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S2.V127 : « Et, voilà qu’Abraham élève les assises de la Demeure, ainsi qu’Ismaël : « Seigneur ! Agrée-nous, Tu es, certes, Celui qui entend et sait parfaitement ! »

– La traduction de la locution wa idh par : « et, voilà que » marque la rupture de construction, car ce nouveau paragraphe situe le récit juste avant l’incise de fin v125 : « et Nous enjoignîmes à Abraham et Ismaël : Purifiez Ma Demeure ». Le verbe rafa‘a signifie élever, mettre au-dessus de, hisser, hausser, et le pluriel qawâ‘id, de qa‘ada/s’asseoir, correspond selon le même rapport étymologique aux « assises » d’une construction, à savoir : les premiers rangs de pierres de taille posés généralement sur des fondations.[1] Nous avons signalé au v125 que la Kaaba a été construite sur les ruines d’un antique temple astrolâtre, il nous est ici spécifié qu’Abraham et Ismaël en érigèrent « les assises », c’est-à-dire au-dessus des fondations existantes de cette ancienne construction. Ceci est confirmé au verset suivant : « Et, lorsque Nous indiquâmes à Abraham l’endroit du temple… »,[2] c’est dire que Dieu leur précisa par voie d’inspiration[3] où se situaient les fondations du temple préexistant qui devaient donc être enfouies.[4] La conjonction de ces deux passages indique que la locution : « Abraham élève les assises de la Demeure » signifie qu’il bâtit la Demeure/bayt, ou Kaaba, en élevant les assises des murs sur les fondations d’un vieux temple.

– L’Exégèse à force de spéculations a obscurci le sens de ce verset pourtant explicite. C’est que la Kaaba a été mythologisée et, au-delà de sa dimension symbolique, l’on élabora nombre de fabulations faisant de la Maison de Dieu le premier temple de l’histoire de l’humanité, fondé par Adam et autour duquel l’Arche de Noé tournoya, et la projetant même en une protohistoire d’avant la création des Cieux et de la Terre. Cette riche iconographie légendaire, sans fondement coranique aucun, a été relayée abondement par les commentateurs et elle nourrit toujours de manière vivace l’imaginaire musulman. Ce mythe fondateur de la Kaaba, cet ombilic du monde musulman, travaille l’inconscient collectif tout autant qu’il est retravaillé par lui.

Dr al Ajamî

[1] En arabe, le mot technique pour fondation(s) est asâs/ussus et non point qâ‘ida/qawâ‘id, mais de nombreuses exégèses commettent la confusion des termes.

[2] S22.V26.

[3] Certains commentateurs se sont demandé comment Dieu avait indiqué l’emplacement. Ils imaginèrent qu’un vent aurait chassé le sable recouvrant les fondations du temple en ruine. Nous rappelons que la relation de Dieu aux hommes est, en dehors du phénomène de révélation, de l’ordre de l’inspiration. Ou tout simplement de l’accomplissement de la volonté divine.

[4] L’ancien Temple astrolâtre n’était donc que ruines depuis fort longtemps. Le vocabulaire employé en ce v26 spécifie le sens : la racine bâ’a connote la notion de retour, reconduire, ramener au point de départ, la forme II bawwa’a signifie quant à elle diriger, pointer une lance contre quelqu’un et, avec la préposition « li » : indiquer avec précision, préciser. Le mot makân qualifie un endroit existant, comme maqâm désigne un lieu où l’on se tient. En ce contexte, al–bayt est le temple préexistant et non pas le Temple, c’est-à-dire la Kaaba.