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Introduction à la sourate 3 ; âl ‘Imrân : La lignée de ‘Imrân

 

Cette sourate présente d’emblée son lien avec S2. En effet, elle débute de manière identique : « Alif ; lâm ; mîm. » et le v2 reprend les termes du fameux verset dit du Trône :  « Dieu, point d’autre dieu que Lui, l’Éternel, l’Immuable », S2.V255. De même, le v3 évoque le début de S2.  Du point de vue de la composition textuelle du Coran, cette sourate trouve donc ici sa place sans tenir compte d’un classement uniquement basé sur l’ordre de longueur décroissant des sourates coraniques.

– À la différence de S2, pluri-thématique, malgré la relative complexité apparente de sa composition S3 traite d’un sujet unique : la foi, ce selon une ligne critique constante. Ainsi, sous cet aspect, il est traité de la foi en Dieu et Ses révélations, chapitres I et II et de leur antithèse aux chapitres X et IX, du déni de la Foi ontologique au chapitre V-VI-VII ou de la foi personnelle aux chapitres III-IV s’agissant des Gens du Livre et au chapitre VIII concernant les premiers musulmans.

– Un concept coranique essentiel énoncé en cette sourate fonde ontologiquement la continuité des notions de foi et de voie monothéistes : le Pacte des prophètes, chapitre V, § 1. Ce Pacte est le continuum du Pacte primordial justifiant la Foi ontologique à l’Homme présenté en S7.V172.[1] Il postule de ce que la succession des messagers de Dieu réalise une chaîne dont chaque maillon rappelle le message délivré par ses prédécesseurs, en substance : l’unicité de Dieu, la nécessité de croire en Lui et d’agir en bien, l’inéluctabilité du Jour du Jugement. Ce faisant, ce même passage indique qu’aucun prophète de Dieu ne peut outrepasser sa fonction de transmetteur et donc invalide directement toute idée de sunna prophétique, cf. v80. L’ensemble de la réflexion coranique de S3 quant à la foi repose sur l’existence de ces deux pactes qui concernent toute l’Humanité et l’ensemble des religions. C’est dans ce cadre qu’au chapitre III est évoquée en termes positifs l’histoire de Marie, Zacharie, Jean le Baptiste, Jésus, et qu’est menée de même une longue controverse avec les Gens du Livre, chapitre IV.

– Toujours en lien avec la foi, trois versets ont fait l’objet d’une attention exégétique toute particulière. Premièrement, la question de la Révélation scripturaire et du rapport au texte est abordée au célèbre v7. De manière circulaire, l’Exégèse, tant classique que moderne, interprète ce verset en faveur de la nécessité herméneutique d’interpréter le Coran autant que faire se peut. Or, c’est en réalité une condamnation de l’interprétation qui est argumentée en ce verset.[2] Ensuite, l’affirmation prêtée au v19 et au v85 faisant de l’Islam la seule religion véridique reconnue par Dieu et, là encore, cette interprétation apologétique est contraire à la lettre et l’esprit de ces deux versets.

– Cette unité thématique est structurellement répartie, car cette sourate est nettement composée de deux parties séparées par un axe central. La partie I, vs1-101, envisage la foi sous un angle plutôt théologique alors que la partie II, vs105-200, l’aborde de manière plus concrète au travers de l’analyse de l’agressivité physique des polythéistes arabes, mais aussi des hésitations des premiers musulmans face aux menaces et aux affrontements. Pareillement, l’on constate que l’évocation de l’histoire religieuse relative à la lignée de ‘Imrân en première partie, chapitre III, trouve son symétrique conceptuel en la deuxième partie, chapitre VII-VIII, qui évoque l’histoire concrète des premiers musulmans. À ce sujet, les batailles de Badr  Uḥud y sont traitées de manière très allusive, ce n’est pas ici l’Histoire qui intéresse le Coran, mais la morale et l’enseignement éthique de cette histoire. Quant à l’axe central, vs102-104, axialité numérique, tout comme en S1 et S2, il constitue un bon exemple d’un procédé de construction régulièrement retrouvé pour les sourates du Coran. Aussi, note-t-on que les deux parties sont composées chacune de cinq chapitres et de quatorze paragraphes. Cependant, à la différence de S2, l’on retrouve avec moins de rigueur une répartition concentrique des paragraphes et chapitres, le thématique l’emportant sur le structurel.

