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S2.V80-82 : « Et ils ont dit : « Le feu ne nous touchera que jours comptés. »  Réponds : « Auriez-vous contracté auprès de Dieu un engagement – mais Dieu ne faillira pas à Sa promesse – ou bien imputez-vous à Dieu ce dont vous n’avez point connaissance ?! » [80] Que non ! Qui aura acquis un mal et sera cerné par ses fautes ; ceux-là seront les hôtes du Feu, ils y demeureront. [81] Quant à ceux qui auront cru et œuvré en bien… ; ceux-là seront les hôtes du Paradis, ils y demeureront. [82] »

– En ces versets, le Coran donne une illustration de ce qu’il vient de dénoncer aux vs78-79. L’énoncé « le feu ne nous touchera que jours comptés » est donc un parfait exemple des affirmations théologiques et dogmatiques que les théologiens des religions du Salut professent et desquelles il est dit : « imputez-vous[1] à Dieu ce dont vous n’avez point connaissance » Contrairement aux accusations de l’exégèse classique, il ne s’agit pas ici d’un propos spécifiquement judaïque sur la durée estimée d’un châtiment en Enfer provisoire,[2] mais d’une allégation commune aux trois monothéismes, si ce n’est à tous. À savoir : le séjour temporaire des juifs dans la Géhenne, le Purgatoire dans le christianisme d’avant l’Islam, l’Intercession prophétique chez les musulmans postérieurs au Coran. Ce sont là des notions capitales de leurs discours théologiques, mais, selon le Coran, absentes des révélations fondatrices, [3] il s’agit donc bien du fait de « réécrire le Livre de ses propres mains », v79. Par « réponds », ce n’est point Muhammad qui controverse,[4] mais Dieu qui s’adresse à l’ensemble de ces spéculateurs, musulmans y compris, leur disant : « auriez-vous contracté auprès de Dieu un engagement –mais Dieu ne faillira pas à Sa promesse ». Cette réponse est double, d’une part elle confirme que Dieu n’a rien stipulé de pareil en Ses différentes révélations faites aux hommes au nom desquelles les diverses alliances ont été contractées : « auriez-vous contracté auprès de Dieu un engagement » et, d’autre part, elle indique que Dieu respecte ce qu’il a édicté en la matière, c’est-à-dire uniquement la juste rétribution en fonction des actes de chacun : « que non ! Qui aura acquis un mal et sera cerné par ses fautes ; ceux-là seront les hôtes du Feu » et, parallèlement : « ceux qui auront cru et œuvré en bien ; ceux-là seront les hôtes du Paradis ».[5]

– L’Exégèse, encore une fois, pour affirmer l’exclusive du Salut en faveur du seul Islam a censuré la notion coranique de Salut universel, c’est-à-dire la juste rétribution de tous uniquement en fonction de la valeur des actes et non de l’appartenance religieuse, ce que ces versets prônent pourtant explicitement, conséquemment : elle les abrogea.[6]

Dr al Ajamî

[1] En ce contexte, la tournure am taqûlûna ‘alâ correspond bien à « imputez-vous à ? ».

[2] Cette approximation exégétique provient du fait que l’expression coranique ayyâman ma‘dûdatan/des jours comptés a été comprise restrictivement comme signifiant un certain nombre de jours. Tel est effectivement le cas dans le traité judaïque Eduyot 2 ; 10.

[3] En effet, la Thora n’en fait pas mention et le judaïsme primitif ne portait pas foi en un devenir après la mort. Dans la Mishna Eduyot 10 : 2, antérieure au Coran, il est dit à partir de spéculations sur Isaïe : Chap. 66 ; 22-24 que la durée en Enfer sera de 12 mois. De même pour le Nouveau Testament, le concept de purgatoire s’est mis progressivement en place dans l’Église à partir du IVe siècle au gré de diverses surinterprétations, cf. notamment : Épître aux Corinthiens, Chap. 3, vs13-17. Pareillement dans le Coran ainsi que la conception post-coranique de l’intercession/shafa‘a de Muhammad qui abrégerait le séjour des infernaux, cf. S2.V48.

[4] En effet, l’impératif « réponds » pourrait indiquer la trace d’une controverse d’avec Muhammad sur ce sujet, mais il est plus probable, au vu de la thématique générale et non contextualisée, que ce ne soit là qu’un trait rhétorique propre à l’oralité de la langue arabe coranique.

[5] Cette thématique essentielle à la justice divine a déjà été exprimée aux vs38-39 et 62, elle sera reprise aux v94 et 111.

[6] Outre le fait que l’abrogation soit un arbitraire indéfendable, voir : L’Abrogation selon le Coran et en Islam, il est présentement dénué de sens de prétendre que ce verset ait été abrogé par S4.V48, cf.