est probable que l’expression « Je vous ai favorisés parmi les gens » allude pragmatiquement à la situation des juifs médinois par rapport aux polythéistes Arabes médinois, d’où le fait que nous ayons rendu ici an-nâs par « les gens » et non pas par « les hommes » comme aux v40 et 47. De même, quant au Salut, le v123 concerne-t-il plus spécialement les juifs alors qu’au v48 para-homonyme les termes ‘adl/contrepartie et shafâ‘a/intercession étaient en relation avec des points de doctrine chrétienne. Une légère modification textuelle le confirme, puisque l’on est passé de « qu’il ne sera agréé d’elle aucune intercession » du v48 à : « qu’il ne sera agréé d’elle aucune contrepartie » et de « que l’on n’acceptera d’elle aucune contrepartie » à « que ne lui profitera aucune intercession » l’inversion des verbes indiquant que, contrairement au christianisme, pour le judaïsme « l’intercession » [reconnue pour les prophètes d’Israël, les Rois, les Prêtres lévites et les Justes] est plus une pratique qu’un dogme. De même pour la « contrepartie », c’est-à-dire l’expiation, que l’on peut relier ici au sacrifice pratiqué par le Grand Cohen à Yom Kippour, le jour de l’expiation ou Grand pardon.[2] Ceci s’inscrit bien évidemment dans la critique de la prétention à l’exclusive d’un Salut qui, par essence divine est universel et n’appartient point aux religions. Sur ce point essentiel propre à la démarche inclusive du Coran, voir : Le Salut universel selon le Coran. Ainsi, si ce rappel est plus particulièrement recentré sur le judaïsme, c’est afin d’introduire la thématique centrale de ce nouveau chapitre : le pacte abrahamique et l’Alliance d’Abraham.

Dr al Ajamî

[1] Dans le Coran, cette locution est le plus souvent en lien avec les « Peuples hébreux » de l’Ancien Testament, cf. v40.

[2] De plus, cette expiation avait lieu au Temple de Jérusalem auquel le v125 fera allusion.