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S2.V99-100 : « Et, certes, Nous t’avons révélé des versets explicites, ne les dénient que les dévoyés. [99] Faut-il, toutes les fois qu’ils contractent un pacte, que le rejette une partie d’entre eux ? Vraiment, la plupart d’entre eux ne croient pas !  [100] »

– L’hostilité à laquelle il est fait allusion au verset précédent est relative à la Révélation en général. La révélation faite à Muhammad : « Nous t’avons révélé[1] des versets explicites » n’est donc en ce cadre de réflexion que le révélateur d’une opposition plus profonde animant les dénégateurs de tout bord et de tout temps. En « ne les dénient que les dévoyés », ces dénégateurs sont qualifiés de dévoyés/fâsiqûn, ce terme désigne étymologiquement ceux qui sortent de leur état naturel de manière indue et malhonnête. Le contexte défini par les versets antérieurs indique que l’expression « ils contractent un pacte » vaut pour : « ils acceptent une révélation apportée par un prophète donné » et le fait « que le rejette une partie d’entre eux » signifie alors que parmi les Gens du Livre, évoqués dans les versets précédents, certains « dénient » que la Révélation puisse être opérée à l’égard d’autres communautés que la leur, v90. Nos deux versets permettent donc de comprendre en quoi certains parmi les Gens du Livre sont dits « dénégateurs » alors qu’en fonction de nombreuses affirmations coraniques[2] ils sont nécessairement considérés comme étant des croyants monothéistes. C’est ce refus de la continuité de la Révélation au travers de différents prophètes, et non point uniquement celle faite à Muhammad, qui justifie que le Coran affirme au sujet des adeptes de religions dites révélées : « vraiment, la plupart d’entre eux ne croient pas ! », c’est-à-dire : leur foi n’est pas correcte, car ils refusent l’unicité sans exclusive de la Révélation. Il ne s’agit pas le cas présent d’un déni/kufr absolu ou global, mais relatif, contingenté, un dévoiement de la foi que par exclusivisme partagent malheureusement la plupart des coreligionnaires des religions monothéistes dites révélées, musulmans y compris.

Dr al Ajamî

[1] En « Nous t’avons révélé des versets » il est utilisé le verbe anzala avec la préposition ilâ, ce qui a pour sens : procéder à la révélation jusqu’à la fin du processus. Concernant le rôle de Gabriel au v97, il avait été employé le verbe nazzala et la préposition ‘alâ, dont le sens était : révéler graduellement. Les indications du v97 et v99 couvrent donc la totalité de la séquence révélatoire.

[2] Voir pour S2,le v62, centre de discours capital pour la compréhension de ce Chapitre 4.