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– « Assiste-nous afin que nous ne soyons point du nombre des ingrats. »

La compréhension classique et ses traductions formulent ainsi les choses : « Tu es notre allié, accorde-nous donc la victoire sur les peuples infidèles. » La conclusion de cette sourate de portée universelle serait ainsi une imprécation paranoïaque assumée contre tous les infidèles de la Terre, tous ennemis des musulmans. Il y a là une certaine cohérence, puisque la même Exégèse avait rabaissé l’ouverture spirituelle de la Fâtiha au niveau d’une grave anathémisation des juifs et des chrétiens, condamnés, pour les premiers, à subir éternellement le courroux de Dieu : « ceux qui ont encouru Ta colère » et, pour les seconds, à demeurer d’éternels « égarés ». Nous avons montré qu’une telle affirmation n’a rien de textuel et ne repose que sur la volonté apologétique d’asseoir la supériorité de l’islam, cf. S1.V7.  Notre traduction respecte l’esprit et la lettre, car le verbe anṣara lorsqu’il est accompagné de la préposition « ‘alâ »[1] signifie assister, aider, secourir, et non pas accorder la victoire. Quant au pluriel kâfirîn, si en bien des contextes il qualifie les dénégateurs, en d’autres il signifie « ingrats »,[2] citons le v152 : « Remerciez-Moi et ne Me soyez point ingrats ». Le parallèle avec notre analyse de la fin du v7 de la Fâtiha mettant en évidence que tous les croyants, toutes religions confondues, imploraient Dieu de leur faciliter la progression en la « Voie de ceux que Tu as gratifiés et qui point n’encourent réprobation ni ne s’égarent » confirme le sens à donner à cette envolée de piété et d’amour de Dieu : « Assiste-nous afin que nous ne soyons point du nombre des ingrats ». Et, tout comme S1.V7 ne jetait pas l’opprobre sur l’autre, mais invitait à prendre conscience de nos propres limites, notre verset est réflexif, il invite à la remise en question de soi, à la critique positive et à la crainte pieuse, la volonté d’être meilleur.  Telle est la conclusion de cette Sourate en laquelle il a été défini la nature ontologique de l’Homme, sa raison d’être et sa finalité : le Jour du Jugement. Si l’enjeu est aussi essentiel que complexe, Dieu a donné à l’Homme les moyens d’accomplir sa tâche et n’a exigé « d’une âme que selon sa capacité » tout en l’accompagnant de Sa Toute-miséricorde. Le croyant reconnaît cette infinie grâce divine à son égard, s’abandonne pleinement à Son Seigneur et illumine sa conscience par la gratitude envers son Créateur.

[1] La locution est précisément ici « unṣurnâ ‘alâ ».

[2] La racine kafara connote les notions principales de recouvrement, dissimulation, être ingrat envers quelqu’un. Par extension, c’est dénier ce que l’on sait être vrai en le cachant en soi-même d’où le sens pour kâfir de dénégateur et, pareillement, l’ingrat, al–kâfir, est celui qui dénie, renie, les bienfaits dont il a bénéficié. Pour les deux autres occurrences de la locution unṣurnâ ‘alâ–l–qawmi–l–kâfirîn, voir v250.