Print Friendly, PDF & Email

S2.V65-66 : « Ainsi, avez-vous eu connaissance de ceux d’entre vous qui transgressèrent le sabbat. Nous leur dîmes : « Soyez singes rejetés ! » [65] et Nous donnâmes cela en exemple, présent et à venir, et comme exhortation pour les craignants-Dieu. »

Par « ainsi, avez-vous eu connaissance de ceux d’entre vous qui transgressèrent le sabbat »[1] il s’agit du premier exemple de trahison de l’engagement mentionné au v64. Ce récit sera plus détaillé en S7.V163, passage permettant de comprendre que le propos n’est plus contemporain de l’alliance contractée par les Fils d’Israël du temps de Moïse, ce que l’emploi modal très précis de la formulation ainsi, avez-vous eu connaissance/wa la-qad ‘alimtum confirme.[2] Destinée à l’édification des « craignants-Dieu », la transgression du sabbat apparaît comme le paradigme de « l’infidélité à l’Alliance ». L’interjection : « soyez singes rejetés ! » est adressée très précisément à « ceux d’entre vous qui transgressèrent le sabbat », mais elle revêt aussi en ce contexte d’Alliance une portée générale et concerne et qualifie tous transgresseurs « présent et à venir ». Le sens du syntagme « soyez singes rejetés » est donné en un verset qui, en la même situation, formule ainsi la chose : « …ou que Nous les rejetions comme Nous rejetâmes les gens du sabbat… »[3] En effet, l’on dit en arabe : kûnû ḥamîran/soyez des ânes pour faire un reproche à des cancres, or, le singe étant le symbole de l’animal roublard et méprisé, il est donc littéralement juste de comprendre que l’expression kûnû qiradatan/soyez des singes qualifie et disqualifie ces rusés transgresseurs du sabbat, cf. S7.V163. La locution métaphorique « soyez singes rejetés  » signifie par conséquent : « tombez dans l’avilissement et le mépris du fait de votre fourberie ! » Ainsi, rien ne permet textuellement de comprendre que ces juifs furent réellement transformés en singes. En d’autres termes, il n’est pas dit dans le Coran « soyez transformés en singes ! », mais : « soyez [comme des] singes ».

L’Exégèse ne dédaignera pas d’assimiler les juifs au peuple des singes et l’expression « soyez transformés en singes ! » naîtra systématiquement sous la plume de bon nombre de commentateurs. Ils utilisent pour cela le verbe masakha/transformer, métamorphoser, induisant de cette manière dans la mythologie musulmane cette zoanthropie aux relents nauséabonds.[4] Ce rappel du Coran n’est donc pas destiné à activer l’imaginaire de ceux qui se plurent à voir des singes courir dans la ville d’Eilat, et son objet est explicite : « Nous donnâmes cela en exemple, présent et à venir, et comme exhortation pour les craignants-Dieu »[5] ceci afin que tous les croyants prennent conscience de la gravité de la transgression de leur propre alliance avec Dieu.

Dr al Ajamî

[1] S’agissant de ne pas respecter une prescription ou un rite, le verbe i’tada prend dans le Coran le sens de « transgresser ».

[2] Indirectement, nous en déduisons que le Coran ne valide pas nécessairement le sabbat comme relevant d’une règle édictée au moment historique de l’Alliance. À comparer à Exode ; XIV, v23-24, passage poussant la reconstruction textuelle au point que la Manne ne tombait pas le jour du sabbat !

[3] S4.V47. Le verbe la‘ana se comprend ici conformément à son étymologie : chasser quelqu’un de sa présence, rejeter, éloigner. Ce n’est que sous un aspect secondaire que ce verbe prit le sens de maudire. La correspondance établie avec notre verset confirme cette signification : rejeter.

[4] Une traduction connue du Coran, sans doute par mégarde, franchit le pas en transcrivant : « Soyez transformés en singes répugnants » !

[5] Signalons que les partisans de la métamorphose zoanthropique réussissent l’exploit de métamorphoser ce v66 en lui donnant le sens suivant : « Nous fîmes donc de cela un exemple pour les villes qui l’entouraient alors et une exhortation pour les pieux » inscrivant ainsi dans le texte du Coran de loufoques histoires inventées pour la circonstance et que l’on peut lire par exemple chez Ibn Kathîr.