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S2.V83 : « Et, lorsque Nous prîmes acte de l’engagement des Fils d’Israël : N’adorerez que Dieu ; Bienfaisance envers père et mère, les proches, les orphelins et les pauvres ; Ne parlez aux gens qu’en bien ; Accomplissez la prière et faites l’aumône. Puis, vous vous êtes éloignés, sauf quelques-uns d’entre vous, et vous vous êtes détournés. »

– Par : « n’adorez que Dieu ; Bienfaisance envers père et mère, les proches, les orphelins et les pauvres ; Ne parlez aux gens qu’en bien… » est énuméré certains points appartenant à l’Alliance passée par les Fils d’Israël : « Nous prîmes acte de l’engagement des Fils d’Israël ». Comme nous l’avions indiqué, ils explicitent la teneur de « l’engagement » évoqué au v63 : « Saisissez-vous avec fermeté de ce que Nous vous avons donné, et rappelez-vous sa teneur ». Pour autant, les éléments cités ne sont pas spécifiques aux Fils d’Israël et, de fait, l’on peut constater qu’ils ne sont point une reprise stricto sensu des Dix Commandements. Ils représentent alors une éthique coranique universelle liée intrinsèquement à l’Alliance, c’est-à-dire à toutes les alliances. Ceci est confirmé en S4.V36 où la même formulation s’adresse à l’évidence aux musulmans. Il s’agira d’honorer les relations filiales : « bienfaisance envers père et mère », car ce respect et soutien constitue la base de l’entraide dans les sociétés humaines, d’où découle l’aide aux : « proches, les orphelins et les pauvres ». Le cercle doit s’élargit au delà de l’aspect familial, clanique, communautaire, pour s’étendre à tous les « hommes/an-nâs », puisque « parlez aux gens qu’en bien » est sans doute l’attitude la plus nécessaire au vivre ensemble. À cette éthique universelle, s’ajoute ce qui établit la distinction entre l’homme de bien et le croyant de bien : « n’adorerez que Dieu » et « accomplissez la prière et faites l’aumône ». Notons, que dans l’ordre de l’énoncé il a déjà été indiqué d’accomplir la « bienfaisance » envers les nécessiteux, c’est donc que s’agissant des croyants l’on doit comprendre « faites l’aumône » non plus uniquement en une perceptive sociale ou humanitaire, mais, plus encore, par amour pour Dieu.[1] L’interpellation « accomplissez la prière et faites l’aumône » concerne donc en ce contexte tous les croyants et, en lien avec le judaïsme, elle confirme ce que nous avions signalé lors de sa première occurrence : cette locution n’est pas spécifique de l’Islam et ne signifie jamais une injonction à la conversion, cf. v43. 

– L’Exégèse, comme aux versets précédents, ne voulut ni ne sut dégager cette ouverture éthique universelle de l’Alliance de Dieu. Ainsi, le segment « ne parlez aux gens qu’en bien » a-t-il été victime de deux tentatives de détournement. La première consista à affirmer par un curieux anachronisme que l’on devait entendre là « ordonner aux hommes le convenable et leur interdire l’inconvenant », énoncé alors conçu comme désignant la Sharia, comme si l’éthique universelle coranique se résumait à enseigner la sharia post-coranique aux hommes.[2] La deuxième, parce que cette dimension universaliste semblait tout de même irréductible, fut de déclarer ce verset abrogé par celui dit du sabre ![3]

Dr al Ajamî

[1] Sur ce point et les réticences de l’Exégèse quant à l’amour de Dieu, voir : S2.V177.

[2] Sur notre critique de la Charia en tant que concept post coranique, voir : la Charia selon le Coran et en Islam.

[3] La locution « verset du sabre » désigne principalement S9.V5. Ce verset, fort improprement interprété et nommé, s’est avéré être une véritable arme de guerre dogmatique. L’on se plut à rapporter que, tel un rasoir théologique, il abrogeait plus de cent versets relatifs à la paix et à la tolérance ! Le principe d’abrogation soutenu par les ulémas montre ici toute son iniquité et son arbitraire. L’abrogation n’a aucun fondement textuel et ne traduit par conséquent que la volonté exégétique de modification du sens de certains messages coraniques jugés incompatibles avec les propres postulats de l’Exégèse et de l’Islam. Pour notre critique littérale et rationnelle du concept d’abrogation, voir : l’Abrogation selon le Coran et en Islam.