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  S2.V254 : « Ô vous qui croyez ! Dépensez en aumône de ce que Nous vous avons attribué avant que ne vienne un Jour où il n’y aura ni marchandage, ni amitié, ni intercession. Quant aux dénégateurs, ce sont eux les injustes. »

– Le v253 supposait le principe de l’égalité dans la foi quelles que soient les religions, par l’apostrophe « ô vous qui croyez » ce verset s’adresse donc à tous les croyants. Comme cela avait été rappelé dans les versets référents que nous y avons mentionnés : « rivalisez en bonnes œuvres, c’est vers Dieu que vous retournez tous ensemble »,[1] nous retrouvons logiquement l’association essentielle entre foi et charité selon un paradigme que nous avons plusieurs fois rencontré[2] : « dépensez en aumône[3] de ce que Nous vous avons attribué ». L’aumône est alors clairement conçue comme une redistribution aux plus démunis des “biens de Dieu” la locution « ce que Nous vous avons attribué » stipulant que nos richesses, grandes ou petites, nous parviennent de par la grâce divine et ne sont pas exclusivement le fruit de nos efforts. Cette conception coupe la voie de l’avarice et de la thésaurisation. Croire n’est pas un acte sans perspective, la Foi innée ontologique à tous les êtres et leur capacité à agir consciemment, selon leur libre arbitre, sont les fondements de leur égalité vis-à-vis du projet de Dieu, ladite égalité justifiant le Jugement en tant que finalité. Cette compréhension implique pour le croyant une tension positive de ses actes « avant que ne vienne un Jour », celui du Jugement au « Jour » de la Résurrection. Il est ici rappelé les deux principes majeurs présidant à cette reddition des comptes : la responsabilité individuelle est absolue, tout rachat d’un mal commis ne peut se faire que de son vivant, conséquemment « il n’y aura ni marchandage, ni amitié, ni intercession » possibles.

Ces trois échappatoires inexistantes ont déjà été explicitées : « Craignez un Jour où nulle âme ne rachètera pour une autre la moindre chose, qu’il ne sera agréé d’elle aucune contrepartie et que ne lui profitera aucune intercession, et qu’ils ne seront point secourus. »[4] Ainsi, de manière cohérente, aucune « intercession »[5] n’est-elle envisageable ce « Jour », car ce procédé de passe-droit serait en contradiction avec l’essence même du Jugement. Il en annulerait la justice, introduirait aléa et arbitraire, tout comme il encouragerait la déresponsabilisation, voire l’irresponsabilité, nous reverrons plus précisément la critique de l’intercession au v255. Aussi, peut importe la religion, peut importe la foi, seuls les actes du croyant comptent, une foi et une religion sans bel agir sont sans utilité, elles ne sont pas un passeport pour la réussite en l’Au-delà. Le v253 avait expressément stipulé qu’il n’y a quant à la Foi que deux types de positions : « celui qui croit » et « celui qui dénie », l’incise finale : « quant aux dénégateurs, ce sont eux les injustes » nous enseigne que le déni de Foi est une injustice. Du point de vue général, il s’agit d’une injustice contre soi par rejet volontaire de la connaissance innée de l’existence seigneuriale[6] et, du point de vue contextuel, il s’agit d’une injustice contre son propre devenir en l’Au-delà.

Dr al Ajamî

[1] S5.V48. Pour l’analyse littérale de ce verset, voir : Le Salut universel selon le Coran et en Islam.

[2] Cf. v2-5 ; v83 ; v110 ; v215.

[3] « Dépenser en aumône » pour la forme IV anfaqa en ce contexte. Il sera parfois plus juste encore d’utiliser le verbe aumôner, car bien qu’il soit tombé en désuétude il demeure explicite.

[4] S2.V123.

[5] Pour le débat de fond et les références concernant la shafâ‘a/intercession nous renvoyons présentement au v255, voir aussi v48, commentaires et notes.

[6] Ce sont là les termes du Pacte primordial, pour le développement de ce paradigme coranique essentiel, voir : Foi et non-foi, îmân et kufr selon le Coran et en Islam.