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S2.V238-242 : « Observez attentivement les prières et la prière du juste milieu, et apprêtez-vous à vous conformer sincèrement à Dieu. [238] Si vous avez quelques craintes, que vous soyez à pied ou montés, alors, quand vous serez en sécurité, rappelez-vous de Dieu en ce que Il vous a enseigné ce que vous ne saviez point : [239] que ceux d’entre vous dont la fin est proche, laissant des épouses, leur fassent un legs d’une année de subsistance, sans avoir à en consommer une part. Mais, si elles se désistent, alors point de tort pour vous à ce qu’elles disposent d’elles-mêmes, honorablement. [240] Et pour les répudiées, des biens convenables ; devoir pour les craignants-Dieu. [241] C’est ainsi que Dieu vous explicite Ses versets, puissiez-vous réfléchir ! [242 ]»

– La compréhension de ces versets soulève de manière aiguë une problématique essentielle : l’approche structurelle. Le Coran est-il un document sans structure[1] ou un texte fortement structuré ? Autrement dit, peut-on, comme le fait l’Exégèse, lire un verset en tant qu’unité totalement isolée de son contexte ou doit-on, comme l’analyse littérale le postule, rechercher le sens dudit verset en fonction du contexte[2] textuel et de l’intratextualité ?[3] Ainsi, pour l’Exégèse les vs238-239 sont-ils deux versets traitant de la prière insérés sans raison apparente dans un chapitre relatif à la répudiation, cf. infra. Pour l’islamologie, ces deux versets ne sont que la preuve d’interpolations au sein du texte. Pour l’analyse littérale, le sens littéral de ces deux versets est donc contextuellement lié à la question des droits de l’épouse, lesquels sont envisagés en continu sur trois paragraphes depuis le § 2 [v220] jusqu’au v242, conclusion de ce § 4.

Il faut donc se demander pourquoi après avoir énoncé « que vous y renonciez [à la dotation nuptiale] est plus proche de la piété », v237, ceci dans le cadre de « nul grief contre vous à ce que vous répudiez femmes », v236, il est alors immédiatement dit : « observez attentivement les prières… » ? De même, en quoi cette prière serait assortie de la recommandation : « que ceux d’entre vous dont la fin est proche, laissant des épouses, leur fassent un legs/waṣyya [4] », v240 ? 

La réponse est donnée en intratextualité par le verset suivant : « Ô vous qui croyez ! Lorsque la mort se présente à l’un de vous que soit pris témoignage entre vous de deux intègres des vôtres à l’occasion du legs testamentaire/al–waṣyya ou, s’il advient que vous parcouriez le monde et que l’épreuve de la mort vint à vous atteindre, se pourra être deux autres qui ne soient pas des vôtres. Vous les retiendrez après la prière et, si vous avez des doutes, que tous deux prêtent donc serment au nom de Dieu : « Nous ne le vendrons à aucun prix, fût-ce au bénéfice de proches, et nous ne dissimulerons pas le témoignage de Dieu, car nous serions alors au nombre des coupables. »[5] Ce verset et les deux qui lui font suite expliquent clairement que la waṣyya, le legs testamentaire, doit être fait idéalement devant deux témoins dont l’intégrité, faute de mieux, sera pour partie attestée du fait qu’ils prient : « vous les retiendrez après la prière ». Condition nécessaire, mais pas suffisante pour s’assurer de leur honnêteté, aussi le v107 prévoit-il des procédures complémentaires. Ainsi, notre v238 précise-t-il quant à lui l’esprit et la mise en œuvre de cette mesure : « observez attentivement les prières et la prière du juste milieu », c’est-à-dire : soyez vigilants et examinez bien/ḥâfiẓû [6] les prières de ceux qui prient et de qu’elle manière ils prient, recherchez ceux dont la « prière » est d’un « juste milieu », c-à-d. : équilibrée, ni trop longue car l’ostentation dévoile l’insincérité, ni trop courte car la négligence dénote le manque de sérieux. Par contre, une « prière du juste milieu », autrement dit une prière médiane/wusṭâ[7] est plus à même d’indiquer la sincérité, la tempérance et l’esprit d’équité de celui qui prie de la sorte. Il s’agit donc de rappeler « que ceux d’entre vous dont la fin est proche,[8] laissant des épouses, leur fassent un legs » afin de protéger les veuves, disposition supplétive de celle du v234.

