Print Friendly, PDF & Email

Tout comme la sourate 3 était entièrement consacrée à la foi, sous ses divers aspects, cette sourate 4 est intégralement dédiée à l’éthique en regard de la foi. Le Coran n’aborde pas ce sujet sous l’angle théorique, mais, au contraire, de manière très pragmatique. Ainsi, cette sourate en abordant de nombreuses situations pratiques d’application, des conduites à tenir, souligne-t-elle que l’éthique n’est pas un concept, mais un comportement. Les titres que nous avons donnés aux paragraphes de cette sourate sont donc destinés à rendre compte des divers cas concrets envisagés.

– Ce fil conducteur thématique, l’éthique en toute chose, a pour conséquence de dématérialiser les quelques évènements avec lesquels la révélation semble en prise. Ce procédé, constant dans le Coran, permet par décontextualisation de mettre en exergue la morale concrète et la conclusion éthique pour chaque situation évoquée.  Ce constat soulève la question de la chronologie de S4 qui, traditionnellement, est considérée comme tardive : 92e dans l’ordre de la révélation et comprise entre la bataille de Uḥud (an 625) et le siège dit du Fossé (an 627). Or, si les parties II et III en particulier font de toute évidence allusion à des situations réelles, rien ne permet de les identifier historiquement et chronologiquement. En somme, comme toutes les longues sourates, celle-ci a été nécessairement révélée sur une période assez longue qu’il paraît inutile de vouloir dater. Quoi qu’il en soit, l’Exégèse, toute à son ouvrage, s’est donc appliquée à produire moult anecdotes et autres supposées circonstances de révélation,[1] noms de personnages et noms de lieux transformant la réflexion éthique menée par cette sourate en historiettes illustrées. Cette historicisation forcée s’oppose donc à l’esprit et à la démarche caractérisant cette sourate et tant d’autres. Du fait de cette opposition imposée au texte, aucun de ces récits ne peut être validé et cette sourate doit être méditée, non pas en fonction de l’Histoire, mais à l’aune de l’appel éthique incessamment adressé aux croyants.

– Aussi, l’étude compositionnelle est-elle bien plus contributive. L’on note alors que le texte de cette sourate comprend trois parties d’égale longueur et comprenant chacune quatre chapitres : Partie I : Éthique envers les plus fragilisés ; Partie II : Éthique et cause de Dieu ; Partie III : Éthique et trahison. Les titres que nous avons choisis pour ces parties mettent en évidence la continuité thématique : l’éthique par le biais des trois grands champs d’application explorés lors de cette vaste réflexion déontologique. Il en est de même pour l’intitulé de chaque paragraphe, cf. plan ci-dessous. L’on constate donc sans peine la cohérence globale du propos, progression logique, mais cependant mise à mal par la contextualisation opérée par l’Exégèse qui, par ses multiples surinterprétations, a généré un aspect décousu et un effet catalogue dont cette sourate et d’autres sont constamment accusées.

– Du reste, l’intense activité interprétative qui justifia cette entreprise déstructurante explique qu’en cette sourate, plus sans doute qu’en aucune autre, nombre de versets aient été totalement décontextualisés et, conséquemment, aisément surinterprétés.[2] Ce procédé est si intense qu’il a permis à l’Exégèse de leur conférer une signification sans aucun lien ni avec leur insertion contextuelle[3] ni avec le sens littéral voulu par le Coran. La différence entre le Coran et l’Islam est ici patente, et cette situation nous a amené à de nombreux développements afin, par l’analyse littérale, de redonner à ces versets leur signification première. Citons par exemple : les v3-6 : la Polygamie ; les vs7-14 : l’héritage des femmes ; les vs15-16 ; les vs24-25 ; le v43 : L’impureté, et l’impureté des femmes, selon le Coran et en Islam ; le v78 : Destin et Libre arbitre ; le v86 et la salutation islamique ; les vs101-103 : La prière obligatoire selon le Coran et en Islam ; les vs122-126 : le Salut universel ; le v127 ; les vs157-159 : la Crucifixion de Jésus.

