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S2.V63-64 : « Et, lorsque Nous prîmes acte de votre engagement et que Nous élevâmes au-dessus de vous le mont : « Saisissez-vous avec fermeté de ce que Nous vous avons donné, et rappelez-vous sa teneur. Puissiez-vous vous prémunir ! » [63] Puis, vous vous êtes éloignés après cela et, n’eussent été la grâce de Dieu à votre égard et Sa miséricorde, vous auriez été au nombre des égarés.[64] »

Il est tout d’abord indiqué que les Fils d’Israël s’engagèrent à respecter ce que Moïse avait transcrit sur les tablettes[1] : « lorsque Nous prîmes acte de votre engagement ». Conjointement, ou postérieurement à cela, il est dit : « Nous élevâmes au-dessus de vous le mont », formulation qui ne peut être comprise au sens propre, comme le précise le verset équivalent : « Et, lorsque Nous fîmes trembler la montagne au-dessus d’eux, comme si elle n’était qu’une ombre,[2] et qu’ils pensèrent qu’elle allait tomber sur eux : Saisissez-vous de ce que Nous vous avons donné avec fermeté et rappelez-vous sa teneur. Puissiez-vous vous prémunir ! ».[3] La comparaison terme à terme entre les deux versets nous enseigne que le segment « Nous élevâmes au-dessus de vous le mont » est explicité par : « Nous fîmes trembler la montagne au-dessus d’eux ». Les Fils d’Israël étaient donc au pied de la montagne quand celle-ci s’est mise à trembler au point qu’ils craignirent qu’elle puisse s’effondrer sur eux,[4] rien de comparable avec ce qu’expriment les traductions fidèles aux commentateurs classiques : « Nous avons brandi le Mont au-dessus d’eux comme une ombrelle ».[5] Il aurait été étonnant que Dieu pour obtenir l’alliance des Fils d’Israël les menaçât d’une épée de Damoclès de la taille d’un mont ! Cela aurait été contraire au principe fondamental de la foi qui présuppose le libre assentiment de ceux qui vont contracter ce pacte.[6] En notre verset, il nous faut donc entendre : « Nous élevâmes au-dessus de vous le mont [7] » comme signifiant que Dieu en faisant trembler la montagne[8] indiqua par ce signe qu’Il prenait solennellement « acte » de l’« engagement » des Fils d’Israël. L’expression est allégorique : l’on scelle un pacte en élevant son serment au-dessus de l’autre contractant, métaphore par ailleurs confirmée par l’expression : « la Main de Dieu est au-dessus de leurs mains ».[9] Comme cela a été précisé aux vs 51 et 53, l’alliance des Fils d’Israël repose sur ce que Dieu a révélé/donné[10] à Moïse, ce à quoi fait allusion le segment : « saisissez-vous avec fermeté de ce que Nous vous avons donné ».[11] La teneur/mâ fî-hi de cet « engagement » sera plus avant détaillée aux vs 83-85. Nous l’avons dit, le thème de ce paragraphe est l’infidélité à l’Alliance et le segment « puis, vous vous êtes éloignés après cela » se comprend en cette perspective. Nous noterons qu’en « vous vous êtes éloignés », l’emploi intransitif du verbe tawallâ/s’éloigner implique qu’il n’y ait pas rupture effective, tout retour ou retournement reste donc possible. Ce n’est donc point une condamnation définitive décrétant les Fils d’Israël éternels égarés, mais un constat lié à ces circonstances particulières et l’incise « n’eussent été la grâce de Dieu à votre égard et Sa miséricorde » précise qu’il n’en fut pas toujours ainsi, comme le suppose au demeurant la réserve : « [sans cela] vous auriez été au nombre des égarés ». De manière générale nous est ici indiqué que les hommes ne sont guère capables d’être fidèles à Dieu et que toute communauté d’alliance dévie, mais Dieu de par sa Miséricorde veille à les réorienter. Il s’agit donc d’un rappel justifiant la conclusion : « puissiez-vous vous prémunir ».[12]

Dr al Ajamî

 

[1] Cf. v53.

[2] C’est-à-dire tremblante comme une ombre.

[3] S7.V171.

[4] Il est probablement fait allusion à Exode ; XIX, v17 et non pas à l’interprétation qu’en fait le Talmud.

[5] Il est remarquable du point de vue herméneutique qu’il ait été rendu en S7.V171 le verbe nataqa par brandir, recouvrir, soulever, lui donnant ainsi le même sens que le verbe rafa‘a en notre v63 alors même que l’hapax nataqa signifie uniquement agiter, secouer, dépecer, retirer. A signaler, que selon cette logique l’on a attribué à la forme IV de nataqa le sens de porter une ombrelle, signification hors champ lexical témoignant à nouveau de l’emprise de l’Exégèse sur le glossaire de la langue arabe, sur ce point, voir : Réentrées lexicales.

[6] Malgré cela, tout à leur lecture et logique, certains ont traduit le segment « prenez avec force » par : « prenez de force » !

[7] Accessoirement, il nous est aussi indiqué que le mont est une montagne. En effet, le Coran commente le terme ṭûr, mont, par le mot jabal/montagne et non pas par mont Sinaï. Le mot ṭûr, que l’on assimile trop facilement au Sinaï, signifie montagne ou : mont si l’on veut techniquement le distinguer de jabal/montagne. Il s’agit d’un emprunt au syro-araméen employé dans le Coran en divers contextes. Il est le plus souvent en lien avec l’alliance de Fils d’Israël, mais sans que pour autant il soit explicitement donné pour le mont Sinaï. Les deux occurrences portant ṭûr sînîn/mont Sinaï sont curieusement sans rapport obvie et direct avec Moïse, cf. S23.V20 et S95.V2, et en S52.V1 le mot ṭûr est encore strictement équivalent au mot mont.

[8] Comparer à : « Si Nous avions révélé ce Coran à une montagne, tu l’aurais vu s’effondrer, se briser sous l’effet de la crainte de Dieu. De telles allégories nous les proposons aux hommes afin qu’ils réfléchissent. », S59.V21.

[9] S48.V10.

[10] v53 « Et, lorsque Nous donnâmes à Moïse l’Écrit et le Critère, que vous puissiez vous bien-guider. » Nous avons montré que le verbe « donner » signifiait en ce cas « révéler », cf. : S2.V53.

[11] De la même manière, il est dit à Muhammad en S43.V43 : « Attache-toi à ce qui t’a été révélé, tu es, certes, en une Voie de rectitude. »

[12] Nous traduisons d’ordinaire le verbe ittaqâ par craindre pieusement, mais ici en fonction du contexte le sens est plus littéral encore, puisqu’il s’agit de dire : puissiez-vous faire en sorte de ne pas rompre votre engagement, prémunissez-vous contre cela.  Ceci suppose aussi qu’au sein de ces communautés persiste toujours un groupe de croyants constants : « …il y a parmi eux une communauté de juste milieu, mais, pour beaucoup d’entre eux, combien est mauvais ce qu’ils œuvrent ! », S5.V66.