La lecture contextuelle éclaire alors sans difficulté le sens de ce passage : Il est dit à « ceux dont la fin est proche » de dicter[9] leurs dernières volontés et, à cette fin, de chercher des témoins fiables. Pour se faire, qu’ils observent « attentivement les prières » et repèrent ceux qui ont une « prière du juste milieu ». Puis, au moment venu, « apprêtez-vous à vous conformer sincèrement à Dieu »,[10] c’est-à-dire à dicter votre testament. Choisissez alors parmi eux deux croyants que « vous retiendrez après la prière » afin qu’ils soient vos témoins. Mais, s’il se trouve « que vous parcouriez le monde et que l’épreuve de la mort vint à vous atteindre »,[11] ceci « que vous soyez à pied ou montés », v239, et que malgré tout[12] « vous avez quelques craintes » de ne point pouvoir faire en ces conditions votre testament, « alors, quand vous serez en sécurité rappelez-vous de Dieu »,[13] c’est-à-dire rappelez-vous que Dieu « vous a enseigné ce que vous ne saviez point », à savoir de faire un testament concernant vos biens et de prévoir une clause[14] en faveur de vos « épouses », consistant à leur léguer « une année de subsistance »,[15] v240. En ayant ainsi procédé, cette sécurité posthume accordée par vous à votre veuve ne pourra que difficilement être contestée. Par ailleurs, ce bien est dit : « sans avoir à en consommer une part »,[16] ce sont donc des biens qui lui reviennent de plein droit et qu’elle n’est pas dans l’obligation de consommer sur place, c’est-à-dire en restant au domicile conjugal du défunt. Malgré tout, il est possible que des veuves « se désistent »,[17] c’est dire que certaines d’entre elles en fonction de l’évolution de leur situation peuvent souhaiter se dispenser de cette aide, auquel cas « point de tort pour vous à ce qu’elles disposent d’elles-mêmes, honorablement ».[18] Par là même, il n’y aura point de faute commise par ceux qui cesseront d’appliquer ou faire appliquer la disposition testamentaire en faveur desdites veuves. Cette possibilité de désistement confirme que cette prescription de « subsistance d’une année » pour les veuves est un minimum conseillé qui n’écarte absolument pas le fait que l’on puisse librement léguer à son épouse au-delà de cette mesure.

Enfin, v241, toujours dans le cadre du legs testamentaire ou waṣyya, il est indiqué de ne pas négliger le sort des répudieés/al–mutallaqât, attention qui sous-entend probablement qu’il s’agisse d’épouses récemment répudiées ou, tout du moins, non encore remariées. L’indication n’est logiquement pas similaire et il seulement dit : « biens convenables ».[19] L’incise finale : « devoir pour les craignants-Dieu »[20] est à même de s’appliquer à l’ensemble des dispositions évoquées en ce passage. En cette conclusion c’est à nouveau la foi qui est sollicitée, les mesures coraniques ne constituent pas une Loi, mais une Éthique que le croyant doit s’approprier.[21] Le dernier verset : « c’est ainsi que Dieu vous explicite Ses versets, puissiez-vous réfléchir ! », v242, concerne la totalité des versets de ce sous-chapitre venant d’être relatés et détaillés, vs219-242, tout comme il clôture le Chapitre 7. Cet appel à la raison prolonge harmonieusement l’appel à la foi, foi et raison doivent s’allier en la recherche de l’équité et de la justice.

– L’Exégèse, de manière constante, n’a pas une approche structurelle holistique, du texte coranique. Elle ne s’est donc pas interrogée quant au mystère structurel qu’elle entraînait en validant que deux versets relatifs à la codification des prières canoniques puissent se trouver insérés au cœur d’un long chapitre consacré à la répudiation. Cet effet catalogue n’est pas à imputer au Coran, nous avons montré que cette sourate est rigoureusement construite, mais correspond à un choix technique exégétique, car, lorsqu’un verset est isolé de son contexte d’insertion, il constitue une unité sémantique fort malléable et s’avère apte à recevoir plus aisément les interprétations ou lectures soutenant a priori et a posteriori les points de vue théologiques, juridiques ou historiques des exégètes. À l’inverse, prendre en compte l’ensemble des contextes textuels limite considérablement le potentiel de sens d’un verset. Présentement, les vs 238-239, ont été investis de manière à défendre plusieurs règles juridiques concernant la Prière canonique. Premièrement, la prière canonique est une obligation divine, d’où le : « soyez assidus aux prières ». Deuxièmement, il y a cinq prières quotidiennes, ceci explique que parmi plus de 223 avis, propos et hadîths relatifs à la détermination de la « prière médiane »[22] il ait été retenu de manière majoritaire qu’il s’agissait là de la prière de l’après-midi dite de al–‘aṣr.[23] En effet, cette prière se trouve ainsi au milieu, fî–l–wustâ : deux prières canoniques la précèdent et deux la suivent. Troisièmement, le dernier segment du v238 a été lu : « tenez-vous debout devant Dieu avec humilité », ce qui à l’aide de hadîths authentifiés et de quelques « révélations de circonstances » vint étonnamment à signifier que l’on ne devait pas parler durant la prière, conception au demeurant assez limitée de l’humilité en prière.[24] Quatrièmement, selon la même logique, le v239 fut donc dédié à la prière en cas de danger, et l’on peut alors le lire : « mais, si vous êtes en danger, alors priez en marchant ou sur le dos de vos montures… » Or, la prière dite du danger, ṣalâtu–l–khawf est par l’Exégèse mentionnée en S4.V102 et, tout autant qu’il serait explicite qu’elle ne se réalise ni en marchant ni sur le dos d’une monture, nous avons montré qu’il ne s’agissait là que d’un concept juridique sans rapport avec le sujet réel du Coran en ce verset. De nombreux propos et hadîths furent apportés pour tenter de réduire subtilement la différence.