– Il convient de souligner qu’une majorité de ce qu’il faut bien qualifier de malversations exégétiques concerne les droits des femmes et des plus faibles dans la société arabe de l’époque. Or, cruel paradoxe d’une sourate nommée : les femmes, l’Islam s’est appliqué avec constance à détourner les droits que le Coran octroyait à celles-ci. L’Exégèse a présentement déployé toute sa mâle misogynie et son sexisme assumé alors que le Coran visait à en protéger les femmes et proposait une véritable révolution sociale, notamment en ce qui concerne les rapports homme femme ! Pour autant, par droits coraniques l’on ne doit pas entendre lois coraniques, ce concept étant en réalité absent du Coran.[4] En effet, et le caractère hautement éthique du propos de cette sourate l’indique explicitement, la notion de droits doit être comprise comme correspondant à la notion de devoirs. Devoirs des nantis envers les démunis, des hommes vis-à-vis des femmes, des maîtres à l’égard des esclaves, des vainqueurs quant aux vaincus, des puissants face aux faibles, des sincères aux prises avec les opposants-hypocrites, des pacifistes confrontés aux belliqueux. Répétons-le, toutes les avancées sociales et humanistes coraniques proposées en cette sourate ont été détournées de leurs significations et objectifs et, jamais à l’échelle d’une sourate entière, la différence entre la volonté du Coran, lettre et esprit, et celle de l’Islam, esprit et lettre, n’aura été aussi flagrante !

– L’unité thématique de cette sourate est clairement visualisable à l’aide du présent synoptique mettant en évidence le plan de Sourate 4 ; an–nisâ’ : les Femmes.

– Partie I : Éthique envers les plus fragilisés ; vs1-43

 

Chap. I

  • 1 : De l’éthique quant aux droits des orphelins ; vs1-6

Chap. II 

  • 1 : De l’éthique du legs testamentaire/al–waṣiyya ; vs7-10
  • 2 : De l’héritage du reliquat à quotes-parts/al–warth; vs11-14
  • 3 : De la transgression des quotes-parts ; vs15-19

Chap. III

  • 1 : Des mariages des temps pré-coraniques ; vs20-23
  • 2 : Du mariage selon le Coran ; vs24-28

Chap. IV

  • 1 : De l’éthique dans le commerce ; vs29-31
  • 2 : De l’éthique en matière de répartition des biens ; vs32-33
  • 3 : De l’éthique du couple ; vs34-35
  • 4 : De l’éthique du croyant envers son prochain ; v37/…
  • 5 : De la non-éthique et de la non-foi ; v…37-42
  • 6 : De l’éthique de la prière ; v43

– Partie II : Éthique et cause de Dieu : vs44-104

 

Chap. I

  • 1 : Non-éthique et déviation de la foi ; vs44-57

Chap. II

  • 1 : De l’éthique du jugement et de l’autorité ; vs58-70

Chap. III

  • 1 : De l’éthique de la cause de Dieu ; vs71-76
  • 2 : De la non-éthique quant à la cause de Dieu ; vs77-83
  • 3 : De l’éthique de la négociation de paix ; vs84-86

Chap IV

  • 1 : Éthique quant aux opposants-hypocrites ; vs87-91
  • 2 : Éthique lors du combat pour la cause de Dieu ; vs92-94
  • 3 : Éthique du combat pour la cause de Dieu ; vs95-100
  • 4 : Éthique de la prière lors du combat pour la cause de Dieu ; vs101-104

– Partie III : Éthique et trahison ; vs105-175

 

Chap. I

  • 1 : De l’éthique face à la trahison ; vs105-115

Chap. II

  • 1 : De l’éthique du Jugement ; vs116-126
  • 2 : De l’éthique face aux traîtrises faites aux femmes ; vs127-135
  • 3 : De l’éthique face à la trahison des hypocrites ; vs136-149

Chap. III

  • 1 : De la trahison théologique ; vs150-152
  • 2 : De la trahison des prophètes ; vs153-159
  • 3 : De la trahison et de l’éthique en matière de religion ; vs160-162

Chap. IV

  • 1 : De l’éthique quant à l’ensemble des prophètes ; vs163-172

Conclusion : vs173-175

Appendice : v176

Dr al Ajamî

[1] Pour notre critique de ces constructions exégétiques, voir : asbâb an–nuzûl Circonstances de révélation ou révélations de circonstance ?

[2] L’on notera que l’historicisation est donc une forme de décontextualisation, sur ce point, voir : Analyse contextuelle.

[3] Voir : Analyse contextuelle.

[4] Voir : la Charia selon le Coran et en Islam et : la Loi divine selon le Coran et en Islam.