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S2.V174-176 : « Certes, ceux qui dissimulent ce que Dieu a révélé de l’Écrit pour en tirer un vil prix, ceux-là n’emplissent leurs ventres que de feu. Dieu point ne leur adressera la parole au Jour de la Résurrection, point ne les purifiera, et Ils subiront un tourment terrible. [174] Ceux-là ont échangé la guidée  contre l’égarement et le pardon  contre le Tourment ; se seraient-ils endurcis au feu ! [175] Il en est ainsi, car Dieu a révélé progressivement l’Écrit en toute vérité ; certes, ceux qui divergent quant à l’Écrit sont vraiment en un schisme profond. [176] »

– Ce premier alinéa introduit le paragraphe et pose la primauté du « l’Écrit/al–kitâb » sur la Coutume. Le contexte général du Chapitre 7 implique nécessairement que par al–kitâb il faille entendre le Coran, fait que de règle nous rendons par : « l’Écrit ».[1] Le segment « ceux-là n’emplissent leurs ventres que de feu », malgré ce que l’image semblerait suggérer, ne condamne pas ceux qui se nourriraient de “ḥarâm” comme d’aucuns l’ont supposé, mais évoque le devenir de ceux qui persisteraient à ne pas vouloir abandonner leurs tabous alimentaires traditionnels dits ici de « vil prix » et donc à ne pas vouloir obéir à « l’Écrit » comme nous l’avons vu au paragraphe précédent. C’est en cela qu’ils « dissimulent ce que Dieu a révélé de l’Écrit », c’est-à-dire en matière d’interdits.[2] En cette perspective, la suite se lit de manière antinomique en termes de conséquence : « au Jour de la Résurrection ». Ainsi, le segment « Dieu point ne leur adressera la parole » équivaut-il à « ceux qui dissimulent ce que Dieu a révélé de l’Écrit » et « point ne les purifiera » correspond-il à « ceux qui refusent d’abandonner leurs tabous ». Un tel comportement de refus obstiné ne peut conduire dans l’Au-delà qu’à « un tourment terrible ». Ce conservatisme est qualifié d’« égarement » et il s’oppose à la « guidée » et au « pardon » apportés par le Coran : « l’Écrit ». La formulation « ceux-là ont échangé la guidée contre l’égarement » précise qu’il ne s’agit pas d’un simple rejet, mais bien de la volonté de maintenir contre le Coran des traditions séculières ou religieuses. L’on ne peut être musulman, entendre le Coran que l’on sait avoir été révélé « en toute vérité »[3] et continuer à suivre les anciennes pratiques rituelles du paganisme sans s’exposer « au Tourment » et « il en est ainsi » du fait même que « Dieu a révélé progressivement l’Écrit »[4] et que ce rapport particulier à la Révélation vous a fourni de nombreuses explications quant à ce sujet et vous a repris chaque fois que vous fautiez ou tergiversiez. De ce fait, ceux d’entre vous qui « qui divergent quant à l’Écrit » et persistent dans leur attitude de refus et maintiennent, ou maintiendraient, contre la Révélation leurs traditions païennes sont vraiment « en un schisme profond », le mot schisme/shiqâq s’appliquant par définition à une division au sein d’un groupe, ici les musulmans. Ce suivisme social de la Coutume des ancêtres, cet amour de « l’égarement » au détriment de la « vérité », cette opposition à « l’Écrit », le Coran, cette persistance dans le « schisme » constituent autant d’éléments qui préparent au « Tourment », d’où la laconique expression coranique : « se seraient-ils endurcis au feu ! »[5] En résumé, pour le croyant musulman, le Coran/al–kitâb est le lien à Dieu qui l’oblige à dépasser ses propres traditions rituelles, sa Coutume, la voie du monothéisme pur exige l’abandon de toutes traces de paganisme.

– L’Exégèse, fidèle à sa logique interne, dès lors que sont rapprochés dans le texte le mot Livre et le verbe dissimuler ou autres équivalents, les corrèle sans hésiter à l’accusation qu’elle porte contre les juifs : peuple pervers consciemment opposé à la vérité et à la Révélation et controuvant la leur, la Thora, voire la nôtre : le Coran ! Alors que l’apologétique chrétienne avait fait d’eux des éternels déicides, l’apologétique musulmane fera du juif un éternel révélicide, pire : un coranicide.[6] Rien d’étonnant alors à ce qu’ils soient pour elle les Hôtes du Feu !

Dr al Ajamî

[1] Cf. : Le terme kitâb dans le Coran.

[2] Ce propos s’adresse donc aux primo-musulmans, mais sa formulation lui donne aussi une portée générale et, par suite, tout musulman qui s’écarterait de la réduction et limitation des interdits coraniques serait concerné par la sévère mise en garde de ces versets.

[3] Comparer au v119 au sujet de Muhammad.

[4] Le verbe nazzala, forme II de nazala, révéler, signifie exactement faire révéler progressivement. Dans le texte coranique, ce verbe est spécifiquement employé pour la révélation du Coran, ce qui confirme qu’en ces versets-ci par al–kitâb il faille bien entendre le Coran et non pas la Thora ou la Bible.

[5] Cette expression revêt plusieurs explications : comment donc pourraient-ils supporter le Feu ; qu’est-ce qui les a ainsi endurcis au Feu ; qu’est-ce qui les pousse à vouloir supporter le Feu, etc. Notre formulation ne prétend pas pouvoir toutes les retranscrire.

[6] Au moins de par leur refus obstiné à le suivre. Mais, en maintes occasions, ils sont aussi accusés d’avoir introduit dans l’exégèse de fausses informations, les isrâ’îliyât, de fausses interprétations par l’intermédiaire de rabbins “convertis”, voire de fausses versions coraniques. La projection et la collusion iront plus loin encore et l’on accusera les juifs d’avoir assassiné le Prophète Muhammad. Il faudra en ce cas mystifier le mythe afin de trouver un accord avec la réalité historique et l’on supposera alors que ces professionnels de l’assassinat de prophètes auront cette fois-ci miraculeusement échoué.