La question de la cohérence textuelle se posa d’autant moins que le v240 fut régulièrement abrogé par maints exégètes pour qui le v234 était abrogeant. Nous avons démontré que les dispositions du v234 étaient relatives au délai de viduité des veuves et celles de v240 à la protection “financière” des veuves, ce sont donc des mesures complémentaires. En dehors même de l’arbitraire et de l’infondé du procédé abrogatif,[25] rien ne justifie ici que l’une de ces prescriptions ait pu abolir l’autre. Nous avions aussi souligné que l’Exégèse n’hésitait pas à proposer l’abrogation inverse, pour ceux-là les veuves auront droit en vertu du v240 à un « entretien pendant une année au domicile conjugal, sans risque d’en être expulsées », la seule logique suivie étant la nécessité de trouver dans le Coran des arguments semblant indiquer un délai de deuil conforme aux traditions, quitte à perdre le sens évident du texte. Signalons que cette attitude s’inscrit aussi en la campagne d’éradication du legs testamentaire, al–waṣyya, en faveur de l’héritage à quotes-parts.[26] Plus que jamais, de telles différences de compréhension illustrent l’importance fondamentale des clefs de lecture, clefs qui, répétons-le, ne sont ni mystérieuses ni propriété privée d’une caste de scribe, mais offerte par le Coran lui-même, son intratextualité. À ce sujet, l’on pourrait se demander pourquoi l’Exégèse n’aurait pas constaté le lien explicatif entre les vs238-240 et S5.V106 que l’analyse littérale a nécessairement mis en évidence. En réalité, ce rapport a été noté, mais, toute aux intentions de son œuvre ci-dessus précisées, l’Exégèse n’a point voulu le prendre en compte. Nous en voulons pour preuve qu’en plusieurs « circonstances de révélation » commentant le choix des témoins du testament et le segment « vous les retiendrez après la prière » de S5.V106 il est précisé qu’il s’agit de les retenir « après la prière de al–‘asr » ! Ce phénomène de porosité exégétique nous renseigne indirectement sur la cohérence du projet des commentateurs, quand bien même ce serait au détriment du sens obvie des versets coraniques et, en l’occurrence de la cohérence compositionnelle du Coran.

Dr al Ajamî

[1] En ce cas, comme le suppose de trop l’islamologie, il nous faudrait admettre que de nombreux versets semblent interpolés à l’intérieur d’un texte de base. Le Coran apparaît ainsi être un document constitué de strates différentes et agencées plus ou moins sans ordre, comme au fur et à mesure des besoins du ou des rédacteurs. Comment par ailleurs concilier le dogme de la perfection coranique et le constat d’une composition littéraire plus que défectueuse ? Ces deux versets sur la prière apparemment insérés dans un chapitre relatif à la répudiation illustrent parfaitement la problématique.

[2] Pour ce point de méthodologie, cf. : L’analyse contextuelle.

[3] Par intratextualité, nous entendons le recours au seul texte coranique compris comme une entité textuelle finie, cohérente et suffisante : un Corpus clos. Pour ce point de méthodologie, cf. : Intratextualité.

[4] Pour rappel, la waṣyya ou legs testamentaire est le principal dispositif prévu par le Coran pour la répartition des biens post-mortem. Le legs est libre, sans quotes-parts et n’établit pas de différence entre les hommes et les femmes, cf. : L’Héritage des femmes selon le Coran et en Islam.

