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S1.V3

 

• v3 «  le Tout-Miséricordieux Tout de miséricorde »

– Rappelons qu’en la basmala dont le sens littéral a été envisagé en S1.V1 le syntagme « le Tout-Miséricordieux, Tout Miséricorde » qualifiait Dieu, sujet en la locution bi-smi–llâh/au nom de Dieu. Or, parmi les principes d’analyse que nous suivons, il est le suivant : le Coran ne comporte pas de redites, mais des répétitions sémantiquement signifiantes et, au demeurant, il s’agit d’un ancien postulat d’exégèse.[1] Ainsi, en ce v3, l’apparente répétition suppose-t-elle que « le Tout-Miséricordieux, Tout Miséricorde  » soit un syntagme à présent relatif au « Seigneur des Mondes ». C’est alors le « Seigneur » qui sera dit ar–raḥmân par essence et par excellence et c’est donc en tant que « Tout-Miséricordieux » qu’il exerce Sa Seigneuralité. Ce rapport de seigneurialité aux « Mondes » suppose ainsi que ar–raḥîm ne soit plus comme au v1 un Nom-attribut, mais ait fonction d’adjectif épithète, ce qui justifie que nous l’ayons traduit différemment par « Tout de miséricorde ».[2] Le « Tout-Miséricordieux » est ainsi « Tout de miséricorde » envers « les Mondes » locution dont nous avons démontré qu’elle englobe toutes choses, toutes les créatures et tous les hommes, telle est Sa Seigneurialité. Mais, en dehors de cet aspect ontologique décrivant la Seigneurialité de Dieu quant à Son Domaine, nous avons montré en S1.V2 que l’homme pouvait choisir librement Dieu en tant que son Seigneur devenant ainsi ipso facto le serviteur-adorateur/’abd du « Tout-Miséricordieux »[3] et, c’est alors au titre de cette seigneurialité consentie et désirée, c’est-à-dire au nom du rapport qu’il établit avec son Seigneur, que « le Tout-Miséricordieux » lui est « Tout de miséricorde ». Ceci s’applique nécessairement à tous les croyants, musulmans ou autres, sans exclusive : « Ceux qui croient, en Dieu et Ses Messagers, sans qu’ils établissent de distinction entre eux, ceux-là il leur sera donné leur récompense, car Dieu est Tout de pardon, Tout de miséricorde/raḥîman ».[4] Par ailleurs, il apparaît explicitement que, d’une part, cette miséricorde ne connaît comme limite que l’aspiration du croyant repentant : « Dis : Ô Mes serviteurs, vous qui avaient été outranciers contre vous-mêmes, ne désespérez point de la Miséricorde de Dieu. Dieu peut pardonner tous les péchés, car Il est, certes, le Tout Pardon, le Tout Miséricorde. Revenez repentant à votre Seigneur ! Abandonnez-vous pleinement à Lui avant que ne vous rattrape le Châtiment et que vous n’ayez aucun recours »[5] et, d’autre part, transcendant la notion même de repentir, la Volonté divine : « Afin que Dieu récompense les véridiques pour leur sincérité et qu’Il châtie les hypocrites s’Il le veut, à moins qu’Il ne revienne vers eux. Certes, Dieu est Tout de pardon, Tout de miséricorde»[6]

– C’est donc avec cohérence que le Coran développe la thèse du Salut universel et, dans la perspective de nos vs2-3, nous retiendrons principalement que tous ceux qui prennent ar–raḥmân/le Tout-Miséricordieux pour Seigneur, quelle que soit leur religion, peuvent espérer de cette relation de seigneurialité qu’Il leur soit « Tout de miséricorde/ar–raḥîm ».

Dr. al Ajamî

 

[1] « Il n’y a pas de répétitions/takrâr sans variations ou compléments d’information ».

[2] C’est-à-dire « Tout de miséricorde » et non pas « le Tout Miséricorde » comme au v1. Les règles régissant l’accord des adjectifs en arabe diffèrent de celles du français, aussi l’on  remarquera l’absence d’article à « Tout de miséricorde » et de virgule entre Tout-Miséricordieux et Tout de miséricorde, soit : « Le Tout-Miséricordieux Tout de miséricorde »

[3] Cf. ‘ibâdu–r–raḥmân/les serviteurs du Tout-Miséricordieux » S25.V63 et sq.

[4] S4.V152.

[5] S39.V53-54. Pour l’expression « Abandonnez-vous pleinement à Lui » en tant que traduisant aslimû la-hu, voir : Le terme islâm selon le Coran : l’Islam-relation.

[6] S33.V24.