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S2.V101 : « Et, lorsque leur venait un prophète de la part de Dieu, confirmateur de ce qu’ils avaient, une partie de ceux qui reçurent le Livre rejetèrent le livre de Dieu derrière leur dos tout comme s’ils ne savaient pas. »

Ce verset fait suite au paragraphe précédent relatif aux dénégateurs de la Révélation, « les dévoyés » qui n’acceptaient pas que d’autres qu’eux puissent recevoir de Dieu ladite Révélation, propos concernant tous les dépositaires d’une révélation. Mais, à présent, par l’introduction d’une réflexion complémentaire, il va être fait allusion à nouveau de manière spécifique à l’histoire mouvementée de la relation des descendants des Fils d’Israël avec le monothéisme, c’est-à-dire avec la foi. La locution « et, lorsque leur venait un prophète de la part de Dieu » évoque en apparence[1] la longue période de gestation du judaïsme où des factions descendant des Fils d’Israël retournaient régulièrement au polythéisme ou bien pratiquaient des rituels païens du Proche-Orient tout en adorant Dieu l’Unique, l’évocation de la magie au v102 entre dans ce cadre. Dieu suscitait alors en leur sein un « prophète »[2] en tant que « confirmateur de qu’ils avaient », c’est-à-dire du message antérieurement délivré par la Thora.[3] Mais, chaque fois que « leur venait un prophète de la part de Dieu » en tant que réformateur, puisqu’il était « confirmateur » de la ligne monothéiste de la Thora, « une partie de ceux qui reçurent le Livre » parmi les Fils d’Israël refusait donc d’entendre ce message tout comme s’ils jetaient « le livre de Dieu derrière leur dos », autrement dit en persistant en leurs pratiques déviantes. Il est à noter en ce verset la mention du « Livre » et celle du « livre de Dieu ». Dans le premier cas, l’expression « ceux qui reçurent le Livre » traduit littéralement la locution coranique al–ladhîna ûtû–l–kitâb, formulation générique où le mot kitâb/livre ne désigne pas un livre révélé en particulier, la Thora ou l’Évangile par exemple, mais le Livre archétypal/ummu–l–kitâb, matrice de toutes les révélations et, par métonymie : la Révélation.[4] En l’expression « livre de Dieu », le terme « livre » qualifie dans le contexte la Thora en tant qu’exemplaire physique relevant de l’histoire de la mise par écrit de la Révélation qui fut faite à Moïse[5] et qui pour les juifs est le « le livre de Dieu », tout comme le Coran l’est pour les musulmans.

Dr al Ajamî

[1] Le lien avec Salomon au v102 le confirmera.

[2] Il s’agit de la série dite des « prophètes d’Israël » mentionnée pour la première fois au v87, d’où le fait que nous traduisons ici le terme rasul par prophète, terme qui ailleurs et de règle signifie messager.

[3] Le Deutéronome, cinquième et dernier livre de la Thora, bien qu’il ne soit pas un document historiquement fiable, témoigne de cette situation récurrente et l’on sait du point de vue archéologique que l’histoire de judaïsme s’accompagne d’une évolution chaotique et hétérogène vers l’acceptation plénière et définitive du monothéisme tel que le prêcha originellement Moïse.

[4] C’est ce concept qui seul explique la fameuse locution coranique « Gens du Livre » puisque dans les faits ces religions ne se sont pas dépositaires du même livre. Par contre, selon le Coran, toutes ont reçu naṣîb min–alkitâb une part du Livre (archétypal), par exemple en S3.V23. Cela indique aussi que le Coran n’est lui aussi qu’une part de ce Livre. De même, ceci explique avec beaucoup de rigueur qu’il soit demandé par le Coran de croire aux précédentes révélations, non pas en leurs formes ou significations, mais parce qu’elles proviennent toutes du Livre archétypal/ummu–l–kitâb de Dieu. Leur origine divine est commune, et leur devenir terrestre différent ne modifie pas le fait que l’on doive croire à leur origine unique et témoigner d’un profond respect envers les Écritures des religions issues de ces révélations, sur ce thème voir note en S4.V136. Là encore, l’unicité justifie la pluralité.

[5] Pour la définition de la Thora selon le Coran, voir v53.