[5] S5.V106.

[6] Le verbe ḥafaẓa signifie préserver, garder, retenir, la forme III ḥâfaẓa qui est ici employée avec la préposition ‘alâ a pour sens regarder avec attention, observer, être vigilant à, d’où à l’impératif notre « observez attentivement ». Les traductions suivent l’Exégèse, laquelle n’a vu en ce verset que des recommandations relatives à la prière d’où leur choix : « soyez assidus aux prières ». Le sens de « assidus » est le cas présent contextuellement inapproprié, alors qu’il s’avérera juste en S23.V9.

[7] Le terme wusṭâ est le féminin de awsaṭ : moyen, milieu, moitié, au juste milieu, équilibré, médian d’où notre : « et/wa la prière du juste milieu ». Notons que le « wa/et », outre ici sa valeur d’insistance, a pour fonction d’indiquer que ladite prière qualifie l’ensemble des « prières » mentionnées en antéposition. Selon la lecture proposée par l’Exégèse, cf., le « wa » indique que la « prière médiane » fait partie de l’ensemble des « prières ».

[8] Certaines traductions sont victimes de leur para-littéralisme et rendent le verbe tawaffâ par mourir, être tué, être frappé par la mort, mais l’on ne voit guère comment un mort pourrait dicter son testament. Le sens est encore donné par S5.V106 : « lorsque la mort se présente à l’un de vous », c’est-à-dire lorsque vous sentez que la fin est proche.

[9] « dicter » et non pas écrire. De fait, S5.V106-108 confirme qu’en l’état il s’agit du témoignage oral d’une déposition orale (il en sera différemment de la dette à terme au v282), il est donc plus juste de parler de dernières volontés à l’article de la mort que de rédaction de testament. Le Droit formalisera par la suite cette réalité sociologique et instituera un testament écrit. Signalons que nombre de « circonstances de révélation » attachées à la révélation du v240 commettent l’erreur de mentionner un testament rédigé, ce qui en soi indique leur origine post-coranique.

[10] Notre traduction du syntagme qûmû li-llâhi qânitîn par : « apprêtez-vous à vous conformer sincèrement à Dieu » est fonction du contexte mis à jour. En cela, elle diffère des classiques : « tenez-vous debout devant Dieu pour prier avec humilité » ne voyant là en leur logique qu’un conseil relatif à la façon de prier. Pour autant, notre traduction est parfaitement littérale, car le verbe qâma/se lever a de nombreux emplois figurés et le sens « s’apprêter à », c’est-à-dire se lever pour faire telle chose est bien connu. Par ailleurs, le pluriel qânitîn, participe actif de la racine qanata, signifie à l’origine être obéissant, obéir sans réserve, d’où notre « se conformer sincèrement ».

[11] Cette concordance entre ce segment de S5.V106 et le v239 prouverait, si besoin était, le lien entre ces deux passages.

[12] En S5.V106 il est prévu, lorsque par exemple le voyage en terre lointaine l’oblige, d’élargir le choix des témoins à des non-musulmans que l’on jugerait fiables. Malgré tout, il est concrètement possible qu’aucune condition favorable ne soit réunie et qu’il faille reporter sine die l’établissement du testament.

[13] L’on peut ici supposer qu’il est pris en compte que l’homme puisse oublier d’établir sa waṣyya une fois qu’il ne sent plus menacé par un danger extérieur, mais aussi lorsque la mort relâche son étreinte, observation de fine psychologie.

[14] La waṣyya telle qu’elle est définie par le Coran a une portée générale et est laissée à l’appréciation du testateur.  C’est au sein de cette démarche qu’il est demandé de penser à léguer à l’épouse « une année de subsistance ». Si le défunt est riche, il s’agira d’un minimum, mais s’il est pauvre, cela impliquera que la priorité du legs doit revenir à protéger le veuve.

[15] Le terme matâ‘an signifie chose utile ce qui ne précise pas la nature du legs. Toutefois, la locution matâ‘an ilâ–l–ḥawli indique que ce bien peut couvrir jusqu’à/ilâ une année/al–ḥawl de besoin. L’on peut donc en déduire qu’il s’agit d’accorder les moyens de « subsistance ». Au vu du mode de vie d’alors, cette subsistance ne sera pas nécessairement allouée en une fois, mais au long de l’année/ilâ–l–ḥawl. Le v241 fournit une preuve a contrario de cette analyse.

