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S2.V173 : « Il ne vous a interdit que la bête morte, le sang, la chair de porc et ce qui a été sacrifié à un autre que Dieu. Mais, pour qui y est contraint par la nécessite, sans désir ni exagération, alors point de faute ; Dieu, certes, est Tout de pardon et de miséricorde. »

– Ce verset est un des quatre versets coraniques directement relatifs aux tabous alimentaires : S2.V173  S5.V3 ; S6.V145 ; S16.V115.  De manière notable, l’édiction coranique quant à ces tabous alimentaires s’inscrit dans la critique des nombreux tabous ayant cours chez les Arabes que le Coran considère comme de vulgaires superstitions : S5.V103 ; S6.V138-139 ; S6.V143-144. Le Coran intervient donc dans le cadre d’une réforme radicale de ces tabous[1] et, concernant les musulmans, le rejet coranique de toutes les traditions cultuelles des Arabes polythéistes[2] amène le Coran à n’édicter que quatre tabous alimentaires  : 1- les bêtes trouvées mortes ; 2- le sang extravasé ; 3- le porc ; 4- les animaux consacrés à un autre que Dieu. Sur le développement de ce concept coranique essentiel pour une juste compréhension de la “halalisation” actuelle, voir en premier lieu : 2 – Le haram : les tabous selon le Coran et en Islam ;  al–muḥarramât.

– Contextuellement, le v173 est l’aboutissement de ce paragraphe : il n’y a pas de tabou, toute chose est par essence offerte librement à la consommation, il convient donc d’abandonner les anciens systèmes de sacralisation. Rien n’est en soi tabou ou sacré ou impur, triptyque fondamental des croyances païennes,[3] toutefois Dieu vous interdit de consommer quatre choses et seulement quatre : « Il ne vous a interdit que », cf. liste ci-dessus. Cette énumération, répétée dans le Coran à quatre reprises, nous l’avons dit,[4] ne mentionne invariablement que ces quatre interdits et toujours dans le même ordre d’énonciation, en ces conditions l’on reste étonné que cette brève liste coranique ait pu être considérablement allongée par le Droit musulman.[5]

Dr al Ajamî

[1] De fait, les premiers versets édictant ces tabous alimentaires coraniques remontent à la période dite mecquoise : S6.V145 ; S6.V138-139 ; S6.V143-144. S16.V115. Il est donc faux, comme le fait l’islamologie, de prétendre que ces prescriptions seraient en lien avec une politique médinoise pro-judaïque. À bien observer, et si l’on admettait que l’on ait à comprendre le Coran en intertextualité, alors nous noterions les faits suivants : les tabous coraniques alimentaires correspondent au rétablissement de ce dont les chrétiens se sont éloignés progressivement : « Car il a paru bon au Saint-Esprit et à nous de ne vous imposer d’autre charge que ce qui est nécessaire : vous abstenir des viandes sacrifiées aux idoles, du sang, des animaux étouffés », Actes des Apôtres, XV, 28-29. Ces interdits alimentaires sont à l’origine une partie de ceux du judaïsme, l’interdiction de consommation du porc notablement en moins, ce que le Coran rétablit donc.

[2] [2] Précisons à nouveau que l’interdit alimentaire dans le Coran est en prise directe avec la problématique du tabou chez les Arabes et non pas en lien avec les interdits alimentaires de la Loi juive. Le v145 de S6 est sans aucun doute de la période mecquoise et indique clairement l’origine endogène de la polémique.

[3] Cette révolution culturelle a donc posé problème aux premiers musulmans eux-mêmes, voir : 5–Le halal selon le Coran et l’Islam.

[4] Dans l’ordre chronologique : S6.V145 ; S2.V168-173 ; S16.V114-119 ; S5.V1-5.

[5] Dans la série d’articles que nous avons consacrés à la question du halal et du haram, nous avons signalé que l’Islam en cette démarche inflationniste s’est inspiré directement du judaïsme.