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S2.V76-77 : « Qu’ils rencontrent ceux qui croient, ils disent : « Nous croyons ! » Mais, lorsqu’ils se retrouvent seuls entre eux, ils se disent : « Les entretiendriez-vous de ce que vous inspira Dieu pour qu’ils en tirent argument contre vous auprès de votre Seigneur ? Ne raisonnerez-vous donc point ! » [76] Ne savent-ils pas que Dieu sait ce qu’ils tiennent secret comme ce qu’ils divulguent ! [77] »

La locution al–ladhîna âmanû/ceux qui croient désigne ici les musulmans contre qui polémiqua une faction parmi les allocutaires du Coran mentionnés au v62, à savoir : « les croyants : les judaïsés, les chrétiens, les sabéens, qui croit en Dieu et au Jour Dernier ».[1] C’est de manière fallacieuse que certains déclarent : « nous croyons ». En effet, par l’affirmation âmannâ/nous croyons ils attestent de leur foi personnelle, mais leur objectif est de refuser le contenu de la révélation coranique comme le laisse entendre le segment où ils se confient entre eux craindre que les musulmans n’en « tirent argument contre vous auprès de votre Seigneur ». En fonction des v80 et v94 le syntagme « auprès de votre Seigneur » se comprend au sens propre comme signifiant : auprès de votre Seigneur au Jour du Jugement quant à savoir qui entrera au Paradis, préoccupation relevant de la théologie du Salut et de la prétention de chacun à en détenir l’exclusivité. La révélation du Coran jeta à ce sujet le trouble chez les monothéistes contemporains : « ne réfléchissez-vous donc pas ! », lesquels tinrent ainsi conciliabule au sujet de leurs certitudes dogmatiques en matière de Salut : « lorsqu’ils se retrouvent seuls entre eux, ils se disent… ». Il semble même que l’on ait craint le débat, la région n’étant pas un lieu traditionnel de controverses savantes : « les entretiendriez-vous de ce que vous inspira Dieu pour qu’ils en tirent argument contre vous auprès de votre Seigneur ? » Par « ce que vous inspira Dieu », le Coran emploie une tournure précise : bi-mâ fataḥa–llâhu ‘alaykum, unique occurrence coranique d’un usage de la racine fataḥa avec les prépositions « ‘ala » et « bi » laquelle signifie alors : accorder une faveur à, révéler à, inspirer à, ce dernier sens est selon le contexte le plus juste, puisqu’il correspond à l’idée que les dépositaires d’Écritures sacrées se font de l’origine de leurs textes. L’on peut donc supposer sans trop de risque que le segment « une partie d’entre eux » que nous n’avions pu totalement préciser au v75 faisait allusion à ceux qui parmi l’ensemble des ces croyants monothéistes ont à charge la théologie : les doctes ou théologiens, la suite le confirmera. Enfin, la conclusion, assez cinglante : « ne savent-ils pas que Dieu sait ce qu’ils tiennent secret comme ce qu’ils divulguent ! » indique combien il est inutile aux hommes de prétendre modifier la vérité révélée par Dieu en faveur de leurs opinions et croyances personnelles. Le propos est intemporel et s’adresse à tous les hommes en leurs tendances à accaparer la Révélation par le biais de leurs propres conceptions théologiques. Ce passage aborderait donc la face cachée du “dialogue interreligieux” ! La suite le confirmera.

Dr al Ajamî

 

[1] Nous rappelons qu’en ce v62 cette même locution, al–ladhîna âmanû, désignait en ce cas l’ensemble des croyants. L’Exégèse considère que cette expression qualifie uniquement les musulmans, puisqu’elle considère que les seuls vrais croyants sont les adeptes de la religion islam.