[16] Cette périphrase vaut pour le syntagme ghayra ikhrâj. Elle explique le terme ikhrâj, nom d’action de la forme IV akhraja ayant pour sens expulser, faire sortir, mais aussi sortir un bien, extraire, consommer une partie de. Selon la logique de notre lecture ce dernier choix est le plus judicieux d’où notre : « sans avoir à en consommer une part ». Pour comprendre, l’Exégèse a retenu pour ikhrâj le sens de expulsion, signifiant ainsi que la veuve ne pouvait être expulsée du domicile conjugal durant la première année, disposition qui rapproche alors du deuil arabe imposant aux veuves de ne pas quitter le domicile du défunt durant une année. Or, nous avons montré au v234 que le Coran ne prescrivait aucun délai de deuil. De plus, une telle compréhension du v240 est en contradiction avec la lecture que l’Exégèse fait du v234, ce qui explique que l’un comme l’autre de ces deux versets ait été déclaré abrogé !

[17] La racine verbale kharaja signifie bien évidemment sortir, mais comme nous avons montré à la note ci-dessus qu’il n’était nullement mentionné que les veuves aient à rester au domicile du défunt, ce sens ne peut être retenu. Par contre, parmi la dizaine de sens différents de cette racine il est cohérent que nous retenions : faire exception, exempter, se retirer de, se dessaisir, ce qui selon le contexte peut être exprimé par « si elles se désistent ». L’Exégèse, fidèle à sa ligne de conduite se verra là en l’obligation de lire le verbe kharaja comme indiquant que les veuves peuvent sortir, c’est-à-dire abandonner, le domicile du défunt avant donc le délai de un an qu’ils avaient souhaité lire en ce verset, c’est aussi cet excès de permissivité qui l’amena à décider de son abrogation.

[18] Ce segment n’a donc pas le même sens qu’au v234 qui lui concernait le remariage, ici rien de tel.

[19] Nous retrouvons ici le terme matâ‘an, mais en une autre expression : matâ‘an bi-l–ma‘rûf, locution non contingentée par le temps, mais par l’équité et la correction éthique, ce qui est convenable. L’on peut donc aussi supposer que le bien/matâ‘an en question, à la différence du précédent, puisse être légué en une fois, valeur numéraire ou autre, d’où notre pluriel.

[20] Cette locution impliquant la foi est à rapprocher de celle du v236 : « devoir pour les bienfaisants », mais la présente est de portée générale, alors que la précédente concernait un cas précis.

[21] Le Coran ne fait pas loi, voir : La loi divine selon le Coran et en Islam ; La Charia selon le Coran et en Islam ; La législation coranique selon le Coran et en Islam.

[22] Les traductions nous proposent donc des : « Soyez assidus aux prières, et surtout à la prière médiane… »

[23] Il fallait pour parler à la place du texte que vinssent le confirmer plusieurs hadîths authentifiés. Pour autant, d’autres hadîths affirment qu’il s’agit de la prière de l’aube, al–fajr, ou bien celle du milieu de la journée, aẓ–ẓuhr. Une chose sûre en cette compilation contradictoire, tous ces textes témoignent de l’assujettissement du Hadîth à la volonté exégétique. L’enjeu dut sembler de taille, puisque l’on recense une variante de récitation, qirâ’a, attestant de tentatives d’inscription in texto de l’avis majoritaire : « wa–ṣ–ṣalâti–l–wusṭâ wa hiya–l–‘aṣru/ et la prière médiane, et c’est al–‘asr ». Une autre tente un compromis : « wa–ṣ–ṣalâti–l–wusṭâ wa–ṣ–ṣalâti l–‘aṣri/ et la prière médiane et al–‘asr ». Aucune n’a réellement été validée, mais toutes deux manifestent l’intense activité exégétique autour d’une question qui aurait pu somme toute paraître secondaire. Pour notre critique méthodologique, voir : Variantes de récitation ou qirâ’ât.

[24] La plus connue a été rapportée par al Bukhârî, Muslim et d’autres et elle fait dire à Zayid ibn Arqam : « Nous avions coutume de parler durant la prière et chacun s’entretenait des affaires de l’autre jusqu’à ce que soit révélé ce verset ». Ce genre de « circonstances » relève typiquement du bricolage-collage informatif, la racine verbale qanata : être obéissant et par extension être humble, réservé, se contenter de peu, n’a jamais signifié se taire ou rester silencieux. Nous ne doutons pas toutefois que les premiers juristes de l’Islam durent avoir besoin de mettre de l’ordre et de la discipline dans les rangs des fidèles.

[25] Cf. : L’Abrogation selon le Coran et en Islam.

[26] Cf. : L’Héritage des femmes selon le Coran et en Islam.