– De ce fait, l’axe vs102-104 est destiné à délivrer le message central de cette sourate : la foi vraie consiste en une véritable crainte pieuse de Dieu et à la recherche d’un état spirituel représenté par le concept d’islâm tel que le Coran le définit.[3] En ces trois versets, il est incité à l’éthique et aux bons comportements, à la fraternisation, à l’union et à l’entente ; non pas seulement entre musulmans, mais entre tous les croyants. En ces conditions, la sourate 3 en son introduction rappelle l’Unicité divine : « Dieu, point d’autre dieu que Lui, l’Éternel, l’Immuable » et, en sa conclusion, elle appelle donc à l’Unité de tous les croyants au nom de l’universalité de la foi et du Salut[4] : « Mais, ceux qui craignent pieusement leur Seigneur auront des jardins au pied desquels coulent ruisseaux, ils y demeureront, hospitalité de la part de Dieu, et ce qui est auprès de Dieu est le meilleur pour les vertueux ! [198]  Et, certes, il en est parmi les Gens du Livre qui croient en Dieu et en ce qui vous a été révélé comme en ce qui leur a été révélé. Humbles envers Dieu, ils ne vendent point les versets de Dieu à vil prix ; ceux-là, leur récompense est auprès de leur Seigneur, et Dieu est prompt au Compte ! [199] Ô croyants ! Soyez patients, persévérez, soyez fermes, craignez pieusement Dieu, puissiez-vous réussir ! »

***

– L’unité thématique de cette sourate est aussi perceptible au moyen du présent synoptique mettant en évidence le plan de Sourate 3 ; âl ‘Imrân : La lignée de ‘Imrân :

Partie I

Chap. I

§ 1 : Foi, Révélation & relation au Texte ; vs1-8

§ 2: Foi & amour du bas-monde ; vs9-17

Chap. II

§ 1 : Foi, Révélation & Voie monothéiste ; vs18-27

§ 2 : Foi et mésalliance, vs28-32

Chap. III

§ 1 : Foi en l’annonce de Marie ; vs33-37

§ 2 : Foi en l’annonce faite à Zacharie ; vs38-41

§ 3 : Foi en l’annonce à Marie ; vs42-47

§ 4 : Foi en la mission de Jésus ; vs48-51

§ 5 : Foi au devenir de Jésus ; vs52-58

Chapitre IV

§ 1 : Controverse avec les Gens du Livre ; vs59-63

§ 2 : Controverse des Gens du Livre ; vs64-77

Chapitre V 

§ 1 : Le Pacte des prophètes & la Voie monothéiste ; vs78-85

§ 2 : Du déni de Foi ; vs86-91

§ 3 : Foi & piété ; vs92-101

Partie II

Axe central : vs102-104

Chapitre VI

§ 1 : Impiété & piété des Gens du Livre ; vs105-115

Chapitre VII

§ 1 : Non-Foi et hostilité des polythéistes mecquois ; vs116-120

§ 2 : Foi & non-Foi, la confrontation avec les polythéistes à Badr ; vs121-128

Chapitre VIII

§ 1 : Des péchés & du Pardon ; vs129-136

§ 2 : Du combat de la foi contre les dénégateurs ; vs137-145 

§ 3 : Foi & soutien au Prophète ; vs146-151

Chapitre IX

§ 1 : Foi & non-Foi, la confrontation avec les polythéistes à Uud ; vs152-155

§ 2 : Foi & mort pour la cause de Dieu ; vs156-158

§ 3 : Foi & soutien de Dieu ; vs159-163

§ 4 : Foi & refus de la cause de Dieu ; vs164-168

§ 5 : Foi, & récompense pour la cause de Dieu ; vs169-179

Chapitre X

§ 1 : Non-Foi, amour du monde & rejet de la Révélation ; vs180-188

§ 2 : De la foi de tous les croyants ; vs189-195

§ 3 : Récompense de la foi des premiers musulmans & des Gens du Livre ; vs195-200

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Dr al Ajamî

[1] « Et lorsque ton Seigneur tira des Fils d’Adam, de leurs reins, leur descendance, et les appela à témoigner d’eux-mêmes : Ne suis-Je point votre Seigneur ?  Ils répondirent : Certes oui, nous en avons été témoins. Ceci afin que vous ne disiez point au Jour de la Résurrection : Vraiment, nous étions sans le savoir. » Pour l’analyse de ce verset et ses conséquences théologiques, voir : Foi et non-foi, îmân et kufr selon le Coran et en Islam.

[2] Cf. L’interprétation du Coran selon le Coran et en Islam.

[3] Cf.  Le terme islâm selon le Coran : l’Islam-relation.

[4] Voir : Le Salut universel selon le Coran et en Islam  et La pluralité religieuse selon le Coran et en Islam.